La vie très privée de Mr Sim

Jonathan Coe · Chapitre 23 sur 28

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La vie très privée de Mr Sim

Chapitre XIX

 

Non, rien n’est vrai, mais vous savez quoi ? Je crois que je commence enfin à me débrouiller, comme écrivain. Qui sait si je ne vais pas suivre les traces de Caroline et tenter à mon tour de le monter, ce fameux groupe d’écriture de Watford ? À mon avis, il y a des passages du dernier chapitre qui valent bien le travail de Caroline sur nos vacances en Irlande. Ça vous a plu, la scène érotique où toutes mes phrases commençaient par « j’oublie » ? Ça, c’est du boulot d’écrivain, tiens ! Il m’a fallu du temps pour la trouver, cette idée.

Et je dois avouer que j’y ai vraiment pris plaisir. Je n’aurais jamais imaginé qu’inventer soit aussi gratifiant. J’ai pris plaisir à mon petit fantasme sur Alison, notre nuit de passion et notre vie commune. L’espace d’un instant, j’ai eu la sensation d’être encore chez elle, dans sa chambre, et que tout arrivait vraiment, au lieu de cette réalité de merde, minable, misérable, immanquable, à savoir :

Que je suis resté de marbre pendant qu’elle multipliait les travaux d’approche.

Qu’elle a fini par renoncer, et qu’elle est montée dans sa chambre en disant : « Je crois que je perds mon temps, mais à tout hasard, Max, sache que je laisse la porte ouverte… »

Que j’ai fini mon whisky, et qu’une dizaine de minutes plus tard je prenais ma valise dans le hall.

Que je me suis rendu compte alors que je ne savais pas quelle chambre elle m’avait réservée. Je suis retourné au salon, m’asseoir sur le canapé d’angle, où je suis resté de longues minutes, tête dans mes mains.

Que j’ai décidé que je pouvais aussi bien m’effondrer sur le canapé. J’ai ouvert ma valise pour chercher ma trousse de toilette, et j’ai sorti le classeur de mon père à la place.

Que j’ai jeté un coup d’œil sur les poèmes, mais, que comme d’habitude, je n’y ai rien compris.

Que j’ai considéré un moment le titre de la seconde partie, The Rising Sun, Mémoires, sachant très bien que ce qui s’y trouvait risquait fort de me déranger.

Que j’ai entendu les pas d’Alison qui allait et venait avant de se coucher.

J’ai attendu que ces bruits cessent, et puis j’ai bu encore un peu de whisky, et puis j’ai laissé passer dix minutes, un quart d’heure avant de monter à la salle de bains. Là, j’ai écouté à la porte ouverte de sa chambre, j’ai écouté sa respiration douce et régulière de dormeuse car je l’entendais très bien dans le silence presque complet de la maison ; et puis j’ai redescendu l’escalier sur la pointe des pieds, j’ai repris le classeur, j’ai fixé la page-titre.

La dernière chose que je me rappelle, c’est d’avoir entendu une voiture passer dans la rue poudrée de neige, rompant la quiétude de la nuit.

Et alors je me suis mis à lire.

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