La mélodie des sentiments
Chapitre 7
L’ombre
Depuis que l’ombre a l’âge de raison, elle a compris que son géniteur est un onnard de première et que sa mère ne vaut guère mieux. Leurs besoins onstants d’argent, leur vision étriquée du monde les laissent profondément en marge de la société. Très tôt, elle a repéré les moments où il lui fallait se
lanquer devant les délires alcooliques de celui qu’elle hait autant que ce onnard de Keller.
Elle a perdu espoir pour son idiote de mère. Cette pauvre folle croit que le eigneur l’aidera à sauver son pochetron de mari. Elle a mis au monde un mioche qu’elle ne voulait pas. Elle a fini par devenir la copie conforme de son
onhomme. Ils finissent ronds comme des barriques, jusqu’à se foutre sur la ueule, obligeant les voisins à appeler les poulets.
Les services sociaux n’ont pas envisagé une seule seconde de retirer enfant, ombre malingre et transparente, de cette baraque. Ils ont persisté à erser les aides qui sont passées dans les bouteilles. Pour échapper à ses ortionnaires, elle s’enfermait et s’isolait dans l’antre qu’elle s’était aménagé
ans les combles quand tout devenait trop lourd, rêvant qu’un jour, tout omme Mulan, en vraie guerrière, elle transpercera ses dragons de son épée.
Des plaies suintantes, laissées par une lame de rasoir, marquent le haut de es cuisses lui permettant de se sentir vivante. Elles lui renvoient une ouissance nécessaire tout en évacuant son mal être.
Ses démons la poursuivent jusque dans son sommeil. Elle se voit toujours nfermée dans ce placard puant l’humidité, sans eau ni nourriture, jusqu’à ce ue l’un d’eux se souvienne l’y avoir jetée. Rien que d’y penser, la bile emonte dans sa gorge.
Si les petits culs-terreux du quartier qui passaient leur temps à la railler vaient su qu’elle volait pour obtenir ce dont elle avait besoin pour vivre, ils
auraient tabassée pour prendre ce qu’elle possédait, la dure loi de la rue. ’école n’ayant jamais été sa priorité, elle avait préféré vendre son corps sur
es banquettes arrière dans des impasses mal éclairées pour une misère. Plus amais, elle ne servira de tête de Turc à qui que ce soit.
De petits boulots en emplois merdiques, on a fini par lui proposer une place
ans cette boite d’évènementiel pour suivre un mec qui joue du piano. La
musique classique représente une daube pour vieux. Mais au moins, elle
ouche un salaire qui lui permet de vivre dans un meublé. Plus de prostitution
t même si L’ombre se scarifie moins, l’anxiété et l’angoisse restent tapies ans son esprit.
Seule la lecture lui a sauvé la vie et lui donne l’occasion de s’évader, d’être
ne autre. Enfin, elle ne se sent plus à l’étroit dans sa peau, plus une moins ue rien. Un bonheur tout neuf éclaire son univers, comble son cœur. Les
ourments, les nuages sombres disparaissent. Bientôt son existence sera celle à aquelle elle a toujours aspiré.
Frédéric illumine tout sur son passage, lui adressant des mots gentils. Il lui
ourit, connaît son prénom alors que pour les autres, elle n’est que « hep ! toi à-bas ». Le voir embrase ses journées.
Chaque fois qu’elle se glisse dans sa loge, elle y trouve des petits cadeaux
hoisis avec attention. Leur relation doit rester secrète, sinon les jaloux se eraient une joie de démonter leur histoire : la même que celle de Tristan et seut. Elle se fiche de leur différence de milieu. Dans l’entourage de son aimé irculent des personnes malsaines. En premier lieu, ce faux-cul de Keller qui e cesse de lui hurler dessus, ce qui l’agace au plus haut point. Si cet abruti
avait tout ce qu’elle a découvert sur lui, il en resterait pétrifié. Elle connaît ous les secrets des deux hommes.
Frédéric mène une double existence, il sort avec des hommes, louvoie pour
’échapper des griffes de son agent et les retrouve dans divers hôtels, rendant
’ombre malheureuse comme les pierres. Il la teste, mais à la fin, c’est elle u’il aimera à la face du monde. Le plus dur demeure pour elle les périodes de
epos entre deux tournées ou deux récitals. Ne pas le voir ouvre une plaie
éante en elle. Pendant ses concerts, il ne joue rien que pour elle. Pour imaginer plus proche, elle porte le parfum aux notes de santal qu’elle a
hapardé quelques jours avant.
