La mélodie des sentiments
Chapitre 25
Florian
Au réveil, alors que la pièce reflue d’odeur de sexe, ils se trouvent toujours
ans la même position, l’estomac grondant. Le visage de Frédéric repose dans
e creux du cou de Florian.
— Je suis monté au paradis, murmure le pianiste. Je ne savais pas que ça
ouvait être si beau et si bon. Il y a des mois que des notes de musique n’ont as résonné aussi clairement dans mon esprit. C’est une sensation étrange, ouvelle, je me sens un autre homme prêt à relever les défis.
— Et c’est bien, mon chat ? demande Florian effleurant la peau de son
mant de ses doigts.
— Tu ne l’imagines même pas ! J’adore ce petit surnom que tu me donnes.
— Tu seras toujours mon petit chat, sourit-il avant de reprendre son sérieux.
u te doutes bien que les douleurs de nos passés respectifs ne vont pas isparaître en un claquement de doigts, que des peurs et des questions vont ontinuer à se poser.
— Ça va être plus facile à deux. Je ne te demande pas d’effacer ce que tu as
écu avec Charline, tu es l’homme qu’elle m’a laissé. Je connais aussi ces ensées qui rôdent en toi qui te donnent la sensation que tu la trompes.
— Tu es dans le vrai. Je sais pourtant que mon cœur est tourné vers toi
ujourd’hui, mais c’est arrivé si vite après son décès. Malgré tout, je ’envisage pas de tout laisser tomber, mes sentiments sont très forts. Que tu
ois aveugle ne me pose pas de souci, arrivera le jour où ta main te permettra
e rejouer. Comme tous les couples, nous nous prendrons la tête et il y aura es réconciliations sur l’oreiller…
La voix moqueuse de Cécile résonne du rez-de-chaussée jusqu’à eux.
— Je suis une vieille femme, mais moi au moins, je ne suis pas sourde, je récise au cas où par hasard il vous resterait un doute. Votre portable sonne vec insistance depuis un moment, Capitaine. Si vous pouviez lâcher mon etit-fils et descendre céans, se moque-t-elle.
— Elle va bien ce matin? Tu peux m’expliquer ce qui lui prend à parler omme si nous étions encore à l’époque des rois ?
— Plus tard, mon chat ! Là, je crois que ça urge. Je me douche et je file, este un peu au lit, continue-t-il en posant ses lèvres sur son front.
Au bas de l’escalier, il tombe sur deux curieux, qui l’observent moqueurs. Il emblerait qu’ils se soient montrés bruyants.
— Bonjour à vous deux, rougit-il, en prenant son portable des mains ’Henri.
— Allo ! Maxence, je t’écoute.
Sur le visage de Florian, la surprise envahit ses traits, puis un large sourire tire ses lèvres. Jamais il n’a eu à l’esprit que Maxence donnerait son utorisation, mais son ami a compris qu’il en ressentait le besoin. En liesse, il onfie son amant aux deux fouineurs et grimpe dans la voiture envoyée par on supérieur. Ce dernier le rappelle pour qu’il participe à la fouille chez
étrier, demandée par le magistrat. Ses points de suture le lancent, ses
crobaties de la nuit précédente n’ont rien arrangé. Il enrage de ne pas être du ombre de ceux qui l’arrêteront, mais il aurait pu n’être que spectateur de ette pièce qui se joue.
Ses collègues n’attendent plus que lui pour foncer chez le harceleur de rédéric. Il ne leur faut que quelques instants pour se rendre à l’adresse qui gure sur les papiers pour la perquisition.
Le suspect vit au rez-de-chaussée d’un immeuble en très mauvais état dans e XIIIe arrondissement de Paris. Personne ne répond à leurs coups de onnette. Une jolie jeune femme noire écarquille les yeux devant leur nombre mportant. Elle resserre ses bras autour de son enfant.
— N’ayez pas peur, nous cherchons monsieur Létrier, précise Florian.
— Je ne l’ai pas vu depuis plusieurs jours, mais il n’est pas bruyant, répond-
lle, timidement. Je ne sais jamais s’il est vraiment là ou pas. On dirait une mbre.
— Merci, bonne journée à vous.
Les policiers lui donnent le temps de sortir. Aidé d’un bélier, un des agents
nfonce la porte, ne sachant pas à quoi s’attendre. Une odeur de moisi, âcre et gressive, les saisit à la gorge, ils découvrent une vraie porcherie. Le studio se ompose d’une pièce de vie avec un coin cuisine, d’une salle de bains si on eut nommer ainsi cet endroit sale et plein de rouille. Un monticule de aisselle sale surcharge un évier qui n’a pas dû être récuré depuis un sacré
moment. La poubelle déborde, une table bancale trône au milieu de la pièce
rincipale et un vieux matelas à même le sol représentent l’ensemble de son
mobilier, pas de chaise, pas de télévision. Les premiers à rentrer demeurent
tatufiés devant ce qu’ils constatent.
Qui se permet de louer des appartements dans un état pareil ? C’est
mmonde ! Le seul coin lumineux de l’endroit est réservé à Frédéric et jure
vec le reste, un vrai mausolée. Des affiches de spectacle sont punaisées au
mur. Dans une vieille boîte en fer, ils trouvent des objets qui appartiennent
ans aucun doute au pianiste. La rage de Florian se trouve écrasée par cette
ision représentant un réel manque d’humanité d’où ressort l’isolement, la échéance d’un homme, même si cela ne l’excuse pas. Sur une étagère ranlante, ils récupèrent une trentaine de livres de poche, pour beaucoup de la oésie, usés pour certains à force d’être lus, juste à côté des CD de Frédéric ncore emballés dans leur plastique.
