Le cri du goéland
Chapitre 3
Le commissaire Brunet se rendit à la convocation du juge d’instruction. Le dossier Legyère était vraiment mal engagé, ce rendez-vous lui permettrait peut-être d’en empêcher la clôture. Il entra d’un pas alerte. Le vent venait du nord. Le fond de l’air était frais mais la journée serait lumineuse, une de ces journées d’avant Toussaint qui annonce déjà l’hiver et les frimas. Quelques nuages flottaient dans le ciel. Brunet pensa à ses parents, tous deux retraités de l’administration, qui vivaient dans une ferme retapée sur une colline boisée du Perche. Puis, ses pensées s’arrêtèrent sur Marie Marchand. Elle était venue plaider la cause de Paul Benalec ; elle l’avait fait très maladroitement mais sa sincérité avait touché le policier. Pour la jeune femme, Paul n’était pas un criminel. Son engagement religieux, même s’il s’appuyait sur des bases contestables, était sincère. Paul ne pouvait pas parler, tenu par les obligations de sa fonction de prêtre : « Je suis certaine, avait dit Marie avec une extrême clairvoyance, qu’il a reçu quelqu’un en confession, peut-être le criminel lui-même. Sinon, qu’est-ce qui l’empêcherait de clamer son innocence ? » Le commissaire avait jeté un regard intrigué sur Marie. « J’ai lu tout cela dans ses yeux. C’est une certitude. Je le connais bien, nous avons vécu plus de dix ans ensemble ! » avait-elle ajouté.
Cette conversation avait convaincu le policier. Ses pressentiments sur l’innocence de Benalec trouvaient là une raison suffisante pour qu’il ne baisse pas les bras. Il ne pouvait pourtant rien prouver, rien démontrer, et c’était son handicap. Tout en longeant le couloir du tribunal qu’il connaissait si bien, il pensa au juge et savait déjà ce que cet homme austère, âgé d’une cinquantaine d’années, allait lui dire. Et il n’avait aucun argument à lui opposer. Face à ce magistrat de dix ans son aîné, Alain Brunet se sentait comme un élève devant le proviseur.
— Monsieur Brunet, dit le juge, le regard fixe durcissant un visage qui ne souriait jamais, je suis bien aise de vous voir pour enfin boucler ce dossier gênant qui concerne le curé de Sabrenat. L’évêché s’en inquiète et demande que tout soit réglé au plus vite.
— J’ai revu le prévenu, commença Brunet. Son mutisme est éloquent. Nous ne devons tirer aucune conclusion hâtive. Son ancienne compagne a la certitude qu’il ne peut pas parler parce qu’il est tenu par le secret de la confession.
— Cessons, je vous prie, de tergiverser. Nous avons des preuves qui l’accablent et nous pouvons nous passer de ses aveux. Ce n’est pas la première fois que je rencontre une telle situation. Les résultats de l’enquête sont là : nous avons la lettre de Paul Benalec à Legyère le sommant de lui rendre sa part de l’assurance après le naufrage, nous avons une conversation téléphonique entre les deux hommes où Legyère refuse de lui verser l’argent. Ensuite, et c’est le plus grave, nous avons relevé ses empreintes sur l’arme du crime. Que vous faut-il de plus ?
— Je ne sais pas, répliqua Brunet, mais j’ai malgré tout l’intime conviction que Benalec est innocent.
Le juge tourna lentement les pages du dossier ouvert devant lui. Il le ferma, attacha la ceinture qui l’entourait, comme pour bien montrer que sa décision était prise, et déclara :
— Pour moi, il n’y a rien à ajouter. L’évêché me demande la discrétion. Le procès en assises se tiendra dans peu de temps, nous allons accélérer la procédure. Tout est dit, je ne veux plus m’embarrasser l’esprit avec cette histoire. Chaque fois qu’un curé est mis en cause, les choses se compliquent au point que la justice finit par ne plus s’y retrouver.
Brunet n’insista pas. Il était venu pour demander un sursis, mais le ton tranchant du juge ne lui en laissait pas la liberté. Il se dit cependant que rien ne l’empêchait de continuer à enquêter. Le dossier bouclé, il pouvait toujours mener des investigations pour son compte et trouver l’élément qui allait innocenter Benalec. Mais par où commencer ?
Il décida de rentrer chez lui. C’était un mercredi et il devait emmener sa fille aînée à son cours de musique. Il remontait dans sa voiture quand son portable sonna. C’était Fabrice, son copain du laboratoire d’analyse de la police.
— Allô, Fabrice, tu as du nouveau ?
— Non, la recherche d’ADN que tu m’as demandée sur l’arme du crime n’a rien donné. À part celui de ton curé, il n’y en a pas d’autres.
— Bon. Je m’en doutais un peu.
