La mélodie des sentiments
Chapitre 5
Frédéric
Même s’il a quitté l’hôpital depuis quelques jours, Frédéric ressent
toujours les effets du choc. L’accident n’est que le premier domino de sa déchéance, l’infirmité, le dernier. Une bombe nucléaire n’aurait pas créé plus de dégâts. Désormais, il vit en enfer, avec la sensation de chuter à l’infini. C’est douloureux. Il veut juste se rouler en boule, hiberner pour le reste de ses jours. Exit l’excitation déclenchée en lui à chaque concert, envolée cette énergie débordante…
En plus, il n’en a pas terminé avec le monde hospitalier, il devra retourner
dans le service de la doctoresse pour la pose du matériel orthopédique et cela le mine. Cette ostéosynthèse repositionnera correctement les os de sa main. Pendant un mois, le pianiste devra garder cette attelle en résine. Seule la fracture du poignet a été réduite, le docteur Charmille veut éviter tout risque d’infection osseuse.
Incapable de se débrouiller seul, il réside avec Mama, rue de Rivoli plutôt
que dans son duplex, boulevard Exelmans. Il travaille régulièrement avec son kiné Justin et son ergothérapeute, Andréa. Quant à ses rendez-vous chez le psy, cela a le don de l'exaspérer. Ces derniers ne font que le laisser dans un état de perpétuelle frustration.
Depuis son retour parmi les vivants sur ce lit d’hôpital, les images de son
ancienne vie dansent dans son esprit enfiévré. Dorénavant, elles appartiennent à une autre personne. Au réveil, tout redeviendra comme avant, ce cauchemar n’existera plus. Sa conscience reprend alors le dessus, tout est réel. Il a suffi d’une fraction de seconde pour que son monde se transforme en un bordel sans nom.
Au bout de quelques semaines, un courrier de la police l’avertit que le
dossier de son affaire a été classé sans suite. Keller étant décédé, il revient à Frédéric de se retourner contre l’assurance de ce dernier afin d’obtenir
réparation de son préjudice. Il sait que ce sera une longue épreuve de plus à
subir.
— Putain ! même crevé, ce connard me laisse encore avec une belle
merde à gérer ! s’exaspère-t-il.
Rageusement, il balance sa tasse. Avec retard, il espère qu’elle ne
provient pas du service de sa grand-mère. Il entend les morceaux
s’éparpiller sur le plancher, un peu à l’image de son existence. Cécile
demeure son ancre dans cette obscurité et lui permet de garder le peu de
raison qui lui reste. Comment pouvait-il imaginer une chose pareille ? Que
ce soit sa grand-mère qui prenne soin de lui, alors que ça devrait être
l’inverse. Dormir le dirige à coup sûr vers des cauchemars. L'abîme
s’ouvre, l’engloutit en s'agrippant pour qu’il n’en sorte pas. Il se répète sans
cesse qu’il serait bien qu’il se fasse greffer des couilles pour mettre fin à
tout ce cirque.
Les charognards n’ont pas mis longtemps à apprendre la mort de Keller.
Depuis, ils se conduisent pareils à des vampires sur la trace de leur proie. Ils
ont déniché le numéro de Mama, comment ? Mystère. Une chance, ils ne
sont pas informés de sa présence chez elle, ni qu’il se trouvait dans la
voiture accidentée. La curée s’en trouve reportée. Pour le monde entier, le
grand Carmichaël prend un congé sabbatique en raison d’un épuisement
consécutif à sa longue tournée. Tu parles !
Avec l’aide de son intendant Henri, ancien militaire âgé de 38 ans,
gravement blessé lors d’un conflit qui lui a pris une jambe et des amis chers
à son cœur, Cécile pratique avec dextérité le système de la terre brûlée.
L’homme vit chez elle depuis quatre ans, du jour au lendemain, il a dû
abandonner toute une partie de sa vie.
Sa réaction face à leur pitié risque de le faire sortir de ses gonds. Il
n’arrive pas à traverser l’appartement sans l’aide d’Henri. Ses yeux le
piquent au point que l’on croirait qu’ils abritent un essaim d’abeilles malgré
les gouttes qu'il doit utiliser cinq fois par jour. Il régresse : pas plus agile
qu’un bébé. Voulant bien faire, Cécile lui a acheté des lunettes noires de
luxe. Il ne manque plus que la canne blanche et le chien, pour que le tableau
soit complet. Qu’elle le couve à ce point ne l’aide pas vraiment. Elle lui
affirme qu’à part une légère cicatrice en haut de sa pommette, rien ne permet de savoir qu’il est aveugle.
Il veut hurler : bienvenue dans mon monde de merde. Il ne se reconnaît
pas dans cet être irascible et colérique aux gestes hésitants ou violents. La faiblesse l'insupporte, tout comme la virulence. Il ne trouve pas le juste milieu. Frédéric rumine, silencieux. Ses démons l’envahissent pendant des heures. Il ressemble à un cheval qui rue dans les brancards, refusant l’obstacle. Son corps se couvre de sueur froide annonciatrice d’une crise de panique.
