La mélodie des sentiments
Chapitre 18
Florian
Florian s’accroupit près de Frédéric pour caresser ses joues humides de ses armes.
— Tu veux bien accepter de m’écouter, je pense qu’elle souffre d’une ommotion. Il n’a pas eu le temps de lui faire plus de mal. Il vient de ommettre sa première erreur. Je sais que tu refuses de m’entendre, mais je te romets qu’il va payer pour ce qu’il lui a fait. Et ce n’est pas ta faute.
— C’est ce que tu crois ?
— Exactement, tu ne peux pas être responsable de la fixette de ce connard.
Alors que les secours prennent Cécile en charge, Henri remonte les marches.
— Vous étiez où, bordel ? hurle Florian à l’intendant.
Henri sursaute, l’air blessé. Il montre ce qu’il tient dans sa main.
— Madame m’a envoyé chercher ses mots fléchés. Sophie et Romuald atrouillent dans l’immeuble. Je me suis absenté seulement quelques minutes, ermine-t-il, penaud.
Aussitôt, Florian s’en veut, l’ancien soldat n’est pas flic, il a obéi à sa atronne. La colère et ce je-ne-sais-quoi qu’il ressent pour le pianiste ont bscurci son esprit, il se comporte en abruti. Il fixe les deux lieutenants qui rrivent essoufflés.
— Capitaine, que s’est-il passé ? demandent Sophie et Romuald le visage ourné vers la vieille dame, toujours au sol entre les mains des secours.
— Ce qui s’est passé ? Vous ne le voyez pas ? aboie-t-il. On en discute plus ard.
Un gémissement de Cécile le rassure, il s’est attaché à cette femme. Les
ompiers confirment le diagnostic de Florian. Par mesure de précaution, ils la irigent sur l'hôpital pour vérifier ses constantes, acceptant qu’Henri accompagne.
— C’est moi qui devrais y aller, s’écrie Frédéric.
— Certainement pas, gronde Florian, tout le monde à l’intérieur.
mmédiatement !
Celui-ci tente de gérer les conséquences de cette attaque éclair. Tous, mal à
aise, lui font face dans le salon. Froidement, son regard passe des uns aux
utres. Il fonce bille en tête.
— D’abord toi, Frédéric, tu dois rester hors d’atteinte de ce dingue et suivre
mes instructions. Il va saisir chaque opportunité, surveiller cet immeuble. Il a
û voir les pompiers et s’attend à ce que tu emboites le pas à l’ambulance.
NON ! rugit-il sortant de ses gonds, je ne souhaite pas entendre quoi que ce
oit, content ou pas, tu vas rester ici.
Le capitaine se tourne vers son équipe, furieux, le regard assassin.
— Maintenant, à nous, je vais vous coller un rapport au cul ! Pourquoi
’avez-vous pas appelé des renforts avant de vous éloigner sachant qu’Henri
’absentait ?
— Capitaine, nous avons effectué le tour du pâté de maisons seulement
près nous être assurés que tout était okay, souffle Sophie, dansant d’un pied ur l’autre, mains derrière le dos. Violaine y est toujours, je vais l’avertir de
agression.
— C’est ma faute, j’aurais dû anticiper qu’il chercherait une ouverture pour
ntervenir, tente maladroitement Romuald.
Il bosse avec ce supérieur depuis peu, mais il trouve qu’il se montre juste.
s ont merdé, normal qu’ils se prennent une soufflante. Il se tourne vers le etit-fils.
— Je vous présente mes excuses, nous sommes vraiment désolés.
— Je suis fautif aussi, formule Florian calmé, passant une main sur sa uque, j’aurais dû le prévoir. Allez à l’hôpital rejoindre Henri qui se trouve éjà auprès de Cécile. Personne d’autre que le personnel soignant n’entre dans a chambre, seulement après qu’une vérification ait été effectuée sur chacun
’entre eux.
Les deux flics filent sans demander leurs restes.
Philippe et Karl patientent dans un coin, attendant que l’orage passe. lorian attrape son portable tout en surveillant Frédéric, avec lui, il perd toute bjectivité.
— Maxence, je veux des flics en tenue dans tout le périmètre et que ça essemble à un essaim d’abeilles. Il est comme un pyromane qui vient
’allumer un incendie, à coup sûr, il va rester dans le coin pour admirer son
œuvre. Il est sur le sentier de la guerre, je veux qu’on lui foute la pression. Et
utain ! j’avais raison, c’est bien un homme. Je t’ai envoyé deux témoins avec
Violaine. J'installe notre Q.G. chez madame Carmichaël. J’ai merdé en
onnant de telles responsabilités à un civil. Tu peux m’envoyer la PTS avec udovic et Hugo, s’il te plaît, dit-il en refermant son téléphone d’une main et
n passant l’autre dans ses cheveux.
— Désolé d’avoir gueulé, voir Cécile comme ça m’a déboussolé, se justifie lorian en fixant Frédéric toujours prostré dans le canapé.
Puis il se retourne vers les deux hommes toujours silencieux :
— Karl, j’aimerais que l’on se réunisse avec mes supérieurs pour savoir omment utiliser votre intervention télévisée.
— Chéri ? questionne Philippe.
— Dites-nous juste l’heure et le jour, nous serons là. Je vous laisse nos oordonnées, précise Karl.
— Frédéric en a assez supporté pour aujourd’hui, je crois. Nous allons vous uitter, donnez-nous des nouvelles de madame Carmichaël. Attrapez cette ourriture ! termine Philippe.
— Comptez sur moi pour ça, encore plus après ce qui vient de se passer !
Ils se trouvent désormais seuls, les sanglots du pianiste déchirent Florian. e flic ne peut se cacher davantage et taire son attirance, il sait que quelque hose dans son cœur se trame, il décide de lâcher la bride à son esprit.
