La mélodie des sentiments
Chapitre 2
Florian
Un an auparavant…
En raison de leurs horaires décalés, il est levé, prêt à partir au travail,
alors que Charline dort encore. Elle enchaîne régulièrement des gardes de soixante-douze heures. Dès leur union, ils s’attendaient à cette vie mouvementée. Florian, sa tasse de café à la main, marque une pause dans l’embrasure de la porte. Dans le clair-obscur de leur chambre, il ne peut s’empêcher d’admirer sa belle endormie à la peau si douce. Dire qu’il a failli ne jamais vivre ces instants de bonheur. Il n’en revient toujours pas de sa chance. Hier, à son retour, sur les murs de l’appartement, se répercutait le silence. Il était si épuisé de sa journée, qu’il ne l’a même pas entendue rentrer. Perdu dans ses pensées, il songe à leur rencontre.
Leurs chemins s’étaient croisés lors d’une fête d’étudiants à Descartes.
Elle y préparait la médecine, lui le droit. Étrangement, sans leurs colocs insistant pour qu’ils se bougent les fesses, aucun d’eux ne serait venu ce soir-là. À peine entré, un rire cristallin l’avait percuté de plein fouet. Il avait balayé la pièce du regard pour en trouver le propriétaire. Stupéfait de voir qu’il appartenait à une jeune fille, point de mire au milieu d’un auditoire bruyant qu’elle tenait en haleine. Sa chevelure châtain clair rayonnait sous l’éclairage. Ses yeux noisette et malicieux ajoutaient à sa beauté de madone.
Au centre de cet aréopage, on ne voyait qu’elle. Elle dépassait les
participants d’au moins une tête, ce qui, en y réfléchissant, la laissait plus petite que lui de quelques centimètres face à ses 1 mètre 89. Lentement, il s’était rapproché du groupe pour vérifier si par hasard, elle n’était pas juchée sur des talons. Ce n’était pas le cas. Elle lui avait rappelé un petit mélange de cette chanteuse des années soixante, Françoise Hardy et une autre d’aujourd’hui : Clara Luciani… Elle avait dû sentir qu’il l’épiait, ses prunelles s’étaient fixées sur lui. Des sensations qu’il avait ressenties seulement pour des hommes avaient déferlé dans tout son corps le laissant déconcerté. Cette nana, aussi jolie fût-elle, ne pouvait pas l’attirer. Pourtant,
Charline était venue vers lui sans hésiter. Ils ne s’étaient plus quittés de
toute la soirée, se découvrant des passions communes pour toutes sortes
d’arts. Elle était devenue sa meilleure amie, puis au fil du temps, sa
partenaire.
***
Aujourd’hui encore Charline ne porte aucun jugement ni préjugé sur quoi
que ce soit. Jamais il ne l’a vue céder quand elle est persuadée de son bon
droit, réfractaire aux imbéciles. Florian sourit dans sa tasse, cette femme
représente son rayon de soleil. Il a pris l’habitude de réserver du temps pour
eux.
Elle rêve de devenir pédiatre, face à ses onze années d’études, les sept
ans de Florian pour obtenir son diplôme d’avocat pénaliste ne supportent
pas la comparaison. Pour elle, il a envisagé ce qu’il n’aurait accepté pour
personne d’autre, il s’est enrôlé dans les forces de l’ordre pour un salaire
fixe pas trop mauvais. Fille unique et adorée de parents ouvriers d’usine à
Sochaux, Charline a vite su que ceux-ci ne pourraient subvenir à ses
besoins. Malgré la charge énorme de ses études, les premières années, elle a
bossé tous les weekends dans une brasserie du Marais. Ses pourboires
importants, bienvenus en plus de sa bourse, peu à peu ne suffisent plus.
Contrairement à lui, son petit génie a obtenu son BAC scientifique avec
mention à 17 ans .
Parfois, elle se transforme en feu follet, peut chanter à tue-tête dans un
karaoké, danser des heures entières sur la piste, puis redevient très sérieuse.
