La cité des eaux
Le Bonheur
Sois heureuse! qu’importe à tes yeux l’horizon Et l’aurore et la nuit et l’heure et la saison, Que ta fenêtre tremble aux souffles de l’hiver Ou que, l’été, le vent du val ou de la mer Semble quelqu’un qui veut entrer et qu’on accueille.
Sois heureuse. La source murmure. Une feuille Déjà jaunie un peu tombe sur le sentier; Une abeille s’est prise aux fils de ton métier, Car le lin qu’il emploie est roux comme du miel; Un nuage charmant est seul dans tout le ciel; La pluie est douce; l’ombre est moite. Sois heureuse.
Le chemin est boueux et l’ornière se creuse, Que t’importe la terre où mènent les chemins!
Sois heureuse d’hier et sûre de demain; N’as-tu pas, par ta chair divine et parfumée, L’ineffable pouvoir de pouvoir être aimée?
LE CYPRÈS
Ce haut cyprès! c’est là qu’un soir est mort l’Amour, Dans l’ombre chaude encor de sa rouge journée, C’est là que, contre lui sa pointe retournée, Il est tombé, percé de sa flèche à son tour.
O lieu cher et cruel et triste, où, de ce jour, Mystérieuse et qui ne s’est jamais fanée, De son sang a fleuri une rose obstinée Dont semble encor la pourpre attendre son retour.
Et quelquefois, la main dans la main, ma Tristesse Et moi, qui ne veux plus, hélas! qu’elle me laisse, Nous montons jusqu’ici, son pas auprès du mien.
Elle aime cette rose et moi le cyprès sombre: Elle espère peut-être encor, mais je sais bien Qu’où l’Amour est tombé ne revient pas son Ombre!