Frédéric s’est imaginé le pire, sa cécité l’empêchant de relativiser et
mplifiant son ressenti. Le policier décide de crever ce silence qui s’installe et ’ouvre au pianiste.
— Frédéric, tu veux bien me parler ? Comment vas-tu ? Je me doute que tu
m’en veux.
Ce dernier ne répond pas. Difficile de déterminer s’il refuse de dialoguer ou
’il préfère l’ignorer.
— Je suis navré, elle a dû piger assez vite qui se présentait à sa porte. Elle
e lui a probablement pas facilité la tâche. Cette femme est courageuse, elle n a vu d’autres.
Son sourire doit passer dans le son de sa voix, car Frédéric semble enfin se
étendre. Florian lui ôte ses lunettes, les pose sur la table basse. Il s’y assied,
ace à lui.
— Je me sens totalement responsable, insiste Florian. Il est évident que
ous n’avançons pas aussi vite que nous le souhaitons, nous ne sommes pas es magiciens.
Il entremêle ses doigts glacés aux siens, Frédéric ne les retire pas. Si
enquête traîne en longueur, ce qui se passe entre eux progresse, les dépassant uelque peu. Il semble pourtant qu’aucun d’eux ne tente de le refuser.
— Je te fais une promesse, ça va prendre un peu de temps, mais on va le
errer. Les voisins vont nous fournir un portrait-robot. Dès qu’elle le pourra,
Cécile confirmera s’il est correct. Je peux t’assurer que le mec aurait pu se
xer sur n’importe qui, et…
Coupé par la sonnerie de son téléphone, Florian avertit Frédéric qu’il s’agit
’Henri :
— Oui Henri, je vous mets sur hautparleur, on vous écoute.
— Elle va bien, les examens montrent une légère commotion. Ils vont la arder cette nuit pour plus de sécurité. Elle leur a fait savoir ce qu’elle en ensait, du coup, elle y a gagné un calmant. Si la nuit se déroule bien, elle ortira demain matin. Elle m’a demandé de rassurer monsieur Frédéric.
— Merci, Henri, encore une fois excusez-moi pour tout à l’heure. Si elle se éveille, dites-lui que je reste avec son petit-fils, assure-t-il en fermant son
ortable.
Les deux hommes sont rassurés par les dernières nouvelles. C’est alors que oudainement l'ambiance change, devenant plus électrique. Le temps semble omme suspendu. Tendus l’un vers l’autre, ils prennent conscience que uelque chose frémit entre eux. L’air se charge d’une tension sexuelle ongtemps retenue. Florian essuie de ses pouces les larmes de soulagement qui
évalent sur les joues de Frédéric. Inconsciemment, sans savoir qui en est le
esponsable, la distance entre eux s’efface. Leurs lèvres se rapprochent jusqu'à e toucher, puis s'abandonnent à leur désir dans un baiser doux et réconfortant.
Prenant conscience de l’intensité du moment, le flic recule un instant. Le eune homme suit le mouvement pour quémander un autre échange plus
rdent, ses mains encerclent la nuque de Florian qui abdique volontiers, se
aissant happer. Leur baiser transmet toutes leurs émotions, le transformant en
ne jouissance intense et brutale. Un râle résonne dans sa gorge. Les contours u champ de vision du policier disparaissent soudain. Cherchant de l’air, il écarte et reste interdit devant le visage extatique de son compagnon qui arde les yeux clos. Ses pommettes et le pourtour de ses oreilles virent au
ouge. Ses lèvres gonflées montrent la sauvagerie de leurs échanges.
Repensant au contenu du tiroir dans le duplex, Florian doit repousser ces
mages de Frédéric juste vêtu de soie et dentelle, le moment n’est pas venu. Le
ésir qui les anime provoque un renflement très visible sous leurs braguettes u’ils ne peuvent ignorer.
— Je ne t’imaginais pas si sauvage, murmure Florian. Je pensais que tu llais m’envoyer sur les roses.
— S’il y a un endroit où j'aimerais t’envoyer, ce n’est certainement pas là,
ouligne Frédéric, audacieux.
Florian remarque que le marron de ses iris possède une teinte plus claire
u’il ne l’a cru auparavant, tirant sur la couleur d’un bon whisky. Il n’a jamais té si près de perdre son sang-froid devant ce mélange de vulnérabilité et de orce que montre le pianiste à cet instant. Leurs mains de nouveau liées, il
attire contre lui. De sa langue, il joue sur ses lèvres entrouvertes et glisse sa
main libre derrière la nuque du pianiste pour accentuer leur baiser, puis recule
oucement. Dévastés par l’intensité de leur baiser, ils se retrouvent, front ontre front, haletants.
C’est alors qu’une question hors contexte du pianiste le statufie coupant net
oute envie de s’aventurer plus loin. Les deux hommes s’écartent l’un de
autre, revenant à l’affaire.
— Comment a-t-il pu rentrer dans mon duplex ?
Florian reprenant rapidement ses esprits répond :
— De toute évidence, il doit posséder les clés, car il n’y a pas eu
’effraction. Il y a eu accès d’une manière ou d’une autre.
— Pfff… connerie ! Elles restent en permanence dans mes poches, tout
omme mon portable.
— Même lorsque tu joues sur scène ? s’étonne Florian.
— Mais non, idiot ! Je ne peux rien glisser dans mes tenues de concert. Je
aisse tout dans mon costume accroché dans ma loge.
— Donc, n’importe qui a la possibilité d’y avoir accès, sans risquer d’être
urpris. Pendant un spectacle, je suppose que l’endroit grouille de monde, onfirme le capitaine.
— Pour certains vestiaires, il y a des clés et l’entrée des artistes se trouve
ous la garde d’un vigile, mais ce n’est pas toujours le cas.