Il n’avait toujours pas retrouvé la femme qui avait rendu visite à Benalec le soir de son arrivée, juste avant la tempête, et il n’avait aucun moyen de l’identifier. D’ailleurs, rien ne prouvait qu’elle avait une relation avec l’assassinat. Il avait longuement questionné Mathilde Laroch, mais il n’en avait rien tiré. Il avait convoqué les collaborateurs de la victime dont certains, pour se donner de l’importance, l’avaient conduit sur de fausses pistes. Les seuls à ne pas avoir d’alibi vérifiable étaient Éric Laroch, qui avait passé la nuit dans sa voiture, et Paul Benalec, qui refusait de parler. Il n’avait aucun élément nouveau. Il pensait à Marie, l’une des victimes de cette sordide affaire. Le commissaire ne pouvait s’empêcher de comparer cette belle femme brune à Brigitte, son épouse, qui travaillait au greffe du tribunal. Heureux en couple, il ne pouvait que mesurer la détresse de Marie, laissée sur le bas-côté de la vie.
À Sabrenat, il gara sa voiture près du presbytère. En le voyant marcher jusqu’à la fontaine tout en jetant un œil autour de lui, les gens se demandèrent ce qu’il pouvait bien chercher. N’était-il pas satisfait d’avoir arrêté le meurtrier de M. Legyère ? Que voulait-il ? Jugon se dit qu’une fois de plus les autorités ecclésiastiques avaient fait pression pour innocenter l’un des leurs. D’ailleurs, la pétition apportée à l’évêché avait été accueillie froidement.
Alain Brunet rendit visite à Marthe qui houspillait son petit-fils.
— Regardez, dit-elle au commissaire, quand il ne fait pas de bêtises, il passe des heures devant son ordinateur. Moi, j’avais dit que c’était pas une bonne idée de lui donner cet appareil. Ça le rend fou, et quand il sort il a besoin de se dépenser et de tout casser !
Le commissaire sourit et tapa sur l’épaule d’Amaury qui s’appliquait à piloter un bateau dans la tempête. Les vagues défilaient sur l’écran et le gamin avait trouvé la bonne manière de les affronter.
— Dis donc, mais tu es un véritable capitaine au long cours !
— Je suis capable de me sortir des pires tempêtes !
— Je vous dis, insista Marthe, ça le rend complètement fou. Moi, je sais que si on supprimait l’ordinateur, tout irait mieux.
Elle poussa un gros soupir, puis sortit de la pièce où l’enfant n’avait pas cessé de jouer. Brunet la suivit dans la cuisine.
— L’assistante sociale a trouvé une famille à poigne où il y a déjà deux garçons. Il va partir dans deux ou trois jours. Je vais me sentir bien seule, finalement.
— Je suis revenu vous voir pour vous parler de la personne que vous avez vue sortir de chez le curé, lança le commissaire. Cela n’a sans doute aucun rapport avec le crime, mais c’est peut-être une piste à explorer. Depuis l’autre jour, ne vous êtes-vous pas souvenue d’un détail, quelque chose qui me permettrait de l’identifier ?
— Non, répondit Marthe en secouant la tête. J’étais devant la porte pour attendre mon garnement. Quand il tarde ainsi, c’est qu’il a fait une bêtise. J’ai vu la femme sortir du presbytère. Elle était petite et menue, les cheveux courts. Elle a rejoint une voiture garée plus loin. C’est ce qui m’a étonnée. Pourquoi cette femme, qui était venue voir le curé, ne s’était-elle pas garée plus près, sur la place ? Quand elle m’a vue, elle s’est mise à courir. J’ai alors pensé qu’elle ne tenait pas à ce qu’on la voie ici. La voiture était une Clio, un ancien modèle, ça je l’ai bien vu. Elle devait être bleue ou verte, mais avec la lumière du lampadaire situé à plus de dix mètres, je ne peux pas l’affirmer.
— Et l’immatriculation, vous n’avez pas pensé à la relever, vous ne vous souvenez pas d’une lettre, quelque chose…
— Non, je n’ai rien vu. Je regrette maintenant de ne pas y avoir accordé plus d’importance.
— Cela ne nous avance guère. Des Clio de l’ancien modèle bleues ou vertes, il y en a beaucoup.
Amaury passa la tête par la porte et regarda longuement le policier, puis il repartit s’asseoir derrière son écran.
— Vous avez raison de penser que notre curé est innocent, ajouta Marthe. Moi, j’en suis certaine. Je l’ai vu tous les jours et je suis sûre de ce que je dis, même si je ne peux rien prouver.
— Nous en sommes tous là ! Pouvez-vous m’indiquer où était exactement la voiture dans laquelle est montée l’inconnue ?