— Vous vous essayez à la télékinésie, monsieur Frédéric ?
L’entrée d’Henri dans le salon, essayant de désamorcer la crise à venir, le
fait sursauter.
— Désolé pour la tasse, Henri.
— Ce n’est rien, il arrive que ça déborde, casser un truc peut aider. Je sais
ce que ça fait d’être dans un mauvais jour.
Le son de sa voix étouffée indique que l’homme ramasse les morceaux.
Face à ce qu’il a traversé, Frédéric se sent honteux.
Sa seule famille se résume à l’armée, qui lui a tout donné d’un côté et
tout repris de l’autre. Mais il ne se plaint jamais. Cécile et lui se sont
rencontrés à la fondation pour les vétérans. Ils sont devenus inséparables. Lorsqu’elle le lui a présenté, en raison de ses nombreuses absences, Frédéric a songé que l’homme serait parfait comme intendant. En plus du salaire, il occupe un logement meublé au rez-de-chaussée de leur immeuble.
Mine de rien, il a ajusté l’appartement au handicap de l’artiste. Cela le
touche. Malgré tout, il y a peu de chance qu’il se casse la gueule, vu qu’il passe tout son temps à s’apitoyer sur son sort, allongé sur son lit.
Se lever le matin, démarrer une nouvelle journée inutile renforce sa
sensation de vertige. Avec une certaine lucidité, il comprend qu’il se laisse glisser sur une très mauvaise pente, celle de la dépression. La musique a
toujours circulé dans ses veines. Aujourd’hui, il ne souhaite même plus en
écouter, ne ressentant plus son harmonie. Il est devenu une marionnette sans
fil, un perdant. Sa main valide se ferme en un poing vengeur qui s’écrase
sur la table du salon, provoquant une douleur fulgurante le long de son
bras. Ses crises d’angoisse le métamorphosent en zombie. Pourquoi n’est-il
pas mort ?
— Frédéric ! gronde Cécile, je te regarde disparaître peu à peu dans tes
vêtements. Tu ressembles de plus en plus à un épouvantail, ça suffit ! Je
n’ai plus que toi, ce cirque est terminé. Je ne vais pas rester là, à te regarder
te détruire, sans réagir. Tu dois te ressaisir. Casse tout ce que tu veux si ça te
chante. Moi, je veux retrouver mon petit-fils. Je t’en supplie, hoquète-t-elle.
Comment s’autorise-t-il à lui donner tant de chagrin ? Ce n’est pourtant
pas ce qu’il souhaite. Il devient un ours, se comportant comme le pire des
abrutis.
— Je m’excuse, Mama, bredouille-t-il en cherchant sa main. Je n’arrive
pas à accepter tout ça. Je ne sais même pas si je m’en sentirai capable un
jour, soupire-t-il, l’attirant vers lui.
Il l’entoure de son grand bras. Elle est frêle, mais têtue. Il dépose un
baiser dans sa douce chevelure grise mêlée de blanc. Ce petit bout de
femme d’1 mètre 50 a traversé les pièges de la vie. Elle l’a élevé contre la
volonté de son père, cajolé et aimé, alors qu’elle était âgée de 40 ans. Elle a
abandonné sa vie sans un regard en arrière.
Veuve depuis un moment, son mari est décédé dans un accident d’avion,
une année avant la disparition de Thérésa. Elle ne s’est jamais remariée,
choisissant de se mettre au service des autres. Pour cela, elle a créé cette
fondation qu’elle a installée dans un immeuble acheté par son défunt époux,
contre l’avis de son unique fils. Elle a tenu bon et transformé les lieux en
une structure d’accueil pour des blessés de guerre avec ascenseurs, balcons,
terrasses, le tout accessible aux handicapés.
Le jardin à l’arrière est luxuriant avec des bancs judicieusement disposés,
des jets d’eau et des tonnelles. Ici règne le calme. Une vingtaine d’hommes
et femmes sans soutien ont accès à de petits logements. Cet immeuble se
situe à Montmartre, et sa valeur a quadruplé. Cécile dirige le conseil d’administration gracieusement. Tous les dons sont les bienvenus. L’appartement réservé à celui qui occupe cette fonction est vide. Frédéric serre un peu plus sa grand-mère contre lui, il doit cesser de lui causer du chagrin. Son accident déteint sur son entourage.
— Tu sais que je t’aime Mama !
— Moi aussi, mon ange ! J’étais venue te prévenir que deux policiers
voulaient te voir.
— L’affaire est classée il me semble, alors pourquoi sont-ils là ?
— Ils n’ont rien voulu me dire, allons le leur demander. Je crois qu’ils
ont assez attendu.
