La vie très privée de Mr Sim
L’EAU Un homme singulier
L’EAU
Un homme singulier
12 mars 2001
Chère Poppy,
J’ai regretté de ne pas te voir ce week-end. Je me sens toujours un peu seul, les week-ends où tu n’es pas là. Tu as manqué un spectacle somptueux : le tapis de crocus est déjà tout en fleur, il est très en avance, cette année ; et à se promener dans l’Allée des Cerisiers, les yeux remplis de ces splendeurs dont le halo blanc ou mauve ondoie sous la brise, on réalise que le printemps est de retour – enfin ! Cela dit, j’espère que tu t’es bien amusée avec ta mère. Est-ce qu’elle t’a emmenée quelque part ? Au NFT, on passait La Splendeur des Amberson samedi soir, et j’aurais bien aimé t’y emmener. J’ai fini par y aller tout seul, et voilà que je suis tombé sur un ami à moi, Martin Wellbourne, et sa femme Elizabeth, qui ont eu la gentillesse de m’inviter à dîner avec eux après le spectacle. Alors finalement, ma soirée n’a nullement été solitaire.
Mais venons-en à nos projets pour samedi. Je crois t’avoir dit qu’il y a en ce moment à la Tate une exposition qui pourrait t’intéresser tout particulièrement. On présente les œuvres d’une jeune artiste récemment découverte qui s’appelle Tacita Dean. Il se peut que tu aies déjà entendu parler d’elle. Il y a un an ou deux, elle était parmi les finalistes pour le prix Turner. Si ça ne te tente pas, tu n’as qu’à le dire, on trouvera certainement autre chose à faire, mais j’espère que tu seras d’accord. Il faut t’avouer que j’ai des raisons très particulières et très personnelles de vouloir aller à cette expo, car, vois-tu, elle propose un court métrage inspiré par la disparition en mer du navigateur solitaire Donald Crowhurst durant l’été 1969, et même, j’ai cru comprendre, quelques photos de son voilier tragique, le Teignmouth Electron, que Ms Dean a prises au cours des deux ans écoulés après s’être rendue dans ce but jusqu’à sa dernière demeure, à Cayman Brac, dans les Caraïbes.
Je commence à me dire que tu n’as peut-être pas la moindre idée de ce que je raconte. Il me semble aussi que, si je dois te parler un peu de ma fascination à l’égard de Donald Crowhurst, cette lettre menace d’être très longue. Mais peu importe. Nous sommes lundi matin, j’ai devant moi la perspective d’une journée vide, et je n’aime rien tant qu’écrire à ma nièce. Donc, excuse-moi un instant, je vais me verser une autre tasse de café et j’essaie de t’expliquer.
Voilà.
Pour te faire comprendre ce que le personnage de Donald Crowhurst représentait pour moi quand j’avais huit ans, il faut que je te ramène trente ans et plus en arrière, dans l’Angleterre de 1968, autant dire un espace-temps déjà incroyablement lointain à nos yeux. Je suis sûr que la simple date t’évoque toutes sortes d’associations : l’année de la contestation étudiante, la contre-culture, les meetings contre la guerre au Vietnam, l’Album blanc des Beatles, et j’en passe. L’Angleterre était, elle a toujours été, un territoire plus complexe qu’on voudrait nous le faire croire. Que dirais-tu si je te confiais que, dans mon souvenir, le grand héros, la figure emblématique de l’époque n’était pas John Lennon ou Che Guevara, mais un végétarien de soixante-six ans, conservateur et vieux jeu, avec l’allure et les manières d’un professeur de latin paternel ? Devines-tu même de qui je parle ? Est-ce que son nom évoque encore quelque chose ?
Je pense à Sir Francis Chichester.
Tu ne vois sans doute pas du tout qui il était. Eh bien, je vais te le dire. C’était un navigateur, un marin, l’un des plus brillants que l’Angleterre ait produits. Et en c’était une célébrité, l’un des hommes les plus fameux du pays, un de ceux qui faisaient le plus parler d’eux. S’il était aussi célèbre que David Beckham et Robbie Williams aujourd’hui ? Je dirais que oui. Et son exploit, qui peut sans doute paraître gratuit à la jeune génération, demeure aux yeux de beaucoup de gens bien plus extraordinaire que de jouer au football ou d’écrire des chansons pop. Il a atteint la célébrité pour avoir fait le tour du monde à la voile en solitaire sur son bateau, le Gipsy Moth. Il a mis 226 jours, et le plus incroyable est qu’il n’a fait qu’une escale, en Australie. C’était une magnifique prouesse de navigation, de courage et d’endurance, et son auteur le plus improbable des héros.