Marthe prit son châle car le vent était frais. Elle emmena Brunet devant l’ancienne forge que des Parisiens avaient achetée et qu’ils étaient en train de restaurer. Il y avait là un tas de gravier sur le bord de la route, des planches et du matériel d’échafaudage posés sur un monticule de sable. Un peu plus loin, des sacs de ciment couverts d’une tôle ondulée jouxtaient un amas de parpaings.
— La voiture était là, près du sable. La femme a allumé les phares puis a fait une marche arrière d’un ou deux mètres. Enfin, elle est partie dans cette direction.
Alain Brunet se pencha sur le sol pour chercher d’éventuelles empreintes de pneus. La Clio verte ou bleue avait pris la direction de Pont-l’Abbé, mais cela ne signifiait rien. Elle avait pu faire demi-tour et traverser de nouveau le village sans que personne ne s’en aperçoive. Il inspecta le chantier dans l’espoir d’y découvrir des traces de peinture, mais rien, pas la moindre marque qui aurait donné une chance de remonter le fil.
Il remercia Marthe qui rentra chez elle en précisant qu’elle devait préparer le presbytère avant l’arrivée d’un nouveau curé que l’évêché n’avait pas tardé à nommer, pressé de tourner la page.
— L’ancienne compagne du père Paul va venir chercher ses affaires.
Alain Brunet prit le sentier des falaises. Il marchait en écoutant le cri des oiseaux et le bruit du vent. Il pensait à ce garage de la pointe du Raz et à son panneau : « Dernière station avant l’Amérique ». Tout en cheminant, il mesurait l’effet de ce bout du monde, cet infini derrière lequel se profilait le Nouveau Continent. Il avait l’impression de se trouver dans un sas, un hall d’entrée. Ici s’arrêtait l’Europe.
Derrière l’horizon, au-delà de cette eau brassée, se dressait l’Amérique qui hantait malgré eux l’imagination des gens de la côte.
Il arriva sur les lieux du crime, là où l’herbe et la bruyère avaient été foulées. Il se plaça à l’endroit où l’assassin avait dû tirer. Il remarqua soudain quelque chose d’anormal : le gamin disait avoir trouvé l’arme sous un rocher situé à droite. Mais pourquoi le meurtrier l’avait-il cachée là ? S’il avait voulu la faire disparaître, il l’aurait emportée ou jetée à la mer. Elle était donc là pour qu’on la trouve, pour qu’on accuse le prêtre dont les empreintes prouvaient qu’il l’avait manipulée. En considérant Benalec innocent, on pouvait naturellement en déduire que la visiteuse avait joué un rôle essentiel et que celle-ci s’était arrangée pour qu’il tienne l’arme dans ses mains. Là était probablement la clef du mystère. Mais comment faire admettre cette hypothèse au juge d’instruction, pressé de boucler l’affaire et de livrer un curé à la justice ?
Brunet retourna au village après avoir fouillé une nouvelle fois les alentours, inspecté les moindres brindilles. Il revenait bredouille mais avait acquis la certitude d’avoir un peu avancé, que tous ses efforts devaient se concentrer sur cette femme aux cheveux courts, aperçue au volant d’une Clio bleue, ou verte.
Il arrivait sur la place quand une voiture s’arrêta devant le presbytère. Une Clio de couleur bleu clair. Il sursauta en reconnaissant les deux personnes qui en descendirent : Marie et Odile. Les deux femmes, constatant que la porte était fermée, se dirigèrent vers la maison de Marthe. Celle-ci leur tendit un trousseau de clefs. Après un moment d’hésitation, Brunet s’approcha. Marie et Odile saluèrent le commissaire de police s’étonnant de le trouver là.
— Nous venons chercher les affaires de Paul, dit Marie. Un autre curé va être nommé dans les jours prochains, il faut faire place nette.
Marthe, qui ne se mêlait jamais des affaires des autres, se contenta de leur ouvrir la porte et retourna chez elle. Alain Brunet regardait intensément Marie qui montait l’escalier devant Odile, dont le pas sec résonnait sur les dalles. Il suivit les deux femmes qui inspectèrent le premier étage, passèrent de la cuisine à la salle à manger aux volets clos et dont l’odeur de renfermé montrait qu’elle n’était jamais utilisée. Dans le bureau, elles reconnurent le manteau de Paul accroché à un cintre, les papiers posés sur le maroquin. Odile feuilleta plusieurs livres ouverts et fit une petite grimace en constatant qu’il s’agissait des écrits de saint Augustin, posés à côté d’une bible. Brunet restait en retrait, observant Marie aller de la fenêtre à la porte, comme si elle réfléchissait. Elle s’arrêta net devant le violoncelle aux cordes coupées, le visage contracté. Cette réaction n’échappa pas au policier.
— Il va falloir rapporter ça au magasin, dit-elle d’une voix aigre. Et payer de nouvelles cordes.
