La mélodie des sentiments

Jane Yam · Chapitre 15 sur 31

Pages du PDF

La mélodie des sentiments

Chapitre 15

Florian

La peur de perdre cet homme avant d’avoir osé tenter sa chance le frappe omme un uppercut. Le handicap de Frédéric le laisse sans défense face à ce étraqué qui rôde dans les parages.

Florian, pendant un moment, ne réussit pas à articuler le moindre mot. ubmergé par un flot d’émotions qui roulent à la manière d’une bille de ipper dans son cerveau. Son monde tangue à nouveau, il ne permettra pas à ne autre personne de mourir sans rien tenter, pas avec ce méli mélo à intérieur de son cœur. Il voudrait pouvoir demander l’avis de sa Charline tant

se sent perdu, que lui conseillerait-elle ? Il doit se focaliser sur la sécurité e Frédéric en priorité. Il ne pige pas vraiment ce qui bruisse entre eux, mais il efuse de fermer les yeux dessus même si pour le moment cela le dérange ne erait-ce que de l’envisager. Il va devoir y songer de plus près, mais plus tard.

— Encore ton tic, relève Ludovic.

— Quel tic ?

— Dès que tu passes en mode alerte ou qu’un truc te prend la tête, tu glisses es doigts nerveusement sur ta nuque.

— Ah bon ! Je n’avais jamais remarqué. Je suis juste fatigué, convient-il, evenons à nos moutons. Pas besoin d’un service de sécurité, si trop de

ersonnes sont au courant pour Frédéric, le secret n’en sera plus un. Nous

ommes sept flics dans le groupe auxquels nous pouvons rajouter Henri qui a

otté le cul des terroristes. Maxence peut imposer des patrouilles de la BAC. e principal, c’est que rien n’éveille la méfiance de ce timbré.

— Sept flics ? tique Capestang, ironique. Pour moi, c’est loin d’être uffisant.

— Vous n’allez pas m’apprendre mon métier quand même ! s’énerve lorian.

— Calme-toi, lance Ludovic, explique-nous un peu ton plan.

— Violaine, Marc, Sophie, Romuald, Hugo, toi et moi allons tourner en

inômes. Violaine et Romuald surveilleront l’intérieur de l’immeuble. Marc et ophie assisteront la BAC. Hugo et toi, vous planquerez dans le deuxième éhicule banalisé. Henri et moi demeurerons avec Cécile et Frédéric.

Florian, satisfait d’avoir paré à toute éventualité, fixe Capestang, assez fier

e lui.

— Je dois avouer que tout me semble parfait, intervient l'avocat. Je n’en

ttendais pas moins de vous.

— Même si pour l’instant nous semblons piétiner, personne ne s’approchera

e Frédéric, il devra me passer dessus, appuie le capitaine.

Celui-ci se rappelle au petit groupe d’une voix sourde, les traits tirés.

— Quelqu’un peut-il me ramener chez moi ? demande Frédéric lugubre.

Lorsque Florian se rapproche de l’endroit où le pianiste est assis, son

ouffle survole la nuque de celui-ci, pour se perdre dans ses cheveux fins.

rédéric rougit en sentant sa main se poser sur son bras retenu par l’écharpe.

C’est encore pire quand il lui murmure à l’oreille :

— Excusez-nous, dans cette folie nous vous avons abandonné. Je vais vous

econduire. Vous êtes éreinté. Vous pourrez, vous et votre grand-mère, vous eposer sereinement.

Florian l’aide à se relever. Alors qu’il vacille, il le retient fermement contre

ui. Son odeur épicée s’évapore vers ses narines. Son idiot de sexe réagit à ce approchement. Pourvu qu’aucune des personnes présentes ne remarque cette

osse sous sa braguette. Sur le chemin du retour, aucun des deux hommes ne

essent le besoin de parler. Florian le croit assoupi. Il ne bouge pas, emarquant son corps tendu comme un arc, son visage blanc comme un linge, e flic se sent désolé de lui imposer tout cela.

***

Cécile est soulagée par ce cordon de sécurité. Ce gentil capitaine la charme e plus en plus. Pendant le repas, tous les trois remarquent que Frédéric picore ans son assiette, sans participer à la conversation. Il finit par regagner sa hambre, las de sa journée. La grand-mère s’excuse, partant à son tour se eposer. Henri indique à Florian où il passera la nuit. Un lit lui tend les bras

ans une pièce contigüe à celle du musicien. Toutes les heures, il patrouille ans l’appartement, y croisant Henri. Ils partagent même un café dans la uisine.

Le flic finit par s’installer dans le fauteuil proche de la fenêtre dans la pièce ù Frédéric dort. Les volets ouverts laissent la lune pleine éclairer le corps ecouvert par la couette. Son sommeil paraît agité, son opération récente, sa ééducation, ajoute certainement du poids à une situation difficile.

