La mélodie des sentiments

Jane Yam · Chapitre 16 sur 31

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La mélodie des sentiments

Chapitre 16

Frédéric

Florian sent Frédéric rendre les armes. Le pianiste reste interloqué, jamais il

’aurait toléré un tel degré d’intimité avec personne avant cet homme. Même

’il le refuse plus ou moins, il doit accepter qu’avec lui, il se passe quelque hose qu’il n’a jamais connu. Un incendie dévaste son corps en entier. Malgré

ui, il savoure ce mur solide et musclé contre lui. Son odeur envahit ses sens.

Aucun de ses coups d’un soir n’a éveillé un centième de ces sensations. Il doit

e rendre à l’évidence, jeter ses croyances aux orties. Son cœur bat vraiment

our quelqu’un. Sa vie va-t-elle s’en trouver changée ? Sera-t-il capable de ivre une telle relation ? Et s’il se faisait des idées ? Est-ce qu’une fois ce feu évorant consumé, il restera quelque chose ?

Mis à part avec Cécile, dans sa vie les câlins et les je t’aime n’ont pas xisté. Son père refusait de perdre son temps avec ces futilités. Son jeune sprit ne devait être envahi que par la musique pour devenir le plus grand. Si n plus, il l’avait vu avec un homme, il l’aurait écarté comme un vulgaire nsecte. Quant à sa mère, il ne connaîtra jamais sa position sur le sujet, elle qui

opté pour la manière la plus directe d’échapper à cet homme froid. Il garde

ne rancune envers elle, celle de l’avoir abandonné. Le couple que formaient

es parents a forgé en lui cette certitude que les sentiments mènent à la onfusion et aux complications. Alors pourquoi ce revirement ?

Jusqu’à Florian, il imaginait que son piano et sa musique représentaient

unique but de son existence. Cela le terrifie de ne plus rien maîtriser. Il a été

la fois rassuré et insatisfait de le savoir dans sa chambre. Il a fait tout son

ossible pour éviter qu’il sache qu’il ne dormait pas. Il l’a entendu remuer sur

a chaise et senti son regard sur lui, puis enfin sa respiration se réguler au petit

matin. Tendu et en proie à des envies peu catholiques, il a refusé de se

oulager au risque de réveiller l’objet de son désir brûlant.

La main de Florian dans son dos le transforme en flaque, contrairement à

on membre qui montre à nouveau de l’intérêt. Lorsque le policier murmure on prénom d’une voix sourde, il comprend à sa grande honte, que celui-ci ’est pas passé à côté de sa réaction. Il s’écarte doucement, le rouge mbrasant ses joues.

Aussitôt, Frédéric remonte son mur de protection, son visage retrouve cet ir maussade. Florian est tenté de croire que les iris qui le fixent le voient éellement.

— Nom d’une pipe Frédéric, gronde le flic, désespéré face à son ntêtement, tu oublies un peu vite que celui qui te pourchasse détient tous les enseignements te concernant. Ton adresse personnelle figure sur beaucoup de

ocuments. Nous devons seulement vérifier que ton harceleur ne s’en est pas

ervi à bon escient. Cela nous permettra juste d’écarter cette piste.

— Même si ton crétin de suspect a pu s’y rendre, et cela reste à prouver, il ui sera impossible de franchir l’entrée, c’est un vrai blockhaus.

Henri entre au bon moment avec du café puis regarde les personnes résentes tour à tour.

— Si je puis me permettre, il serait judicieux de prendre un autre véhicule moins reconnaissable que la limousine.

— Si ça peut aider, nous sommes venus avec notre Cherokee, les vitres sont eintées. Il y a sept places, relève Karl.

— Bien vu, Henri, je vous laisse la BAC avec Violaine et Marc. Merci, monsieur Messanguer.

— Puisque nous sommes appelés à nous voir souvent, je suggère que nous ous appelions par nos prénoms, Philippe et Karl.