Les 1 mètre 92 de Frédéric et les 1 mètre 50 de sa grand-mère donnent un
attelage étrange qui fait sourire Henri. Il les regarde s’éloigner à petits pas, bras dessus, bras dessous vers ce que Frédéric nomme pompeusement, le boudoir de Cécile.
Trois hommes, tous vêtus de la même façon, jean, baskets, blouson, se
lèvent à leur entrée pour les saluer. Ils attendent que la vieille dame et son petit-fils soient installés face à eux. Elle leur paraît fragile et fatiguée.
— Asseyez-vous, je vous en prie, propose-t-elle.
La tension grimpe d’un cran alors que tout ce petit monde se rassoit.
Frédéric attaque bille en tête.
— Je ne comprends pas l’intérêt de cette visite. Mon accident est une
affaire classée, semble-t-il. Celui qui l’a provoqué ne sera pas poursuivi, vous arrivez un peu tard, non ?
— Nous sommes venus vous rencontrer avec de nouveaux éléments,
annonce un des flics.
— Messieurs, ce charmant garçon va se montrer poli et écouter ce que
vous avez à dire, réplique Mama. Puis se tournant vers Frédéric, elle le
chapitre, mon petit musèle ton comportement, tu es grossier. Ils ne font que
leur travail. Si vous voulez bien nous excuser, nous sommes tout à vous,
lance sa grand-mère.
— C’est ça, oui ! Un connard m’a transformé en handicapé, alors pour les
courbettes, vous repasserez, fulmine le jeune homme, amer.
— Nom d’une pipe ! Frédéric, tu me fais honte. Ils n’ont rien à voir avec
ce qui t’arrive, gronde Cécile sortant de sa réserve habituelle.
La tristesse qui surnage dans le ton de sa grand-mère le heurte de plein
fouet. Cette rage en lui dévaste tout sur son chemin et le fait se conduire
comme un crétin.
— Pardon Mama, messieurs, veuillez accepter mes excuses, tout cela me
mine, je n’accepte pas ce qui m’arrive, résultat, je m’emporte vite.
— Au vu des circonstances, votre réaction est légitime et nous la
comprenons. Nous sommes là pour vous expliquer que ce qui vous est
arrivé n’est plus considéré comme un simple accident de la route,
contrairement au résultat des premières investigations. Cependant, compte
tenu des éléments pris en considération par nos collègues, nous aurions agi
de la même manière qu’eux et classé l’affaire sans plus de recherches.
Dès qu’il l’entend, la sonorité de cette voix de velours plaît au pianiste.
Elle l’attire. Il la décompose en notes fluides. S’en apercevoir met Frédéric
en rogne. En d’autres temps, dans un bar ou une boîte, elle l’aurait mené
droit vers son propriétaire.
— Si cela concerne Keller, je ne veux plus en entendre parler. Cette
dernière année est la pire de ma vie. Il a tout brisé. Balancez vos
découvertes et vous pourrez ficher le camp, enchaîne-t-il, peu aimable.
— L’UTJRD 2 qui gère la prévention et la répression de la délinquance
routière nous a transmis votre dossier. Un de leurs techniciens a tenu à
vérifier certains points sur le véhicule pour clore celui-ci. Il a alors détecté
un dispositif de prise de commandes à distance de la voiture. Il suffit de
posséder un joystick, un clavier, une souris, voire un drone. Le circuit de
freinage a été trafiqué lui aussi. Ils ont donc transféré les informations à la criminelle. Avec ces découvertes, on peut assurer qu’il y a eu tentative de meurtre ou au moins, l’envie de nuire.
— Vous vous foutez de moi ? s’étrangle Frédéric. Je me souviens, il a
gueulé que plus rien ne répondait. J’ai cru qu’il était trop bourré et perdait la maîtrise de la Porsche.
— Tout le monde savait que votre agent buvait. Les recherches ne
devaient pas dépasser le stade du taux d’alcool, assure une voix plus caverneuse. Celui qui a monté cette installation est doué.
Frédéric parierait que celui qui vient de parler est ou a été un fumeur. Il
en a la certitude en l’entendant tousser.
— Maintenant nous souhaitons savoir qui de vous deux était visé et
pourquoi ? Monsieur Keller vous a-t-il fait part de problèmes récents, ou dit qu’il avait reçu des menaces ? demande la voix de velours.
— Votre chargé de fortune nous a confirmé que vous aviez déposé une
plainte contre votre manager, précise une troisième voix, sèche comme un coup de cymbale. Son portrait révèle un homme cupide, antipathique et arrogant.
Frédéric s’agite, se lève d’un bond, peu assuré sur ses jambes, il retombe
dans son fauteuil.
