Le portable

Christophe Wojcik · Chapitre 30 sur 32

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Le portable

Chapitre 30

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– Vous n’allez tout de même pas dormir sur le canapé !

– Je vais rentrer à l’hôtel.

– Non. Ne rentrez pas. Je n’ai pas envie d’être seule. J’ai envie d’être avec vous. Vous ne vous exposez pas à grand-chose, vu mon état.

Nous nous allongeons côte à côte sur son lit. Elle éteint la lumière. Nos pieds se frôlent, nos hanches et nos épaules aussi. Nous évitons de bouger. Nous demeurons silencieux. J’entends sa respiration. J’ignore si elle s’endort. Moi pas, en tout cas.

Des images défilent. À commencer par celle, terrible, obsédante, de l’atrocité que j’ai commise, en début d’après-midi, à Paris, au fond de mon garage. Le prélèvement que j’ai opéré. Une rude épreuve, sur le plan physique notamment. Les chairs congelées étaient dures comme l’acier, j’ai fait la bêtise de les attaquer au couteau. Ma scie circulaire portative s’est avérée beaucoup plus efficace. Je revois la lame fine qui entame la peau, pénètre dans le muscle, sectionne les cartilages, découpe l’os d’une vertèbre cervicale, millimètre par millimètre, tandis que je pèse de tout mon poids pour parvenir à mes fins. Heureusement qu’il n’avait pas un cou trop épais.

Aigle noir voulait l’argent de Pierre. Il a eu sa tête. Je la lui ai donnée. Il devra s’en débarrasser sans laisser de traces s’il veut s’éviter de sérieux problèmes. Je lui fais confiance. C’est un professionnel. Il connaît son métier. La prochaine fois qu’il croisera un mauvais payeur, il faudra qu’il recommande aux exécuteurs de ses basses besognes de cogner moins fort.

Je suppose que je devrais éprouver de la culpabilité, plus tourmenté qu’un propriétaire de garages dont les locataires ne s’acquitteraient plus de leurs loyers. Ne suis-je pas censé trembler sur mes bases au souvenir des forfaits commis ? Éprouver un malaise profond à l’évocation de toutes ces abominations ? Aspirer au soulagement de ma conscience engluée dans tant de mensonges, de manipulations, d’exactions ? Trois fois oui. Et pourtant non. Rien de tel. J’assume tout, le cœur léger. L’âme primesautière. Je jubile. Enfin.

Mathilde se tourne vers moi. Elle passe sa main dans mes cheveux. Je ronronne tel un chat.

– Vous n’êtes pas bien, là ?

– Merveilleusement bien…

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