Rien que pour tout ce qu’elle lui apporte, il se refuse à devoir choisir entre
les besoins de Charline pour obtenir son doctorat et ce qu’il faut pour
remplir les placards, ou le frigo de leur modeste logement.
De son côté, Florian sait ne pouvoir compter sur personne dans son
entourage familial. Le contact est rompu avec ses parents. Il s’est toujours
laissé porter par ses sentiments : son cœur aime la personne qu’il choisit à
l’instant T. Rien ne doit rester figé dans le marbre. C’est pour cela que
lorsqu’ils ont décidé de tenter l’aventure, ils se sont juré de ne jamais se
mentir ou de se cacher les choses. Elle est au courant qu’avant leur rencontre, il n’y a eu que des hommes.
Le destin, ce petit futé, lui a envoyé cette déesse. Il est devenu
« Charlinesexe ». Il veut lui offrir le meilleur. Elle l’a rendu accro à ses
comédies musicales qu’il finit par apprécier. Même sous la torture, il ne l’avouera à personne, encore moins à elle. Celui qui lui aurait dit qu’il vivrait tout cela avec une femme se serait fait traiter de cinglé. Ses hésitations, ses questions, ses peurs, tout s’est envolé. Il demeure centré sur Charline, de toute son existence, il n’a jamais autant voulu quelqu’un.
Ils se sont mariés le jour de ses 23 ans, juste avant qu’elle ne démarre son
troisième cycle, le plus difficile. Cinq années avec de nombreux stages en milieu hospitalier, qui se termineront par la soutenance de sa thèse. Inutile de dire qu’entre ses horaires à rallonge à la crim, et ceux de son adorée, il arrive qu’ils se croisent comme deux navires dans la nuit. Suivant le planning instauré, leurs jours de repos leur servent à se retrouver en amoureux. Leurs sentiments toujours plus forts, ils se prélassent au lit dans des câlins chauds, puis se rendent soit au musée, soit au cinéma. Charline adore piqueniquer dans un parc. Ces instants hors du temps leur permettent de retourner à leurs activités, gonflés à bloc, jusqu’à la fois suivante.
Ils vivent une existence remplie de couleurs, de rires, de baisers, rien au
monde ne leur enlèvera ça. Son coéquipier, Maxence l’envie. Ce gars et lui s’entendent sans avoir besoin de mots sur le terrain. On dirait des jumeaux. Florian n’a pas été sans remarquer un subtil changement chez son camarade. Il se perd dans des sourires idiots, et l’oblige à se répéter. En gros, il est heureux comme un homme amoureux. Quand le moment sera venu, il lui en parlera et Florian l’écoutera.
Leur partenariat va prendre fin. Maxence souhaite être moins sur le
terrain. Pour ce faire, il a obtenu un poste de capitaine dans la même unité. Du coup, Florian réfléchit et se demande si à 28 ans, il n’est pas temps pour lui aussi de monter en grade.
— Bien sûr que tu dois tenter l’examen, tu obtiendras un meilleur salaire.
D’un autre côté, il y aura plus de paperasse, mais ça sera un gros plus pour ous. Vous pourrez trouver un meilleur logement qui vous rapprocherait soit e l’hôpital pour Charline, soit du commissariat, genre couper la poire en eux.
— Couper la poire en deux ? s’amuse Florian.
Suivant les conseils de son collègue, il s’attèle à nouveau aux cours, obtient on grade. Sauf que pendant ce temps son commandant ne sourit plus.
endant trois mois, un autre le remplace temporairement. À son retour, c’est evenu un autre homme. Un hérisson est plus facile à approcher. Florian se ose des questions. Maxence reste fermé comme une huître. La douleur
marque ses traits. Les semaines passent, laissant revenir le Maxence d’avant,
n moins rieur, moins patient, devenant un acharné au boulot. Son bureau emble être devenu sa maison.
Son portable ramène Florian sur terre. Il n’a pas vu le temps passer. ’appareil vibre sur l’ilot de la cuisine en mode silencieux pour ne pas éranger sa femme. Il décroche en avalant le reste de son café froid.
— Tu envisages de venir au boulot aujourd’hui ? demande la voix moqueuse de celui qui occupe ses pensées.