— Pourquoi Keller ne t’a-t-il pas attribué une sécurité permanente ? Tu es uelqu’un de reconnu quand même !
— Trop cher ? Une gêne pour ses trafics ? Qu’est-ce que j’en sais, moi ? énerve Frédéric.
— Effectivement, j'aurais dû y penser.
— On peut passer à autre chose ? questionne le pianiste farouche. Et si on eprenait là où nous nous sommes arrêtés.
Florian sent les longs doigts de Frédéric glisser sur sa joue dans un ttouchement aérien. Son visage s’avance alors que sa bouche fond sur la ienne pour un baiser fougueux, le début d’une barbe couvrant sa mâchoire marque sa peau. Plus rien n’a d'importance, son esprit se vide, son corps
’alanguit dans le plaisir de serrer cet homme dans ses bras. Leur relation
evient fusionnelle les surprenant tous les deux. Ils oublient ce harceleur
antôme. L’un contre l’autre, ils restent silencieux jusqu’au murmure de
rédéric.
— Pourquoi es-tu devenu flic ?
Dieu merci ! Cette excuse lui donne l’occasion de ne pas se comporter omme un animal en rut. À ce rythme, il risque de craquer. Saisissant la erche tendue, il se racle la gorge, tentant de remettre ses idées en place.
— Euh… on va dire le hasard, je souhaitais devenir avocat, mais j’ai encontré celle qui a tout bousculé dans mon planning de carrière.
Frédéric sursaute, il n’avait pas envisagé qu’il pouvait avoir quelqu’un dans a vie, une femme en plus. Il recule comme piqué par un serpent.
— Reste là, souffle Florian le serrant contre lui, je vais t’expliquer, tu ugeras ensuite d’accord ? J’ai fait la connaissance de Charline et à ma grande urprise, elle m’a aimé. Nous nous sommes mariés. Elle voulait soigner les nfants, mais sa bourse plus ses petits boulots ne suffisaient pas pour des tudes aussi longues. Il nous fallait un salaire sûr pour nous en sortir.
La voix de Florian devient rauque, comme s’il avait du mal à en parler. Le
ianiste est perdu, mais comme il veut tout savoir sur ce flic mystère, écouter devrait éclairer sa lanterne.
— Vos parents ne pouvaient pas vous aider ?
— Ceux de Charline l’assistaient au mieux.
— Elle est où ? Pourquoi t’exprimes-tu au passé ? Vous êtes séparés ?
— On peut dire ça comme ça, elle a été abattue, il y a un peu plus d’un an,
as de soutien familial, là non plus. Son père et sa mère n’ont toujours pas
urmonté leur chagrin et j’ai refusé d’ajouter le mien au leur. Je ne parle plus ux miens depuis une explication très orageuse alors qu'ils venaient de me urprendre très occupé dans ma chambre avec le fils du garagiste. Je n’avais
as 18 ans, je me préparais à passer mon BAC et tout s’est effondré, j’y ai agné un aller simple pour la rue. En un quart de seconde, je n’étais plus enfant que mes parents adoraient, j'étais devenu un être immonde. J’avoue ue je n’imaginais pas un seul instant cette réaction.
— Attends ! Je ne veux pas me montrer idiot, mais… tu viens de me dire
ue tu t’es marié avec une femme, j’avoue que je suis dérouté.
— Il n’y a rien à comprendre. Pourquoi devrait-on cocher des cases, donner
n nom à ce que l’on ressent ? C’est la société qui place des étiquettes, si tu es ifférent de ce qu’elle choisit, tu dois t’effacer, plier la tête. Pour moi, je ’aimerai jamais une autre femme, c’est impossible. C’était déjà une surprise vec Charline, car rassure-toi, je suis profondément gay. Durant toute notre elation, je n’ai aimé qu’elle. Je n’ai eu envie de personne, homme ou femme.
Mon cœur l’avait choisie, elle.
— Elle savait pour ton homosexualité ? s’étonne Frédéric.
— Oui, elle m’avait remarqué avec mon mec du moment à une fête
tudiante. Le gars n’était pas l’amour de ma vie, on s’amusait tout comme toi vec tes coups d’un soir.
— Comment passe-t-on, de « j’aime les garçons », à « je me marie avec une
lle » ? Quelle certitude avait-elle que tu ne la quitterais pas pour un mec ?
— Justement, ça ne s’explique pas et nous n’avions aucune certitude ni l’un i l’autre. Dès que l’on s’est vus et jusqu’à son décès, il n’y a eu que nous eux contre le monde entier. Elle était et restera mon unique. Beaucoup n’y royaient pas.
Florian paraît absorbé dans ses souvenirs, il secoue la tête et reprend oucement.
— Elle adorait les musées, crois-moi si tu veux, elle pouvait rester des eures devant un tableau. Elle était aussi une de tes fans inconsidérées.
— J’en suis honoré, murmure le pianiste.
— Son départ m’a tué, elle me manque tous les jours, le deuil ne se termine as après l’enterrement. J’aurais tout donné pour revenir en arrière, profiter ncore plus de cet amour qui nous unissait. Étrangement, je me sens apaisé,
étais persuadé que cette plénitude ne reviendrait pas pour moi.
Le capitaine caresse du pouce la main qu’il tient, se taisant quelques minutes avant de reprendre :
— La Terre récupère sa rotation à un rythme normal. La vie se montre hienne, je suis parti bosser, elle dormait après ses nombreuses heures de arde. Je l’ai observée, détendue et calme dans son sommeil. J’ai terminé mon afé, je l'ai embrassée, sans imaginer une seule seconde qu’elle ne rentrerait lus jamais. À cause d’une balle perdue, tout est parti en fumée, j’ai sombré u point de ne plus savoir qui j’étais.