— Au cas où notre suspect se planquerait dans le coin, nous n’allons pas lui aciliter la tâche. Nous vous retrouverons au Musée du Louvre, à moins que

ous ne préfériez le café Marly ? demande le capitaine.

— Nous stationnerons en double file devant le café, le temps pour vous, de rimper dans notre voiture.

***

Voilà, c’est parti, bientôt Florian va savoir si son instinct est toujours aussi

ffûté. Plus ils s’approchent, plus Frédéric devient tendu. Ses doigts tapotent a cuisse dans un rythme croissant.

Arrivés devant l’immeuble cossu, il se stoppe avant de descendre du

éhicule, puis Florian lui ouvre la portière et aide le musicien à en sortir. Le ic, sur le qui-vive, étudie les lieux, même si le quartier respire l’opulence,

ucune indication ne permet de savoir qu’une célébrité vit ici. Dans la rue, la irculation est habituelle, les piétons filent sans s’occuper d’eux. Tout semble ormal, un peu rassuré, il pose sa main sur le bras de l’homme à ses côtés. Les

mains tremblantes, Frédéric lui tend son trousseau.

À première vue, la porte de son duplex n’a pas été forcée et lorsque Florian

nsère la clé, un cliquetis se fait entendre. Frédéric, accroché à son bras,

marque un temps d’arrêt, obligeant tout le monde à patienter à l’entrée, puis

vance à l’intérieur.

Le capitaine écarquille les yeux devant la magnificence du cadre, il n’a

amais vu un endroit si superbement décoré. Tout a été choisi avec goût.

ourtant, cet appartement lumineux, doté d’une grande élégance, reflète un

manque de vie, un peu comme aseptisé, il en ressort une certaine froideur. À

ôté, son lieu de vie semble miteux. Trop occupé à examiner la pièce

uxueuse, il emboutit Frédéric qu’il a carrément abandonné au milieu de la

ièce. Celui-ci tétanisé sursaute à son contact brutal. Le musicien n’a toujours as bougé, le front plissé, aux aguets. La scientifique attend la permission de

eur supérieur pour s’engouffrer à son tour.

— Que se passe-t-il ? questionne Florian.

— Quelqu’un a pénétré chez moi !

— Comment peux-tu être si catégorique ?

— Ça sent la vanille ! J’ai cette odeur en horreur, elle est mêlée à autre hose… C’est écœurant !… C’est dingue… on dirait…

Frédéric arrête de parler, cherchant à quoi se rapporte cette essence…

— C’est étrange, j'y retrouve une partie du santal de mon parfum.

Florian ne perd pas de temps à douter, le harceleur utilise donc une essence

la vanille, Frédéric une au santal, normal de les retrouver sur les lieux. Il fait

igne à la PTS de démarrer ses recherches. Il avait raison de penser que son inglé viendrait en ce lieu.

— Karl, Philippe, pourriez-vous rester dans un coin avec Frédéric en renant soin de ne toucher à rien, tant que les relevés ne sont pas effectués.

Sans attendre une réponse, le limier en lui totalement réveillé, avance, tudiant tout sur son passage, suivi par un technicien.

— Les cadres ont été touchés, au vu de ta maniaquerie, tu n’as pas pu les aisser désordonnés de la sorte, annonce-t-il glacial. Frédéric, ton piano ? Ouvert ou fermé ?

— Toujours fermé à cause de la poussière.

De l’index, il désigne l’espace ouvert à une jeune femme cachée derrière un masque et une combinaison, sans le signaler au pianiste. Comme il s’y

ttendait, tous ces éléments mis bout à bout prouvent que quelqu’un est

ffectivement passé. Elle pose un cavalier chiffré 4 jaune à ce nouvel mplacement et prend une photo, puis à l’aide d’un pinceau, passe de la oudre noire. Les cônes orange de marquage s’échelonnent sur le chemin du isiteur fantôme.

— Je monte, grimace Florian. Comment notre suspect a-t-il découvert cet ndroit, si ce n’est dans ce qu’il a récupéré chez Marlène.

