L'Épopée de Thaïs: La Traversée des épreuves (French Edition)

Épisode 17

 

Sur la route, les guerriers effectuèrent une halte autour d'un repas frugal.

— À ton avis, quelle sera ta prochaine épreuve ? la questionna le légionnaire.

— Oh, vous seriez bien capables de me faire traverser la Palyrie en courant. Et en une journée, bien sûr ! Il ne faudrait pas que ça soit trop facile.

Il éclata d'un rire sincère.

— C'est une idée… J'en parlerai au commandant comme bonus.

Elle lui décocha l'un de ses regards noirs, prête à lui faire mordre la poussière.

— C'est bon, range tes griffes. Je plaisante ! Mais ta prochaine épreuve sera tout aussi physique. À côté, le Barbare te paraîtra doux comme un agneau.

— Je ne vois pas qui pourrait le surpasser.

— Pas « qui », mais quoi !

Elle lui rendit un air interrogateur. Qu'allait-on encore lui imposer ?

— Tu veux savoir de quoi il s'agit ?

Elle lui tapa le bras en signe d'impatience. Son compagnon rit et abrégea le suspense.

— Tu devras débarrasser Mélyos de ses serpents.

— C’est qui ? On dirait le nom d’un roi.

— Tu n'en as jamais entendu parler ? La cité de Mélyos est envahie par des serpents depuis des dizaines d'années ! Ce sont des reptiles qui tyrannisent les Méléens en semant chaos et destruction sur leur passage. Certains soutiennent que les Sermates les ont introduits sur le territoire pour instaurer la terreur. D’autres pensent que la déesse Éris a largué ces créatures par simple plaisir.

— Pourquoi les habitants n'ont pas trouvé refuge ailleurs ?

— Parce qu'ils ne le peuvent pas, ils restent cloîtrés chez eux.

— Pourquoi ne tentent-ils pas de se battre ? Ils ne vont tout de même pas souffrir ainsi jusqu'à leur mort en attendant que la génération future prenne le relais !

— Ils ont essayé, au début. Mais ils ont vite abandonné lorsque les pertes humaines sont devenues trop importantes.

Elle secoua la tête d’indignation.

— Et votre armée ? Elle ne peut pas agir ?

— Il y a quelque temps, l'armée palyrienne avait tenté de les éradiquer, mais le résultat a été le même.

Elle baissa les yeux et resta songeuse quelques instants.

— Ces pauvres gens doivent être terrifiés…

— J’imagine, oui. Personnellement, je n'y suis jamais allé.

— Comment sais-tu tout ça alors ?

— Quelques hommes ont survécu et leur histoire a fait le tour de Perset. Ça me surprend que tu n'en aies pas eu vent.

— Donc, une fois de plus, on me refile une tâche que vous-mêmes n'avez pas accomplie !

Pensif, le légionnaire n'ajouta rien.

— Peu importe, j’achèverai cette épreuve. Quoi qu'il en coûte.

Après plusieurs jours de voyage à travers des paysages secs et arides, ils arrivèrent près de la cité. Par prudence, le soldat attacha sa monture en bordure d'un chemin afin de continuer à pied.

De belles demeures, aux façades beiges et toits de tuiles, s'alignaient. Belles, du moins, elles avaient dû l'être. Désormais, le manque d'entretien était visible. Les ruelles, devenues poussiéreuses, longeaient les spacieuses habitations, recouvertes de plantes grimpantes.

Pour un endroit censé sombrer dans le chaos, la jeune femme fut étonnée de constater qu'il y régnait un calme plat. Tout était d’ailleurs trop calme avant qu’elle ne perçoive un craquement. Elle découvrit sous son pied une petite coquille brisée et racla les éclats collés à sa sandale, puis poursuivit son exploration.

Mais alors qu'elle contemplait la façade abîmée d'une villa, quelque chose bondit sur elle et émit un sifflement perçant. D'un geste réflexe, elle trancha la créature en deux. Les morceaux d’un reptile se tortillèrent à terre en déversant un fluide jaunâtre.

Les guerriers se regardèrent, estomaqués.