Terminant son récit, le flic s’installe plus près du musicien le prenant contre on torse. Plongés dans leurs pensées, les deux hommes laissent un silence
aisible et doux s’installer entre eux.
Se trouver dans les bras de Frédéric sur le canapé, dans le silence de la maison, n’étonne pas Florian. Il y a des mois qu’il ne s’est pas senti aussi
ien. Plus le temps passe, moins ce poignard lui déchire le cœur.
— Comment était votre mariage ?
— Il s’est déroulé le plus simplement du monde. J’avais loué un costume,
Charline avait emprunté une robe courte et blanche à une amie. Toutes mes
conomies étaient passées dans nos alliances et son bouquet. Cette amie et
Maxence, mon coéquipier à l’époque, nous ont servi de témoins. Faute de moyens, ses parents n’ont pas pu venir. Les miens peuvent finir en enfer, je
’en voulais pas. Ils n’ont pas connu ce trésor qui m’a accepté comme j’étais.
Florian, très ému, essuie une larme qui roule sur sa joue et revient à
rédéric.
— Les braqueurs vivent dans leurs cellules pour un sacré bout de temps. Je
mentirais si je te disais que ma haine a disparu. C’est toujours dans un coin, mais grâce à mes coéquipiers je m’en sors. Probablement, lorsqu’il sera
uestion qu’ils sortent, tout ressurgira. J’ai appris qu’il fallait parfois accepter
es mains tendues. D’ailleurs, tu devrais essayer. Que dirais-tu de rencontrer
Maxie ? Dis-toi qu’avant de la croiser, j’ai grave déconné.
— Comment ça ? s’enquiert Frédéric.
— Tourner la page me demandait trop d’efforts, j’avais la sensation
’abandonner Charline… encore, murmure Florian la gorge serrée par émotion de ses souvenirs. J’ai plongé la tête la première dans l’alcool, sans
Maxence j’aurais perdu mon boulot, il m’a mis en face d’une certaine réalité.
u n’aurais certainement pas approché le connard que j’étais devenu. Je savais
me montrer exécrable pour que l’on me fiche la paix.
Frédéric cogite, il comprend qu’il doit lui aussi se tenir sur ses deux pieds,
e bouger. Le destin lui joue un tour étrange, ce mec collé à lui l’attire plus
ue de raison. Il était loin d’imaginer qu’un jour il y aurait de la place pour utre chose que la musique dans sa vie. Si une personne sait qu’une atastrophe peut frapper de bien des manières, c’est Florian qui l’a appris à la ure. Frédéric est certain qu’il ne laissera personne l’atteindre. Pourquoi erdre du temps à tenter de comprendre ce qui leur arrive, parler avec cet omme est si facile.
— Mama refuse de croire que mon père, à sa façon, devait m’aimer. Peut-
tre a-t-elle raison ? Tant que je restais sur mon tabouret devant mon piano, il e foutait du reste. S’il avait juste supposé que j’aimais les garçons, la réaction urait égalé la puissance d’une bombe atomique.
— T’as trouvé le moyen d’en voir en douce, s’amuse Florian.
— Oui, mais ce n’est pas vivre que de devoir mentir, d’avoir peur que l’on écouvre ta vraie nature. C’est usant à force. Si tu savais comme les propos omophobes de Keller me transperçaient, me faisaient un mal de chien. Chaque fois qu’une connerie sortait de sa bouche, je n’avais qu’une envie, lui
aire bouffer ses couilles. Cet enfoiré m’obligeait à sortir avec ces filles qui
me donnaient envie de vomir.
Frédéric soupire puis reprend d’un ton las :
— Avant toute cette merde, je rêvais de prendre une année sabbatique. ’étais déterminé à me séparer de lui. De toute façon, quelle importance de
éblatérer sur ce qui est foutu !
— Cesse de raconter n’importe quoi, tranche le flic en le faisant taire avec e seul moyen efficace qu’il connaît, le bâillonnant de sa bouche.
Frédéric surpris, l’autorise à entrer. Frustré, il aimerait voir son visage, écouvrir le moindre grain de sa peau, la couleur de ses yeux, ses expressions. Remplaçant sa vision par ses mains, il tâtonne de ses doigts le derme doux,
evine la fossette de son menton, ressent le duvet de ses joues pour terminer
ur une bouche gourmande. La chair de poule couvre son épiderme, son
entre se contracte et une langue de feu parcourt son corps. Statique, Florian
e laisse libre de dessiner ses traits. Cet homme chamboule son monde, lui
uvrant la porte d’un univers inconnu. Perdu dans les brumes de la passion, le ruit d’ouverture de la porte les sépare. Le spectacle qu’ils montrent, cheveux écoiffés, lèvres gonflées, joues cramoisies, ne laisse planer aucun doute sur e qu’ils faisaient. Un rire secoue Florian devant leurs gestes miroirs. Il epousse doucement son compagnon, le recouvre d’un plaid pour cacher cette
osse aux visiteurs. Le sourire éblouissant qui naît sur les lèvres du pianiste
cotche le flic. Il donnerait tout ce qu’il possède pour revoir ce visage
magnifique.
— Connard ! Ça t’amuse, hein ? murmure-t-il au jeune homme.
Il dépose un baiser léger, s’assied dans le fauteuil tout en replaçant ses heveux. Son cœur bat la chamade. Il croise bras et jambes, surpris de voir Henri, Sophie et Ludovic pénétrer dans le salon.
— Qui est resté avec Cécile ? s'inquiète-t-il.
— Romuald et Marc, répond Sophie.
Si le trio remarque un truc étrange, il le garde pour lui. Pourtant, un éclair
e malice traverse le regard de Ludovic qui lève un sourcil.
