La mélodie des sentiments

Jane Yam · Chapitre 12 sur 31

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La mélodie des sentiments

Chapitre 12

L’ombre

Assise sur son scooter, L’ombre emboîte le pas du trio lorsque celui-ci

essort, gardant la limousine à bonne distance, en ne les perdant pas de vue. Ils toppent devant une adresse inconnue. Elle patiente alors qu’ils disparaissent à

ouveau, se demandant combien de temps va encore durer ce cirque.

Voulant éviter qu’on la repère, elle mène sa petite enquête, mimant un

ntérêt pour l’architecture et apprend que les appartements de l’immeuble où

s se sont engouffrés, sont tous habités. Pour en savoir plus, elle s’incruste ans la file d’attente de la boulangerie et suit, sans trop y porter attention, la onversation entre la vendeuse et une vieille bonne femme aux doigts couverts e bagues. Tout en elle crie, je suis blindée de pognon. Un apprenti sort du

ournil les interrompant pour demander si la livraison des Carmichaël a été ffectuée. Sur une réponse positive, il regagne l’arrière-boutique laissant les eux femmes reprendre leur conversation.

— Pauvre femme… l’accident de son petit-fils a provoqué un tel

hamboulement. Heureusement que ce charmant Henri l'assiste, une vraie erle cet homme, discret et courageux en plus.

— Chacun son lot de soucis, merci, répond la serveuse aimablement en

renant sa monnaie, peu tentée de rebondir sur les assertions de sa cliente, à emain.

Celle-ci se tourne vers L’ombre, souriante, dans un mouvement répétitif,

ttendant qu’elle lui donne sa commande. La silhouette dégingandée demande n pain au chocolat, heureuse de ses découvertes. Trois personnes vivent dans appartement. Si elle comprend enfin le pourquoi de cette attelle sur son

imé, reste à éclaircir le mystère des lunettes de soleil lui interdisant l’accès u regard de celui qu’elle traque par amour.

***

Tous les jours qui suivent, elle vient faire du repérage sur le bâtiment qui intrigue. Une chance pour elle, installée à la terrasse du café qui lui fait face, lle peut passer inaperçue et noter les habitudes de ses occupants : le couple ’environ 50 ans sort en premier. À 10 heures tapantes, la vieille aux bijoux va hercher sa demi-baguette. Ensuite vient celle aux cheveux violets qui part vec son caniche en promenade, le même cirque reprendra vers 13 et 7 heures. Il y a aussi le facteur qui livre son courrier sur les coups de 1 heures. L’ombre ne quitte pas la porte cochère des yeux. Aucun de ceux qui ustifient sa présence ne pointe le bout de leur nez la plaçant entre la colère et

envie de foncer à l’intérieur. Mais la voix lui défend dans un murmure de

’aventurer sur ce chemin.

Les conversations autour d’elle se télescopent. Beaucoup de ces clients orment un nœud d’habitués. L’ombre a beau se montrer attentive à leurs changes, le bruit de la circulation, la peur de se faire repérer, lui interdisent e s’approcher plus avant. Se trouver au milieu de cette petite foule la maintient dans un anonymat précieux. Le manège incessant des serveurs lui

onne le tournis. Toute cette agitation place son cerveau en surchauffe, le

aisant bugger.

Une question rapplique en permanence dans son esprit au sujet de ce gars ccroché aux basques de Frédéric, qui est-il ? Le balafré officie en tant que hauffeur, mais elle ne saisit pas le rôle de l’autre bellâtre. Elle enrage, dès u’une entrave s’éloigne, une autre se manifeste. Elle a remarqué la tristesse e celui qu’elle aime et sait que pour lui aussi, leur séparation s’avère ifficile.

