Le Maître du Talmud
Chapitre 12
Lorsque je rentrai à la maison d’études, le soir tombait sur la ville, c’était vendredi, veille de chabbat.
Pour échapper à l’émeute, j’avais couru jusqu’à en perdre haleine et je m’étais caché sur les quais de Seine, sous un pont, avec la couverture dans laquelle j’avais réuni tous les volumes du Talmud. J’y avais attendu la fin de la journée, pour être sûr que les étudiants étaient rentrés chez eux. Un pêcheur à côté de moi avait fait une bonne prise et m’avait offert de partager son poisson, ce que j’avais accepté avec reconnaissance. L’émotion, l’action et le répit avaient creusé ma faim. Je l’avais fait griller sur un feu et l’avais humé avec appétit, c’était comme manger la vie pour revenir à elle. J’avais ressenti une étrange satiété à être simplement heureux d’être là et à faire partie de la nature, du monde, de l’existence. J’incorporais le réel, j’existais, je m’en délectais, et je le célébrais ! Au fond de moi, je savais que Samuel était mort mais je ne parvenais pas à y penser. J’avais aperçu sa blessure et j’étais pétrifié d’horreur et de tristesse, à revoir les images et à me demander comment j’aurais pu agir pour lui sauver la vie. Je me disais que j’allais le retrouver sur sa couche, en train de dévorer une brioche ou de raconter une histoire tout en commentant une page du Talmud.
Lorsque je revins, le soir avant chabbat, la rue de la Tacherie semblait avoir retrouvé son calme. Mais notre habitation était dans un état de dévastation terrible. Les murs étaient brûlés, les tables renversées, les chaises cassées. Tout le monde s’était mis au travail pour tenter de lui redonner une apparence digne de l’accueil du chabbat, comme si, très vite, il fallait effacer les traces de cette barbarie pour rester vivant.
Je montai dans notre chambre où régnait une odeur de feu et de sang. Joseph était là, il me considéra d’un air consterné. Sans un mot, je cachai les livres sous mon lit et je m’y allongeai, épuisé et désespéré. Il n’y avait rien à dire. Regarder la couche vide de Samuel et l’alcôve creusée dans la pierre où il posait ses affaires rendait son absence insupportable et augmentait notre souffrance de ne pas être avec lui.
Ce chabbat nous fut une douleur si intense que j’en garde encore la mémoire. Ce jour simple dédié au repos, à ceux que l’on aime et à la prière est devenu le jour le plus sombre. Les vendredis soir, avec Joseph et Samuel, on parlait, on riait, avec profondeur et légèreté. Après le repas, nous chantions. Joseph connaissait des airs ashkénazes qui lui venaient de ses parents, des airs envoûtants qui transportaient l’âme et me ramenaient à mon enfance, dont les souvenirs s’effaçaient et me parvenaient comme dans un rêve. J’aurais voulu expliquer à Samuel que je ne parlais pas de mon enfance, car je n’avais pas de souvenirs d’enfance. C’est comme si tout s’était arrêté. Je ne me souviens pas du visage de mes parents, ni de mes frères. Je ne sais plus ce qu’ils disaient, ce qu’ils faisaient. J’ai oublié comment se déroulaient les journées, et ce que nous nous disions. J’ai tout oublié, hormis les regards de mes petits frères et les pleurs du bébé. Mais je me rappelle le rire de Samuel, de ses cheveux roux et bouclés, de ses brioches achetées dehors et de ses rêves. Comme si son passé s’était substitué au mien. Il ne quitterait pas la maison d’études pour épouser Rébecca, nous n’irions pas à Rodom pour rencontrer sa famille, il n’aurait pas un autre métier que celui d’étudiant éternel, martyr de l’étude, tué alors qu’il sauvait le Talmud, lui qui disait que sa vie était ailleurs.