— Pour les patrouilles ? demande Florian, l’esprit à nouveau sur l’enquête.
— Le divisionnaire a mis le paquet sur les investigations. Au vu du passage,
a PTS garde peu d’espoir. Les empreintes de tous les habitants de l’immeuble
nt été relevées, quant aux vérifications d’identité, je doute que ça donne rand-chose. Laura va lancer la comparaison avec celles du duplex. Le ortrait-robot est en cours. Voilà pour les dernières infos ! Tu crois quoi, mec ?
Y en a qui bossent pendant que les autres se la coulent douce, ironise Ludovic
e regard pétillant.
Il est content de voir le rouge envahir les pommettes de son capitaine, enfin retrouve celui qu’il a connu du temps de Charline. Il comprend même qu’il a anguille sous roche et sourit devant le doigt d’honneur que lui adresse
lorian qui choisit de revenir à leur témoin de l’agression.
— D’après son mari, sa femme dessine parfaitement, relève Florian.
L’éclat de rire de Sophie lui fait tourner la tête vers elle alors que Ludovic
xplique.
— Il se trouve qu’elle se cherche dans la période cubique entre Braque,
icasso, mais qu’elle n’a rien de Sonia Delaunay, si ça peut te donner une
dée. Le technicien s’est finalement tourné vers notre logiciel. Lorsque
madame Carmichaël sera en mesure de nous dire ce dont elle se souvient, on
omplètera.
— Henri, comment va-t-elle depuis votre coup de fil ? questionne le
apitaine.
— Ils ont bénéficié d’un aperçu de son caractère. Sa famille ne plie pas evant l'ennemi, a-t-elle grogné, affirme fièrement l’intendant.
Attiré par la bouche de Frédéric, Florian semble parti très loin.
— Si tu pouvais revenir avec nous, s’amuse Ludovic. Romuald et Marc estent à l’hôpital pour la nuit, donc ici nous serons cinq avec Henri.
— Ne me compte pas, Hugo et Maxence m’attendent. Tu veux bien emander qu’ils m’envoient une voiture, précise Florian.
Ludovic s’éloigne pour passer son coup de fil. Henri et Sophie semblent longés dans une conversation passionnante. Florian se tourne alors vers rédéric et s’accroupit :
— Cette nuit, tu dois dormir et t’efforcer de manger. Promets-le-moi ! Nous llons coincer ce fils de pute, lui murmure-t-il.
— Pourquoi pars-tu ? boude le pianiste.
— Cesse de jouer au gamin capricieux avec moi, ça ne marche pas, rétorque lorian en se redressant.
— Je n’ai pas vraiment le choix, n’est-ce pas ?
— Pas si tu veux participer de près à l’enquête.
— Connard ! lâche Frédéric en esquissant un sourire.
— C’est mon deuxième prénom.
— Dis-moi que ce n’était pas un rêve et qu’il se passe bien quelque chose ntre nous ?
— Écoute bien ce que je vais te dire. Sache que je ne suis pas du genre à auter sur tout ce qui bouge, surtout pas après ce qui s’est produit avec ma emme. Si nous nous sommes embrassés, c’est que je le voulais et que je le
eux toujours. Donc maintenant, j’aimerais que tu me fasses confiance et que
u me promettes que tu vas te reposer.
— Tu en as vraiment de bonnes ! Avec ce qui vient de se passer, ça va
urchauffer et à mon avis, je ne serai pas seul dans ce cas, n’est-ce pas ? dit le
ianiste en lui touchant l’entrejambe.
— Allumeur !
— La voiture arrive, les interrompt Ludovic. Maxence te fait savoir que
avocat et son mari seront présents à la réunion demain matin. Violaine
ravaille sur les indices au bureau.
Il se dirige vers la cuisine, Florian s’abaisse à nouveau et lui vole un baiser.
e portable de Sophie sonne achevant sa discussion avec Henri. Sa
onversation terminée, souriante, elle se retourne vers son chef de groupe.
— Devine qui est ravi de venir te chercher. Ce cher Alban t’attend
mpatiemment en bas.
— Je vous confie Monsieur grognon ! N’écoutez pas ses jérémiades de sale
amin. Il doit avaler un truc et dormir.
Sous le regard suspicieux de ses collègues, il sort. Surpris par le tournant ue prend sa vie, une tempête déferle dans son esprit. Comment ne pas être rappé par tout cela ? Et s’il laissait le destin avancer les pions qui lui sont
estinés.
Bien loin de son agitation, les policiers avancent pas à pas. La légiste
Martin croise ses découvertes avec Laura pour monter un profil ADN. La
uviale cherchant le corps d'un suicidé qui a sauté du pont du Garigliano,
ombe sur un véhicule récemment jeté dans les eaux de la Seine. Après
xamen, il s’avère qu’elle correspond avec une enquête en cours de la riminelle. Les preuves s’amoncèlent, mais ne pointent personne en articulier, les laissant dans un épais brouillard.
***
Dans son bureau, le capitaine se bat avec ses pensées qui concernent le
ianiste. Il sait que Dacran et son mari ne vont pas tarder à arriver. Florian se ose beaucoup de questions et se demande s’il doit s’embarquer dans cette venture. Il ne peut oublier, Charline, la femme de sa vie. Néanmoins, quelque hose chez le pianiste le pousse à se projeter un peu plus loin, chose que
usqu'à présent, il pensait impensable. Le fait que celui qui l’attire soit plongé
ans les ténèbres le perturbe plus que nécessaire et crée en lui un véritable hamboulement. La fragilité de Frédéric, l’impulsivité due à son état, son esoin d’être aimé pour lui-même, tout en lui le charme.