J’ai eu l’immense chance de grandir au bord de la mer. Je crois que tu as visité le village où ta mère et moi avons grandi, n’est-ce pas ? Il s’appelle Shaldon, dans le Devon. Nous vivions dans une grande demeure géorgienne à proximité du rivage. Shaldon est construit autour d’une ria relativement modeste, et pour parvenir sur le front de mer, il faut marcher près d’un kilomètre jusqu’au village voisin de Teignmouth. Là, on trouve tout ce qu’on attend d’une station balnéaire : une jetée, des plages, des jeux d’arcade, un golf miniature, des douzaines de pensions de famille et, bien sûr, le long des docks, une marina animée où des marins et plaisanciers de tous bords se rassemblent jour après jour ; l’air bruisse en permanence du frémissement des mâts et des gréements qui craquent et oscillent dans la brise. Depuis l’âge le plus tendre, si loin que ma mémoire remonte, mon père et ma mère m’emmenaient à la marina observer les allées et venues, le flux et le reflux sans fin de la vie maritime. Sans naviguer nous-mêmes, nous connaissions des tas de plaisanciers, si bien qu’à l’âge de huit ans j’avais déjà à mon actif plusieurs périples modestes sur l’océan à bord de voiliers appartenant à des amis de mes parents ; et j’étais affecté d’une profonde fascination d’écolier pour tout l’univers nautique.
Il ne faut donc guère s’étonner que Francis Chichester et son exploit aient pris de telles proportions dans mon esprit. Si nous n’avons pas effectivement accompli le pèlerinage côtier jusqu’à Plymouth pour le voir toucher terre en mai 1967, je me rappelle très bien avoir suivi la couverture de l’événement – comme des millions d’autres téléspectateurs – en direct à la BBC. Si j’ai bonne mémoire, les mouvements du port avaient été interrompus pour la circonstance. Les docks de Plymouth et leurs environs grouillaient d’admirateurs ; ils se comptaient par centaines de milliers. Le Gipsy Moth est entré majestueusement dans le port au milieu de vedettes pleines de journalistes et de caméramen de télévision, sous les applaudissements et les ovations, la foule agitant des drapeaux anglais. Debout sur le pont de son bateau, Chichester répondait aux saluts, bronzé, serein, manifestement en pleine santé – qui aurait cru qu’il venait de passer sept mois et demi dans une forme de réclusion extrême ? En cette occasion, j’avais senti mon cœur se gonfler d’une fierté patriotique sans mélange – comme je ne me rappelle pas en avoir connu souvent depuis. Par la suite, j’ai commencé un album souvenir où j’ai collé toutes sortes de coupures de journaux sur le voyage de Chichester et d’autres histoires de navigation que je pouvais trouver dans la presse préférée de mes parents.
Ces journaux, il me semble que c’était le Daily Mail pendant la semaine et, le dimanche, ainsi que la moitié de la nation au moins, à l’époque, le Sunday Times. Et c’est dans le Sunday Times que je lus, le 17 mars 1968, l’annonce électrisante :
5 000 livres
Le prix du Sunday Times, soit 5000 livres, récompensera le
vainqueur du tour du monde à la voile en solitaire et sans escale ; les concurrents devront partir entre le 1er juin et le 31 octobre 1968 d’un port britannique, et ils devront doubler les trois caps (Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn).
Une course ! Une course qui allait surpasser l’exploit de Chichester en soumettant les concurrents à un test de survie encore plus extrême – la circumnavigation sans escale. Tout à fait indépendamment de la prouesse technique, était-il possible de survivre à une telle épreuve psychologique ? Comme je te l’ai dit, j’avais navigué sur un ou deux voiliers. Je savais à quoi ressemblaient les cabines, étonnamment douillettes parfois, étonnamment bien équipées, mais surtout minuscules ; plus exiguës encore que ma petite chambre d’enfant. Le fait que Chichester ait réussi à vivre dans un espace aussi confiné pendant si longtemps était presque son plus grand titre de gloire à mes yeux. On avait du mal à croire que des hommes soient prêts à passer ainsi tous ces jours de claustration sur l’élément liquide.
Et au fait, qui étaient-ils, ces masochistes ? Déjà, après avoir lu quelques reportages du Sunday Times, j’en avais conclu que le concurrent le plus sérieux était le Français Bernard Moitessier. C’était un fabuleux marin, mince, musclé et nerveux, qui se consacrait entièrement à sa vie d’explorateur solitaire. Il avait déjà entraîné son 12 mètres, le Joshua, dans les eaux redoutables de l’Atlantique Sud, où il avait doublé le cap Horn, non sans essuyer triomphalement des tempêtes terribles. Il hésitait à concourir, apprit-on, mais le règlement ne lui donnait pas le choix. Le Sunday Times avait eu l’astuce de stipuler que tout navigateur faisant la course autour du monde entre juin et octobre était susceptible de recevoir le prix, qu’il en veuille ou non. J’ai misé sur les couleurs de Moitessier, et j’ai même convaincu mes parents de m’offrir une luxueuse édition brochée de son livre Vagabond des mers du Sud pour mon huitième anniversaire. L’écriture était trop touffue et trop poétique pour que je le lise avec plaisir, mais je m’attardais des heures sur les photos en noir et blanc de Moitessier, tous muscles saillants, en train de lancer son bateau à l’assaut des vagues, et de se balancer de bout en bout parmi les gréements, Tarzan nautique.