— J’espérais pour une fois qu’un bon gars se chargerait de régler la aperasse, se moque-t-il.
— Ce n’est pas écrit jambon sur mon front, tu rêves, réunion dans quarante-inq minutes, garçon, cours !
— Je serai là avant que tu n’aies cligné des yeux.
Florian place sa tasse dans le lave-vaisselle. Il retourne dans la chambre, épose un baiser sur la joue de sa belle, qui remue dans son sommeil sans se éveiller. Il tire la porte, sort sans bruit. La semaine à venir sera celle de ses
acances, elle pourra se reposer. Quelques jours plus tôt, elle a parlé ’enfants, se donnant du temps avant d’en mettre un en route. Si seulement uelqu’un les avait prévenus qu’ils devaient profiter du moment présent !
Arrivé à la criminelle, il attrape son arme et sa carte dans son coffre puis se
irige vers la salle où l’attendent ses collègues.
Depuis son arrivée, Florian avançait sur la mise à jour de ses dossiers,
étestant les formalités. À 13 heures, Charline l’avait contacté pour un petit onjour. Ils avaient comme habitude que celui qui se trouvait en repos donnait es nouvelles à celui qui bossait. À 16 heures, Maxence, blanc comme un nge, était arrivé près de sa table de travail, lui tendant son portable. Il lui
vait fallu une seconde ou deux pour comprendre qu’il devait s’en saisir. Le
monde autour de lui avait explosé, fracassant toute son existence, une douleur
nsoutenable le pliant en deux. De quelle façon survivrait-il à un tremblement
e terre pareil ?
Sans aucun ménagement, un flic du RAID venait de lui annoncer le décès
e sa femme. L’envie de mourir, lui aussi, surnageait dans sa détresse. Si Dieu xistait, il le guiderait vers elle, quel que soit l’endroit où elle se trouvait. Son erveau avait buggé. Maxence avait dû lui répéter ce qui s’était passé pour u’il l’intègre totalement.
Charline se rendait à la banque pour déposer leur dossier d’emprunt de leur
uture maison alors qu’un hold up était en cours. Les armes avaient craché de
artout entre les braqueurs qui tentaient de s’échapper et les flics. Une balle erdue l’avait atteinte. Morte avant de toucher le trottoir, sa colombe venait ’être fauchée en plein vol. Sa dépouille se trouvait à la morgue de l’hôpital. e même que celui où elle se préparait à devenir pédiatre. Le mec, au moment e raccrocher, avait ajouté qu’il devait aller la reconnaître.
Plus jamais ses doigts ne glisseraient sur sa peau, plus jamais son corps
oyeux et chaud ne s’unirait au sien. Plus personne ne s’amuserait de ses
lagues stupides. Se rendre dans cette salle froide et sans âme, bien trop clairée, l’avait terrassé autant que de regarder son corps sous ce drap blanc.
C’est à cet instant qu’il avait compris que tout s’arrêtait. Après son départ de
e lieu dénué d’âme, c’était le trou noir. Bon sang ! Avec les risques de son
métier, c’est lui qui aurait dû recevoir une balle. Ils ne s’étaient pas dit adieu. Comment un être humain pouvait-il verser autant de larmes ? Lui n’en avait
lus.
Les jours octroyés pour le décès d’un conjoint écoulés, il était alors retourné
u travail. Un silence de plomb l’avait accueilli.
Il avait accepté toutes les enquêtes, s’avançant au-devant des balles, se ransformant en un véritable danger pour ses coéquipiers. Ingérable, aucun
’eux ne voulait plus sortir avec lui. Habiter et respirer, là où il avait été si eureux : impossible. En deux jours, il avait déménagé dans un autre ppartement, le premier devenant le bon, se foutant du prix du loyer, tout omme de l’état. Celui-là, vierge de tous souvenirs, ressemblait à un débarras vec tous les cartons empilés dans divers endroits. Démarrer une journée de
ravail devint très compliqué. Les trois quarts du temps, il fixait le vide, gnorant l’inquiétude qu’il provoquait autour de lui. Ses semaines essemblaient à une succession de jours sans fin, mornes et tristes. Dans ses auchemars, Charline lui parlait, l’appelait au secours. Il la voyait tomber au alenti, les yeux écarquillés, une ombre blanche dans une mare rouge sur le
macadam. Au fil des jours, Florian se transformait en fantôme.