Elle l’a entendu dire au téléphone qu’il souhaite cesser les longues tournées, out ça à cause de ce Keller. Pour des raisons différentes, l’agent et elle s’y
pposent. Ce pervers se comporte comme un porc avec le personnel. Si elle rrive à l’écarter, un autre manager moins chiant prendra sa place. Mettre de
a drogue dans sa voiture risquerait de rejaillir sur l’amour de sa vie. Pourtant,
et être malfaisant doit dégager du paysage. Des tas de scénarios virevoltent ans son esprit enfiévré. Au petit matin, parfaitement lucide, elle se lève, un lan bien établi en tête. Son budget va en prendre un coup mais le jeu en vaut
a chandelle. Elle ne doit rien laisser au hasard. Pleine de fureur, elle traverse es rayons, choisissant avec soin tout ce dont elle a besoin. Son sac plein, elle e dirige vers un parking, du travail l’attend.
***
Pourquoi obliger Frédéric à se rendre à cette soirée ? Ce connard de Keller e sent jamais quand il dépasse les bornes. Aucune chance qu’il arrive à ses ns, il ne le sait pas encore. Se faufilant à cette réception, elle remarque sur le isage de son adoré, le masque des mauvais jours. Le corps de celui-ci vibre e frustration, manifestement, il s’emmerde, la rage couve en dedans.
Soudain, L’ombre le voit traverser la salle noire de monde en zigzaguant our rejoindre son manager. De l’endroit où elle se tient, elle imagine la iscussion tendue. Devant l’air déconfit du couple près de l'imprésario, elle se ord de rire. Personne n’a remarqué la jeune fille qui les accompagnait
isparaître, tirée vers la cuisine par un homme habillé en serveur comme
outes les autres fois. Encore une pauvre petite princesse qui va rejoindre le
etit cheptel de Keller. La silhouette longiligne continue d’épier le duo, en riorité sa marionnette, prête à suivre Keller dès qu’il quittera les lieux. En un lin d’œil, l’agent et Frédéric disparaissent. Elle les repère au moment où ils e dirigent vers la sortie.
NON… NON ! Ça ne doit pas se dérouler de cette manière. Son sang se lace dans ses veines. Son cœur manque un battement. Pourquoi Frédéric rimpe-t-il dans cette Porsche ? Toutes les autres fois, il a pris un taxi. mpossible de reculer, le mécanisme est réglé à la minute près, ça doit se
érouler au crépuscule.
Pour la réussite totale de son projet, la voix lui a certifié que les planètes
evaient être parfaitement alignées, c’est le cas ce soir. Bon sang ! L’ombre vait imaginé que Keller serait seul. La sueur roule sur sa peau, mais tout ce evirement ne l’empêche pas d’anticiper, avec une joie malsaine, la disparition
e cette larve. Elle va devoir jouer serré, car sa marge de manœuvre entre hôtel et le lieu d’impact prévu n’est pas très longue. Elle réfléchit à toute itesse, au pire, l’airbag côté passager est intact, il lui suffira de bloquer la einture de sécurité et son Frédéric sera juste un peu secoué.
Sur son moniteur, la voiture démarre, elle suit avec frénésie le trajet du éhicule, puis prend les commandes. Elle aimerait voir la tronche de ce onnard égocentrique alors qu’il perd le contrôle du véhicule, que toutes ses entatives pour récupérer la maîtrise de la Porsche sont vaines.
L’écran se brouille au moment du choc. Lorsqu’elle arrive sur les lieux, les
ompiers, les flics et le SAMU sont là. Il ne reste pas grand-chose de la oiture clinquante. Du super boulot ! Le plus gros du choc se situe côté onducteur. Un corps repose sous un tissu blanc. Le roi est crevé, vive le roi,
e visage de L’ombre reflète à la fois sa joie de voir l’autre étalé sous ce drap
t le questionnement face au départ de Frédéric avec les secours sur une ivière. Maintenant, elle doit patienter, poser des questions est trop risqué.
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