La mélodie des sentiments
Chapitre 6
Florian
De son côté, Florian, l’œil acéré, regarde le jeune homme, car celui-ci intrigue. Le sort continue à s’acharner sur lui. Visiblement, il vacille dans ette tempête et les effets paraissent destructeurs. Pendant leur première visite,
lorian ne s’était pas montré trop curieux, heureux d’être à nouveau sur une
nquête, mais aujourd’hui il a été attentif à plus de choses.
Les appartements, rue de Rivoli, le laissent muet. Il est probablement passé evant des centaines de fois sans s’y attarder. Une lourde porte cochère laisse e passage à de gros véhicules. L’immeuble, tout en pierre de taille, d’une
ouleur blanche qui tire vers le jaune, s’élève sur quatre étages. Au second, un alcon en fer forgé court tout du long. La famille Carmichaël, propriétaire occupe tout entier, et loue le reste. La grand-mère les a introduits dans un
mmense hall d’entrée avec tapis épais, console et placard pour y accrocher les
manteaux des visiteurs.
Le salon où ils se trouvent possède une hauteur sous plafond mpressionnante avec des moulures en rosaces. Une cheminée en marbre
ccupe un emplacement central. L’ensemble baigne dans la lumière qui rovient de grandes baies vitrées. Florian a hésité à fouler le magnifique arquet en bois teinté.
Il fixe le duo, si différent. Ces deux-là s’adorent, assurément. Cette femme ui fait penser à une Lilliputienne perdue au creux des bras de Gulliver. Avec on mètre quatre-vingt-neuf, il demeure plus petit. Ce qui n’a en soi aucune mportance. Il se souvient que Charline et lui collectionnaient tous les vinyles
e cet artiste, sa femme assurait que le son ressortait plus clair sur ce support. revient dans la conversation.
— Effectivement, il serait bon que vous vous remettiez de cette histoire. Que s’est-il passé, monsieur Carmichaël ?
— Une voiture, par deux fois, a tenté de nous sortir sur le périphérique. Ce
’est pas que je refuse de vous donner de plus amples informations, mais ce
erait plus judicieux de poser les questions à Henri, plutôt qu’à un putain
’aveugle ! Vous ne croyez pas ? s’agace le pianiste encore un peu pâle.
Florian voit la bouche de Frédéric se crisper. Certes, il a des excuses, mais il
e le croyait pas aussi arrogant. Il ne se sent pas capable de supporter ce rétentieux né avec une cuillère d’argent dans le bec. Il se blinde prêt à envoyer chier, mais se souvient qu’il doit se tenir tranquille, il a un boulot à
ffectuer.
— Revenons à notre enquête en attendant votre chauffeur, dit-il. De prime
bord, tout était simple, un conducteur ivre, banal, sauf que ça prend une autre imension avec le saccage des locaux de l’agence de votre manager.
— Comment ça saccagé ? Pour quelle raison ? Vous avez arrêté quelqu’un ?
emande Frédéric.
— Personne ! Lorsque la voisine nous a avertis, c’était trop tard. S’il n’y vait que ça… le reste risque de ne pas vous plaire.
Frédéric tique, s'abstenant de tout commentaire, attendant sur le qui-vive ce
ui va suivre.
— Avec l’accord des autorités judiciaires, nous avons récupéré les disques
urs et de nombreux dossiers à l’agence. Nos techniciens ont déverrouillé ce u’ils contiennent. Nous possédons désormais quelques réponses. Votre
manager trempait dans un vaste réseau de prostitution. Il en était même le
rincipal instigateur. Nous cherchons ses acolytes. Heureusement pour vous, il ous est apparu très vite que vous n’aviez aucun lien avec celui-ci, annonce lorian.
— Ce sale fils de pute ! éructe Frédéric tout en claquant fortement son
oing dans son autre main. Ne me dites pas qu’il se servait de mes tournées.