Il avait commencé ses journées à additionner son café d’un petit remontant, mais rapidement, ça n’avait plus suffi, sa tasse contenait une part plus
mportante de cet élixir magique. Il ne cherchait qu’à taire cette souffrance
iguisée. Il lui aurait fallu être un vrai connard pour ne pas piger qu’il fonçait
ête baissée dans l’alcoolisme. Si seulement sa mémoire s’était mise en ourdine !
Les mesures disciplinaires s’étaient empilées jusqu’à un renvoi temporaire, râce à Maxence. Plus personne ne le reconnaissait, il ressemblait à un SDF. on estomac brulait à la manière d’un brasier. Les dates anniversaires se ransformèrent en beuverie, à la limite du coma éthylique. Charline et lui
taient nés le même jour. À 33 ans, il était veuf. Sa douleur rebondissait dans n vide insondable, indescriptible. Son cœur devenait de plus en plus sec. Il tait mort avec elle sur ce morceau de bitume, un jour de printemps. Le rouillard des premiers mois se dissipait. Florian restait totalement disloqué
ans réussir à mettre les bons morceaux ensemble. Sa seule obsession était de a rejoindre. Un an s’était écoulé depuis son décès. Allongé sur son lit, il tenait a photo serrée sur son torse. Il avait vidé une bouteille entière, le visage
aigné de larmes.
De nombreuses heures plus tard, il avait repris pied dans la réalité, se jurant ue c’était la dernière fois. La tête dans le cul, des nausées en continu, le orps moite et puant, les mains tremblantes, il s’était dirigé sur des jambes ageolantes vers la salle de bains. La douche glacée lui avait tout juste remis
es idées en place. En se voyant dans le miroir, il avait reculé devant ce parfait nconnu.
Ses yeux étaient injectés de sang, ses joues n’avaient jamais été aussi
reuses. Il ne se rasait plus. Il avait enfin pris conscience de son laisser-aller.
Charline aurait détesté cet homme.
Il avait chancelé entre les cadavres des bouteilles lorsque la sonnette avait
etenti avec force. Qui possédait assez de couilles pour lui rendre visite ? Il vait jeté un regard par l’œilleton, et fermé les yeux : qui ? À part lui. Il avait uvert laissant voir le spectacle désolant de son intérieur.
— Commandant.
— Tu veux bien me laisser entrer ?
— Ai-je le choix ?
— Je ne crois pas, non. Il est largement temps de mettre les pendules à
heure, tu ne penses pas.
— Si je m’attendais à un tel cadeau d’anniversaire ! avait-il ironisé le cœur
attant, en s'écartant pour que l’homme passe.
Il était en vrac, mais refusait de montrer l’épave qu’il devenait. Alors, avec
n reste de fierté, il s’était redressé. Maxence l’aimait comme un frère. Lui ussi possédait un côté sombre. Contrairement à Florian, il présentait toujours
e plus sûr de lui. Il était viril, énergique, l’œil vif. Ses cheveux châtain clair
taient en permanence parfaitement disciplinés. Son blouson de cuir élimé, ont il ne se séparait jamais, couvrait sa carrure d’athlète et ses solides paules. Une certaine douceur arrivait parfois à atténuer son aspect cassant. Il e montrait juste et droit, leurs nouveaux grades n’avaient rien changé entre ux. Florian savait qu’il devait l’avoir déçu. Maxence détestait les abrutis et
es pleurnichards. Il le suivit, supposant que c’était la fin. Du haut de ses 38
ns, il paraissait déterminé à régler le problème de Florian Delavent, flic super oté, devenu super connard, super lavette. Il secoua la tête, ça n’allait pas rranger sa migraine. Il avait lancé la conversation en refusant d’attendre le erdict comme un condamné au tribunal.
