La mélodie des sentiments

Jane Yam · Chapitre 11 sur 31

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La mélodie des sentiments

Chapitre 11

Frédéric

Si L’ombre avait pu suivre la voiture de police, elle l’aurait vue se tationner devant une clinique du Trocadéro, dans le XVIe.

Le meurtre de la secrétaire, relié à l’accident de Keller, a fait la une des ournaux. Tous se posent la question de savoir où a disparu le pianiste. Un ouci de plus pour l’assassin qui n’a probablement pas envisagé une

écouverte aussi rapide. L’ambiance dans le véhicule entre les trois hommes st morose, tendue face à l’enjeu qui se profile.

— Frédéric, nous sommes arrivés, tout va bien se passer. Charmille est la meilleure, vous devez croire en elle, elle fera pour le mieux. Je reviens vous

hercher ce soir, mais par sécurité, Violaine et Romuald, mes collègues, vont ester avec vous, assure Florian. Je prendrai de vos nouvelles.

Frédéric se demande s’il est tombé sur la tête pour s’en remettre à ce flic ! Que sait-il de ce gars, à part qu’il a la langue bien pendue et très mauvais

aractère ? Depuis son accident, on peut dire qu’il s’est hâté de rejoindre le lub des crétins. Il accepte le comportement irritable de ce mec, à croire que

es examens lors du choc n'ont pas révélé toutes ses blessures. Jusqu'à

ujourd’hui, seule la musique éveillait en lui un tel déferlement de sensations.

— Frédéric, entend-il, je ne vous laisse pas tomber. Accrochez-vous et merde pour votre opération, ne perdez pas confiance.

Plein d’appréhension, il le remercie d’une voix ténue. Une infirmière le uide vers sa chambre où il se retrouve seul. Soudain, la porte s’ouvre à ouveau, nom de nom. C’est pire que dans un moulin. Puis une odeur qu’il econnaît le fait sourire juste au moment où il allait râler.

— Monsieur Carmichaël, c’est Héloïse.

— Je sais, j’ai reconnu votre parfum au jasmin, je suis content de vous avoir omme infirmière en cet instant.

— J’espère que vous êtes prêt pour le grand jour. C’est moi qui vais vous

ider à vous préparer pour le bloc. C’est parti, continue-t-elle, gaie comme un inson.

Il se retrouve poussé sous la douche pour un lavage complet obligatoire. La

êne lui rosit les joues. Héloïse l’aide en douceur à enfiler la blouse d’hôpital, ose une charlotte sur sa tête et lui enfile les chaussons. Il préfère ne pas

avoir à quoi il ressemble affublé de cet ensemble. Elle lui fait avaler deux

élules, l’installe sur son lit sans qu’il ait ouvert la bouche. Il ne doit pas être

e premier connard qu’elle affronte et puis ce n’est pas comme si elle ne le

onnaissait pas.

— Bonjour, Frédéric, comment vous sentez-vous ? demande Charmille, tout

n pénétrant dans la chambre à son tour, tel un courant d’air. Je passe vous onner quelques explications, vos radios m’encouragent à placer des plaques, ontinue-t-elle, sans attendre forcément une réponse.

— Mais je vais mettre des plombes à retrouver l’usage de ma main, gronde

rédéric contrarié.

— Ce choix augmente vos chances de récupérer plus précocement. Je

réfère aussi une anesthésie locorégionale3.

— Pas générale ? s’inquiète le pianiste.

— Je pensais vous trouver moins affaibli. Si je pratique ce que nous avions

révu dans votre état, ça retardera votre rééducation. Sachez malgré tout que

i j’avais le choix, je reculerais votre opération. On ne peut pas l’envisager ans risquer des problèmes par la suite. L’intervention va s’étaler sur environ

ne heure, si tout se déroule sans accroc. Ensuite, vous pourrez regagner votre omicile. Vous continuerez le kiné et l’ergothérapie. Un infirmier retirera les ls dans approximativement une dizaine de jours. Pour ma part, je vous revois our faire le point avant votre sortie puis dans six semaines, ensuite tous les

rois mois avec une radio. Je vous rappelle que vous garderez encore votre

ttelle.

— Pouvez-vous me dire si je dois me préparer à de grosses douleurs ?

— On va vous donner ce qu’il faut, je vais ajouter des massages. La onsolidation s’effectuera sur onze à dix-huit semaines. Ne faites pas cette ête. Dès que je la jugerai effective et qu’il sera temps pour l’os de travailler ans gêne, je retirerai le matériel d’ostéosynthèse. On se donne un an, mais ’est variable suivant les personnes. Vous devez me faire confiance, avancer vec moi, pas contre moi. Nous en reparlerons sans souci lors de votre visite e contrôle postopératoire. Je comprends parfaitement vos inquiétudes, elles ont légitimes.