Les autres participants de la course, annoncés un par un, ne risquaient pas de me captiver autant. Il y avait Robin Knox-Johnston, un Anglais de vingt-huit ans, officier de la Marchande ; Chay Blyth, ancien sergent dans l’armée, d’un an son cadet ; Donald Crowhurst, trente-six ans, anglais, ingénieur et directeur d’une société d’électronique ; Nigel Tetley, capitaine de corvette dans la Royal Navy, et quatre autres. Aucun d’entre eux ne pouvait concourir dans la catégorie de Moitessier. Il y en avait même un ou deux qui, si j’avais bien compris, avaient à peine pris la mer jusque-là. Et puis voilà qu’il s’est produit quelque chose qui m’a fait changer d’avis et d’allégeance. Un jour, mon père est rentré du travail avec un exemplaire du Teignmouth Post and Gazette, et il m’a montré cette nouvelle stupéfiante qui faisait la une : l’un des concurrents, Donald Crowhurst, venait de décider que, outre le fait de partir de Teignmouth, il acceptait de baptiser son voilier le Teignmouth Electron. (En retour de divers parrainages locaux, comme il apparaîtrait plus tard.)
Celui qui avait persuadé Crowhurst d’accorder cette faveur à un village auquel il n’était aucunement lié par ailleurs se nommait Rodney Hallworth : jadis chroniqueur judiciaire à Fleet Street, aujourd’hui correspondant dans le Devon, et promoteur opiniâtre de tout ce qui était susceptible de faire briller Teignmouth aux yeux du vaste monde. À partir des articles dont il abreuvait désormais la presse locale autant que nationale, je me suis construit de Donald Crowhurst une image de super héros de la navigation en solitaire : outsider dans cette course, il en devenait donc le concurrent qui m’intriguait le plus, me séduisait le plus. Non seulement il y avait lieu de croire que c’était un marin accompli, mais c’était aussi un magicien de l’électronique et un designer de génie ; et s’il avait fait une entrée tardive dans la course, il n’en allait pas moins ravir le trophée au nez et à la barbe de ses rivaux car il piloterait un vaisseau aérodynamique, moderne, résolument innovant qu’on avait construit selon ses indications précises, un trimaran, rien que ça, doté d’un système de balancier unique en son genre qui se déclencherait en cas de naufrage et que contrôlait (c’était là le gimmick, le mot qui nous mettait en effervescence) un ordinateur.
Aussitôt, Donald Crowhurst est devenu l’unique objet de mon attention et de mon admiration. Il arriverait à Teignmouth dans quelques semaines – et moi, en tout cas, je trépignais d’impatience.
Un comité de soutien s’était formé, dont l’un des amis plaisanciers de mon père était membre enthousiaste. C’est ainsi que nous obtenions des nouvelles au compte-gouttes : le bateau de Crowhurst était achevé, l’homme avait quitté les chantiers navals du Norfolk à son bord, et il longeait déjà notre côte. Il serait parmi nous d’ici quelques jours. Prévision optimiste, on allait le voir. Ce premier voyage s’est accompagné d’incessants problèmes de rodage, de sorte qu’il a duré quatre fois plus longtemps que prévu, et on était à la mi-octobre lorsque Crowhurst et son équipe ont touché Teignmouth. Le vendredi après-midi suivant son arrivée, ma mère est venue me chercher à l’école pour m’emmener jusqu’au port afin d’apercevoir mon héros sans plus tarder et d’observer quelques-uns de ses préparatifs.
Dans la vie de tout enfant, je présume, il vient un jour où le mot « déception » prend toute la cruauté de son sens. L’instant où il comprend que ce monde, qu’il avait jusque-là cru porteur de toutes les promesses, riche de possibilités infinies, n’est en fait qu’une vulgaire boule affligée d’un vice de fabrication. Cet instant est parfois dévastateur, et il peut laisser des séquelles psychiques pendant des années, tant il est plus fort que le souvenir des premières joies et des premiers enthousiasmes de l’enfance. Pour moi, le choc s’est produit dans la grisaille de ce vendredi après-midi de la mi-octobre, où j’ai vu pour la première fois Donald Crowhurst.
C’était donc là l’homme qui allait remporter la course autour du monde du Sunday Times ? Celui qui allait triompher de Moitessier, le brillant Français si expert ? C’était donc là le Teignmouth Electron, dernier cri du design, qui effleurerait à peine les vagues massives de l’Atlantique Sud, celui dont une technologie de pointe régulerait le moindre essor ?