— Votre nom, votre renommée ouvrent des portes, il a pu ainsi échapper à
ertains contrôles. Il gérait un service d’escortes. Nous en avons retrouvé
rois. Elles sont toutes étudiantes, approchées lors de vos récitals pour devenir mannequins. Il les adressait à de riches hommes d’affaires, soi-disant, pour
eur ouvrir des portes. Des policiers fouillent dans la liste des portées
isparues. Jusqu’à aujourd’hui, nos recherches nous donnent un fil onducteur pour une possible filière de traite des blanches jusqu’au Maroc, onfirme Ludovic. Il nous faut attendre plus de résultats.
— Tout ce qui se passe est-il lié à lui ? se récrie Frédéric.
— Nous n’en sommes pas certains. Le saccage et les lettres vous pointent u doigt. Les seules empreintes sur celles-ci concernent Keller et votre grand-mère.
Florian, au fil du temps, a découvert que l’on apprend beaucoup en donnant n temps de réflexion aux gens interrogés. Leurs réactions en disent souvent lus qu’ils ne l’imaginent. Il se focalise sur le pianiste. Celui-ci réfléchit, aupières fermées. Son mutisme frôle l’impoli cinglant. Ce mec commence érieusement à lui courir sur le haricot.
Ce gars mérite d’être remis à sa place, pense-t-il. Il s’apprête à s’en charger uand un homme pénètre dans la pièce. Entre 30 et 40 ans, il boîte légèrement. Une cicatrice file de son menton à la lisière de ses cheveux ras, blonds. Son
ôté franc et sûr de lui plaît immédiatement à Florian, qui se lève pour le aluer, souriant.
— Vous devez être Henri.
— Oui, Henri Leclerc, je rangeais la voiture. Tout l’arrière est embouti, je uppose que monsieur Frédéric vous a expliqué.
— Vous supposez mal. Si vous pouviez y remédier, nous en serions ravis.
Henri regarde tour à tour son employeur et Florian, perdu.
— Nous revenions de chez le psycho…
Un grognement monte de la gorge de Frédéric à l’attention du chauffeur. Bon sang ! Être aveugle ne lui donne pas tous les droits. Il se comporte en
effé connard. Florian prend sur lui pour ne pas lui en coller une.
— Continuez, ne vous préoccupez pas des bruits parasites.
— Euh… hésite Henri, tout en jetant un coup d'œil à son employeur,
’accord. Nous venions d’entrer sur le périphérique lorsque j’ai remarqué un éhicule qui imitait tous mes mouvements. Je connais toutes les techniques our semer un poursuivant. Celui-ci, n’était pas doué même s’il nous est
entré dedans deux fois. J’ai anticipé. À l’armée, je conduisais un Hummer en errain hostile.
— Dans quelle unité ? demande le capitaine, intéressé.
— Les fusiliers marins, déployés au Mali jusqu’à ce qu’une mauvaise
lessure m’oblige à revoir mes priorités.
— Comment passe-t-on de l’armée à chauffeur privé ?
— Grâce à l’association Carmichaël qui s’occupe de réintégrer dans la vie
ivile les blessés de guerre.
Henri ne semble pas vouloir s’étaler sur le sujet, il revient sur l’incident ncore frais dans sa mémoire.
— Heureusement que nous étions avec la limousine, cet idiot n’en a pas
enu compte. Je n’ai que peu de renseignements à vous fournir sur le SUV :
as de plaque, noir, sale, aux vitres teintées avec une petite antenne de toit. out s’est passé trop vite. Une chose est certaine, il souhaitait nous envoyer ans le décor. J’imagine sa surprise, s’amuse celui-ci.
— Quel monstre peut envisager de faire tout ce mal ? s’inquiète Cécile se
ordant les mains.
— Désormais, c’est une évidence, sa cible est votre petit-fils. Les tags sur
es murs de l’agence vous sont adressés. Nous détenons des photos, Henri,
ourriez-vous les lire à voix haute, demande Florian tout en tendant quelques
euilles.