Odile leva la tête et murmura :
— Finalement, je n’ai pas tout raté. Je l’ai contraint à apprendre la musique ; preuve qu’il en reste quelque chose !
Alain Brunet, qui n’avait rien perdu de la scène, pensa soudain que Marie avait la même silhouette que la femme sortie du presbytère le soir du crime, et que sa Clio pouvait être la voiture stationnée devant l’ancienne forge.
— Franchement, ajouta Marie sur le ton de la rancœur, comme s’il n’avait rien d’autre à faire. Paul ne sera jamais un curé comme les autres. Il a trop vécu.
— À qui appartient la voiture avec laquelle vous êtes venues ? demanda le commissaire.
— À moi, répondit Marie. Pourquoi ?
Brunet se tut et regagna la petite maison de Marthe. La vieille femme était en train de préparer son repas du soir. L’arrivée du commissaire sembla la contrarier.
— La voiture garée devant le presbytère pourrait-elle être celle que vous avez vue le soir du crime ?
Marthe tourna un regard étonné vers le policier.
— Qu’est-ce que vous voulez me faire dire ? Que la femme qui sortait de chez le curé est l’une de ces deux-là ? C’est ça que vous voulez me faire dire ?
— Je ne sais pas. Je m’interroge.
Brunet quitta Sabrenat mal à l’aise mais bien décidé à aller au bout de son raisonnement. Tout concordait : la voiture, la silhouette, et un comportement qui lui semblait tout à coup bizarre. Il regagna le tribunal d’instance et demanda à parler au juge. Celui-ci le reçut presque aussitôt mais ne cacha pas son agacement.
— Que me voulez-vous encore ? Je viens de boucler le dossier et je m’apprête à l’envoyer à la chancellerie.
— Ne faites pas ça. Je pense avoir une piste, dit Alain Brunet. En tout cas, laissez-moi le temps d’interroger l’ancienne compagne de Benalec. Nous l’avons toujours considérée comme une victime, une femme dont la vie a été brisée, mais peut-être est-elle plus que ça.
Le juge braqua ses yeux aux lourdes paupières sur le policier. Il se demandait ce que Brunet allait encore inventer.
— Je veux interroger Marie Marchand.
— Faites à votre guise, mais je doute que cela vous mène à quelque chose !
Dès le lendemain matin, Alain Brunet se rendit chez Marie, à l’heure où elle se préparait pour se rendre à son bureau. Le commissaire lui posa d’emblée une question dont dépendrait la suite de l’interrogatoire.
— Où étiez-vous le 15 octobre 2009, la nuit de la tempête et de l’assassinat de M. Legyère ?
Marie sourit et secoua la tête pour bien montrer qu’elle avait compris. Son regard s’alluma d’une lueur un peu espiègle.
— Ainsi, monsieur le commissaire, vous me soupçonnez ? Vous avez pensé que tout ce que j’ai pu vous raconter sur mes sentiments pour Paul n’était qu’une manière de cacher une vulgaire envie de me venger ? Je vous en veux du peu de considération que vous avez pour moi.
Brunet bredouilla un mot d’excuse puis répéta sa question.
— La nuit du 15, j’étais à Munich avec mon patron et trois de ses collaborateurs. Nous sommes en train de mettre en place une affaire là-bas. Vous pouvez vérifier. C’est vrai que je ferais une criminelle tout à fait convenable. Mais je ne comprends pas pourquoi vous ne m’avez pas posé cette question dès les premières heures de votre enquête. N’oubliez pas qu’une autre personne peut aussi avoir voulu se venger, sa propre mère, qui ne lui pardonnera jamais d’avoir causé la mort de son cher Alexandre.
Brunet s’excusa encore et ne retarda plus la jeune femme qui prenait son manteau. Il venait de se fourvoyer bêtement. En sortant, Marie lui dit en souriant :
— On se débarrasse difficilement de son éducation. Je suppose que vous avez été enfant de chœur. Alors, c’est vrai qu’il est difficile de condamner un curé. Mais je n’ai pas de conseils à vous donner, et je voudrais vous aider. Je sais que Paul ne parlera pas, qu’il restera muré dans son silence. Et c’est la preuve qu’il connaît la vérité. Je l’ai vu dans son regard. Malheureusement, c’est tout ce que je peux affirmer. Il se peut que vous ne trouviez jamais le meurtrier et que Paul soit condamné. Nous n’y pouvons rien et c’est bien là le drame, le mien et le sien.
Elle sortit, claqua la porte et descendit l’escalier jusqu’au parking. Brunet la suivit, se demandant si ça valait la peine d’aller questionner Odile Benalec. Il décida de retourner au tribunal et de faire part au juge de sa décision.
— Je ne peux plus agir, malgré ma profonde conviction. Vous pouvez boucler le dossier.
— C’est déjà fait ! On passe à autre chose.
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