Franchement, j’avais du mal à le croire. Crowhurst lui-même faisait piètre et chétive figure : après tout le panache qui caractérisait ses interviews dans les journaux, je m’attendais à trouver un homme dégageant une aura de confiance en soi, une intrépidité – une présence, quoi. Et voilà qu’il paraissait au contraire inefficace et inquiet. Rétrospectivement, je me dis qu’il devait être alarmé, atterré peut-être par les feux de la rampe braqués sur lui, et plombé par l’attente ainsi suscitée dans le public. Quant au Teignmouth Electron tant vanté, non seulement il faisait l’effet d’un frêle esquif, mais la pagaille régnait autour des derniers préparatifs. On aurait dit que le bateau n’était pas achevé ; des artisans s’y succédaient en cohortes jour après jour, pour des réparations sans fin, tandis que, sur le quai, une invraisemblable quantité de fournitures en tout genre s’accumulaient régulièrement en tas hétéroclites – ça allait des outils de charpentier à l’équipement radio, sans parler des boîtes de conserve, soupe et corned-beef. Tantôt au centre et tantôt à la marge de ce capharnaüm, Crowhurst lui-même déambulait sans but, posant pour les photographes omniprésents, se disputant avec ses charpentiers, fonçant dans des cabines téléphoniques pour ramener à la raison des fournisseurs éventuels, paraissant chaque jour un peu plus miné par l’appréhension.
Enfin vint le grand jour, 31 octobre 1968. Il bruinait en ce jeudi après-midi couvert et parfaitement sinistre. Sur le quai, ce n’était pas la cohue ; on était incontestablement bien loin des foules venues accueillir Chichester à Plymouth l’année précédente, nous pouvions être soixante, soixante-dix en tout et pour tout. L’instituteur avait libéré la classe en avance, pour ceux qui voudraient assister au départ, et naturellement tous les enfants en avaient profité. J’ignore où étaient passés mes camarades, mais une chose est sûre, ils n’étaient pas venus saluer Donald Crowhurst au départ de sa course. J’étais le seul enfant d’âge scolaire à avoir fait cet effort, j’en suis à peu près certain. Ma mère m’accompagnait ; mon père devait être encore au travail, quant à ta mère, je ne sais pas où elle se trouvait ; il faudra que tu le lui demandes. Quoique festive, l’humeur était au scepticisme. Au cours des semaines précédentes, Crowhurst s’était fait un certain nombre d’ennemis à Teignmouth, et il n’arrangea pas ses affaires en paraissant pour l’occasion dans un pull beige à encolure en V sous lequel il portait chemise et cravate. Ce n’était guère la tenue que Moitessier aurait choisie pour appareiller, pensai-je malgré moi. Il y eut pis encore : à trois heures précises, Crowhurst leva l’ancre, mais il rencontra des difficultés presque aussitôt ; pas moyen de hisser les voiles, il fallut le remorquer jusqu’au rivage. La foule s’était faite encore plus goguenarde ; bien des gens rentrèrent chez eux. Ma mère et moi sommes restés observer la suite des événements. Il fallut deux heures pour résoudre le problème, et le crépuscule tombait. Le bateau finit par se remettre en route vers cinq heures, escorté de trois vedettes, l’une transportant sa femme et ses quatre enfants emmitouflés dans leurs duffle-coats, alors incontournables de la mode junior. Malgré le caractère anodin du personnage de Crowhurst, je me rappelle les avoir enviés d’être ses enfants : avec tous ces regards braqués sur eux, ils devaient se sentir uniques. Les vedettes ont escorté son bateau sur un ou deux milles, après quoi elles ont fait demi-tour, leurs passagers le saluant de la main. Crowhurst s’est éloigné, il a disparu à l’horizon, pour affronter des mois de solitude et de dangers. Ma mère m’a pris par la main, et nous sommes rentrés tous deux, pressés de retrouver le cocon du jeudi soir : tiédeur, thé, télévision.
Quelles étaient donc les forces qui régissaient Donald Crowhurst ? Qu’est-ce qui a pu le pousser à agir comme il l’a fait ?
Ce que je sais de cette histoire – au-delà du souvenir de son appareillage à Teignmouth –, je le tiens de l’excellent livre de Nicholas Tomalin et de Ron Hall, journalistes au Sunday Times, qui ont pu consulter quelques mois après sa mort en mer ses journaux de bord et ses bandes magnétiques. Ils ont intitulé leur ouvrage L’Étrange Voyage de Donald Crowhurst, et ils y citent un propos confié par le navigateur à son magnétophone peu après le départ : « La navigation en solitaire a ceci de particulier qu’elle exerce une pression très forte sur l’homme, dont elle révèle les faiblesses comme peu d’autres activités. »
En l’occurrence, il y avait manifestement les pressions liées au fait d’être seul en mer – l’exiguïté du bateau, avec en permanence le bruit, le mouvement et l’humidité, la terrible intimité de sa minuscule cabine – mais il y avait aussi des facteurs extérieurs. Deux, pour être précis. Le premier, c’était son attaché de presse, Rodney Hallworth ; le second, son sponsor, homme d’affaires de la région nommé Stanley Best, qui avait financé la construction de son trimaran et en était propriétaire, tout en ayant stipulé par contrat que si, pour une raison ou pour une autre, le voyage tournait court, Crowhurst devrait lui racheter le bateau. En pratique, cela revenait à dire que Crowhurst était dans l’obligation de terminer sa circumnavigation s’il ne voulait pas être réduit à la faillite.