Sortant de ses réflexions, elle sursaute en découvrant les trois hommes qui atientent sur le trottoir. Pour un peu, elle les aurait loupés. Bon sang ! Ils ne e quittent plus et pourquoi le chauffeur porte-t-il un sac en bandoulière ? Une

oiture de police vient se stationner devant eux : ils s’y engouffrent. L’ombre

raverse dans le flot de circulation, perd du temps à tergiverser sur la ligne à uivre, puis c’est trop tard. Puisqu’elle se trouve coincée, elle tente de pénétrer

ans la bâtisse. Merde ! Il lui faut un putain de code et comme pour la narguer, as un seul nom n'est inscrit sous cette foutue sonnette ! Zut, zut et zut ! Elle

ape du pied et grince des dents, à son plus grand désarroi, son repérage ne

onne pas les résultats escomptés. Quelle merde !

Elle réprime au mieux sa rage et en déduit que puisque Frédéric vit là

ésormais, elle n’a plus qu’à patienter. L’odeur infâme du goudron qui

usionne avec celle des pots d’échappement la rend dingue. Elle suffoque, sa

eau devient moite. Un tambour joue dans son crâne et se mêle à la voix. Ça e risque pas de s’arranger si elle demeure encore dans le vague. Les ontrariétés persistent lui donnant une envie folle de hurler à s’en casser les ordes vocales.

Pour le moment, elle doit s'avouer vaincue, elle perd une bataille, mais pas

a guerre. Il convient qu’elle regagne son antre. Pourtant cela s’avère trop tard

ar à l’instant, une alarme interne se déclenche, l'envahissant avec la force ’un tsunami. Ses pensées se chevauchent : trop de voix, trop de bruit. Elle

’enfuit à l’opposé de la direction prise par le véhicule des flics. Une question e répétant à l’infini, pourquoi ont-ils embarqué Frédéric ?

Son esprit dysfonctionne parcouru de coupures intempestives. Si elle ne

rend pas de recul, elle va tout faire foirer. Si seulement cette connasse dans

a tête fermait sa gueule. Si elle pouvait cesser de la traiter de tous les noms et

e plus répéter que Frédéric ne se mettra jamais avec une merde comme elle. lle lutte en permanence contre cette andouille qui ne sait que mentir. Mais ’un autre côté et si elle avait raison ? Rien que d’y penser, son estomac se

ord sous la nervosité, la bile remontant le long de son œsophage.

Arrivée devant son studio, elle balaie du regard son voisinage. Personne n’a

osé le bout d’un orteil chez elle et cet isolement lui convient parfaitement. ête baissée, cachée sous sa capuche, elle se rue à l’intérieur, s’adosse à sa orte et régule sa respiration. Elle s’enferme à double tour, tirant les quatre errous. Elle n’a pas choisi ce trou à rat pour sa grandeur ou sa chaleur

ntérieure. Son salaire de misère ne lui autorise pas mieux. Elle y végète en

ompagnie des blattes, dans une odeur de moisi, rien à voir avec le duplex de on amoureux. Un SDF l’aurait refusé, préférant dormir à la belle étoile,

même en plein hiver.

Les seules notes de couleur éclairant ce lieu viennent des petits cadeaux de

rédéric. L’espace tout entier lui est consacré : des autographes, des affiches, es CD. Sa boîte à trésors, tout s’aligne en partie sur une table bancale et sur

e mur.

Elle s’allonge sur ce qui lui sert de matelas pour établir un plan de bataille. lle doit le tirer des griffes de ces deux malabars qui lui interdisent toute chappatoire. La voix lui conseille de s’en débarrasser d’une manière ou ’une autre et L’ombre est totalement d’accord avec elle. Nom d’une pipe ! lle qui imaginait que Keller disparu, ils obtiendraient leur paradis. Elle serre es mâchoires, se forçant à inspirer et expirer, jusqu’à ce que ses idées

eviennent à nouveau limpides.

Rester chez elle n’est pas une option, si elle veut réussir, il lui faut dépasser on pétage de plomb. S’installant en position fœtale, son esprit se trouve nvahi par ces voix qui interfèrent à tout moment, mêlées à celles de ses éniteurs. C’est à cause d'eux, si elle en est là, qu’elle rate des choses mportantes pour sa quête. Elle a vainement tenté de devenir celle qu’ils

imeraient. Vouée à ressembler à une grande folle pathétique, épuisée, ’ombre sombre dans les bras de Morphée.

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