Un lien invisible semble les rendre captifs l’un de l’autre. À la manière d’un millefeuille, les raisons de fuir s’entassent, mais c’est trop tard. Son amour
our Charline lui a laissé croire, à tort, que son muscle cardiaque était mort vec elle, qu’il n’était plus qu’une mécanique tout juste bonne à le maintenir ebout. Et voilà qu’il s’emballe à nouveau pour un homme. Le goût de sa ouche délicieuse demeure sur ses papilles. Il a exploré cet antre chaud, aressé chaque surface avec un plaisir gourmand et ne demande qu’à réitérer expérience.
Sous ses airs bravaches se cache l’enfant que son père ne l’a pas autorisé à écouvrir. Son insécurité criante se planque sous une confiance forcée. rédéric montre le côté face au monde, Florian découvre le côté pile. Il a le hoix d’ignorer la situation ou de l’accepter pour construire une belle histoire.
e timing ne peut se montrer plus mauvais. S’il ne se focalise pas sur cette
nquête, la moindre erreur mettra Frédéric en danger, un vrai casse-tête hinois !
Et s’il se trompait ? Si ce désir naissant n’était que fugace ? D’un côté le euf avec son métier de flic, de l’autre un homme riche et connu, hormis leur ésir, qu’ont-ils en commun ? Il se sent comme une figurine jetée au sol qui urait éclaté en milliers d’éclats acérés, inutile. Pour le moment, impossible de érer ce fatras qui le déstabilise. Il verra plus tard à gratter ce qui le démange. Ce n’est pas le moment de rêvasser.
— Hé ! Florian ! Ça serait formidable si tu participais un peu, râle Maxence. C’est bon, t’es là ?
Il rougit et bafouille, si ses collègues avaient la moindre idée du chemin de es pensées, il y gagnerait un savon de son supérieur pour faute grave.
— Je pensais à l’enquête, ment-il effrontément. On l’a manqué, à ça ! récise-t-il, montrant un écart entre son pouce et son index. Tu peux répéter ce ue tu disais.
— Je venais te chercher, le manager et son mari sont arrivés. Alors, bouge-
oi les fesses, viens à leur rencontre, gronde-t-il.
Parfait ! Il va enfin pouvoir passer à autre chose.
— Si tu cessais de gueuler ! Je connais cette affaire dans ses moindres
méandres, peut-être mieux que toi, Boss, vu qu’elle envahit même mon
ommeil. Nous ressemblons à des poulets sans tête qui courent leurs derniers
moments dans la basse-cour. À moins que madame Irma ne trouve une
éponse dans sa boule de cristal et ne vienne nous apporter un nom et une dresse, notre enquête ne sera pas clôturée aujourd’hui.
— Ne sois pas négatif, il a commis plusieurs erreurs. J’espère qu’il va
’affoler et en perpétrer d’autres.
— As-tu une idée d’où il possède ses connaissances en poésie ? Il a dû faire
es études ou il lit beaucoup, je pense. Maintenant, j’attends impatiemment u’il se plante à nouveau, quel sera son prochain coup ? Un autre meurtre ?
Un enlèvement ?
Florian et Maxence pénètrent en salle de réunion, saluent les deux visiteurs,
ous s’installent autour de la table. Tout comme eux, Hugo et Ludovic
résentent des signes de fatigue évidents.
— Messieurs, bonjour, en premier lieu nous vous apportons de bonnes
ouvelles qui devraient nous aider à redorer le blason de Frédéric, démarre hilippe, fier de lui. Pour ce faire, nous avons contacté un animateur de
élévision qui nous réclame à cor et à cri depuis des années. Il est si heureux
e nous avoir enfin, qu’il a tout accepté dans nos propositions. Karl va passer ans l’émission de KG, nous attendons maintenant qu’il nous fasse parvenir la onfirmation de l’horaire et du jour.
— Qui est ce KG ? questionne Florian, dubitatif.
Il voit tout le monde le regarder comme si soudain des cornes lui avaient oussé au sommet de la tête.
— Voyons ! Kaussac Gérald, le talk show le plus visionné de la petite ucarne. Son taux d’écoute crève le plafond à chaque émission, il reçoit les
lus grands du monde musical. C’est un touche-à-tout de génie. Depuis des
mois, il nous tanne pour que nous apparaissions dans son émission avec le
roupe que je gère. Si vous ne connaissez pas KG, vous ne savez rien sur
ONEXO non plus. Vous vivez dans une grotte ? demande Karl abasourdi.
— On va dire ça ! Je sors d’une année très agitée et regarder la télévision ’entrait pas dans mes priorités, répond Florian. En quoi ce truc est-il un atout our notre affaire ?
— Mon cher mari est doué pour parvenir à ses fins. Il suffit que l’on mette n place un scénario bien rodé. Le monde de Frédéric s’est fracassé et nous evons tout tenter pour qu’il ne soit pas blessé à nouveau. D’ailleurs, aimerais rencontrer votre thérapeute, celle dont vous nous avez parlé.
— Maxie est la meilleure, je ne désespère pas d’avoir Frédéric à l’usure. Votre coup de main est le bienvenu.
— Ce serait une bonne chose qu’il vous écoute. Nous devons avouer que otre association récente n’aide pas. Une chance que cet abruti de Keller ne ait pas abîmé plus profondément.
— Mama donnera l’élan nécessaire pour qu’il se rende chez Maxie.
— Revenons à ce soir, suggère Maxence, expliquez-nous votre plan ’action.
— ONEXO part pour une très longue tournée la semaine prochaine. J’ai ccepté qu’il présente en live deux des titres de leur nouvel album. Comme je ais cesser de travailler avec eux. Je profiterai de l’émission pour l’annoncer t passer le flambeau à leur nouveau manager. Ce sera le premier étage de la usée, ensuite je parlerai de Frédéric. Reste à espérer que votre suspect morde
l’hameçon et qu’il suive cette émission. Je vais distiller les informations,
uste de quoi tendre le filet, termine Karl, sûr de lui.