La pression exercée par Hallworth, pour être un peu plus subtile, n’en était pas moins insistante. L’homme avait passé ces derniers mois à faire de lui un héros. Celui qui n’était hier qu’un plaisancier du dimanche avait été élu pour représenter aux yeux des lecteurs le hardi challenger solitaire, parfaite incarnation de la solidité et de l’endurance anglaises ancestrales, David pugnace venu défier les Goliath de la voile. Hallworth avait accompli et continuait d’accomplir de véritables prouesses médiatiques sans le moindre scrupule moral. On est tenté de voir en lui le prototype du « docteur Folimage » avant la lettre ; quoi qu’il en soit, Crowhurst avait lieu de penser qu’il ne pouvait laisser en plan ni son public ni son attaché de presse, après tout le travail accompli. Conclusion : impossible de faire demi-tour.
Il n’était pas encore très loin dans son voyage qu’une autre réalité s’imposait à lui : tout aussi impossible d’aller de l’avant. En guère plus de deux semaines, il avait compris que son tour du monde en solitaire n’était qu’une chimère.
« De plus en plus conscient qu’il va falloir décider si oui ou non je peux continuer dans la situation actuelle. Fichue décision, jeter l’éponge à ce stade, c’est affreux, fichue décision », écrivit-il le vendredi 15 novembre. Le système électrique du Teignmouth Electron était tombé en panne, ses écoutilles prenaient l’eau (près de 500 litres en cinq jours pour celle de bâbord avant). Crowhurst avait laissé à Teignmouth des longueurs vitales de tuyaux ; écoper par pompe devenait donc impossible. Ses voiles s’effrangeaient, les boulons se dévissaient dans le système de pilotage, quant à l’« ordinateur » qui devait gouverner le bateau et réagir au moindre de ses mouvements avec une sensibilité aiguë, il ne s’était jamais résolu à le dessiner, moins encore à l’installer. L’imbroglio des fils multicolores répandus avec ostentation dans la cabine n’était relié à rien ; or tel était bel et bien le vaisseau à bord duquel il se proposait de traverser l’Atlantique Sud, le passage maritime le plus dangereux du globe. « Avec un bateau dans un état pareil, confiait-il à son journal, j’ai une chance sur deux de m’en sortir. » La plupart des gens auraient tenu cette estimation pour optimiste.
Impossible de faire demi-tour, et tout aussi impossible d’aller de l’avant. En pareilles circonstances, quelle issue restait-il à Donald Crowhurst ?
Voici en tout cas celle qu’il a trouvée – digne de… notre Premier ministre, mettons. Parce qu’à l’instar de Mr Blair, pris entre les deux feux du libéralisme et de l’étatisme, il a décidé qu’il y avait un troisième terme. Une troisième voie, rien que ça. Et cette troisième voie, ses détracteurs eux-mêmes ont bien dû l’admettre, était aussi audacieuse qu’ingénieuse. Il s’est dit que, s’il ne pouvait plus accomplir son tour du monde en solitaire et sans escale, il prendrait le parti à peine moins prestigieux de simuler cet exploit.
Ne perds pas de vue que nous sommes à la fin des années soixante, Poppy. Toutes les technologies auxquelles nous avons accès aujourd’hui, les courriels, les téléphones satellites, le GPS, n’avaient pas encore été inventées. Une fois quitté le port de Teignmouth, en haute mer, Crowhurst fut aussi seul qu’un humain peut l’être. Ses uniques moyens de communication avec le vaste monde se limitaient à une radio désespérément capricieuse. Des semaines durant, il était fort probable qu’il n’aurait pas le moindre contact avec le reste de l’humanité. Et, dans le même temps, il était non moins probable que le reste de l’humanité n’aurait pas la moindre idée d’où il était censé se trouver. Le seul tracé de son itinéraire serait celui qu’il établirait dans son journal de bord, de sa propre main, en déterminant sa position avec ses propres instruments. Dans ces conditions, qu’est-ce qui l’empêcherait de truquer son voyage de A à Z ? Il n’avait nul besoin de passer les trois caps. Il pouvait longer au hasard la côte africaine, puis cingler vers l’ouest, traîner quelques mois au milieu de l’Atlantique, et s’intercaler bien tranquillement entre les vrais concurrents qui auraient doublé le cap Horn et rentreraient en Grande-Bretagne. Il arriverait ainsi dignement quatrième ou cinquième, auquel cas personne n’irait passer au crible ses journaux de bord, et l’honneur serait sauf.