Ce soir-là, nous lûmes des psaumes, qui me firent penser à Déborah, à cause de leur désespoir, de leur ardeur, de leur espoir. Fallait-il que tout fût lié ? « Mon âme est abattue au-dedans de moi : Aussi c’est à toi que je pense, Depuis le pays du Jourdain, Depuis l’Hermon, depuis la montagne de Mitsear. » Comme j’aurais aimé être avec elle en cet instant. Je me sentais défait, déchiré, dans une forme de lassitude proche de l’abandon. Tout me paraissait hors de portée, même manger, même respirer, et même vivre. J’aurais tout donné pour la voir et pleurer dans ses bras. Le ciel était sombre, il faisait presque froid malgré la saison, j’étais dans une angoisse profonde.
À la synagogue où nous nous rendîmes à la tombée de la nuit, notre maître parla de notre ami avec une émotion si visible et si intense que nous en eûmes tous les larmes aux yeux. Dans une vibrante élégie, il évoqua tout ce qu’il était pour lui, pour nous, ses qualités irremplaçables, ce qui le rendait unique et qui faisait de lui la personne généreuse, gaie, à l’intelligence vive que tous aimaient côtoyer. Il se souvenait de chacun de ses mots, de chacune de ses expressions, et il parla de ses aspirations, de son avenir et de notre cœur meurtris, à jamais. Rien n’expliquait, rien ne justifiait, rien ne consolait. Rien, rien, rien. Nous étions devant le vide de sens, juste avec la colère qui montait en nous. Ces étudiants sauvages, mus par la haine instillée en eux à des fins de vengeance, étaient-ils des instruments ou des bourreaux ? Il dit cette phrase étrange : « Sa mort n’est pas un hasard, elle a été préméditée, et nous devons tous y réfléchir pour que ceci ne se reproduise pas. » Que voulait-il signifier ? Samuel avait-il été assassiné ? Pour quelle raison ?
Alors il me revint une image. Un soir de chabbat où avec les élèves des autres années nous étions une cinquantaine à festoyer comme tous les vendredis, nous nous étions lancés dans une danse. Chacun avait revêtu de beaux habits et les tables étaient recouvertes de nappes blanches. Les flammes des bougies projetaient nos ombres sur les murs. Nous étions en cercle, dans un rythme lent. Samuel buvait plus qu’il n’aurait dû et secouait ses boucles rousses en riant. Joseph nous observait d’un air absent, il semblait ailleurs. Sire Vives était presque assoupi, il se reposait, comme Dieu après la création du monde. Myriam discutait avec les femmes des instructeurs. « Le sixième jour. Les cieux et la terre furent achevés, et toutes leurs dépendances. Dieu acheva au septième jour Son œuvre qu’Il avait faite, Il se reposa de toute Son œuvre. » Il l’avait créée pour qui ? Pourquoi ? Pour l’homme, pour qu’il agisse et pour que, après l’action, il pût connaître le goût du repos. Un sourire se dessina sur le visage de Joseph. Avec ses yeux noisette, sa barbe bien taillée, ses cheveux bien coiffés, on aurait dit un ange. Samuel évoquait un passage du Talmud que nous avions étudié, selon lequel celui qui rêve de montagnes rêve en fait de grandeur. Il disait en riant : celui qui rêve d’un choffar pense aux temps messianiques, celui qui voit un chien, un lion, ou celui qui voit quelqu’un qui se rase dans son rêve…
Samuel parlait des rêves, le Talmud le faisait sourire, le distrayait, il s’en moquait presque et pourtant, il était celui qui était mort pour lui. Lui qui voulait partir… En fin de compte, pour quelle raison aurait-il risqué sa vie pour le sauver ? Et si tout était faux… Si on l’avait vraiment assassiné ? S’ils étaient venus pour le tuer ? Mais alors, pourquoi lui et pas les autres ? Si le meurtre de l’enfant n’était que le premier d’une série d’assassinats contre notre communauté, qui serait le prochain ? Ce qui lui était arrivé aurait pu m’arriver. Le Talmud valait-il la peine qu’on risque sa vie pour lui ? Soudain, une pensée me traversa l’esprit : c’était le Talmud qui avait changé Nicolas Donin, et qui l’avait rendu fou de haine. Qu’y avait-il débusqué pour qu’il veuille partir, s’enfuir de la maison d’études ? C’était le Talmud qui avait tué Samuel, c’était un livre pour lequel les gens étaient prêts à donner leur vie. Quelle étrange fascination exerçait-il donc et quel en était le secret ?