— Tout amour fait toujours une mauvaise fin, d’autant plus mauvaise qu’il
tait des plus divin. Sois sage ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Qu’importe ce que peut être la réalité placée loin de moi. Si elle m’aide à ivre. Fugitive beauté, dont le regard m’a soudainement fait renaître, ne te errai-je plus que dans l’éternité ?
Personne ne réagit, Henri rend les photocopies à Ludovic.
— Puis-je dire quelque chose ? demande-t-il.
— Vous pensez à quelque chose en particulier ?
— Ce début de poème Recueillement et ces citations, même si elles me araissent inexactes dans leur retranscription, sont des citations de Baudelaire u’il a mélangées. Il y parle de son amour au début puis de l’absence de celui-i. Il pense à la mort des deux protagonistes. Enfin, ce n’est que ma vision.
Florian reste déconcerté par la sagacité de cet homme.
— Votre analyse est parfaite, Henri. Reprenons dans l’ordre, l’objet de son ésir, Frédéric donc, a disparu. Il ou elle est perdu et se venge. Tant que c’est ur les murs, ce n’est pas grave. Comment connaissez-vous ce poème ?
uestionne Florian, vraiment étonné.
— Je n’ai aucun mérite, lui, Rimbaud et Lamartine m’ont suivi partout, oute ma vie, sourit l’ancien soldat. Le graffeur de ces mots pour moi est
angereux. Il a dû rester un sacré moment dans l’agence. Les voisins ont
orcément vu des mouvements lumineux, ceux d’une lampe frontale par xemple.
— Vous seriez un super flic, s’amuse Ludovic.
Frédéric suit la conversation avec beaucoup de mal et retient seulement u’un cinglé le piste. Son cœur s’affole dans sa cage thoracique. Son angoisse rimpe en flèche, sa tête tourne, sa respiration devient laborieuse, au point u’inhaler provoque en lui une douleur sourde. En hyperventilation, tout rend une ampleur démesurée. Un éclair lumineux traverse ses iris derrière es paupières fermées. Il se sent glisser du canapé vers le néant, enveloppé par
ne chape de froid. La dernière chose qu’il entend est le cri de sa grand-mère.
D’un bond, deux des policiers se précipitent vers lui. Inconscient, il ne sent as qu’ils l’installent sur le canapé. L’autre et Henri prennent en charge une Cécile chamboulée. La voix chevrotante, elle leur demande de bien vouloir le
ransporter dans sa chambre.
— Henri, indiquez-nous le chemin. Il sera mieux allongé sur son lit, tranche
lorian.
Derrière cette foutue fierté mal placée, chez Frédéric se cache une fragilité
ien réelle. Il montre un visage impassible, juste un masque. Les seuls
moments où il est vraiment lui-même se détectent quand il joue, là, il rayonne.
lorian a oublié le mauvais karma du mec pris dans sa colère contre lui.
Une fois dans la chambre, il remarque qu’on a arrangé la pièce pour une
ersonne non voyante.
— Il vient de présenter une méchante crise d’angoisse, murmure Henri. J’ai
éjà vu ça sur le terrain, ces attaques de panique c’est…
Frédéric, entre retour à la réalité et semi-brouillard, ne peut capter toute la
onversation. Perdu dans ce maelstrom de voix et d’odeurs, il préfère se
aisser emporter sans lutter dans les ténèbres.
Henri administre à Frédéric une dose de cheval d’antidépresseurs qui le
end nauséeux et sans force. Ludovic a rassuré Cécile. Avant leur départ de
appartement, Florian a demandé à Henri de bien vouloir ouvrir l’œil. En cas e besoin, il lui a même laissé son numéro de portable. Le petit-fils a beau lui
aper sur les nerfs, Florian s’exaspère de ressentir en sa présence, une sorte
’exaltation. Lorsqu’ils se trouvent dans la même pièce, sa patience a une
âcheuse tendance à se faire la malle. Cet émoi, ou, quelle que soit cette ensation, n’a pas sa place dans son existence.