— Je n’en reviens pas ! Ce connard a pissé dans le bol de quelqu’un qui
l’a eue mauvaise et quoi ? C’est moi qui me retrouve dans cet état déplorable ! Il buvait, ne respectait personne, me prenait ni plus ni moins pour sa vache à lait. Des tas de choses le concernant commençaient à me paraître anormales. J’avais vainement tenté de lui en parler, il repoussait toujours à plus tard. Sans ce contrôle, il aurait pu continuer longtemps à piocher dans mes comptes. Le montant détourné atteint 120 000 euros pour l’instant. Je devais le rencontrer à 13 heures pour lui signifier son renvoi sans indemnités et l’avertir que j’avais déposé une plainte. Ce putain d’accident a tout changé et ne m’en a pas laissé le temps, explose le pianiste.
— Mon chéri, pourquoi ne m’as-tu rien dit de cela ? souffle Cécile
dépassée.
— Je pensais que l’affaire serait vite réglée. Je ne voulais pas
t'importuner avec ce merdier.
— Il était votre agent depuis de nombreuses années. Impossible que ce
soit vous, à 15 ans, qui l'ayez choisi ! reprend la voix sèche.
— À l’époque, l’homme de 33 ans possédait une bonne réputation. C’est
mon père qui l’a engagé et je me suis retrouvé à être son premier poulain.
Keller a tout pris en main pour le gosse de 16 ans que j’étais. Jusqu’à il y a
environ quatre ans, tout se passait parfaitement.
Frédéric se frotte le visage au creux de ses mains.
— Le problème a pris de l’ampleur et suivi le même chemin que ma
renommée grandissante qu’il a considérée comme la sienne. Son train de
vie est devenu dantesque sans commune mesure avec le salaire mirobolant
qu’il se versait. Ce soudain revirement m’a beaucoup questionné.
Le jeune homme se tait un moment, comme cherchant ses mots, puis
reprend.
— Sorti de ma musique, j’avoue que peu de choses m’attirent. Le
contrôleur de gestion est là pour administrer tout ce côté fastidieux. J’ai
failli le virer, alors qu’il n’y était pour rien. Keller a su tirer les ficelles,
pour un peu, on ne remarquait rien. Je subis des contrôles aléatoires, le
dernier remonte à cinq ans. J’ai vite saisi que Keller enviait tous ceux qui
détiennent un bon portefeuille. Je ne le voyais quand même pas me trahir.
— Il a fini par faire partie du paysage ? complète la voix de velours.
— Exactement ! grogne Frédéric.
— Mon chéri, je n’en reviens pas que tu te sois débattu avec tout cela
sans juger utile de m’en avertir, enfin ce qui est fait est fait, nous voulons
des réponses maintenant, suggère Cécile. Pour me montrer franche moi
aussi, je me dois de t’avouer quelque chose.
Tous ses sens en alerte, Frédéric entend le tremblement dans la voix de sa
grand-mère. Il sait qu’il ne va pas apprécier ce qu’elle lui cache.
— J’entends le train qui tourne dans ta tête. Que me dissimules-tu ? Quoi
que ce soit, je ne me fâcherai pas.
— Il y a environ un mois, te souviens-tu de notre discussion ? Tu étais si
épuisé que j’ai pensé pouvoir lui faire reporter certaines dates. J’ai demandé à Henri de me conduire à son bureau.
Cécile jette un regard aux hommes qui lui font face et se tord les mains,
légèrement ennuyée, elle revient sur son petit-fils.
— Sa secrétaire, Marlène, de son vrai nom Yvette Langlois, s’était
absentée. Je pense que cette jeune femme s’imagine que changer de prénom la rapproche du milieu artistique, mais bon, revenons au sujet le plus important. Je te jure que je ne tentais pas d’interférer dans tes affaires. Cette tournée dantesque venait d’où ? Oh ! Il s’est montré charmant. Pourtant, je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver fébrile. Puis son portable a joué cette horrible sonnerie de La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner. Il m’a demandé de l’excuser avant de sortir. Comme son absence s’étirait dans le temps, je me suis levée, j’ai collé mon oreille à la porte. Il hurlait contre son interlocuteur qu’il traitait de sombre connard. Je retournais à ma place, quand j’ai remarqué un petit tas de lettres. Quelque chose en elles m’a semblé étrange, quoi ? Je ne sais pas. Toujours est-il que j'en ai saisi une poignée pour les glisser dans mon sac.
La grand-mère pâlit, semblant chercher ses mots, attendant une colère de
Frédéric qui ne vient pas. Celui-ci l’écoute avec attention, le visage fermé.
— Comme il ne revenait pas, tremblante, j’ai rejoint Henri et nous
sommes rentrés. Ensuite, ça m’est totalement sorti de la tête, avec tous ces évènements, j’avais d’autres soucis et je n’y ai pas regardé de plus près. Je suis navrée.
Frédéric se penche pour la rassurer quand un des flics intervient.
— La curiosité n’est pas un délit, lance la voix caverneuse. Pourriez-vous
nous les montrer ?
— Elles se trouvent toujours dans mon sac, si vous voulez bien patienter,
je vais les chercher.
