Le dernier mot
Chapitre 3
Trois jours plus tôt, au Japon, je déambule une dernière fois dans les rues de Tokyo avant de rentrer à Paris. Un printemps similaire à une saison européenne s’y est installé avec quelques semaines d’avance sur la France. Ici, le ciel est plus franc, privilège des villes au bord de la mer. Je prends tout en photo. Les pissenlits qui poussent entre les pierres dans les rues, les derniers camélias, des maisons miniatures en bois submergées de plantes en pot. Ce doit être mon dixième voyage dans la capitale japonaise, mais elle me bouleverse toujours autant. Dans le cimetière d’Aoyama, je marche en compagnie des morts, des arbres et des oiseaux. Les corbeaux, fléau tokyoïte, laissent place aux merles et aux pies, car ici il n’y a rien à manger. Au cœur de ces hectares de silence, la mégapole n’est plus qu’une rumeur. Ce morceau de campagne en pleine ville me calme. Chez Matsuya à Ginza, j’achète pour la journée ce que j’avale sur un banc, dans les parcs, dans les rues, jusqu’à tard la nuit, dehors. Les Japonais complimentent cette grande fille blonde aux yeux bleus, un cliché de Caucasienne. J’aime errer dans leur ville. On m’adresse des sourires, des mots admiratifs bredouillés dans un mauvais anglais. Je répète phonétiquement des formules de politesse japonaises pour dire merci, s’il vous plaît, bonjour, bonsoir, c’est bon ou c’était très bon. Je sais à peu près différencier une tournure au présent et une au passé. Je m’assieds seule dans les microrestaurants qui émaillent Tokyo, en sous-sol, sous les ponts de chemin de fer, dans les recoins de la ville. Je découvre les spécialités de ces gargotes où personne ne parle anglais et où les menus ne sont pas traduits. J’improvise, je me laisse faire. Je veux m’immerger, être assimilée au remous urbain. Au milieu de cette ville, mon portable sonne.
C’est ma mère qui appelle.
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