La mélodie des sentiments
Chapitre 24
Frédéric
Une main frôle sa joue, le tire du sommeil. En quelques secondes, il prend onscience de ce qui l’entoure, du corps contre le sien, de cette odeur qui ’inscrit dans son cerveau.
— Tu ronfles, se moque Frédéric.
— Menteur, balbutie-t-il.
— Je t’assure que si, Henri pourra te le confirmer.
— Il dort avec nous ? Chouette, un trio ! J’ai toujours voulu savoir ce que onnaient trois gars dans un lit, s’amuse Florian.
— Connard ! gronde le pianiste.
— Comment s’est déroulé ton rendez-vous avec Maxie ?
Frédéric se glisse doucement contre le torse de Florian, en prenant soin ’éviter sa blessure, puis il répond :
— Même si elle aime Mozart, aujourd’hui elle s’est mise en rogne.
— Hum… et le rapport entre Mozart et se mettre en rogne ? Oserais-je te emander pourquoi ?
Les doigts de son compagnon pianotent sur la poitrine de Florian un air onnu de lui seul.
— Dans ma tête, c’est un peu le foutoir. Ma cécité, mon entraînement pour etrouver ma motricité, comprendre ceux qui aiment ma musique qui ne sont
as forcément des aficionados de l’homme que je suis… Alors, comme le hante Louise Attaque « et je merde tout ça, tout ça ». Leur chanson Ton
nvitation a dû être écrite pour moi.
— Alors, rien de nouveau sous le soleil, sauf que ce sont des conneries, dis-
moi plutôt la vérité.
Aucun d’eux ne bouge, serrés l’un contre l’autre. Florian apprécie ces
moments de calme. Ses doigts s’entremêlent dans les mèches, impossible de
e pas le toucher ou l’embrasser. Ils murmurent comme pour partager leurs
ecrets.
— Elle trouve que je ne fournis pas assez d’efforts, que je me déprécie trop,
ue je me gratte trop le nombril, voilà tu es content ?! grogne Frédéric.
— Fuir ne t’aidera pas ! Juste sous la surface, le musicien génial que tu es se
rouve toujours là, capable d’interpréter à nouveau un jeu parfait. Ta vie ne essemble pas à grand-chose pour le moment, certes, mais laisse revenir en toi ette étincelle qui veille, tout n’est pas foutu si tu t’autorises à te laisser aller.
Frédéric déglutit et acquiesce, alors que Florian entrecroise leurs doigts, il
esse de respirer, tentant de garder son sang-froid. Leurs corps s'emboîtent à la erfection. En apprenant la tentative de meurtre sur son flic, la lumière s’est
aite dans son esprit. Deux hommes ont pris les rênes de sa vie, le premier l’a enu en laisse, Florian lui rend sa liberté. Sans le brusquer, il a attrapé son
œur. Quand son géant le recouvre, il se sent aimé, protégé, désiré. Lorsque le ommeil le fuit, il l’écoute respirer, notant le moindre changement.
Intrigué par sa vie avant lui, Frédéric se tortille ne sachant pas comment lorian va réagir à sa question à venir.
— Ne réponds pas si je dépasse les limites, mais tu veux bien encore me
arler de Charline ?
Enveloppé dans sa bulle, Florian semble réfléchir, Frédéric le sent à sa
espiration suspendue. Il lui laisse le temps nécessaire pour répondre.
— Elle a et aura toujours une place prépondérante dans ma vie, se lance-t-il
nfin. Avec elle, je me sentais invincible, elle disparue, je coulais. Tu me vois ’une manière différente et tu me rends plus fort. Son rire était une musique ontagieuse. Je pouvais déposer mes soucis à ses pieds. Elle était mon petit hevalier en armure, ce qui est idiot puisqu’elle était presque aussi grande que moi. Lorsqu’elle aspirait à un but, rien ne l’en détournait. Quand j’ai admis
u’elle m’attirait, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Elle m’a totalement érouté. J’étais gay, aucune femme ne pouvait être autre chose qu’une amie. ourtant, dès que je l’ai rencontrée, j’ai su qu’il n’y aurait personne d’autre.
On a énormément discuté, on s’est accordés à dire que j’étais certainement
emi-sexuel.
— Demi quoi ? sursaute Frédéric.
— Demi-sexuel, ça veut dire que je ressens de l’attirance sexuelle pour une utre personne seulement si j’éprouve un lien fort avec elle. Elle avait une essemblance avec la chanteuse Clara Luciani, en blonde, ou encore Françoise Hardy.
Frédéric sourit et place sa tête au creux de l’épaule de Florian.
— À mon avis, c’était une petite maligne, en plus de posséder un truc que tu ’avais trouvé chez personne jusque-là, elle a réussi à t’accaparer.
— Tu sais que parfois tu me laisses baba ! s’amuse le flic, en serrant avantage le musicien dans ses bras.
— Elle restait dans le vrai, nous vivons dans une société qui recule, qui veut ue tout le monde rentre dans une petite case, qui nous éjecte lorsque ce n’est as le cas. Pour les moralisateurs, nous sommes des gens contre-nature, c’est allucinant. Qui sont-ils pour juger la vie des autres ? Quand est-ce que les mentalités vont changer ? s’agace Frédéric.
— Je sais ce qui m’attire chez toi, tu possèdes des choses que Charline avait n elle. Vous vous seriez entendus comme larrons en foire.
Les lèvres de Florian retrouvent les siennes. Sa langue s’invite dans la artie avec douceur. Entre eux, une alchimie incroyable prend racine. Sa outure tiraille, mais ne l’empêche pas de voler en éclats. Ce baiser évastateur, l’oblige à chercher de l’air. Doucement, il repousse son ompagnon.
— Encore, souffle Frédéric.
— Désolé, j’ai mal aux côtes, mais tu ne perds rien pour attendre.
— Parle-moi encore de Charline alors.
Florian se rallonge et installe Frédéric dans ses bras.
— Je ne la verrai pas vieillir, s’émeut-il. Dans mon esprit, elle va demeurer
ette jeune femme qui croquait la vie à pleines dents. Pour elle, demain était
oujours loin. Elle devait ce comportement à ses petits patients. Une fois, une
etite à peine née s’est éteinte au matin. Elle est restée auprès des parents, les
soutenus jusqu’au bout. Son service ne s’est pas remis de son décès si brutal.
Moi, je n’ai pas pu lui dire adieu ni lui répéter combien je l’aimais. Je n’étais
as là sur ce trottoir pour la soutenir. Je n’ai pas pu la remercier pour tout ce u’elle m’avait donné.
Florian, dépassé par ses émotions, réprime un sanglot.
— Ne pleure pas, elle le sait.
Florian ne paraît pas l’entendre.
— Elle n’a pas souffert, elle était partie avant de toucher le sol, mais je suis
ertain qu’elle a compris ce qui se passait. Je me sens fautif d’avoir été retenu u bureau alors que je devais l’accompagner.
— Ce n’est pas juste, je suis désolé pour vous deux, je n'ai jamais connu ça,
murmure Frédéric empli de compassion pour ce Florian qu’il n’a pas connu.
— Avec toi près de moi, la douleur existe toujours, mais elle est plus facile
porter. Mes démons sont derrière moi, désormais.
— Est-ce que ma petite personne arriverait à t’étourdir plus qu’un verre
’alcool ? demande le musicien en caressant le torse de son compagnon, les
raits de son visage plein de malice.
— Allumeur ! c’est pire que ça, si tu savais !
Dans la chambre, plus aucun mot n’est prononcé donnant libre cours à
éclosion de ces sentiments qu’ils ne cachent plus.
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