Tenir ainsi double registre de son périple – l’un truqué, l’autre exact – allait requérir une ingéniosité, une habileté hors du commun, mais il en était capable. Du moins jugea-t-il ce subterfuge préférable à la perspective de l’humiliation et de la faillite. C’est ainsi qu’il se décida, et que commença la grande supercherie.
Une fois rentré à Shaldon, je n’avais pas tellement repensé à Crowhurst. Le caractère prosaïque et désorganisé de son départ avait quelque peu ébranlé ma foi en mon héros. Qui plus est, les reportages couvrant les premières semaines de la course faisaient à peine mention de lui. Plusieurs concurrents avaient d’ores et déjà déclaré forfait, et parmi ceux qui restaient, c’étaient Robin Knox-Johnston, Bernard Moitessier et Nigel Tetley qui mobilisaient l’imagination des journalistes. N’empêche, je me rappelle mon effervescence le jour de décembre où Crowhurst refit surface dans les journaux – dont il domina les manchettes en ce week-end sportif – avec un reportage du Sunday Times où il déclarait vouloir faire homologuer le record de distance parcourue en solitaire pendant une journée – dans les deux cent quarante milles, je crois. Bien entendu, cette posture devait être liée à sa décision de truquer son parcours.
Par la suite, j’ai suivi la course du mieux que j’ai pu, en découpant les reportages du journal du dimanche, et en les collant dans le nouvel album-souvenir que ma mère m’avait acheté tout spécialement à la poste de Teignmouth ; mais voilà que, de nouveau, il ne se passait plus grand-chose sur le front Crowhurst. Ce printemps-là, quand j’ai été sélectionné comme gardien de but dans l’équipe de foot de l’école, mon obsession footballistique a supplanté mon obsession nautique. Et puis mon père et ma mère ont acheté leur première caravane, et nous sommes partis avec dans la New Forest pour les vacances de Pâques. Je me souviens de ma frustration parce que ta mère, qui pouvait avoir dix ans, a passé toute la semaine à lire des histoires de Malory Towers au lieu de jouer avec moi. Je me souviens que Top of the Pops passait les Move, avec Blackberry Way, et Peter Sarstedt, avec son interminable Where Do You Go To (My Lovely) ?. Tels sont les détails de ce premier trimestre 1969 que ma mémoire a retenus. La vie de famille, la vie ordinaire. Une vie au sein de la communauté humaine.
Pendant ce temps-là, au milieu de l’Atlantique, quelque part, Donald Crowhurst sombrait lentement dans la folie.
Détail qui fait froid dans le dos, les progrès de cette démence se lisent au jour le jour dans ses carnets de bord. Sans la moindre compagnie humaine, sans possibilité de communiquer avec sa femme et ses enfants par radio pour ne pas trahir ses positions, il n’est guère surprenant qu’il ait tenté de trouver une consolation, durant ces longs mois solitaires, dans la communion muette du stylo avec le papier. Au début, outre les détails (exacts et truqués) de sa position, il jetait épars des considérations sur la situation qui était la sienne, des réflexions sur la vie en mer, et même un poème par-ci par-là. Ainsi celui-ci, écrit en voyant un hibou malmené par la tempête se percher tout frissonnant dans ses gréements : l’oiseau n’était-il pas le maillon faible d’un vol migratoire, un « spécimen à part », fort probablement destiné comme nombre de ses homologues humains « à mourir seul et anonyme, à l’insu de ses congénères » ?
Pitié pour l’oiseau singulier, celui qui lutte à s’en faire crever le cœur ;
Pas une ombre de sens commun, il ne vole pas comme le commun de ses frères.
Gardez-lui, gardez-lui un peu de pitié, mais surtout gardez-en
Pour celui qui est aveugle à la lumière qui guide l’oiseau singulier.
Mais plus tard, à mesure que l’horreur de sa situation le plombait, les entrées du journal se firent encore plus singulières. Indépendamment de l’isolement farouche auquel il se contraignait, des mois d’absolue solitude, sans rien d’autre pour distraire son regard que l’immensité de l’océan roulant sur ses bords, il s’apercevait qu’à supposer que sa supercherie ne soit pas éventée, il lui faudrait vivre un énorme mensonge pour le restant de ses jours. Or c’était une chose de donner le frisson aux journalistes, et même à ses amis des bars nautiques, en leur contant des prouesses sur fond d’Atlantique Sud perfide, ou l’allégresse éprouvée à doubler le cap Horn, des histoires comme il saurait en inventer des douzaines, mais que dirait-il à sa femme, par exemple ? Comment lui mentir, allongé auprès d’elle au fil des nuits, sachant que l’amour et l’admiration qu’elle lui portait reposaient en partie sur des actes héroïques dont il était bien incapable ? Pourrait-il lui cacher cette vérité pendant les quarante, cinquante années à venir ? J’ai parlé de la « terrible intimité » de sa cabine, mais ses mensonges allaient-ils survivre à l’intimité plus redoutable encore de la vie de famille ?