Le lendemain, je me levai tôt pour me rendre à la synagogue afin de faire la prière du chabbat. Après la liturgie du matin, nous devions déjeuner chez sire Vives, Joseph et moi, mais Joseph avait décliné l’invitation.
– Où iras-tu ? lui demandai-je.
– Nulle part.
– Que vas-tu manger ?
– J’ai un repas froid dans ma chambre, merci. Je n’ai pas le cœur à sortir, ni à manger quoi que ce soit.
– Ne reste pas seul, lui dis-je. Chez sire Vives, il y a toujours un bon plat chaud, que Myriam a fait mijoter !
– Il est écrit dans la Torah : « Vous ne ferez pas brûler de feu dans toutes vos demeures le jour du chabbat. »
– Le chabbat doit-il se dérouler dans le froid et l’obscurité, comme un jour de pénitence ? Selon nos rabbins, s’il est interdit d’allumer ou de toucher un feu le jour du chabbat, en revanche, il est licite d’en tirer profit, s’il a été allumé avant la tombée de la nuit.
– « En six jours, le travail sera fait, dit l’Exode, mais le septième jour sera sacré pour vous, ce sera un jour de repos complet en l’honneur de Dieu. » C’est pourquoi toute utilisation du feu est proscrite, Éliézer. Quoi qu’en disent nos rabbins.
– Nous avons déjà 613 commandements, dis-je. Pourquoi s’interdire ce qui est permis ?
Dans la synagogue, nous prîmes place sur nos sièges habituels, assis côte à côte, au premier rang. D’habitude, Samuel était à nos côtés. Son absence se fit réellement oppressante. J’avais l’impression de le voir comme s’il était là, parmi nous. Je sentais sa présence. Notre maître était parmi les officiants, devant la table sur laquelle étaient posés les rouleaux de la Torah, parchemins déployés pour la lecture du samedi. Joseph et moi avions eu l’honneur de la porter hors de l’armoire sainte, où elle était précieusement gardée. Nous l’avions tenue dans nos bras comme une fiancée et tout le monde l’embrassait.
Puis mon maître, comme tous les chabbat, se plaça au centre de l’assemblée afin de prononcer son sermon. Sa voix résonnait contre les parois de pierre alors qu’il faisait entendre les paroles de la Torah :
– C’est un monde de violence que le nôtre. La religion devient violente lorsque ses adeptes pensent détenir son sens ultime, c’est-à-dire l’interprétation du texte divin révélé par Dieu à Moïse, et lorsqu’ils annoncent que leur compréhension du texte est la seule possible. Au contraire, l’interprétation du texte permet de le rendre humain en lui faisant perdre son aspect absolu.
» Mes amis, poursuivit mon maître. Si je vous parle aujourd’hui avec gravité de la question de la violence, c’est que mon élève, mon disciple, mon fils en esprit et en cœur, Samuel, est décédé par un acte de violence terrible dirigé contre lui… Vous savez qu’un enfant a été retrouvé dans son sang dans notre quartier. Samuel est décédé parce que des hordes d’individus remplis de haine sont venus nous attaquer. Samuel est mort pour sauver notre Talmud ! Vous n’ignorez pas ce que cela signifie : nous sommes accusés, et bientôt nous serons tous pourchassés. Je vous le demande, mes amis. Le soir, restez dans vos maisons. Pour le chabbat, après la prière, ne vous attardez pas devant la synagogue, mais rentrez vite dans vos demeures, et enfermez-vous.
» Hélas, ajouta-t-il, la voix vibrante et les yeux remplis de larmes, aujourd’hui je vous le dis, ceux qui peuvent fuir, qu’ils s’enfuient ! Ceux qui peuvent partir, qu’ils partent ! Ceux qui restent, qu’ils puissent faire face au danger, car il est devant eux !
