Le portable

Christophe Wojcik · Chapitre 28 sur 32

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Le portable

Chapitre 28

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Une fois regagnée ma chambre d’hôtel, pour détendre mes nerfs à vif, je me suis astreint à une séance intense d’abdominaux, assis par terre, les pieds coincés sous le lit. Évacuer en transpirant : une première. Puis j’ai pris une douche bien chaude et bu un verre d’eau bien fraîche en regardant des jeux débiles à la télé.

Nous devions nous retrouver en bas de chez elle vers vingt heures. Elle aurait déposé ses enfants chez ses parents au préalable et ne les récupèrerait que le lendemain matin pour les emmener à l’école. Il est bientôt vingt heures trente. Je suis au pied de son immeuble. Elle n’est toujours pas descendue. Je sonne à l’interphone. Elle ne répond pas. La porte automatique du parking s’entrebâille pour laisser sortir un véhicule. J’en profite pour me faufiler à l’intérieur, repère la cage d’escalier, y pénètre à la vitesse du vent, gravis les marches jusqu’au troisième étage…

La porte de l’appartement est entrouverte, je la pousse doucement et découvre Mathilde accroupie dans l’entrée, la tête dans les mains. Je ne vois que ses cheveux en bataille. Elle sanglote. Je lui attrape les poignets, les écarte délicatement pour qu’elle me montre son visage. Elle est salement amochée. Un œil gonflé, les joues tuméfiées, la lèvre fendue, ses vêtements déchirés laissent apparaître des traces de coups sur les épaules et sur les bras.

– Mon Dieu ! Que s’est-il passé ?

– Des hommes, ils m’ont suivie… Ils m’ont frappée… J’ai crié très fort… Ils se sont enfuis…

– Personne n’est venu à votre secours ?

– Personne…

– C’est arrivé quand ?

– Il y a une heure environ…

– Vous avez mal où ?

– Partout…

– Quelque chose de cassé ?

– Je ne crois pas…

Qu’ont-ils pris ?

Je ne sais pas, je n’ai pas compris ce qui s’était passé.

Je la soulève et la transporte jusqu’au canapé du séjour. Elle gémit. Je trouve dans la cuisine des glaçons, les emballe dans une serviette que j’applique sur ses plaies pour les faire désenfler et atténuer sa douleur. Elle m’indique où est rangée l’aspirine. Je lui fais avaler deux cachets. Elle essaie de me sourire.

– Ça va ?

– Ça ira.

– Vous voulez que j’appelle un médecin ?

– Pas la peine. Vous êtes très doué pour me soigner.

– Vous êtes très douée pour me flanquer une de ces trouilles ! Vous pouvez bouger vos jambes ? Vos bras ? Vous respirez normalement ?

– Oui, oui et oui. Je me suis défendue, vous savez, j’ai griffé, j’ai hurlé… Je pense que c’est le bruit de l’ascenseur qui les a fait décamper. Ils ont cru que quelqu’un allait les surprendre.

– Ils étaient combien ?

– Trois. Des costauds…

– Ils vous ont dit quelque chose ?

– Non. Pas un mot.

– Ils voulaient quoi ?

– Je n’en ai pas la moindre idée.

– Où est votre sac à main ? Ils l’ont pris ?

– Non je m’y suis accrochée de toutes mes forces, ils se sont jetés sur moi au moment où j’ai ouvert la porte.

Je retourne dans l’entrée pour récupérer son sac, y plonge la main, m’empresse de récupérer son portefeuille parmi une multitude de babioles, l’ouvre pour y subtiliser les deux billets de vingt euros qu’il contient et les glisser dans ma poche.

– Vous aviez du liquide ?

– Quarante euros et des poussières.

– Les billets n’y sont plus. Ils les ont pris.

– Pour quarante euros ? Il y a quelque chose qui m’échappe…

– C’est incompréhensible, je l’admets.

– Ma foi, je suis en vie. Et je m’en remettrai…

– C’est vrai. Vous êtes en vie. Vous vous en remettrez…

– Et vous êtes là… Désolée de vous imposer ça.

– Vous n’y êtes pour rien.

– Ce n’est pas exactement le programme que j’envisageais pour cette soirée. Je n’avais pas l’intention de vous faire monter chez moi. Enfin, pas si tôt…

– J’y suis, j’y reste. Et puis, dois-je vous rappeler que je suis déjà venu ?

Je lui suggère d’appeler ses parents pour leur demander de garder les enfants jusqu’à la fin de la semaine. Ce qu’elle fait, invoquant les symptômes d’une mauvaise grippe. Elle s’efforce de le dissimuler, mais je vois bien qu’elle souffre. Avec beaucoup de prévenance, j’applique des baumes et des compresses, j’apporte des oreillers et des couvertures, prodigue des caresses et des mots doux. Elle semble s’apaiser et s’endort enfin vers minuit. J’en profite pour consulter le portable de Pierre. Un texto d’Aigle noir :

Tu as eu tort. Je te donne vingt-quatre heures. Pas plus.

Sinon, la prochaine fois, on s’occupe des enfants.

Je n’ai pas le choix de la réponse :

OK. C’est bon. J’ai compris. Demain soir. Je vous dirai

l’heure et l’endroit.

Vous aurez ce que vous voulez.

Je passe une nuit blanche au chevet de Mathilde, aux côtés de son corps meurtri, la boule au ventre et le cerveau en ébullition.

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