— Encore une connerie que je dois à Keller ! rage Frédéric dans son coin ors de lui.

Florian, sans un mot, pointe les balustrades à un autre technicien.

— Ludovic, du nouveau de votre côté ? demande-t-il dans son portable, tout n se dirigeant vers l’étage. Quelqu’un a récupéré les vidéos des récitals…

videmment, que je sais que la victime n’utilise pas les réseaux sociaux, mais

es fans, si. Concentrez-vous dessus pour l’instant. Préviens Hugo qu’il a éboulé chez Frédéric, oui je sais, ça peut être « elle », mais je suis sûr de moi. a PTS pratique les relevés. Je vous tiens au courant, salut.

— Tu as vu juste pour la visite, lâche Tapier à l’autre bout du téléphone.

— Ça ne me rend pas plus heureux pour autant, s’agace-t-il avant de

accrocher.

Du regard, il balaie les lieux, envahi par un sentiment étrange alors qu’il se

éplace vers le dressing. Il enfile ses gants et repère les tiroirs mal fermés, uis les ouvre en grand. Nom d’un moulin à poivre ! Ainsi le sage ne l’est pas

ant que ça, il peut apparemment se montrer torride et aventureux. Quelles urprises lui réserve-t-il encore ? Il imagine son joli derrière moulé dans cette oie et cette dentelle tout en s’évertuant à ignorer le brasier qui enflamme son

entre. Jamais Florian n’a imaginé voir un homme dans ces vêtements, pour

ui, il en est aux simples boxers en coton. Soudain Florian n’a plus à ’inquiéter que les agents de la scientifique remarquent son érection. Celle-ci e fane d’un coup lorsqu’il se retourne vers le lit. Sur l’oreiller, une rose rouge

renat à longue tige donne l’illusion d’une tache de sang. Ce n’est pas avec a que Frédéric va se sentir mieux.

— As-tu trouvé quelque chose ? hurle justement celui-ci.

— Tes tiroirs sont, je suppose, toujours fermés, eux aussi ? demande le

apitaine de l’étage.

— Ce n’est pas de ma faute si je suis un peu maniaque, s’irrite le pianiste.

— Ils ont été fouillés ! Je suis désolé.

— Putain ! Ma vie est ouverte à tous les vents ! vocifère-t-il, passant du

lanc au cramoisi.

Florian rejoint le petit groupe à l’entrée et envahit son espace, murmurant à

on oreille, les yeux fixés sur le pouls battant de son cou.

— Tu as le droit de porter ce que tu veux, personne n’a à te juger. J’ai emandé à ce que l’objet du délit reste fermé vu que rien ne semble avoir été ougé, alors du calme, ça va aller.

Le musicien abaisse ses paupières de soulagement, sa pomme d’Adam ouge en mouvements rapides, témoin de son stress. Florian prend sa main, il e fiche qu’on les voit, d’autant que les autres le regardent bizarrement devant e tutoiement venu automatiquement depuis quelques heures. Le jeune omme ne le repousse pas.

— Mesdames, messieurs, vous devriez obtenir des preuves sur tous les ndroits signalés. Je compte sur vous, et ce, pour hier si possible, ordonne-t-il out en lâchant le pianiste.

— En plus des cadres, des livres, du piano, des partitions, tu souhaites que a chambre soit vérifiée avec les deux premiers tiroirs, insiste Laura, sous son masque. En ce qui concerne la cuisine, je n’ai rien remarqué.

Elle bosse avec Florian depuis longtemps et connaît son système de onctionnement sur les scènes de crime. Il met toute sa confiance en elle et on équipe.

— Faites attention au piano, s’il vous plaît. Demandez à des pros de ettoyer après vous, merci. Laura, nous quittons l’endroit. Tu trouveras un ruc sur le lit, lui glisse-t-il à l’oreille en vérifiant que le musicien ne l'entend

as.

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