— Tu es venu me signifier mon renvoi ?
— S’il n’y avait eu que le divisionnaire, ce serait effectivement le cas.
Florian se souvenait encore de son ami qui se tenait debout devant la enêtre, préférant regarder dehors plutôt que de s'arrêter sur le spectre derrière ui. Il avait gardé ses mains dans ses poches jusqu’à ce qu’il attrape sa
igarette électronique. Un doux parfum de caramel avait survolé l’odeur âcre es lieux. Lorsqu’il s’était retourné, leurs yeux s’étaient rivés les uns aux utres. Y voir tant de peine et de tristesse l’avait foudroyé. Leur conversation
ottait dans son esprit.
— Florian, je peux t’assurer que je comprends ce que tu traverses. J’aimais a femme. Elle était incroyable et drôle et elle me manque aussi. Je suis
onoré d’avoir eu le plaisir de faire partie de ses amis. En te laissant aller si as, tu fais honte à sa mémoire.
— Personne ne peut se mettre à ma place, bougonne-t-il.
— C’est là que tu te goures, j’ai traversé tout cela un jour. Je me suis juré de e plus jamais me retrouver dans une telle situation. Quand tu perds celui que u aimes, plus rien n’a d’importance, la douleur te pousse vers des abîmes où u t’égares. C’est encore pire si tu es seul pour l’affronter.
— Tu n’étais pas marié, s'étonne Florian.
— Marié non, mais un contrat chez le notaire nous liait de la même façon u’un autre couple.
— Tu étais avec quelqu’un ? Ben mince ! Je ne l’ai même pas su, tu parles ’un ami !
— À l’époque, nous avons dû nous taire. Avouer que tu vivais avec un autre omme était très mal vu. Cela n’a rien à voir avec toi, nous avions pris habitude de n’en parler à personne, certains ne sont toujours pas au courant e ce passage de ma vie. Cependant, j’ai toujours considéré Corentin comme mon époux. Le destin nous a accordé trois ans et cinq mois d’un bonheur sans
uage. Il était mon aîné de quatre ans et bossait sous couverture, notre
encontre s’est effectuée sur une de ses enquêtes. C’était un putain d’entêté,
mais je l’adorais. J’ai tenu à m’éloigner de cet enfer, lui était trop près du but
t voulait terminer son opération, pensant devenir instructeur par la suite. Sauf ue la providence se joue toujours des prévisions, des envies. Mon mari ssistait à un deal entre sa cible et son patron dans un hangar abandonné. Ils
entaient de supplanter un autre gang.
— Les autres l’ont appris ? devine Florian, désolé.
— Exact, du moins c’est ce que je crois. Tout a sauté sans laisser un seul
urvivant. Ce qui reste de lui repose sous une dalle où l’on peut lire en lettres
orées.
Corentin Destré-Chartreux.
Ami, mari, fils, frère aimant et aimé.
Âgé de 30 ans. Repose en paix.
C’est arrivé il y a neuf ans, et je souffre toujours, tous les ans je me rends
ur cette putain de tombe et je lui raconte ma vie. Tu n’imagines même pas à
uel point je lui en ai voulu. Je veille sur ses parents et sa petite sœur, ils sont
ma famille à jamais.
— Merde alors ! Ça éclaire certaines choses te concernant que je ne
aisissais pas. Pourquoi tu ne m’en as pas parlé malgré tout ? Tu sais que
aurais répondu présent, s’énerve Florian.
— Pour des tas de raisons, je te répète, c’était un secret. Si je t’en parle maintenant, c’est pour que tu vois que tout le monde subit des pertes. On peut
ortir du tunnel sans les oublier. Sois certain que t’avoir à mes côtés comme quipier m’a aidé plus que tu ne le crois. Alors maintenant, dis-moi que je ais retrouver le capitaine Delavent. Tu t’es battu pour ce poste, tu t’es battu our que Charline puisse vivre son rêve.
— Tu sais ce qui est arrivé au courrier ce matin ? Le résultat de sa thèse, mon génie était enfin pédiatre.