À pas menus, sa grand-mère s’éloigne vers sa chambre. Un silence
assourdissant accueille son départ. Depuis qu’il est aveugle, le pianiste
force ses autres sens et possède déjà ce que l’on nomme « l’oreille
absolue ». Ses migraines vont et viennent sans prévenir, lui tombant dessus
comme un jet d’eau glacé. Quand il ne perd pas pied, ça lui demande des
heures ensuite, pour reprendre le fil de ses idées. Pour le moment, elles lui
fichent la paix. Ses pensées s’entrechoquent et l’ennuient un peu plus. Son
estomac se crispe douloureusement.
Face à ses détracteurs, il se sent dans la position de l’accusé.
Apparemment, vouloir qu’on le laisse tranquille avec cette histoire sur
Keller est trop demandé. Disparaître du milieu musical ne suffit pas, il lui
faut revivre tout ça encore et encore. En entendant le cuir du canapé craquer
à chaque mouvement des flics, il trouve cela amusant et retient un sourire
devant l’embarras de ces messieurs qui paraissent gênés de se retrouver
seuls avec lui. La tension reste piégée entre eux et il ne fait rien pour
arranger les choses.
— Vous savez, je ne suis pas contagieux, seulement aveugle, assène-t-il
froidement, satisfait de les mettre à mal un peu plus. Les vibrations et moi
sommes de vieilles amies, vous pouvez vous détendre.
— Nous ne voulions pas nous montrer irrespectueux, tente la voix
caverneuse, nous sommes désolés. Nous comprenons que cette situation
soit…
— Soit quoi ? compliquée ? rageante ? pas juste ? détestable ? Personne
ne peut se mettre à ma place, éructe-t-il leur coupant la parole.
— En effet, tout cela est très certainement difficile à gérer, je comprends.
D’ailleurs nous ne nous sommes pas présentés. Je suis le lieutenant Ludovic
Tapier, mes collègues sont le lieutenant Hugo Marty et notre capitaine Florian Delavent, continue la voix caverneuse.
Le retour de Cécile stoppe la conversation.
— Voilà, je les avais classées, celles qui sont ouvertes sous celles qui sont
closes, elles sont anonymes. Ce sont les mots confectionnés avec des collages qui ont attiré mon attention.
Un claquement lui apprend qu’ils ont enfilé des gants. Le froissement du
papier avertit Frédéric que les enveloppes passent de main en main.
— Que racontent-elles ? questionne Frédéric. Keller ne m’en a pas parlé
une seule fois.
— Il souhaitait probablement vous protéger vu les menaces proférées,
affirme Ludovic. Tu es de mon avis Hugo ? demande-t-il.
— Elles vous concernent toutes, confirme le dénommé Hugo qui s’avère
être la voix sèche.
Ne manque plus qu'à entendre la voix de velours, puisqu’il a les
propriétaires des deux autres, celle-ci appartient donc au capitaine Florian Delavent.
— Je peux vous assurer qu’en aucune manière, Keller n’a cherché à me
protéger, ironise Frédéric. L’unique personne qui l’intéressait était lui-même. Les semaines avant l’accident, je l’ai trouvé agité, tendu, encore plus mesquin que d’habitude. J’en avais marre de son comportement, mais nous nous trouvions en pleine tournée, alors j’ai préféré laisser couler.
— Après tout ce temps, je doute que nous trouvions des empreintes ou un
quelconque ADN, note Florian. Écoutez-moi , celle-ci dit, je suis passé à côté de toi, tu m’as fait croire des choses, assume-les. Dans un froissement, il en déplie une autre. Et celle-là est pire : tu mens, tu t’obstines à m’éviter, tu mérites d’être puni. Je suis patient, j’attends et comprends que ça doit rester notre secret.
— C’est quoi cette littérature de caniveau ? fulmine Frédéric.
— Une petite amie jalouse ou bafouée ? ironise la voix sèche d’Hugo.
— Ça ne risque pas, je suis gay. Toutes les photos prises en compagnie de
la gent féminine ont été programmées par Keller. Il me poussait à me mettre
en couple à tout bout de champ.
— J’ai un peu de mal à croire que pour lui, ça ne lui ait pas paru clair, il
vivait avec vous pratiquement en permanence, s’étonne Hugo. Et les
journalistes alors ?
— Les seuls à savoir dans mon cercle proche sont Mama et Henri. Mon
agent était reconnu pour son racisme et son homophobie, s’il avait appris
une telle chose, il aurait été capable de remonter cette information au Ku
Klux Klan. Mon père, lui en bon chrétien conservateur, avait le droit de
tromper sa femme, mais un fils différent ? Ça non ! Sa notoriété demeurait
sa priorité. J’ai dû très tôt me montrer plus rusé que mon entourage. Dès
que j’ai atteint l’âge autorisé, je me suis inscrit sur un site de rencontre sous
le nom de Mickaël Ravel, pas de photo ni de renseignement. Je possède un
portable à ce nom constamment hors de vue. Tout est clair, pas de prise de
tête, ce n’est que de la bais… enfin, vous voyez.
