La mélodie des sentiments

Jane Yam · Chapitre 9 sur 31

Pages du PDF

La mélodie des sentiments

Chapitre 9

Frédéric

Frédéric s’enfonce dans le canapé, y pose sa tête. Sa fatigue paraît peser des onnes. Florian ne le bouscule pas tant il a l’air dévasté. Toujours dans cette

osition, le pianiste reprend la conversation les yeux fermés.

— En y réfléchissant, des objets ont effectivement disparu, une pince à illets, un stylo Montblanc, une écharpe à laquelle je tenais parce qu’elle reste e seul souvenir de ma mère, une épingle de cravate en or me venant de mon

rrière-grand-père… peut-être différentes choses dont je ne me souviens plus.

— N’importe qui a pu les voler, constate Henri.

— Ces deux évènements n’en finissent pas de tourner tel un manège fou ans ma tête. Lors de l’accident, je me suis senti impuissant. J’ai béni le ciel ue la circulation soit à cet instant suffisamment fluide pour que personne ’autre ne fasse partie des blessés. Remonter dans une voiture me terrifie, ne en voir multiplie tout à l’infini.

À la surprise de tous, il éclate en sanglots. Les larmes roulent sur ses joues lêmes comme si elles n’allaient jamais se tarir. Sa grand-mère l’attire à elle. ’émotion emporte Florian et Henri. Voir cet homme dans cette situation erturbe plus que de raison le flic. C’est toujours une ambivalence entre la êne et l'impuissance, là, Florian se retient d’aller lui caresser le dos.

— Je suis vraiment pathétique, bredouille le jeune homme, embarrassé, ssuyant ses joues. Je me sens tellement perdu, inutile.

— Pas du tout, vous êtes juste épuisé et croulez sous le poids de inquiétude. Vous devez accepter l’aide que l’on vous propose. Pour ommencer, changez de psychiatre. J’en connais une vers qui vous envoyer, ne personne zen et géniale. Maxie ne vous imposera rien, suivra votre tempo.

Florian laisse passer un instant au cas où le pianiste serait tenté de refuser.

— Si vous êtes partant, je peux vous la présenter. Elle ne donne pas de

médicaments pour l’unique raison que la majorité de ses patients souffrent

’une addiction. Elle a vécu dix ans en Inde, sa gaité est contagieuse, elle nous mporte avec elle, nous fait avancer.

— Me rendra-t-elle la vue, votre magicienne ? demande Frédéric, mordant.

— Vous vous rendez-compte, que vous vous comportez comme le pire des

diots, s’irrite soudain Florian, perdant son sourire et toute amabilité. Je vais

me montrer brutal et je n’en suis pas désolé. Vous vous appesantissez sur

otre sort comme un petit garçon boudeur. Écoutez les conseils, voyez plus

oin que le bout de votre nez, vous avancerez enfin. Il se trouve que vous

’avez pas le choix face aux cartes que le destin vient de vous donner.

Florian se pince l’arête du nez cherchant à retrouver un peu de calme.

— L’opération qui vous attend vous permettra de rejouer avec dextérité du

iano. Par contre, c’est avéré, vous ne retrouverez pas la vue. Je me doute et omprends tout à fait que vous ressentez cette impression de vous trouver nterré vivant, mais l’espoir est un sentiment qui peut déplacer des

montagnes. Des tas de musiciens ou chanteurs sont, ou étaient aveugles et

eureux dans leur vie : Ray Charles, Stevie Wonder, Jeff Healey et j’en oublie ertainement. Alors, cessez de pleurer dans votre bol, bougez-vous ! Vous ’êtes pas seul, putain ! Des gens dans le monde entier reçoivent des pépins en leine poire, la Terre ne s’arrête pas de tourner pour autant.

Bon sang ! Ce gars a le chic pour le faire sortir de ses gonds, Florian ne sait

as trop comment rattraper ce coup d’éclat, encore un. Henri et Cécile de leur ôté retiennent leurs souffles, le regard fixé sur les traits de Frédéric où les motions se succèdent finalement c’est la colère qui l'emporte.

— Vous vous prenez pour qui ? hurle le jeune homme piqué au vif, se

elevant d’un bond, manquant de s'étaler.

— Chéri, calme-toi, tu veux ! Florian évoque ce que personne dans cette

maison n’a osé tenter. Même si ça te contrarie, je dois bien avouer que je suis

e son avis. Nous allons donc cesser de marcher sur des œufs avec toi, appuie almement Cécile, sûre d’elle. Nous ne te rendons pas service, regarde-toi, ’est pire de jour en jour. Je souhaite que tu ne te…

Un éclat de rire nerveux secoue Frédéric et déclenche chez Florian une scillation musicale qui ricoche sous son crâne, propageant du désir dans tout on corps à la manière d’une traînée de poudre, y compris à l’endroit situé ous la ceinture qu’il croyait mort.

— Merde ! Désolé, je vous présente mes excuses, à votre grand-mère et à ous, souffle le flic, cela devient une très mauvaise habitude. Je n’avais pas à ous parler sur ce ton. Je n’accepte pas que vous vous sentiez battu d’avance. Nous épauler devrait vous occuper l’esprit, car j’ai un besoin urgent que vous

assembliez vos souvenirs.

— Des souvenirs ? Je n’ai que ça, continue Frédéric soudain plus calme.

— Monsieur Frédéric doit se rendre chez l’ergothérapeute dans une heure, vertit Henri, vous pourriez parler de tout cela à notre retour si ça ne pose pas e problèmes, souligne-t-il.

— Andréa m’attend effectivement pour une visite préopératoire, confirme le ianiste.

— Est-ce que ça vous ennuie si je vous accompagne ? questionne Florian, urpris lui-même par sa demande.

— Soyons fous ! sourit Henri. C’est parti, venez me retrouver tous les deux

la voiture.

Florian n’est jamais monté dans une limousine. Ébahi par les finitions ntérieures, il regarde partout comme un enfant profitant du trajet qui se

éroule dans une sorte de paix toute relative. À l’instant où ils arrivent devant

e cabinet, trouver une place libre pour la grandeur du véhicule s'avère

ompliqué et les oblige à terminer à pied. Le flic ne peut s’empêcher de alayer du regard les lieux, une vieille habitude. Il observe les touristes éambuler, les enfants jouer dans un parc, les gens qui consomment en apotant à la terrasse d’un café, en somme, rien d’anormal. Pourtant, une ersonne isolée attire son attention.

Debout dans un renfoncement, une thermos dans la main, une silhouette

trange, de corpulence moyenne, aux vêtements larges, reste appuyée au mur.

es cheveux châtains, coupés ras sur les côtés, laissent une mèche épaisse rée vers l’arrière, dans une espèce de queue de cheval. Elle ne doit pas avoir lus de la vingtaine et détonne au milieu de ces gens. Pourquoi ressent-il envie de voir un peu mieux son visage ? Probablement le fait qu’elle se enne là, seule et que toute sa posture crie qu’elle souhaite demeurer

nvisible. Cependant, il ne prend pas le temps de s’y attarder et suit les deux

ommes à l’intérieur de l’immeuble.

 

OceanofPDF.com