— Il doit y en avoir d'autres pas loin, murmura-t-elle.

Comme pour illustrer ses dires, un deuxième serpent surgit, la gueule béante et les crochets prêts à mordre. Thaïs l'exécuta de la même manière que le premier, mais un peu de substance gicla sur son avant-bras. Le liquide corrosif rongea les bracelets en cuir qu’elle portait jusqu'à atteindre sa peau. Une vive douleur la fit hurler. Elle examina la blessure où sa chair se trouvait déjà brûlée et à vif.

— Donne-moi de l'eau !

Hippolyte fouilla dans sa besace, puis se ravisa.

— Dépêche-toi ! Je t'en supplie !

— L'eau ne va que répandre le liquide, ce n'est pas une bonne idée.

L’intensité de la douleur la poussait à geindre. Elle n’avait rien connu d’aussi insupportable.

— Je ne sais pas, mais trouve une solution ! J'ai l'impression qu'on m'arrache le bras !

Sur leur droite, un nouveau serpent longeait la toiture d'une des habitations. Attirés par le bruit, d'autres spécimens sinuaient vers eux. Les combattants se retournèrent pour leur échapper, mais ils se retrouvèrent vite encerclés. Le légionnaire trancha la tête d'un reptile qui bondissait sur lui et prit soin d'éviter les giclées. Thaïs chercha ce qui aurait pu les aider, mais les monstres devenaient si nombreux qu'elle ne voyait pas comment les esquiver. Son regard balaya les environs et s'arrêta sur une paire d’yeux qui l'épiait à travers une fenêtre. Lorsque la personne comprit qu’elle avait été repérée, elle se cacha.

— Eh !

Hippolyte tourna la tête vers Thaïs, se demandant à qui elle s'adressait. Il supposa que la blessure devait lui causer des hallucinations.

La Syptérienne prit son courage à deux mains et enjamba l'un des monstres. Un autre de ses congénères s'enroula autour de son pied, mais fut neutralisé à temps.

— Sur ta gauche ! lui cria Hippolyte, en même temps qu'il sectionnait l'un des reptiles.

Elle se retourna et coupa de son bras valide le corps du carnassier qui bondissait à hauteur de son visage. Les autres serpents étant attirés par la voix d'Hippolyte, elle en profita pour courir jusqu'à la maison et tambourina à la porte.

— Ouvrez ! Nous sommes attaqués !

Sa supplique resta sans réponse, la porte demeura close.

— Je sais que vous êtes là, je vous ai vue à la fenêtre !

Plusieurs voix chuchotèrent à l'intérieur.

— Allez-vous-en ! aboya une femme.

— Nous voulons seulement vous aider ! Laissez-nous entrer, s'il vous plaît !

— Fichez le camp ! Vous attirez les serpents !

— Ne m'obligez pas à défoncer votre porte !

Derrière, le légionnaire continuait de batailler avec plusieurs reptiles. Soudain, l'un d'eux s'enroula autour de son cou et s'apprêta à le mordre. Hippolyte lui saisit la tête pour éloigner les crochets, mais la créature était forte. Thaïs voulut lui porter secours. Hélas, au même moment, un serpent grimpa le long de sa cuisse. Elle réussit néanmoins à l’éliminer et, lorsqu'elle se tourna vers son compagnon, elle fut soulagée de voir qu'il s’était aussi débarrassé de son agresseur.

Il parvint à se frayer un chemin jusqu'à elle et fit gicler quelques têtes au passage. La guerrière martela de nouveau la porte.

— À « trois », nous la défonçons. Un ! Deux ! Tr…

La porte s'ouvrit à la volée et ils se précipitèrent à l'intérieur. À peine eurent-ils franchi le seuil qu’un des monstres bondit sur Thaïs. Deux pupilles étroites d'un jaune vif lui firent face avant que le battant ne claque sur la créature qui s'écrasa contre le bois.

Essoufflés, les guerriers se tournèrent lentement vers les habitants de la maison. Une femme d’âge mûr, entourée d'hommes, de jeunes femmes et d'un enfant, les observait d'un regard sombre.

Où étaient-ils tombés ?

 

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