On entendit des murmures de peur et d’effroi dans l’assistance. Tout le monde se leva pour prier, lorsque sire Vives prit les rouleaux de la Torah pour les enrouler et les placer dans leur étui de cuivre, avant de les remettre dans l’armoire sacrée. Puis on procéda à la prière finale, celle où est répétée la bénédiction des Cohen. Je me levai et sortis de la pièce pour me préparer à bénir la communauté. Puis je me déchaussai car mon corps ne devait pas être en contact avec le cuir, symbole de mort et de violence. Je revins avec les deux autres Cohen de l’assemblée, je mis mon châle sur la tête, fermai les yeux, et je prononçai la prière pour toute la communauté avec ferveur. Nous étions face aux fidèles, la tête et le corps recouverts de blanc, nous étendîmes les bras afin que notre bénédiction soit sur tous :
Que Dieu te bénisse et qu’Il te garde,
Que Dieu éclaire Sa face vers toi et qu’Il te prenne en grâce,
Que Dieu tourne Sa face vers toi et qu’Il t’accorde la paix
Il n’y avait pas besoin d’en dire plus, de souhaiter davantage, nous étions là pour répandre le bien. Telle était notre mission depuis Aaron, de génération en génération. Et nous devions l’accomplir, même quand nous n’avions pas le cœur de le faire, même quand nous n’y croyions plus, même quand tout était fini.
À ce moment-là, je me dis que peut-être, oui peut-être, notre assemblée, notre groupe, notre peuple, trouverait la paix avec le mot « Chalom » prononcé à la fin de notre prière. Que nous poursuivions ce but, que c’était notre idéal, notre horizon, et notre espérance : la paix individuelle et universelle. Je me retournai vers l’armoire qui contenait les rouleaux de la Torah, je murmurai : « Seigneur, Maître du monde… » et j’eus envie en ce lieu d’être enfin pur afin de mériter cette responsabilité qui m’était échue par mon père, et par le père de mon père, et ceci depuis les premiers temps des Cohanim, de bénir tout le peuple. Mais comment retrouver la pureté, alors même que j’étais poursuivi par mon passé, alors que j’avais été si loin des miens, projeté malgré moi dans l’abîme et la fosse, la violence et la terreur, alors même que je persévérais dans la faute ? Et alors que mon ami était mort, tué par un étudiant enragé par un sermon contre nous et notre communauté ou, pire, par un acte dirigé contre lui ! Et soudain, ces paroles me revinrent au milieu de la prière, ces voix qui me hantaient, sans que je parvienne à les éliminer de mon esprit, comme des mots murmurés à mon oreille : Tu es fort et vaillant à présent que tu deviens un homme, tu devras t’exercer et t’aguerrir pour être invincible, et pour gagner dans les tournois tu apprendras à t’occuper des chevaux, à les monter, à chasser et tu seras expert dans le maniement des armes. Dans la rude vie qui t’attend, tu seras un guerrier. Tu n’auras point de répit, point de repos. Tu n’auras pas besoin d’apprendre autre chose que l’entretien des armes et la guerre. Et lorsque tu auras fini ta formation, tu seras adoubé, on te remettra ton vêtement, ton haubert, ton heaume, tes chausses de fer, ton bouclier et ta lance avec ton gonfanon, orné des emblèmes de notre maison et de sa devise : Arda para subire, Brûle de t’élever. Et le jour viendra où tu partiras avec notre roi pour faire la croisade et reprendre la terre aux infidèles, et sur ton passage, tu combattras par le glaive ceux qui refusent de se baptiser, les incroyants, les hérétiques, les mahométans et… les juifs !
