La cité des eaux
Le Voeu
«N’avez-vous pas tenu en vos mains souveraines La souplesse de l’eau et la force du vent?
Le nombreux univers en vous fut plus vivant Qu’en ses fleuves, ses flots, ses fleurs et ses fontaines.»
C’est vrai. Ma bouche a bu aux sources souterraines; La sève s’est mêlée à la fleur de mon sang Et, d’un cours régulier, naturel et puissant, Toute l’âme terrestre a coulé dans mes veines.
Aussi, riche et joyeux du fruit de ma moisson Et du quadruple soir de mes quatre saisons, Je te donne ma cendre, ô terre maternelle, Pour renaître plus vif, plus vaste et plus vivant Et vivre de nouveau la Vie universelle, Dans la fuite de l’Eau et la force du Vent.
ÉLÉGIE
Je ne vous parlerai que lorsqu’en l’eau profonde Votre visage pur se sera reflété
Et lorsque la fraîcheur fugitive de l’onde Vous aura dit le peu que dure la beauté.
Il faudra que vos mains pour en être odorantes, Aient cueilli le bouquet des heures et, tout bas, Qu’en ayant respiré les âmes différentes Vous soupiriez encore et ne souriiez pas; Il faudra que le bruit des divines abeilles Qui volent dans l’air tiède et pèsent sur les fleurs Ait longuement vibré au fond de vos oreilles Son rustique murmure et sa chaude rumeur; Je ne vous parlerai que quand l’odeur des roses Fera frémir un peu votre bras sur le mien Et lorsque la douceur qu’épand le soir des choses Sera entrée en vous avec l’ombre qui vient; Et vous ne saurez plus, tant l’heure sera tendre Des baumes de la nuit et des senteurs du jour, Si c’est le vent qui rôde ou la feuille qui tremble, Ma voix ou votre voix ou la voix de l’Amour…
OMBRE D’EAU
Cette statue est charmante
De la femme qu’elle fut
Avant que cette eau dormante Reflétât son marbre nu;
Mais dans l’eau qui la reflète Au bassin ovale et clair
Son ombre me semble faite
Du souvenir de sa chair;
Et la pensée incertaine
Est telle ou telle, suivant Que la voix de la fontaine
Se mêle à la voix du vent…