Un rictus étire ses lèvres en entendant une petite voix amusée, « quel
menteur tu fais ». Une pointe d’appréhension chahute son estomac. Hormis Charline, aucun homme, pas plus avant qu’après elle, n’a éveillé la moindre
nvie de sexe ou de sentiments. Cet emmerdeur, avec son caractère de cochon, araît réactiver aussi cet organe en phase terminale au creux de sa cage
horacique. Florian n’accepte pas d’intégrer cette ambivalence de vibrations.
Un brin de lucidité le fait freiner des quatre fers, se plonger dans l’enquête
emeure pour lui la meilleure solution.
***
— Bon, les gars c’est clair que notre suspect, homme ou femme, nous invite
jouer à son jeu de piste malsain. Gardez en tête, continue Florian, qu’il oursuit un but précis. Ces citations m’ont donné une idée. Sous couvert de elles-ci, il parle de mort et d’amour, sauf que nous savons qu’il n’est uestion là que d’un amour à sens unique, imaginaire. En ce moment, le seul vènement réel auquel il fait face, demeure la disparition de l’homme avec qui
pense partager ce secret.
— Où veux-tu en venir avec tout ça ? demande Ludovic. Tu m’as perdu, là.
— Promettez-moi de ne pas me prendre pour un siphonné se risque Florian.
— Au point où nous en sommes, une connerie de plus ou de moins, lance Hugo.
— La tentative sur le périphérique, les lettres, les tags, je mettrais ma main
couper qu’il s’agit d’une même et unique personne. Par contre, il ne savait
as que Carmichaël se trouverait dans le véhicule lors de l’accident. Dans les ourriers, il menace, aime, souffre de manque, éprouve de la colère qui se
ransforme en rage et en haine. Avec ces passages de Baudelaire, il donne
impression de s’enfoncer encore plus dans la désillusion face à ses
entiments qui ne lui sont pas retournés.
— Je dois être bouché parce que je ne pige toujours rien à tes putains ’explications, insiste Hugo.
— Notre suspect est soit un fan hystérique, soit un érotomane. Attention, ce ’est qu’une intuition, souligne Florian.
— Waouh ! Késako ? tique Ludovic.
— Peut-être que je me plante, mais voilà, je me suis un peu renseigné, pour e fan, vous connaissez. Pour l’érotomane, c’est en règle générale une
ersonne obsédée par une autre. Dans 90 % des cas, il s’agit de femmes qui
ransforment et assimilent ce qu’elles imaginent à un acte d’amour, avec
intime conviction que ce sentiment leur est retourné. Les messages ne sont
ompréhensibles que pour le harceleur. Il passe alors son temps dans un délire assionnel. Il contrôle l’illusion. Souvent, les victimes occupent des postes de restige, ici, tout collerait, Carmichaël est connu, peu de photos de lui irculent. Pourtant, même si son homosexualité demeure cachée, pour moi je ense que nous avons affaire à un homme et non une femme.
— Pourquoi aboutir à cette conclusion ? Ça implique que cette personne
ourrait savoir que Carmichaël est gay. C’est pas un peu tiré par les cheveux ? ouviens-toi, ces plans cul sont tous hors du coup. Qu’est-ce qui lui fait croire
tout ça, à ton harceleur ? persiste Tapier.
— Sans passer pour un macho, une femme n’aurait pas réussi cette
nstallation sur la Porsche, prendre les commandes du joystick… possible.
Dans son monde, notre traqueur ne commet rien de mal. Pour diverses raisons,
est persuadé de détenir l’amour de Frédéric et se montre jaloux de ceux qui
approchent. D’un autre côté, il se peut qu’il respecte le secret de celui-ci,
out un tas de merdes de ce genre encombre son cerveau.
— Putain ! On cherche quoi ? un homme ? une femme ? un fada ? une
corne ? un méli-mélo de tout ça ? s’énerve Hugo.