— Je tenterais bien la danse de la joie, mais vos médocs me rendent morphe, maugrée-t-il.

— Vous savez que vous vous conduisez comme un enfant ?

— Vous n’êtes pas la première à me le dire, ronchonne-t-il.

— Certainement une personne sensée, je vous laisse en compagnie des etits éléphants roses. Ils vont calmer votre mauvaise humeur, se moque entiment la chirurgienne. On se voit plus tard.

Pourquoi tous ces gens ne perçoivent-ils pas que son monde s’est mué en un ndroit sombre et glacé ? Demain est proche, mais il n’a pas la capacité de ire de quoi il se composera. Il lui semble qu’il ne se relèvera jamais et qu’il e sert plus à rien, pense-t-il avant de sombrer dans un sommeil artificiel.

Il reste en salle de réveil quelques heures, l’opération s’est déroulée comme révu et Charmille l’autorise à regagner l’appartement de sa grand-mère.

Il demeure étonné de voir que Florian, alors qu’il n’y était pas obligé, se rouve là comme il l’avait promis avec Violaine et Romuald. Un peu vaseux, il e referme sur lui. Il laisse Henri et tout ce petit monde agir comme il

entend. En l’état actuel, il n’en a pas grand-chose à faire. Chez Mama, il

onstate que deux nouveaux policiers les attendent, le capitaine les présente omme étant Marc et Sophie, lieutenants tous les deux. Cécile, se rendant ompte de la fatigue de son petit-fils, le guide vers sa chambre, où celui-ci ’écroule comme une masse sur son lit. À peine a-t-elle le temps de lui

époser un doux baiser sur son front qu’il s’endort.

***

Les jours suivants, tout l'ennuie, le roulement des couples de flics, son

rgothérapeute et son kiné qui passent pour ses exercices. Un quart de econde suffit pour qu’il remarque que ce qui l’embête le plus tient au fait que

lorian n’est pas revenu depuis son retour de l’hôpital, il lui manque. Il en

este ahuri. Comme d’un fait exprès, ce satané flic choisit ce moment pour se

manifester. Henri l’introduit dans le boudoir de Cécile sans s’attarder et

etourne vaquer à ses occupations car il doit s’absenter.

— Madame Carmichaël, j’aimerais emmener votre petit-fils au

ommissariat pour voir si par hasard il ne pourrait pas nous apporter son aide.

Voyez-vous un inconvénient à ce qu’il me suive ? Bien entendu, s’il se sent

uffisamment d’attaque. Je vous promets de bien veiller sur lui.

Rien dans la voix de Florian ne laisse deviner qu’il a eu, plus tôt, une ntrevue avec Cécile, tenant à ce que son petit-fils bouge, désespérée, elle n’a as trouvé plus subtil. Avec un clin d’œil vers elle, Florian continue.

— Après une semaine, vous devez être remis de votre passage au bloc

nonce le flic.

— Mon petit chéri, prendre l’air te fera un bien fou, je pense que la

emande de Florian tombe à point nommé.

Depuis huit jours, il voue aux enfers un nombre aléatoire de personnes. Il

ortirait même avec le diable si ça lui permettait de penser à autre chose qu’à a rééducation et sa douleur.

— Florian, je vous le confie. Henri est parti en urgence près d’un de ses rères d’armes qui a fait une tentative de suicide. Je ne serai pas seule, puisque es charmants policiers restent avec moi. Prévenez-moi de votre retour.

***

Comment expliquer ce qu’il ressent, assis à côté du policier ? Il n’arrive pas imbriquer ses pensées. Une liste d’hypothèses et une peur atténuée se

ousculent dans sa tête. Il sent ses joues brûler. Le véhicule ralentit, le moteur

e tait. Toujours sans un mot, Florian lui ouvre la portière, pose sa main au reux de son coude pour l’aider à descendre. Ce contact l’électrise. Il déglutit vec difficulté. À l’évidence l’attirance ne se contrôle pas. Le policier le guide

l’intérieur des locaux. Quel crétin ! Il vient dans un éclair de comprendre

incroyable. Tout ce temps, Frédéric a porté des œillères. Que peut-il offrir à

et homme qu’il ne connaît même pas ? Oui ! Ce gars l’attire et pas qu’un peu.

n lui, la colère et la douleur se livrent un duel sans fin, le consument. Il ne

ait plus comment gérer ce maelstrom d’émotions, il se sent proche de ’effondrer.

 

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