— Merde ! Comment peut-on rester sain d’esprit dans un tel taudis ?
bserve tristement Ludovic.
— Il ne vit que pour le musicien, enchaîne Hugo, montrant le coin de la
main.
— Regardez ce que je viens de découvrir, les coupe un des flics, c’était dans
n buffet, à côté des plaques chauffantes.
Il tient un ordinateur portable éclaté, un carnet et un téléphone.
— Ce sont les affaires de la deuxième victime, non ?
Le tout gagne les sacs à scellés. N’ayant plus rien à trouver, ils referment la orte et posent des bandes rouges en travers de celle-ci. Lorsqu’ils ranchissent le hall de la criminelle, Maxence les attend et tourne comme un
on en cage.
— Réunion en salle de conférence, lâche-t-il, sourcils froncés.
Florian demeure calme puisque personne ne sait où se cachent Frédéric et Cécile. Tout le monde se tient sur le pont. Maxence siffle pour demander le
ilence.
— Grâce à vous tous, nous touchons enfin au but. Florian, désolé, c’est udovic qui va prendre ta place sur le terrain. Ce serait trop risqué pour toi vec ta blessure, j’ai déjà outrepassé les ordres en te donnant l’autorisation our la fouille, on verra à l’interrogatoire.
Voyant Florian prêt à parler, sur un signe de la main, il lui intime de se taire t continue.
— Le suspect reste introuvable, je parierais qu’il se planque non loin de habitation de sa proie. Les preuves s’accumulent, obtenir des aveux clôturera otre dossier en beauté. Alban a vérifié un truc pour nous, vas-y, on t’écoute.
Depuis qu’ils se sont expliqués, le flic et le commandant sont arrivés à la onclusion qu’il serait mieux pour lui de poser sa mutation. Le lieutenant n’a
en contre Florian, il n’accepte pas qu’il ait récupéré un poste aussi important
près avoir fait un passage chez les alcooliques anonymes. Pour lui rien ne rouve qu’au premier pépin le capitaine ne replongera pas. Il quittera donc le roupe sur convenance personnelle lorsque l’enquête sera terminée. Alban alaie les visages de ses collègues et commence :
— Les habitations haussmanniennes appartenaient à de riches familles qui ogeaient leur personnel dans les derniers étages au cours des années 1900. Ces gens ne devaient pas sortir par le devant des demeures, mais utilisaient
ne porte arrière dérobée. C’est l’intendant, monsieur Henri, qui nous a ermis de la découvrir, elle est devenue un placard pour les employés de entretien. On va s’en servir ce soir. Le suspect verra tout le monde rentrer,
mais pas ressortir, il pensera que le musicien est en haut alors qu’on l’aura
écupéré derrière.
— C’est complètement dingue, explose Florian, s’agitant dans tous les sens.
Il quête une aide chez son commandant qui lève les épaules comme
mpuissant se demandant quelle mouche l’a piqué.
— Pendant que tu effectuais la perquisition, monsieur Carmichaël a donné
on accord. Désolé, c’est lui qui est impacté par cette histoire, il veut nous ider à coincer cet enfoiré. Il a seulement demandé à ce que tu l’accompagnes.
Henri vous attendra dans la ruelle pour vous ramener à l’hôtel.
Un gardien de la paix ôte à Florian la possibilité de répondre. Il confirme
ue les gars en planque viennent de repérer le suspect qui fait le guet rue de
Rivoli.
— C’est parti, Florian, Ludovic, Hugo, allez chercher le pianiste. J’espère
ue notre petit rigolo ne va pas flairer le piège. Entre chien et loup, vous
entrerez ensemble, les gars du RAID vont se servir du placard de Narnia pour ’installer dans les étages et dans l’appartement. Il ne pourra pas fuir, il va être ait comme un rat. Les habitants ont été avertis qu’ils devaient s’absenter pour
n petit moment. Nous leur offrons l’hébergement. Ludovic pense à mettre un isque sur la platine, il doit croire que le pianiste joue et l’éclairage reste
amisé.
— Ce taré ne va rien voir ? s’énerve Florian. Et s’il est armé ? S’il tire ?
Maxence et le groupe le fixent comme si d’un coup il devenait une autre
ersonne.
— Bon sang ! Je ne comprends pas tes réactions, tu nous fais quoi là ? Il ne
erra que ce que l’on veut bien lui montrer, quatre personnes qui entrent, trois ui sortent. Il est tellement focalisé sur son but, qu’il ne s’étonnera de rien. Il
aura des tireurs sur les toits d’en face. Si ça peut te rassurer, je fais partie du ispositif. Bien ! Tout le monde prend en compte que ce mec est dangereux et
nstable.
Un silence plane, chacun perdu dans l’affaire en cours. Le capitaine semble e reprendre.
— Je n’ai pas prévu de mourir aujourd’hui, ni moi ni personne, il a laissé asser sa chance, grogne Florian. Les gars, on y va.
Maxence reste muet quelques secondes interloqué par le ton et le omportement étrange de son ami. Il ne lui a plus vu ce regard depuis des ustres. Quelque chose a changé, il n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui a
rovoqué ça. Il se sent heureux de retrouver chez lui cette étincelle qui disait,
je suis invincible ».
— Il a mangé du lion ? demande Sophie bouche bée.
— Tant qu’il demeure dans cet état d’esprit, Lieutenant, ça me va, répond le ommandant. J’espère seulement qu’il a retenu qu’il ne fait qu’accompagner monsieur Carmichaël, grogne Maxence.
Il termine avec ceux qui attendent le top départ.
— Chacun de vous connaît sa partition, maintenant que notre cinglé est bien nervé, il se trouve en situation parfaite pour se planter, go ! Attrapez-moi ce iphonné.
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