Florian profite de ce temps pour réfléchir, quand un bruit attire son attention

l’extérieur. Ne remarquant rien, son regard se tourne à nouveau vers le lit.

e visage enfin détendu sous l’effet de l’assoupissement, le musicien perd son

ir froid et hautain. Il peut passer d’arrogant et prétentieux, à perdu et fragile, n un claquement de doigts. C’est certainement dû à son éducation austère.

Encore une fois, un tumulte provenant des bâtiments en face l’oblige à épier n peu plus les lieux. Il est 3 heures du matin, les lampadaires ont diminué 'intensité, il distingue vaguement une ombre qui longe le mur. Comme elle ontinue son chemin, il ne s’y attarde pas plus que ça. Probablement que les

ics en faction l’auront vue eux aussi. Florian jette un regard vers Frédéric ui, semble-t-il, n'a rien entendu et dort du sommeil du juste.

Cet homme témoigne d’une force de caractère qui lui permet souvent de acher son vrai ressenti. Le flic redoute sa réaction demain, lorsqu’il lui emandera de l’accompagner à son duplex. Cela risque d’être une sacrée ataille.

L’aube se lève alors qu’il se laisse sombrer pendant quelques heures. Son éveil est brutal. Il a dormi si profondément, qu’il n’a pas entendu l’occupant

u lit se lever. Chapeau ! Il est à chier comme garde du corps. Il retourne dans

a propre chambre, se douche, très énervé.

Toutes leurs recherches mènent à un cul-de-sac. À ce rythme, Florian va y

agner un ulcère. L’image dans le miroir lui montre un homme pâle qui ccumule la fatigue. Il s’appuie sur le lavabo. Une image inappropriée, de

rédéric nu, derrière lui, le caressant sans pudeur, apparaît dans son esprit,

éveillant une partie de son corps, fière et dure. Un besoin urgent de se oulager le précipite sous la douche, il lui suffit de quelques allers et retours ur sa hampe pour que sa délivrance marque le carrelage. Tout en

marmonnant, il s’habille, vraiment, le chemin pervers de ses pensées tombe au mauvais moment. Il glisse son arme dans son holster, se dirige vers la cuisine

’un pas décidé, y retrouvant Henri.

— Bien dormi ? se moque celui-ci, gentiment.

— J’ai grappillé une heure ou deux. Excusez-moi, j’ai complètement oublié

e vous demander comment se porte votre frère d’armes ?

— Il n’est pas seul, mais c’est difficile de se retrouver avec deux jambes en

moins et une moitié de bras. On sait tous que ça peut arriver mais quand c’est

e cas, une chape de plomb nous écrase, on reste dans l’impossibilité de voir

otre avenir. On souhaiterait y être resté…

Pendant un instant, Henri semble perdu dans son passé. Revenant

rogressivement à lui, il demande à Florian :

— Désirez-vous un grand café noir ?

— Je peux me servir vous savez, sourit-il. Comment surmontez-vous ce qui

ous est arrivé ?

— Je l’accepte chaque matin en ouvrant les yeux, je me dis que j’ai de la

hance d’être vivant. On m’a accordé un nouveau jour et ce n'est peut-être pas

e dernier. Aider mes frères me donne un but dans la vie, je me sens utile.

— Je devrais prendre exemple sur vous, dit-il en se saisissant de la tasse. Où sont-ils tous ? s’interroge Florian en regardant autour de lui, cherchant

pparemment une personne bien particulière.

— Madame dort encore, elle en a besoin. Vous avez compris qu’il ne lui

este plus que monsieur Frédéric. Le perdre l’anéantirait, ils sont liés comme es doigts de la main. Je me demande combien de temps elle va tenir avec

ette peur au ventre ?

Henri secoue la tête, comme impuissant, puis lui indique une direction de a tête.

— Vous trouverez monsieur au salon. Je l’ai laissé avec deux hommes qui nt été autorisés à entrer, l’équipe dehors a tout vérifié. Je crois qu’ils ne sont as d’accord sur un truc. Ils parlent depuis plus d’une heure, parfois fort. À la emande de monsieur Frédéric, on vous a laissé dormir.

Florian pique un fard, la victime qui laisse son gardien au repos, du jamais u pour lui. Ayant une vague idée de ces visiteurs, il termine d'une traite son afé et dit :

— Henri, je vais avoir besoin de votre aide pour qu’il accepte de m’accompagner chez lui. Même s’il ne voit pas, je suis certain qu’il sera

apable de me dire si quelqu’un est rentré dans son logement.

— Oh merde ! pouffe-t-il. Bon courage. Je préfère affronter l’ennemi que monsieur en rogne.