— Voyons avec Carmichaël s’il se souvient avoir reçu des cadeaux
nonymes ou si des choses ont disparu de sa loge, ça nous donnera un indice, ropose Florian.
— Quel merdier ! Une chance pour lui, rien n’a fuité. Tu imagines quoi
our la suite ? questionne Ludovic, perplexe.
— D’après la psy, il existe trois phases : l’espoir, le dépit, la rancune. En ce
moment, il glisse sur des montagnes russes, dans l’expectative. Il se remémore
e passé, c’est l’espoir. La disparition provoque le dépit. Là, c’est
incompréhension, il a déraillé et je n’arrive pas à comprendre s’il souhaite le
uer ou mourir avec lui. Apparemment, l’agent représentait un obstacle dont il ’est débarrassé, confirme Florian. Si c’est le cas, il risque de devenir agressif,
oire dangereux pour tout ce qui touche notre victime.
— Quel foutoir ! Fan, harceleur, où se dirige-t-on ? On a tout et rien en fait,
rogne Hugo, tranchant.
— L’enquête démarre maintenant, on a connu pire. Je suis quand même ’accord, c’est un sacré sac de nœuds, confirme Florian, en soupirant. Si tu ouvais cesser de ronchonner Hugo.
Maxence, installé devant son ordinateur, écoute en pointillé, son meilleur roupe d’investigateurs disséquer le peu qu’ils possèdent dans le bureau d’à ôté. Il retrouve enfin son ami, le Florian fonceur qu’il connaît, capable de énicher ce que les autres loupent. Il sait décortiquer la psyché d’un suspect vant même de le détenir en salle d’interrogatoire.
Pour qu’il retrouve son poste, Maxence a joué de ses connaissances. Il ne oute absolument pas que son meilleur ami mène à bien cette mission. Depuis a reprise, il se conforme à ses obligations. Le décès de Charline l’a
ratiquement détruit, mais le groupe fait front avec lui. Cette enquête tombe ile-poil pour l’éloigner de ses démons.
***
Une cavalcade dans le couloir pousse Maxence à sortir la tête de son ureau.
— Un problème ? questionne-t-il, les regardant placer leurs armes dans eurs holsters.
— Un meurtre quartier du Pont-de-Flandre dans le XIXe arrondissement. Une jeune femme et vu son identité, il s’agirait de la secrétaire de Keller. J’ai
ignalé à la patrouille de ne toucher à rien avant notre arrivée. La PTS nous uit, hurle Florian, tout en courant.
Maxence sent une pointe d’envie, parfois, le terrain lui manque, il lui mporte d’être présent pour ses hommes. Suite à la mort de Corentin, le seul
mour de sa vie, il a voulu s’éloigner du côté répugnant que revêt parfois cette ie. Il ne l’a jamais regretté, se noyer dans la paperasse et les réunions l’a
auvé. Quand il rentre chez lui, sur sa table de nuit, son mari lui sourit pour oujours, comme soulagé de le savoir à l’abri. Une photo identique se trouve
ans son portefeuille. Il aurait 30 ans aujourd'hui.
Des heures plus tard, il reçoit sur son portable la confirmation que Florian a
u juste. La scientifique passe les lieux au peigne fin. Les premiers relevés
montrent que la victime ne présente aucun signe de défense. L’arme utilisée
orrespond à un petit poignard, ou un couteau de poche de survie, avec une
ame en acier d’une dizaine de centimètres. L’assassin, un droitier, l’a
nfoncée du bas vers le haut, juste sous le sein de la jeune femme. Impossible our le moment, de savoir ce qu’il fabriquait ou cherchait chez elle, ni si les eux affaires sont potentiellement liées. Face à tous ces nouveaux éléments,
Maxence décide de rajouter quelques policiers à cette enquête qui prend une
rôle de tournure.