Et puis, quelques mois plus tard, vers la fin de la course, sa situation se fit plus désespérée encore. Son stratagème outrancier fut sa ruine. Car quand il rejoignit les autres concurrents, et qu’il télégraphia sa position à Rodney Hallworth (lequel, ne sachant plus rien de lui, le tenait pour mort), la nouvelle de son avancée supposée fut aussitôt annoncée par radio à Nigel Tetley, désormais seul navigateur en lice avec Robin Knox-Johnston puisque Moitessier, ce phénomène, avait doublé le cap Horn dans un bon temps pour abandonner ensuite la course avec ostentation en protestant que le prix en argent et le tapage publicitaire insultaient ses valeurs spirituelles. Knox-Johnston serait sans aucun doute le premier à toucher terre, seulement il était parti des mois avant les autres ; il ne pouvait donc pas remporter les cinq mille livres couronnant le record de vitesse. Tout allait se jouer entre Tetley et Crowhurst. Tetley menait encore mais, apparemment, Crowhurst le rattrapait à vive allure. Tetley décida de jouer le tout pour le tout. Il se mit à pousser son trimaran avec l’énergie du désespoir sur la dernière ligne droite. Or le bateau (nommé – ironie du sort – The Victress, La Victorieuse) avait déjà beaucoup souffert dans l’Atlantique Sud et il était en train de craquer aux coutures. Un soir tard, alors que le marin dormait, le bossoir de bâbord se détacha et fit un trou dans celui de la coque principale. Le bateau se mit à prendre l’eau en abondance. Tetley vit qu’il n’y avait plus qu’à envoyer un SOS et abandonner son bord. Il monta dans son canot de sauvetage pneumatique, emportant son film, ses journaux de bord et son transmetteur radio d’urgence, et il passa une journée ou presque dans l’angoisse, à la dérive au beau milieu de l’Atlantique, avant d’apercevoir l’avion du salut en fin d’après-midi. Pour lui, la course était finie, et ses rêves brisés.
Mais pour Crowhurst aussi, c’était catastrophique. Car il devenait de facto le détenteur incontestable du record de vitesse, et les médias allaient s’intéresser de très près à son cas. Déjà Rodney Hallworth avait télégraphié pour annoncer qu’il serait accueilli en héros avec des essaims d’hélicoptères, des cohortes de cameramen de télé, des bateaux entiers de journalistes. Ses carnets de bord seraient bientôt décortiqués dans les moindres détails ; or il devait savoir, dans le fond de son cœur, qu’ils ne tiendraient pas la route. Son imposture démasquée, comment survivre ? Stanley Best voudrait récupérer son argent. Hallworth lui-même serait la risée de tous. Quant à lui, qui sait si son couple résisterait à pareille épreuve ?
Le dos au mur, conscient que son audacieuse Troisième Voie s’était transformée en cul-de-sac, elle aussi, il jeta l’éponge. Au lieu de faire de la vitesse, il se mit à caboter. Il se laissa happer par les grands calmes et se désintéressa de son voilier prisonnier des eaux infestées d’algues ; nu dans la chaleur étouffante de la cale, il tentait méthodiquement de réparer le transmetteur tombé en panne, qu’il dut remonter entièrement, au risque de recevoir des décharges électriques ou de se blesser avec le fer à souder ; la tâche lui prit près de deux semaines, mais l’empêcha cependant de s’adonner à trop d’introspection. Quand il eut fini, pendant les chaudes journées solitaires qui suivirent, il s’interdit de penser à l’accueil qu’il allait recevoir à son arrivée et se retrancha dans un monde irréel de spéculations pseudo-philosophiques. Inspiré par le seul livre qu’il avait pensé à emporter dans son périple, La Théorie de la relativité d’Einstein, il se mit à noircir les pages de son journal, en appuyant si fort sur le crayon qu’il transperçait souvent le papier. Des milliers et des milliers de mots dont le détail nous montre aujourd’hui sous un jour cru le délabrement rapide d’un esprit sous pression. Crowhurst commence par aborder une des plus grandes énigmes des mathématiques, le nombre impossible, à savoir : la racine carrée de moins un.
J’introduis cette idée de √-1 parce qu’elle mène directement au tunnel noir du continuum espace-temps ; lorsque la technologie émergera de ce tunnel, ce sera la « fin » du « monde » (qui se produira selon moi autour de l’an 2000, comme on l’a souvent prédit) en ce sens que nous
aurons alors accès à une existence extra-physique, qui nous dispensera du besoin d’exister physiquement.