— Pourquoi ne pas en profiter pour diffuser votre portrait-robot ? Je pense n tant qu’avocat que ça donnerait plus de résultats qu’avec les gardiens de la aix le cherchant parmi les spectateurs. Avec sa dernière erreur, il va éviter de rendre des risques, gronde Philippe.
— Pour le moment, je ne pense pas que cela soit une bonne idée. Gardons-
e sous le coude et voyons si votre interview donne un résultat, affirme
Maxence, sûr de lui.
Les flics présents secouent la tête en accord avec ce que vient de dire
avocat. Ils ne comprennent pas la décision de leur chef.
L’animateur de radio, tellement heureux de recevoir Karl et son mari, passe
ne annonce sur le réseau social de son émission. Il prévient qu’il réserve une norme surprise à ses fidèles et que la programmation habituelle est modifiée.
Voulant garder le mystère, il demande à tous de regarder son show, le
endemain dès 21 heures précises pour un rendez-vous qui marquera la saison.
Le jour arrive, rien n’a fuité et l’atmosphère du studio est électrique.
Chacun émet une idée sur les fameux invités, des paris ont même été lancés.
a page de l’émission déborde de questions, de suppositions plus
xtravagantes les unes que les autres, le buzz fonctionne et dépasse les spérances du présentateur.
En voyant l’heure approcher, Florian s’agite, inquiet. N’y trouvant aucun
ntérêt, il ne visionne jamais ces émissions, persuadé qu’elles détruisent la
matière grise des jeunes cerveaux. Il va à coup sûr être bon à enfermer après
on passage dans les coulisses. Tout ce vacarme le submerge, les gens sont en
mouvement permanent, puis le silence fige totalement les lieux. Les lumières
’éteignent, un décompte lancé d’on ne sait où démarre. Tout reprend plus ort.
La scène, située au milieu d’un halo lumineux, permet de voir ce fameux
roupe à la mode, bruyant et sans attrait pour le capitaine. Florian se sent si ieux avec ses 34 ans. Les gars qui forment le quatuor donneraient du lait si n leur pressait le nez. Leurs vêtements conviendraient à des sans-abris, antalons troués, marcels en coton blanc, rangers. Leurs yeux sont maquillés,
eurs cheveux luisent de gel et pointent en épis. Un sourire lumineux fend eurs visages, un peu comme s’ils venaient de conquérir le monde. Le batteur onne le top départ. La salle menée par le rythme déborde d’énergie ontagieuse, presque hystérique.
Florian vérifie que ses oreilles ne saignent pas. Il grommèle tout seul dans on coin, le bruit l’empêche d’entendre toute conversation dans ses oreillettes.
est évident que personne n’a pensé à ce boucan. Karl a omis de le prévenir ue ça ressemblait plus à une partition mal écrite, distendue et bruyante, qu’à n véritable morceau de musique. Le seul atout du groupe demeure le hanteur. Il est sexy, mais bon ! Rien à voir avec Frédéric. La chanson
erminée, le gamin salue la foule, le corps en sueur et le sourire Ultra Brite
ien en place. L’ovation manque d'achever Florian, qui, les yeux fixés sur le résentateur, ne remarque pas la silhouette sombre s’approcher. Il sursaute en
entant une douleur sur son côté droit. Il tente de se retourner alors qu’un
iolent coup sur la tête l’envoie dans les ténèbres. Personne ne remarque agresseur s’enfuir.
Les projecteurs, dont la puissance pourrait éclairer la forêt amazonienne out entière, se dirigent sur KG. Ce gars âgé de 40 ans, au sommet de sa
loire, survole la profession et suivant son humeur hilarante ou sarcastique, eut faire ou défaire une carrière. Des vedettes prestigieuses se croisent sur
on plateau. Pour le moment, ses hôtes devisent, installés dans ces fauteuils ux formes étranges, d’un rouge criard.
— Merci, les garçons, on peut dire que ça déménage. C’est sympa de nous n offrir la primeur. Nous attendons votre deuxième passage. Ce soir, chers mis, c’est le jour des surprises, mon prochain invité n’est autre que Karl Messanguer, le manager du groupe qui vient de vous en coller plein la vue et
es oreilles, un réel défi pour moi de lui faire accepter cette venue.
— Vous comprenez que gérer ces gamins représente un travail à plein emps, ironise-t-il.
— Je ne peux que vous féliciter pour le résultat. Ces garnements tiennent le aut du classement depuis six mois face à des pointures, c’est incroyable ! usqu’où vont-ils aller ces génies ?
— Merci, mais tout le mérite leur revient, ils bossent dur pour ça. Mais je e suis pas seulement venu pour les soutenir, j’ai d'autres raisons à vous onner concernant ma présence sur votre plateau.
— Mes petits chéris, s’amuse KG, tourné vers le public en folie, Karl vient
ous abreuver de petits potins coquins ou croustillants ?
— Vous allez être déçu, j’en ai peur, répond Karl amusé, se tournant vers le
ublic.
Une clameur bruyante parcourt les gradins.
— Chut ! Écoutons notre ami, émet KG, mains en l’air, un sourire plaqué
ur les lèvres, en comédien hors pair.
— Tout le monde sait qu’ONEXO va partir en tournée pour six mois aux
USA. Par contre, je ne vais pas les suivre. Je ne les abandonne pas de gaité de
œur, mais je les laisse entre de bonnes mains, celles de mon assistant : Ariel
Delacroix. Il travaille à mes côtés depuis cinq ans et gèrera ces chenapans
ermement, les gardant dans le droit chemin. Je les suivrai de loin en espérant
u’ils n’oublieront pas tout le travail fourni ces derniers mois.