***
De retour au bureau, Florian n’est pas loin de s’arracher les cheveux dont
uelques mèches s’échappent de sa tresse. S’ils ne manquent pas de
uppositions, les preuves font encore cruellement défaut. En ce qui concerne
n éventuel suspect, c’est chercher une aiguille dans la fameuse meule de
oin. Il lit et relit tous les documents, passant de sa table au tableau sans que
en de significatif ne lui saute aux yeux. Pourtant, il demeure persuadé que uelque part dans tout cet amoncellement, une réponse se trouve là, sous leur ez. Il passe à côté de l’élément qui déclencherait la suite. Celui qu’ils
echerchent manie les pièces du puzzle avec intelligence à la manière d’un oueur d'échecs. Épuisé, il penche sa tête en arrière et fixe les traces anciennes
’une fuite au plafond. Ça n’aide en rien à évacuer la migraine qui pulse à ses
empes depuis quelques heures maintenant. Il masse sa nuque, la réponse ne
sque pas de tomber du ciel. Il se lève et avale un breuvage qui ressemble lus à de la pisse d’âne qu’à du café, n'ayant que ça sous la main. Florian
onge au fait qu’il n’a rien mangé depuis un moment. Il commande des pizzas
our toute l'équipe alors que son esprit s’égare vers cet homme qui hante ses ensées, Frédéric.
Suite à la crise du jeune homme lors de leur visite, le médecin de famille l’a
lacé sous sédatifs. En accord avec la chirurgienne qui l’a opéré et qui
ouhaite, elle aussi, que sa convalescence se passe au mieux, il refuse que la
olice interroge son patient.
Entre ce qui lui arrive et sa prochaine opération, le jeune homme devient lus hargneux et angoissé que jamais. Florian reste cependant persuadé que ans un coin de sa mémoire, le pianiste détient des renseignements auxquels il ’a pas forcément prêté attention. Bon sang ! Il déteste avancer au hasard, ça e rend à la fois nerveux, frustré et agacé. Là, ils affrontent deux morts
iolentes, un trafic de jeunes filles, un réseau d’escortes. Le pivot de tout ce irque est un pianiste handicapé, qu’un fan, schizophrène, érotomane, aranoïaque, ou n’importe quelle autre affection, traque. Ce fantôme doit bien
’amuser à se payer leurs têtes.
Pour une reprise, Florian est gâté, mais au moins, son esprit s’active. À sa rande surprise, l’alcool ne lui manque pas, ses mains ne tremblent plus epuis quelques heures. Son esprit à nouveau affuté lui dit que tout ce fatras st le pire tas d'immondices auquel ils sont confrontés. Soudain, quand un ruit se répercute jusqu’à lui, il bondit sa main sur son arme. Ses doigts etrouvent sans difficulté leur place sur la crosse. Ce simple geste lui a chappé pendant des mois. Ce n’est que la femme de ménage. Il se rassoit.
es collègues sont encore sur la scène de crime.
Dès le début de ses études, il a appris à cloisonner, tout rejoint les petits roirs dans son cerveau. Cette fois, c’est à nouveau le cas. La première piste érifiée avait été les plans cul de Frédéric. Aucun d’eux ne pouvait être leur uspect, leurs alibis en béton en font une voie sans issue. Pour eux, il gagnait a croûte comme pigiste.
Dans le brouhaha du retour de plusieurs équipes, la sonnerie d’un portable ésonne. Florian a besoin d’un instant pour s’apercevoir que c’est le sien. Il iffle pour demander le silence. Ludovic et Hugo, revenus, prennent leur place
leurs bureaux.
— Capitaine Delavent, s’annonce-t-il.
— Docteur Martin, j’ai quelques réponses pour vous.
— Bonsoir docteur, je vous mets sur haut-parleur, merci d’avoir travaillé our nous si tard.
— J’ai terminé l’autopsie. Je souhaitais vous donner mes résultats de vive
oix avant l’envoi de mon rapport. Je confirme les premières constatations.