— Ravel, hein ? Encore et toujours la musique, constate Ludovic avec
malice.
Frédéric sourit pour la première fois depuis leur entrée. Il est vrai qu’il ne
lui avait pas fallu longtemps pour trouver ce nom.
— On s’amuse comme on peut. Ces gars ne représentent rien, juste des
coups d’un soir que je choisis volontairement éloignés du monde musical.
— Comment se fait-il que personne ne vous ait jamais reconnu ? relance
Ludovic stupéfait.
— Un artiste classique n’a rien à voir avec la variété ou la téléréalité. Si
je vous parle de Philippe Jaroussky, je suis prêt à parier qu’aucun de vous
ne sait de qui il est question. Et pourtant, c’est un des plus grands contre-
ténors français du milieu musical baroque.
— Je vois, mais nous sommes dans l’obligation de vous demander de
nous remettre ce portable, énonce la voix caverneuse de Tapier.
— Pour ce qu’il me sera utile, faites-en ce que vous voulez. Henri peut
aller le chercher.
— Vous comprenez qu’avec ce nouveau faisceau d’indices, l’enquête
rebondit, affirme Florian.
— Tant que mon nom ne ressort pas dans la presse, je m’en balance. Mais
si par malheur elle renifle la moindre information, ce sera l’hallali. Malgré tout, je ne vois pas le lien entre moi et ces lettres. Il y a forcément une erreur. Ma vie est aussi claire que de l’eau de roche, d’un ennui mortel diraient certains.
— Par contre, un truc me chiffonne, pourquoi être monté dans la voiture
d’une personne ivre ? formule Marty, sèchement.
— Posez la question au portier du Georges V, lorsque je lui ai demandé
de m’appeler un taxi, Keller a pété un scandale. Nous nous étions déjà pris la tête dans ma loge avant le récital, à cause de l’électricien venu changer des ampoules de mon miroir. Je ne voulais pas participer à cette sauterie. J’étais lessivé. La seule chose que je souhaitais était de rentrer dans mon appartement. Une deuxième engueulade ne me tentait pas.
Lorsque les policiers se lèvent, le cuir du canapé crisse, alors que
Frédéric s’inquiète du silence de sa grand-mère.
— Madame, monsieur, nous allons vérifier qui de vous ou de Keller était
visé, vous vous trouvez entre deux feux. Si c’est vous, pourquoi et qui en a après vous. Si c’est lui, idem, dans quoi pouvait-il tremper ? Quel est le danger, d’où vient-il ? énumère Hugo insistant.
— Peut-on envisager un fan dérangé ? Des histoires comme ça existent ?
demande Ludovic. Si c’est le cas, on doit considérer que ça risque d’aller crescendo. S’il y a des problèmes, quelqu’un peut-il vous assister ?
— Henri, l’intendant de Mama vit au rez-de-chaussée. Notre confiance en
lui est illimitée. Personne ne rentre sans une bonne raison, affirme Frédéric.
— C’est déjà ça, marmonne Florian. Nous allons vérifier que votre agent
ne trempait pas dans une magouille quelconque. Nous n’allons pas abuser
de votre temps, nous vous remercions d’avoir bien voulu nous recevoir.
Frédéric acquiesce d’un hochement de la tête et quelques instants après,
Cécile les raccompagne. À cause de la barre de fermeture, lorsqu’on tourne
la poignée en laiton, il reconnaît le petit déclic significatif d’une porte qui
s’ouvre. Au retour de sa grand-mère, chacun reste un long moment perdu
dans ses pensées.
— Avec cette histoire de fou, à quoi doit-on s’attendre ? Oh, mince ! J’ai
oublié de leur proposer un café.
— C’est sans importance, Mama, ils n’étaient pas là pour ça, gronde
Frédéric. Qu’ils fouillent dans la vie de cet abruti, on ne risque pas de les
revoir.
— Et si ce policier avait raison, que Keller s’est servi de toi ?
— Plus rien venant de sa part ne m’étonnerait, mais je ne vois pas quel
genre de méfait il pouvait commettre. Nom d’une pipe ! s’emporte-t-il.
Depuis cet accident tout va de mal en pis. Ne m’en veux pas, j’ai un mal de
crâne épouvantable, je vais me coucher.
Pour regagner son monde monocolore, il s’accroche aux meubles sur son
passage. Il désire le silence, l’oubli. Cécile le regarde s’éloigner, inquiète de
son état. L’obstination a modelé l’homme qu’il est, mais ne l’aide pas dans
son processus de guérison. Il refuse toute aide, tout le hérisse, elle le
comprend. Quel exutoire peut-il trouver à sa rage ? Henri est du même avis
qu’elle, Frédéric file un très mauvais coton. Dépitée, elle réalise que pour la
première fois de sa vie, elle n’a pas de solution.
