La cité des eaux
Épigramme
Pour que ton rire pur, jeune, tendre et léger, S’épanouisse en fleur sonore, Il faut qu’avril verdisse aux pousses du verger, Plus vertes d’aurore en aurore, Il faut que l’air égal annonce le printemps Et que la première hirondelle Rase d’un vol aigu les roseaux de l’étang Qui mire son retour fidèle!
Mais, quoique l’écho rie à ton rire avec toi, Goutte à goutte et d’une eau lointaine, N’entends-tu pas gémir et répondre à ta voix La plainte faible des fontaines?
L’IMAGE
Que pour d’autres l’amour rende triste l’aurore Du regret frissonnant d’avoir hier aimé!
Pour nous, dans l’air palpite et se répand encore La ténébreuse odeur dont tu l’as parfumé.
N’as-tu pas vu, en nous, se lever de l’étreinte Un dieu né de notre âme et fait de notre chair, Et qui, debout au seuil de la maison éteinte, En la jeune clarté sourit au matin clair?
Amour, prends aujourd’hui nos formes dans la tienne, Prête-nous pour marcher dans l’herbe tes pieds nus Et que, ce soir, tes pas par les nôtres reviennent Au seuil mystérieux où nous t’aurons connu; Et laisse-nous, durant ce jour que tu nous donnes, Sentir en lui ton feu, ta force et ta beauté Et mirer dans les eaux qui reflètent l’automne L’image en un seul corps de notre double été.