Cette jeune femme est décédée en quelques secondes. Le couteau a atteint la
eine cave inférieure sous le diaphragme. Je dirais que le décès se situe entre 3 heures et 1 heure du matin. Elle montre un taux d’alcool de 1 gramme 87, our une femme de sa corpulence, c’est énorme. Elle buvait de façon régulière u l’état de son foie. Cependant, si elle a bu chez elle, nous n’avons trouvé ni outeille ni verre sur place.
— A-t-elle été…
— Violée ? Non, ce n’était probablement pas le but de son tueur, ses habits
’avaient pas bougé. Je confirme, aucune marque de défense, soit elle onnaissait son agresseur, soit il l’a surprise. J’attends d’autres résultats ’analyses, mais ne venez pas les pleurer, vous devrez patienter. Maintenant, assons à notre premier dossier. Le véhicule qui a percuté la limousine est un oyota RAV4 de l’année 2006.
— C’est vachement précis, s’étonne Ludovic.
— Je n’ai pas de mérite. Dans la peinture de ce modèle et uniquement dans
elui-là, on trouve une résine qui a été commercialisée cette année-là et qui a té interdite par la suite. Voilà, nous avons fait le tour, et… Capitaine, harmant sourire ou pas, la prochaine fois vous attendrez votre tour, annonce-
elle, mi-figue, mi-raisin, à l’autre bout du fil.
— Vous obtenez vos chocolats, c’est promis ! Merci, doc.
— Avant de terminer cette conversation, je dois vous dire que j’ai laissé une
artie de mon équipe là-bas pour être certaine de ne rien négliger. Mais ’attendez pas de miracle. La scène de crime est plus propre que ma salle ’examen, c’est incroyable. Votre suspect possède un sacré sang-froid, vous evriez peut-être intégrer cela à son profil.
Un silence de cathédrale règne dans la pièce lorsque Florian raccroche, le
isage troublé, semblant réfléchir à toute vitesse.
— Et si ce meurtre était lié à tout le reste ?… Ne peut-on envisager que la ecrétaire détenait un élément que notre suspect voulait récupérer à tout prix ? ance-t-il.
— Donc, pour toi il n’y a qu’une seule personne qui mène la danse, insiste udovic, peu convaincu.
— Réfléchis, si le mec en avait juste après Keller, pourquoi s’en prendre à ette pauvre fille ? Son boulot consistait en quoi ? Gérer des rendez-vous et épondre au téléphone, impossible que le manager l’ait autorisée à accéder à es dossiers chauds.
— Si je te suis, elle prenait donc en charge l’emploi du temps de Carmichaël… ça se tient. Que voulait-il et l’a-t-il trouvé ? s’interroge Ludovic
— Regardons dans les rapports ce qui n’a pas été récupéré par la cientifique.
— Minute papillon ! J’ai un truc là, d’après sa meilleure amie à qui nous enons d’apprendre le décès, elle certifie que notre victime notait tout sur un etit carnet qui manque à l’appel ainsi que son portable et son ordinateur, la ecrétaire rapportait tout chez elle, quel que soit son état, dans un grand sac.
u as vu juste, Capitaine, observe Hugo.
— Merde ! Maxence va devoir solliciter une protection pour le pianiste et eux qui l’entourent. Ce connard tue les gêneurs, gronde Ludovic. Ton nalyse colle, putain !
— Il perd pied et part à la dérive, précise Florian. Notre victime va devoir e bouger le cul. Je vais lui rendre visite avant qu’il ne passe sur le billard.
— Encore ! De quoi va-t-il être opéré ? demande un des flics, surpris. Il ne a pas déjà été ?
— Je ne possède pas d'explications supplémentaires de sa grand-mère. Est-e que ça ennuie quelqu’un si je m’y colle ?
— N’es-tu pas le mieux placé pour ça ? affirme un policier un peu à l’écart, e regard mauvais, belliqueux.
Florian le fixe, pas impressionné, depuis son retour dans le groupe, le gars
e tacle régulièrement, sans qu’il en sache la raison.
— Encore dans un jour médiocre, Alban ? demande ironiquement Ludovic.
Bobonne t’a jeté ?
