La mélodie des sentiments
Chapitre 17
L’ombre
Installée en face de l’immeuble, elle se remémore la chute de la vieille. Ses
eux écarquillés lui ont donné un sentiment jubilatoire. La garce n’a pas cru
on petit discours et elle a vu son visage. Si elle s’en sort, elle va devoir la
quider. Par sa faute, elle vient d’entrer en pleine lumière effaçant tout effet e surprise. Malgré tout, elle a su se montrer plus maligne qu’eux. Le remue-
ménage provoqué par l’attaque lui a permis de s’enfuir par l’ascenseur pour
egagner son poste d’observation débarrassée de son déguisement. Jusqu’à
résent, elle était la maîtresse du jeu, elle n’est plus sûre de le rester. La rage étouffe devant la perte de l’avance gagnée, ce nouvel obstacle ne fait que
’ajouter aux autres. Une logorrhée de pensées, plus envahissantes les unes
ue les autres, s’aligne dans son cerveau enfiévré. La voix courroucée dans sa
ête se montre insistante.
— Tu n’es qu’une sombre abrutie, une minable, une ratée. Toi avec le
ianiste ? Laisse-moi rire.
— Connasse ! Tu dis deux fois la même chose et ferme ta gueule, tu ne sais
as de quoi tu parles !
C’est humiliant, elle n’est qu’une boule de nerfs. Dans la précipitation, elle commis une erreur de taille. Voir Frédéric avec ce connard aux cheveux
ressés lui a fait perdre de vue son but initial. Un feu intérieur la déchire. Une
ordée de jurons jaillit et ses poings serrés s’ankylosent à force d’être crispés. lle approche dangereusement du précipice. Attablée à la terrasse du café, son
ac contenant sa tenue de livreur caché entre ses jambes, elle essaie de se ondre parmi les autres clients.
Les pompiers, sirène hurlante, se sont stationnés suivis d’une nuée de flics,
n vrai désastre ! Ils ont mis un moment avant de repartir sans gyrophares.
Qui est monté avec cette vieille bique ? Apercevant les policiers intercepter
ous ceux qu’ils croisent afin de vérifier leur identité, elle se tasse, son cœur
xécute une embardée à leur approche.
— Papiers s’il vous plaît ! demande l’un d’eux, peu aimable.
Elle les tend sans trembler.
— L’adresse est bonne ? continue le flic, alors que l’autre note les enseignements sur une tablette. Vous venez souvent ici ?
— En général, c’est calme.
— Vous n’avez rien remarqué depuis votre arrivée ?
— Comme quoi ? demande-t-elle, une nuance de défi dans la voix.
— Une personne au comportement étrange qui serait sortie de l'immeuble 'en face.
— Je n’ai pas vraiment fait attention, désolée. C’est grave ?
— Une tentative de cambriolage ratée, vous vous trouvez loin de chez vous, nsiste-t-il, lui tendant sa carte tout en le fixant.
Putain ! Il va lui lâcher la grappe, ce crétin !
— J’aime me balader et l’ambiance ici est bonne. Ce n’est pas interdit ?
— Non, en effet. Bonne journée.
Un signal d’alerte clignote dans sa tête, même s’il est impossible qu’ils tablissent un lien. Pour le moment, elle doit augmenter ses précautions. Tout art en vrille. Sur sa messagerie, elle vient de récupérer un ultimatum de son oss. Tous ces connards se trouvent en compétition pour l’emmerder. Même on banquier se joint à la fête. Il souhaite le voir renflouer son compte au plus
ite. La veille, son propriétaire l’a traqué pour le paiement du loyer. Sa vie se
estreint comme peau de chagrin. Qu’en est-il de tous ces ignares qui ffirment que les grandes douleurs sont muettes ?
Le poème de Louise Ackermann De la lumière lui revient, elle s’en récite uelques vers qui en général l’apaisent.
« Parfois, son désespoir confine à la démence.
Il s’agite, il s’égare au sein de l’Inconnu,
Tout prêt à se jeter, dans son angoisse immense,
Sur le premier flambeau venu.
La Foi lui tend le sien en lui disant : “J’éclaire !
Tu trouveras en moi la fin de tes tourments.”
Mais lui, la repoussant du geste avec colère,
A déjà répondu : “tu mens !” »
Ces vers paraissent écrits pour elle. Ressentant cette sensation curieuse
u’elle s’enferre de plus en plus dans un piège et calcule avec effort son coup
uivant dans ce jeu d’échecs.
OceanofPDF.com