Le capitaine s’effondre, la voix chevrotante.
— Bon Dieu ! Fais-lui honneur, gronde Maxence, je t’ai donné du temps, mais le sablier est presque vide. Je ne t’ai gagné qu’un sursis, et ce en raison
e tes élogieux états de service.
— Combien ? Combien as-tu obtenu ?
— Trois mois à partir d’aujourd’hui, c’est à la fois court et long. Tu te outes bien que ce délai est assorti de conditions. Si tu refuses, tu te tires une alle dans le pied. Tu viens vider ton casier sans pot de départ et tu continues
te mirer dans le fond d’une bouteille. Vu ta sale gueule, le divisionnaire ignera sans rechigner.
Florian n’avait pas relevé, c’était la vérité brute. Maxence avait de tout emps protégé ses arrières. Cette fois, il avait trop tiré sur la corde.
— Quelles sont ces conditions ? Même si je me doute un peu.
— Tu dois cesser de boire, t’inscrire aux Alcooliques Anonymes avec une upervision. À chaque prise de service, tu pisses dans un bocal. J’oubliais, tu
as voir un psy. Je te demanderai de commencer par porter une tenue correcte, ui te rendra un peu plus humain.
— Ça fait beaucoup de conditions, avait hasardé Florian, qui se dandinait, le œur au bord des lèvres.
Cesser de boire ? Mon Dieu ! Comment allait-il réussir ce tour de force ?
— C’est ça, ou rien, mec. Tu n’es plus en position de monnayer. Ils tenaient
te retirer ton grade, c’était à un poil de cul. Heureusement qu’ils ne voient
as le bordel dans lequel tu crèches. Un gars sous les ponts est plus propre,
merde, Florian !
— J’ai jamais eu si peur de ma vie.
— Je n’en doute pas et je ne t’abandonne pas, mais ne mords pas la main endue. Devine qui est ta nounou, ironise Maxence, si tu plonges, moi aussi.
— Pourquoi risquer ta place ? Et si je me plante ?
— Je t’aime, espèce de bâtard ingrat. Je te connais suffisamment pour
avoir que tu es capable de relever ce défi. Le super flic en toi est caché sous ette merde, il suffit de peu pour qu’il réapparaisse. On s’est sauvé les miches
rop souvent, tu ne me largueras pas après tout ça.
Ce gars le tuait, il ne le méritait pas. En pleurs, il s’était jeté dans ses bras.
Avec sa manche sale, il s’était essuyé les joues. Maxence avait retiré son
louson. Florian devait lui poser la question.
— Tu peux m'envoyer chier, mais, ce blouson...
— Appartenait à mon mari, allez, bouge ton cul. On s’y met, maintenant.
Il souriait devant l’air idiot de Florian.
— Va me chercher des sacs-poubelle.
— Des sacs-poubelle ?
— Oui, Ducon ! Des sacs-poubelle, pour virer tous les cadavres et les
outeilles pleines de cette bicoque. Putain ! Les économies que ça va ngendrer ! On va nettoyer cette porcherie qui sent le rat mort. Ensuite, nous etirerons ce sparadrap d’un coup, je t’aiderai à trier les affaires de Charline.
Des heures durant, chaque pièce était passée sous le rouleau compresseur
Maxence, Florian avait suivi un peu dépassé.
Après le départ de celui-ci, l’endroit brillait, plus de bouteilles, plus de artons. Tout cet espace vide lui semblait incongru, comme s’il n’était plus hez lui. Ils avaient emporté les vêtements de Charline à une association de emmes battues qui fuyaient leur domicile, sans rien d’autre que ce qu’elles
ortaient. Même si une pointe de douleur l’avait traversé, il savait, que non eulement, c’était la bonne solution, mais qu’elle l’aurait appréciée. Pourtant on cœur se serrait malgré tout, un peu comme si on lui enlevait les derniers
morceaux de ses souvenirs avec elle. Maxence avait jeté les draps et changé le
t. Florian était passé de pièce en pièce, troublé par le passage de la « fée
ménage », qui avait agité sa baguette magique.
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