***
Enfoncé dans une profonde mélancolie, Frédéric se dit que chaque jour qui asse se montre pire que le précédent. Il supplie tous les Dieux de l’Univers our qu’ils le gardent loin de la douleur et de la peur, qu’ils lui accordent un eu de répit. Il ne peut partager son purgatoire avec personne. Que le monde ntier aille se faire mettre !
Il vient de passer une heure avec cet abruti de psy choisi par Charmille, ce
ui est loin d’arranger ses états d’âme. Quand il pense qu’il doit le voir trois
ois par semaine ! Ce connard inculte adore entendre le son de sa propre voix, on phrasé ampoulé donne à Frédéric une furieuse envie de lui dévisser la tête.
Quant au bruit de la pointe de son crayon sur le papier, ça l’agace à tel point
u’il pourrait la lui ficher dans l'œil. Il ressort de chez lui épuisé. Il éprouve n réel soulagement à quitter ce lieu qui lui occasionne une telle répulsion.
Pendant l’entretien, Frédéric doit retenir sa respiration face à son odeur qui
ui fait penser à celle d’une maison de retraite. Il possède autant d’empathie
our son prochain qu’une larve pour une feuille de salade. Résultat, le
musicien pense que se flinguer mettrait fin à son supplice. Depuis ses deux
ernières visites, il reste bouche cousue : garde tout bien cadenassé dans un ndroit de son cerveau. Il n’existe plus. Avant, la musique ne quittait jamais on esprit, elle voguait constamment à travers son corps. Il était reconnu
artout pour la justesse de son jeu et de son élégance. En permanence fluide et
ubtile, elle éveillait émerveillement et bonheur. Aujourd’hui, ce n’est plus le as pour lui. Le psy ne veut pas l’entendre. Il s’entête à relier son mal être à on enfance. Quel rapport avec ce qu’il est devenu ? Un putain d’accident lui a avi toute son essence en un quart de seconde. Dans sa tête plus rien ne ’harmonise, ne reste qu’une partition vide de notes.
Il éprouve le besoin de tout oublier : les images et les sons de cette course
olle en pleine nuit, le choc, les éclats de verre, la douleur effroyable qui s’est erminée dans les ténèbres.
Il peut compter sur Henri, leur chauffeur, pour remarquer qu’il ne va pas
ien, ainsi que son repli lorsqu’il l’installe à l’arrière du véhicule pour le
econduire chez sa grand-mère dans un silence lourd. Henri n’a pas salué le
sy en partant, pourtant, l’homme se montre toujours courtois en général. orsque le véhicule oscille, Frédéric se tend en l’entendant fulminer dans sa arbe. Ne pouvant voir ce qui se passe, ses mains deviennent moites et son stomac se rebelle. Henri, soudainement, conduit vite, beaucoup trop vite.
— Non, mais qu’est-ce qu’il lui prend à cet idiot ? Il va cesser de me coller, ui, peste-t-il.
— Que se passe-t-il, Henri ?
Frédéric aux aguets, ressent l’urgence dans la voix de son chauffeur.
— Ce mec est totalement cinglé, plus j’essaie de le semer, plus il accélère.
cherche à nous coincer. C’est un SUV noir, il vient de se porter à notre auteur, mais impossible de voir sa tronche, ses vitres sont teintées. Toi, mon alaud, t’as pas choisi le bon gars. Tu ne vas pas m’avoir si facilement. Tu
eux t’amuser, ben, c’est parti.
Un premier choc violent à l’arrière fait bondir la limousine en avant. Le œur du pianiste bat violemment. Une sueur froide descend le long de sa olonne vertébrale. Le sang se vide de son visage, une forte envie de vomir emonte dans son œsophage.
— Cela ne va pas recommencer, souffle-t-il.
— Du calme, monsieur Frédéric, je n’ai pas bu et j’ai manœuvré sous le feu e l’ennemi. Ce gars ne le sait pas. Je vous garantis que nous n’aurons pas ’accident. Je vous conseille de vous enfoncer dans votre siège. Il veut nous aire peur et…
Une nouvelle poussée lui coupe la parole. La voiture tangue légèrement et alentit, sous un concert de klaxons furieux.
— J’t’ai eu, connard ! s'exclame Henri, fier de lui. Oh ! Excusez-moi, mais e l’ai esquivé, il ne s’y attendait pas, game over.
Frédéric cherche sa respiration, elle semble s’être soudain esquivée.
— C’est bien… ce n’est pas grave… il se trouve où maintenant ?
— Loin, nous ne sommes plus dans sa voie de circulation. Il s’est fait nfermer entre un camion de livraison et des taxis. Vous allez bien ?
enquiert-il en le voyant livide dans le rétroviseur. Je sais tenir un volant, je ous l’ai dit.
Frédéric n’en doute pas, malheureusement sa cécité rend les choses
isproportionnées. Il ne peut rien anticiper, il écoute Henri qui parle toujours.