Les juifs. En pensant à ces mots par lesquels l’adoubement était accordé au futur chevalier, à cet instant, je me mis à trembler, j’entendis la voix, Cours, Éliézer, cours, elle se superposa à celle de Samuel, j’écartai mes doigts pour former les triangles de David, afin de sentir la présence divine, qu’elle descende sur moi et m’apaise, qu’elle chasse les souvenirs, les cauchemars, les angoisses, les idées du passé, les ténèbres, et qu’elle combatte les forces du mal à l’œuvre en moi et en dehors de moi, Amen.
– Priez, dit l’homme d’une voix forte. Il est bien trop tard pour faire autre chose !
Les regards se tournèrent vers celui qui avait interrompu la prière des Cohen. Il portait un manteau sombre au large col et un chapeau. Dans la pénombre, on ne distinguait pas bien son visage.
– Vous êtes convoqué, Yéhiel de Paris, dit l’homme, à une disputation à la cour du roi Louis !
On entendit des cris dans l’assistance. Puis le silence se fit, un silence glacé. Tout le monde était saisi d’effroi. Une disputation, une controverse théologique. Qui était cet individu ? Chacun savait ce que signifiait la présence d’un intrus au sein de la communauté. Sire Vives avait raison. Nous devions fuir, nous étions en danger. Peut-être même nos ennemis étaient-ils parmi nous ! Cet homme était-il seul ? Des gens l’attendaient-ils dehors ? Quelle menace pesait sur nous ? Je sentis une sueur froide le long de mon dos.
– Vos livres ont été saisis et étudiés. Nous avons fait la liste de toutes les calomnies et de tous les blasphèmes qu’ils contiennent à l’égard de Dieu et de Notre-Seigneur ! Vos textes ont été traduits et envoyés au pape et au roi. Nous savons ce qu’ils contiennent. Ils parlent de tous les sujets interdits, et ils sont hérétiques. Ils sont responsables de toutes les abominations et du crime rituel de l’enfant dont vous avez pris le sang ! À cause de quoi, il a été décidé de vous convoquer pour une disputation dont le sujet est le suivant : Faut-il brûler le Talmud ?
À ces mots, il y eut à nouveau des murmures angoissés. Les fidèles se regardèrent sans savoir que faire. Mon voisin me prit le bras, et je compris qu’il pensait, comme moi, que ce message augurait le pire pour nous tous.
– Vous serez opposé aux plus grands théologiens chrétiens, Gauthier Cornu, archevêque de Sens, Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, et Eudes de Châteauroux, chancelier de l’université. Du côté des juifs, vous serez secondé par les rabbins Moïse de Coucy, Judah Ben David de Melun et Samuel Ben Salomon, dit sire Morel de Falaise. Cette controverse aura lieu dans cinq jours, à la cour du roi Louis, en présence du roi et de la reine mère, Blanche de Castille. Si vous perdez le combat face aux théologiens chrétiens, ajouta le messager, les manuscrits du Talmud seront brûlés ici, à Paris, sur la place de Grève !
– Et si nous sommes victorieux ? demanda sire Vives.
– Dans ce cas, vous serez libres de continuer à étudier et à défier l’Église par vos mensonges.
Il régnait un silence de mort dans la synagogue. Cet homme était-il juste un missionnaire de la Cour envoyé en plein chabbat pour semer la terreur dans notre communauté, ou avait-il des acolytes qui allaient nous attaquer ? Personne ne parvenait à distinguer ses traits sous le capuchon de son large manteau. Je regardai autour de moi mais il n’y avait qu’une seule entrée à la synagogue, et il était impossible de s’échapper, pas d’armes, bien sûr, pas le moindre moyen de nous défendre. Je fermai les poings, par réflexe, au cas où il y aurait eu un combat, ou peut-être un massacre.
Lorsque l’homme se leva, je le reconnus enfin sous l’ombre de sa capuche, ce visage long et pâle comme la mort, ces traits creusés, ces yeux noirs inexpressifs, cette bouche aux lèvres fines et pincées.
– Êtes-vous prêts à risquer votre vie pour le Talmud ?
Au sein même de la synagogue, il fit le signe de la croix, puis il partit d’un pas rapide dans un murmure de révolte et d’angoisse.
Nicolas Donin.
OceanofPDF.com