Le capitaine dépose sa tasse dans l’évier puis gagne le salon, prêt à relever e nouveau défi.

Le son d’une voix rageuse résonne derrière la porte close et guide Florian ers le salon. Lorsqu’il entre, ses yeux se fixent sur Frédéric. Son cœur ccélère dans sa cage thoracique. Son cerveau se déconnecte un quart de econde devant cet homme qu’il n’a jamais vu aussi rouge de colère. Il est ellement énervé qu’il ne remarque pas son arrivée. Il agite ses bras dans tous es sens, hurlant sur les nouveaux venus.

— Je vous emmerde, j’emmerde ces vautours de la presse. Je ne tiendrai ucune conférence devant ces hyènes. J’admets bien volontiers qu’il me faut n nouveau manager pour débroussailler ce merdier, pour le reste c’est NON ! ance Frédéric exaspéré.

Ce pétage de plombs semble leur passer au-dessus de la tête. Les deux ommes, sans doute habitués à pire avec leur groupe de rock, gardent un alme olympien. Grâce à Capestang. Florian sait qui est qui : Philippe Dacran,

avocat aux cheveux couleur café, où s’éparpillent quelques mèches plus orées, 38 ans, possède des yeux aussi bleus qu’un ciel d’été qui éclairent son isage. Apparemment, cet homme se fout de savoir qu’il possède un vrai harisme. Sa mâchoire carrée s’ombre d’une légère barbe, ses lèvres pleines ontrastant avec son nez droit. Son corps longiligne, sculpté sans aucun doute ar des heures de sport, s'oppose à l’apparence de son mari. Le flic étudie son ompagnon Karl Messanguer.

Du haut de ses 42 ans, celui-ci dégage un certain charme et semble vénérer

on homme. Sur sa nuque, ses longs cheveux bruns parsemés de mèches

rises se mêlent de façon inégale. Ses traits plus durs, plus secs, donnent impression d’avoir été taillés à coup de serpe, ne se trouvant pas adoucis par

es yeux qui tirent sur le chocolat. Une barbe parfaitement coupée lui couvre e bas du visage faisant ressortir son nez qui paraît avoir survécu à une chute

u une bagarre. Contrairement à son époux, en jean et polo Lacoste, il est vêtu ’un pantalon de cuir et d’un pull en V, bleu ardoise. Sans le toucher, Florian arierait pour du cachemire. Il sourit devant leur interaction.

— Chéri, émet Dacran d’une voix égale, comme si le coup de gueule du

ianiste lui passait au-dessus, tu es désormais le manager de Frédéric. Tu dois ouvoir assurer cette conférence avec moi à tes côtés. Tout le monde saura u’une personne se charge de ses affaires.

— Amour, je sais pourquoi je t’ai épousé, susurre le manager. Que penses-

u de ça ? « Le grand Carmichaël ressort très atteint par tous ces évènements et ouhaite pour le moment demeurer en retrait. Dès qu’il se sentira mieux, il éservera une surprise à ses fans ». Cela te paraît-il crédible ? Et toi, Frédéric ?

u es le principal intéressé, ton opinion compte.

— Vous pariez sur le mauvais cheval, messieurs. Quoi que je pense, ça n’a

lus d’importance. Tant que fans et journalistes restent loin de moi c’est rioritaire, balance celui-ci amer, la pitié, très peu pour moi, faites ce que vous oulez je m’en fiche royalement.

Les époux se tiennent l’un près de l’autre sur un des canapés, cheveux en

ataille et guerroient pied à pied avec leur nouveau poulain. Carmichaël ’agite, les doigts crispés sur le dossier du fauteuil derrière lequel il se tient

roit comme un I, le visage totalement fermé. Florian décide d’intervenir vant que le pianiste ne devienne ingérable. Fait chier cet emmerdeur !

— Ça suffit ! Tu vas cesser de jouer au con, s'énerve-t-il en le tutoyant pour a première fois, ils cherchent seulement à t’aider, tête de mule.

Tous sursautent au son de sa voix qui claque et se tournent simultanément ers lui.

— Et vous êtes ? demande Philippe, interloqué.

— Le flic qui dirige cette enquête. Je peux vous certifier que vous ’obtiendrez rien de cet âne bâté. Il préfère pleurnicher. Vous vous dites que je uis le pire connard de cette Terre, vous avez entièrement raison.

Florian, excédé par le comportement du pianiste, ne retient pas ses mots.

— Il doit rencontrer un psy digne de ce nom. Je lui ai indiqué une personne apable de l’assister, j’attends toujours la réponse. Plus tôt, il acceptera sa écité et reconnaîtra que l’on n’y peut rien changer, plus vite il avancera. Rassurez-vous, je ne suis pas un abruti dépourvu de sentiments. Il est au pied

u mur, soit il avance avec le jeu que le destin lui a envoyé, soit il choisit de

e cacher pour noyer son chagrin dans le poison qu’il décidera. Je parle en onnaissance de cause.