Continuant sur le même thème mais en faisant encore davantage abstraction des contingences du réel, il se persuada que la race humaine était à la veille d’un bouleversement immense, que quelques élus, dont lui, allaient bientôt se muer en « êtres cosmiques de la deuxième génération », qui existeraient totalement hors du monde, pensant et communiquant d’une façon parfaitement abstraite et éthérée, affranchie des contraintes de l’espace, de sorte qu’il ne leur serait plus nécessaire d’avoir une relation corporelle, physique avec leurs semblables. Messager de cette nouvelle primordiale, il se voyait désormais comme une personnalité de la plus haute importance, une sorte de messie, tout en restant conscient que le reste du monde ne lui accorderait jamais cette stature : il se résignait à passer pour un « homme singulier », « le singulier exclu du système – la liberté de quitter le système ». Enfin, les derniers jours de sa vie, ses gribouillis se firent plus incohérents et abstrus encore (« Il ne saurait y avoir qu’une seule beauté parfaite / Telle est la grande beauté de la vérité »), et le sentiment d’avoir péché, d’avoir menti, d’avoir déçu tout le monde, devint écrasant.
Je suis ce que je suis et je
vois la nature de ma faute
Dans ses derniers écrits, le temps l’obsédait – après tous ces mois passés à noter sa vraie position et sa position fictive à la surface du globe, il était peut-être las de penser en termes d’espace. Il s’était mis à consigner au début de chaque phrase l’heure exacte à laquelle il l’écrivait. C’est ainsi que nous savons qu’il était entre 10 h 29 et 11 h 15, le 1 er juillet 1969, lorsqu’il a écrit ces lignes qui étaient presque les dernières :
C’est fini
C’est fini
C’EST LA MISÉRICORDE
Ensuite, après avoir griffonné quelques bribes de phrases torturées, il prit son chronomètre et le carnet de bord truqué, monta à la poupe du Teignmouth Electron, et disparut à tout jamais.
Nous n’étions pas à court de vrais héros, en cet été. La nouvelle que le voilier de Crowhurst avait été retrouvé au beau milieu de l’océan, et qu’il était porté disparu, tenu pour mort, a paru dans les journaux du dimanche, le 13 juillet. Deux semaines plus tard, le 27, faisait de nouveau la une, mais entre-temps ses carnets avaient été lus, et sa supercherie éventée ; tous les articles roulaient sur le canular hors pair qu’il avait voulu monter au Sunday Times et au public anglais. Je les ai lus avec stupéfaction, je m’en souviens, et peut-être avec le sentiment qu’on avait floué mon jeune âge. Mais alors, entre ces deux dimanches, celui du 20 juillet 1969 fut marqué par un autre événement, non sans rapport avec la soif humaine d’exploration, de prouesses héroïques, la soif de se redéfinir dans l’espace : Neil Armstrong fut le premier homme à marcher sur la Lune.
Autrement dit, c’était un été de prodiges. Mais curieusement, c’est le prodige de mon ex-héros, Donald Crowhurst, et sa chute tragique qui me sont restés et m’ont hanté avec le plus d’insistance pendant toutes ces années. Ce qui explique ma fascination quand je constate que d’autres, dont Tacita Dean, en ont été hantés aussi. Quels sont les ressorts de cette résonance, je me le demande. Car en somme Crowhurst n’est guère une figure admirable. Les hommes qui émergent grandis de cette saga du Golden Globe, ce sont Knox-Johnston et Moitessier. L’histoire la plus navrante, d’une certaine façon, c’est celle de Nigel Tetley, le « grand oublié » de la course, qui a failli empocher les cinq mille livres du prix et qui, sur la pointe des pieds, sans laisser le moindre message, ni faire la une des journaux, s’est suicidé dans un bois, près de Douvres, deux ans plus tard.
Alors… pourquoi Donald Crowhurst ? Ou, pour le dire autrement, qu’est-ce que ça nous apprend sur notre temps, sur l’époque actuelle, pour que nous trouvions plus facile de nous identifier non pas à Robin Knox-Johnston, sportif patriote à l’opiniâtreté et au courage quasi comiques, mais à une figure de bien moindre stature, celle d’un homme qui s’est menti et qui a menti à son entourage, un petit homme dans les affres d’une crise existentielle désespérée, un tricheur tourmenté ?
Eh bien, Poppy, nous ne trouverons certes pas la réponse à ces questions en visitant l’exposition, samedi. Et tu voudras bien m’excuser de t’avoir écrit une lettre aussi longue sur un sujet qui, tout en ayant beaucoup compté pour moi, peut difficilement te toucher de la même façon, ni toi ni peut-être personne de ta génération. Mais je me dis que nous passerons tout de même une matinée intéressante suivie, j’espère, d’un bon déjeuner. On annonce une chute de la température pour la fin de la semaine, par contre ; nous ne dînerons donc pas alfresco – n’oublie pas de prendre ton écharpe et tes gants !
J’ai hâte de te voir.
Ton oncle toujours affectionné,
Clive
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