— La limousine de madame est un modèle long qui tient la route et qui
’est pas simple à casser. Une chance, à cette heure c’est plus calme, à la
ortie des bureaux ça se serait avéré plus compliqué.
— Avons-nous eu affaire à un mauvais conducteur ?
— Désolé, monsieur Frédéric, malheureusement je ne pense pas, non.
Il s’accroche à sa ceinture de sécurité comme un noyé à un tronc d’arbre
ans un torrent à pleine puissance. Son cerveau branché sur le 220 volts lignote au rouge. Que vient-il de se passer ? Qui les a poursuivis ? Sa vie ntière lui échappe. Il veut rentrer en hibernation et ne plus se réveiller,
maudissant la Terre entière. Des larmes silencieuses roulent sur ses joues
usqu’à sa barbe en broussaille, sans qu’il puisse les retenir. Ses pensées eviennent sur le sujet de friction entre lui et sa grand-mère, et lui permettent
e reprendre pied.
Pour ses rendez-vous, Mama tient à ce qu’il garde une tenue vestimentaire
orrecte. Pour un motif futile, il a piqué une crise et enfilé un survêtement ommandé chez son tailleur, en lieu et place du costume choisi par sa grand-
mère. Même s’il fait partie d’une marque renommée, Mama ne considère pas
ette tenue adéquate à son rang. Les trois tenues de sport sont noires, idem our les tee-shirts et les chaussettes. Dans son subconscient, il ne commettra as d’impairs avec les couleurs. De plus, ils sont parfaitement assortis à son umeur. Grincheux, écrasé de fatigue et de peur, il se sent aussi à l’aise avec
on corps qu’un canard dans la peau d’un ragondin.
Henri se gare et vient lui ouvrir la porte tout en l’aidant à descendre. À leur
rande surprise, une Mama affolée les attend sur le trottoir.
— La police est à la maison, s’agite-t-elle.
— Tu les as appelés ? questionne son petit-fils surpris.
— Je les aurais appelés pour quelle raison, mon enfant ?
Soudain, elle se rend compte de l’état de Frédéric.
— Mon Dieu ! Tu es si pâle ! Henri, que s’est-il passé ?
— Nous avons rencontré un cinglé sur le périphérique, mais nous allons ien. Ça a rappelé de mauvais souvenirs à monsieur. Le mieux serait qu’il monte rapidement, le temps que je rentre le véhicule et que je vérifie les
égâts.
Cécile, chamboulée à son tour, pose une main tremblante sur le bras de son etit-fils.
Passer du rez-de-chaussée au deuxième étage ne leur prend que quelques minutes. Frédéric en profite pour se ressaisir totalement. Au fond de lui, il
omprend que tout ce charivari n’est pas bon pour sa grand-mère. Henri lui a apporté qu’elle ne dort pas très bien depuis l’accident. Accrochés l’un à
autre, ils se dirigent vers le lieu où résonnent les voix. Il s’étonne de cet
spoir un peu insensé d’entendre celle qui provoque des frissons en lui, quel
diot ! Ce mec a certainement d’autres priorités que de ressentir les mêmes
élires.
Dès leurs entrées, Cécile, angoissée, leur annonce ce qui vient de leur rriver.
— Frédéric et Henri ont rencontré des problèmes lors de leur retour.
— De quel genre ? demande la voix de velours de Florian.
Aussitôt, une image incongrue prend forme dans son esprit. Frédéric ’imagine dans un lit aux draps froissés, cette sonorité murmurant à son oreille
es mots obscènes. Il secoue la tête pour s’en débarrasser, mais c’est loin ’être simple. L’image persiste, provoquant des réactions inadéquates au
moment et au lieu.
Pour Frédéric, son ouïe évolue de façon exponentielle, il est désormais apable de reconnaître les intervenants sans hésitation.
— Monsieur Carmichaël, vous êtes avec nous ? demande Hugo Marty.
— Hum… oui oui, évidemment. Je vous écoute.
— Nous détenons du nouveau dans votre dossier, déclare Ludovic Tapier.
— Des choses importantes, semble-t-il puisque vous vous trouvez dans mon
alon, réplique Mama, piquante.
— Tu devrais t’asseoir, s’il te plait, lui demande son petit-fils.
Tous se dirigent vers les canapés. Lorsqu'il se trouve seul avec Henri, être
uidé ne le dérange pas trop. Là, devant cet homme, il se sent mal à l’aise. our combler le tout, une douleur lancinante traverse sa main et son poignet
malgré l’orthèse. Lors de sa dernière visite, la doctoresse Charmille a étudié
es radios, pas très heureuse du développement de la reconsolidation. Il l’a essenti à son attitude rigide. Le résultat n’est pas celui qu’il espérait, lui non
lus. Dans une semaine, elle va lui poser des plaques qui le tiendront éloigné e son piano pour au mieux, une année, avant qu’il ne puisse retrouver une ossible dextérité, c’est surréaliste.
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