Le capitaine souffle un instant, rien ne stoppera tout ce qu’il retient en lui epuis ces derniers jours, enfin peut-être pas tout, mais le principal.

— La chirurgienne maintient qu’il a toutes les chances de retrouver les ouches de son piano, s’il accepte de suivre scrupuleusement sa rééducation. Il ’est planqué derrière sa musique toute sa vie. C’était confortable sauf que là

est à poil. Il doit admettre son homosexualité, abandonner ces putains de

onneries auxquelles il s’accroche. Sinon ça va lui péter à la gueule. Tous, utant que nous sommes, devons arrêter de le plaindre et lui éviter de ’enfoncer parce que le jour viendra où il n’y aura plus rien à protéger, ermine Florian un rien essoufflé.

Il cesse de tourner dans la pièce comme un lion en cage, le corps

ouillonnant, les sourcils froncés, il force le regard éberlué des deux hommes.

— Un cinglé dans la nature lui court après, persuadé que votre futur poulain

aime. Dans son cerveau dérangé, il ne voit que ça et se débarrasse de tout ce u’il considère comme un obstacle entre eux, reprend-il, plus calme. Frédéric oit se bouger l’cul.

Le pianiste, transformé en statue, reste bouche bée, une veine pulsant à son

ou, le corps rigide, il en oscille de rage. Le premier à reprendre ses esprits est

Dacran.

— Putain ! Vous feriez un malheur dans un tribunal si vous souteniez

accusation, s’amuse-t-il.

Florian devient rouge pivoine. Quand va-t-il apprendre à la fermer ? Ses

oigts passent dans ses cheveux qu’il n’a pas pris le temps de tresser, mal à aise.

— Vous me plaisez, continue l’avocat tout sourire.

Un rire de gorge répond au grognement de son mari.

— Pas de cette façon, idiot, aucune chance que je quitte la perle que je

ossède, tu me suffis, chéri. Jeune homme, vous venez de prouver de la plus elle des manières que vous et nous sommes sur la même longueur d’onde. rédéric doit se soigner et nous laisser gérer les vautours. Comment

nvisagez-vous de coincer ce crétin ? Pouvons-nous vous apporter une aide uelconque ?

— Poussez Frédéric à venir avec moi dans son duplex déjà, tente-t-il

omme on jette une bouée à la mer.

— En quel honneur ? Puisque je n’y vis pas. Je refuse de m’y rendre de

oute manière, fulmine le musicien.

— Quelle faute ai-je commise pour mériter ça ? s’irrite le flic. Tu sais que le

ueur a récupéré des éléments dans les affaires de Marlène, bordel ! Il te

herche certainement, toi, son amant disparu ! Triple buse ! Toi, sur qui ésormais, il en sait assez long. Remets les choses en perspective, sombre

mbécile. Il tue, saccage, te piste, alors ça serait plus simple de le serrer avec on aide, gronde Florian. La scientifique va s’y rendre quand même, mais tu

ous ferais gagner du temps, car toi seul peux sentir si un intrus a pénétré chez

oi, mais apparemment tu t’en fous, finit Florian, sibyllin cherchant à piquer on égo.

— Je croyais qu’un putain de policier, un capitaine de ton acabit saurait ce ue le terme aveugle veut dire, ironise Frédéric, rageur.

Florian passe la parole à Karl. Celui-ci, une main sur l’épaule du jeune rétif, ontinue doucement.

— Frédéric, Florian possède un franc-parler qui te heurte, mais il a raison. u dois le suivre, tu pourras percevoir certaines choses, j’en suis sûr. Tu isposes d’un nouveau pouvoir, utilise-le.

Avant cet accident, le pianiste était un musicien talentueux. Ses blessures nt fait voler en éclats son avenir. Il se sent tellement plus vieux que ses 0 ans. Tout lui file entre les doigts. Que veulent-ils lui faire croire ? Il n’est u’une coquille vide et inutile.

— Quand est-ce que ça va s’arrêter ? J’en ai marre, chuchote-t-il, vaincu.

Sans plus y réfléchir, Florian l’attire dans le creux de ses bras, ne supportant as de le voir se torturer de cette façon. Se fichant comme de sa première hemise que les deux autres les regardent, il tient à le rassurer. L’odeur de sa eau le chamboule méchamment. Il respire profondément les yeux fermés, entant de se reprendre. Putain ! Cette enquête doit se terminer au plus vite s’il

e veut pas se perdre.

 

OceanofPDF.com