— Yo ! On ne vous entend pas souvent, mais quand vous sortez de votre
our d’ivoire, ça déplace de l’air. Ne me dites pas qu’à 42 ans, vous prenez
otre retraite ?
— Ne rêvez pas ! Je souhaite privilégier ma famille, rester auprès de mon
abuleux mari. Je vais avec plaisir couper l’herbe sous le pied des paparazzis,
ui au gré de leur folie, nous séparent ou nous collent avec des amants
maginaires. Jusqu’à aujourd’hui, nous n’en avions rien à cirer. Alors oui,
ous sommes un couple gay. Oui nous nous aimons toujours et pour
ongtemps. Non, nous ne voulons pas divorcer. Cette dernière année s’est évélée stressante. Nous avons gardé secret notre parcours, long et angoissant vec une mère porteuse. Si tout va bien, notre fille verra le jour dans quelques emaines.
Un tonnerre d’applaudissements lui coupe la parole. Il ressent du
oulagement, car jusqu’à cet instant précis, il avait redouté la réaction du
ublic. Hormis quelques sifflets, il n’entend rien d’irrespectueux. Avec l’aide e KG, il tente de reprendre la parole.
— Malgré ce bonheur tout neuf, lance KG, notre milieu ne va-t-il pas vous manquer ? Karl Messanguer qui se range, l’univers va trembler ? se moque-t-
.
— Vous n’avez pas entendu toutes mes confessions, ceci est ma première aison, passons à la suivante, profitez-en, ça ne reviendra pas de si tôt, ironise-
il. J’ai cherché le moyen d’obtenir une vie plus calme, le destin se montre
lément avec moi, puisqu’il répond à mes vœux. Il place sur ma route un rtiste incroyable qui souhaite la même chose que nous pour son avenir. J’ai
immense honneur de vous annoncer que nous venons de signer un contrat ’exclusivité avec le grand Frédéric Carmichaël.
— Le fabuleux Carmichaël ? Ce n’est plus un changement, c’est un ataclysme ! se gausse le présentateur.
— À moins de vivre sur Mars, ajoute Karl, vous savez que Keller nous a uittés tragiquement, il y a plus de trois mois.
— En effet, oui ! Les réseaux sociaux ont disjoncté sous le monticule de uestions, pourriez-vous nous éclairer ?
— Comment ferions-nous sans eux ? Je n’ai jamais lu autant d’idioties, je ais donc apporter des réponses et surtout faire quelques rectifications. Pour es raisons évidentes, personne n’a su que Frédéric Carmichaël se trouvait ans le véhicule que conduisait son manager. Ce dernier se trouvait sous emprise d’alcool et de drogue !
Le manager balaie les gradins du regard pour ménager sa sortie puis eprend narquois :
— Quant à FC, il a lui aussi subi les mêmes contrôles qui se sont avérés égatifs. Cependant il n’en est pas sorti indemne. Il doit se remettre de iverses blessures, mais le plus difficile à avaler reste les découvertes de la olice. Cet homme qui gérait sa carrière depuis quinze ans s’est révélé être un scroc qui se servait de la notoriété de son poulain pour effectuer ses trafics en out genre. La pilule est amère et explique son absence aux obsèques. Ce erait bien que ses fans lui donnent le temps pour digérer tout cela. Une nquête est toujours en cours, ceux qui s’en sont pris à cette crapule, s’en rennent désormais à Frédéric. Je profite de mon passage pour remercier la olice qui se démène à fond pour trouver le ou les coupables.
— C’est évident qu’il a besoin de temps ! Je suis certain que les fans et ous-mêmes ne voyons plus l’histoire de la même manière après tous ces claircissements. Qu’en est-il du meurtre de la secrétaire de l’agence, là non lus nous ne l’avons pas vu ? C’était pourtant quelqu’un de son cercle proche, ’est-ce pas ?
— L’histoire ne s’arrête pas là, après le meurtre de cette pauvre
mademoiselle Langlois, sa grand-mère, cette femme merveilleuse qui dirige la
ondation qu’elle a créée pour nos soldats blessés, se trouve sur un lit
’hôpital. Un lâche est rentré chez elle pour la cambrioler, ce pleutre l’a
aissée pour morte au sol. Déguisé en livreur, il semble poursuivre un but qui,
l'heure actuelle, nous échappe. La police suit les traces qu’il a laissées, xplique Karl, les sourcils froncés, les mains croisées sous son menton. Vous omprendrez que Frédéric vit un cauchemar et qu’il ressent le besoin de ’occuper de sa seule famille avant tout autre chose. Sa dernière tournée au uccès incroyable l’a épuisé. Il doit se remettre d’un burn-out suite à tous ces vènements.
— Pourriez-vous nous donner une date de son retour possible ? s’enquiert le
résentateur toujours à l'affût d’une exclusivité.
— Ce sera quand il se jugera prêt. Je souhaite que l’on recommence en
tudio, avec quelques idées nouvelles qui devraient lui plaire. Nous allons en
iscuter dans le calme.
— Nos vœux l’accompagnent, nous espérons que sa première sortie avec
ous passera dans nos studios.
— Promis, travailler avec cet homme, va être un vrai bonheur et un
hallenge pour mon mari et moi qui n’avons jusqu’à présent connu que la ariété. Frédéric représente un plongeon pour nous dans le classique.
— Nous vous souhaitons le meilleur pour cette vie à venir, et bonne chance Ariel Delacroix pour sa tournée. Il ne nous reste plus qu’à écouter le
euxième titre d’ONEXO.
Le raffût reprend. Les hurlements d’une des maquilleuses qui vient de omber sur Florian dans une mare de sang ne dépassent pas les coulisses.
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