— Du calme, tout le monde est fatigué, ce n’est pas le moment de se
hercher des poux dans la tête. Alban, je t’ai déjà proposé de changer d’équipe i celle-ci ne te convient pas. Et si tu voulais la tête de chef de groupe, tu as eu out le temps nécessaire pour t’en assurer pendant mon absence. Il te suffisait
’en faire la demande.
Après un petit moment de silence, Florian reprend plus tempéré.
— Je vais en profiter pour remercier tout le monde pour l’aide apportée
epuis le décès de ma femme, sans vous, je serais encore à pleurer dans mon erre. J’apprécie que personne ne marche sur des œufs avec moi. Il revient ers le fauteur de troubles, ce que j’ai traversé me permet d’aider notre ictime, donc le sujet est clos. Si tu souhaites poser des réclamations,
ransmets-les au divisionnaire, si tu choisis de poser une mutation, je ne m’y
pposerai pas. Ceci étant réglé, peut-on reprendre notre travail ? Nous devons oincer ce cinglé, avant que la liste de ses méfaits ne s’allonge. Pour les remiers enquêteurs, terminez de manger et rentrez vous reposer quelques eures. Nous allons bosser en rotation, par équipe de trois et par période de uit heures. Après ces échanges d’amabilité, je ne veux plus rien entendre. auf si ça concerne notre affaire.
Florian, le visage fermé, quitte la pièce dans un silence de plomb sans avoir
ouché à sa pizza, abandonnant derrière lui un Alban vexé, au visage cramoisi, e regard assassin. Avant de poursuivre son chemin, il entre sans frapper dans e bureau de Maxence.
— Vas-y, fais comme chez toi, ne te gêne surtout pas. Un serpent dans ton
ardin paradisiaque ? demande son ami, ironique.
— Je crois que tu vas être dans l’obligation de convoquer Alban. Je ne sais
as ce qu’il me veut et je m’en tape, le travail doit passer avant les égos de hacun. Pour le moment, j’aurais besoin que tu trouves un juge qui accorde ne protection pour les Carmichaël. Notre suspect, homme ou femme, est roche du pianiste, j’en ai pratiquement la certitude.
— Un vulgaire anonyme perdu dans la foule de ses admirateurs ?
— Il faudrait qu’il connaisse notre deuxième victime, peut-être aussi qu’il ôde dans cette sphère… ou pas. Là, je bloque.
— Je te connais, je sais que ta demande est justifiée, mais ça manque de oncret, tu t’en doutes, mentionne Maxence, tout en l’assurant de son soutien.
— Je fonce avec mes convictions, je penche fortement pour un érotomane, u sais, c’est un…
— Prends-moi pour un con pendant que tu y es. Je crois posséder un minimum de culture. De ce qu’il me semble, à moi, ce sont très souvent des
emmes.
— J’en tiens compte, mais ça ne colle pas avec la sexualité de Carmichaël. a assassiné Keller avec une prise des commandes à distance. Ensuite, la ecrétaire avec un couteau : deux crimes, deux modes opératoires différents.
eule la seconde victime pouvait le mener à l’objet de son fantasme. Je parie
mon salaire qu’il va continuer tant qu’il n’aura pas retrouvé Frédéric. Je sais
ue le juge Decaren t’a à la bonne, tu peux lui demander n’importe quoi, joue
ur la célébrité de Carmichaël.
— Bon sang ! Tu n’imagines pas à quel point je suis heureux.
— Que… quoi… qu’est-ce que tu racontes ?
— Je retrouve mon pote à l’esprit aiguisé comme un rasoir, à nouveau à aise dans ses baskets. Tu m’en dois une, mec ! File, je m’occupe du juge. Je ais même envoyer un véhicule banalisé devant l’immeuble. T’es content ?
Florian sort en souriant d’une oreille à l’autre, son monde retrouve un quilibre peu à peu parfait. Même si Charline demeure dans ses pensées, la ouleur s’estompe.
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