La cité des eaux
Le Bassin Noir
Laisse le Printemps rire en sa gaîne de pierre Et l’Hiver qui sanglote au socle où il est pris Jusqu’au torse, et l’Été, grave en ses noeuds fleuris, Près de l’Automne nu qui s’empampre et s’enlierre; Laisse la rose double et la rose trémière Et l’allée à dessins de sable jaune et gris Et l’écho qui répond au rire que tu ris, Et viens te regarder dans une eau singulière.
Elle occupe un bassin ovale et circonspecte; Nulle plume d’oiseau et nulle aile d’insecte Ne raie en le frôlant l’ébène du miroir, Et, de sa transparence où sommeillent des ors, Tu verrais émerger d’entre son cristal noir Le Silence à mi-voix et l’Amour à mi-corps!
L’ENCELADE
Les hauts buis d’alentour bordent un rond-point d’eau.
Aux angles du bassin, devant leurs ombres graves, La Déesse aux yeux durs et le Dieu aux yeux caves Tiennent l’un le trident et l’autre le marteau.
Au centre, enseveli dans un vivant tombeau, Un Encelade tord, sous l’amas noir des laves, Son gigantesque corps qui, nu dans ses entraves, Sent peser la vengeance et le roc pour fardeau.
Sa gorge horrible, tout le jour, a fait jaillir L’écume qui retombe autour de lui, soupir Monstrueux et grondant de sa rage enchaînée.
Mais, avec le soir sombre et l’heure qui s’avance, A mesure, l’on voit, de sa bouche acharnée, Le jet d’eau qui décroît accroître le silence.
LÉDA
Au centre du bassin où le marbre arrondi Entoure une onde léthargique qui tressaille D’une ride qu’y fait, de son bec qui l’entaille, Un cygne se mirant à son miroir verdi, Elle cambre son corps qu’une attente roidit; Son pied nu touche l’eau que son orteil éraille, Et sa langueur s’accoude à la rude rocaille, Et son geste s’étire au métal engourdi.
Les cygnes nonchalants qui nagent autour d’elle Approchent de la Nymphe et la frôlent de l’aile Et caressent ses flancs de leurs cols onduleux; Et le bronze anxieux dans l’eau qui le reflète Semble encor palpiter de l’amour fabuleux Qui jusqu’en son sommeil trouble sa chair muette.