L'Épopée de Thaïs: La Traversée des épreuves (French Edition)
Épisode 72
Le légionnaire semblait en difficulté face à son adversaire. Plusieurs plaies barraient son front et ses joues. Par son expression concentrée, Thaïs savait qu'il cherchait son talon d’Achille. Hélas, la carrure imposante de son rival l'avantageait et ses attaques s’avéraient aussi puissantes que précises. Hippolyte était agile, mais il ne possédait pas la même force.
La Syptérienne blessa son propre assaillant et accourut vers son compagnon qui tentait de parer les coups dans une détresse silencieuse. Mais alors qu'elle allait asséner son épée sur l'un des bras de son opposant, une vive douleur transperça sa cuisse. Elle se retourna à temps pour bloquer les offensives d’un nouvel ennemi. Son membre saignait et elle eut du mal à se reposer dessus. Ses appuis étaient bancals, la plaçant en fort désavantage. Le soldat la repoussa de son bouclier et elle chuta.
Là, elle sut.
Elle sut que c'en était fini pour elle. Tomber dans une bataille, c'était mourir. Si elle avait pu vite se relever, elle aurait peut-être pu s’en sortir. Or sa jambe la faisait souffrir. Elle n'eut pas le temps de poser les mains au sol que l'arme de son assaillant se souleva, le fil de la lame prêt à la décapiter. Elle ne ferma pas les yeux. Être à terre était assez humiliant.
L’expression moqueuse du guerrier s’imposa à elle. Serait-ce la dernière vision qu'elle aurait de ce monde ? Un sourire ignoble ?
Soudain, une épée plongea dans la gorge de l'ennemi. Un flot de sang chaud gicla sur la cuirasse de la rescapée et le corps s'effondra à côté d'elle. Elle le repoussa du bout des doigts, entre surprise et dégoût.
Son regard croisa celui d’Éméris, qui lui tendait la main pour l'aider à se relever. Ses yeux noisette perçants redoublèrent les flageolements de ses jambes et comprimèrent son cœur avant qu'elle ne se reprenne. À côté d'eux, Hippolyte ferraillait toujours contre la montagne de muscles.
Elle adressa un signe de tête reconnaissant à celui qui venait de lui éviter une mort certaine et tous deux prêtèrent main-forte à leur compagnon. La guerrière se posta derrière le rival pendant qu’Éméris assénait un coup d'épée sur son bras.
Éméris était tout aussi entraîné qu'Hippolyte. Il possédait cette agilité naturelle qui lui permit de contrer l'attaque de son adversaire. La Syptérienne saisit l’occasion et blessa, de sa dague, l'arrière de sa cuisse.
Expérimenté, l’ennemi eut un geste réflexe qui la surprit. Sa lame entailla son oreille et elle ressentit une intense brûlure. Un filet de sang commençait déjà à couler le long de son cou. Hippolyte frappa le nez du soldat de son pommeau et lui cassa l'arête. Éméris en profita pour lui trancher la gorge par-derrière. Le mutilé remonta les doigts vers la taillade puis s’effondra. Une giclée écarlate sortit de sa bouche avant que ses yeux dévitalisés ne fixent le sol jonché de cadavres.
La guerrière resta hébétée quelques secondes alors que ses deux compagnons enchaînaient déjà avec un nouvel adversaire. Une vive brûlure s’accroissait dans son oreille et elle y porta la main. Le haut du cartilage était fendu et à son contact, le mal s'intensifia.
La douleur dans sa cuisse persista, elle déchira un morceau du tissu sous sa cuirasse et l’enroula autour de la plaie pour tenter d’arrêter le saignement.
Elle fut obligée de retrouver ses esprits lorsqu'elle remarqua l'une de ses consœurs en grande difficulté, retenue par un légionnaire qui s'apprêtait à lui trancher la gorge. Son sang ne fit qu'un tour. Elle se précipita, en ignorant l’inflammation dans son oreille et sa jambe.
Le soldat ne la vit pas arriver lorsqu'elle lui asséna son épée sur le crâne pour l’assommer. Sa prisonnière, couverte d’entailles sur les joues, fut relâchée. Elle remercia sa sauveuse puis les deux guerrières repérèrent un nouvel assaillant. Elles s'associèrent et s'élancèrent entre les corps des combattants pendant que leur rival faisait de même. Son visage était dur et froid, prêt à massacrer les deux femmes.
Au même moment, une horde d’archers ennemis lança des flèches dans la mêlée. Vu le chaos qui régnait, il n’était pas certain qu'elles atteignent seulement leurs opposants. Mais avec l'écart qui se creusait entre les deux camps, ils avaient plus de chance de toucher des légionnaires palyriens.
La Syptérienne se baissa et eut le réflexe d'attraper un bouclier qui reposait au sol pour les abriter toutes deux. Sous l’impact de la volée de flèches, des cris de souffrance fusèrent. Des corps s’effondrèrent tout autour d’elles. Plusieurs pointes se fichèrent dans le métal qui les protégeait. Alors que la pluie meurtrière s'arrêtait, le bouclier leur fut arraché.
Le guerroyeur leur faisait face, une flèche plantée dans le bras, et ne sourcillait pas. Il parut même ne pas s'en inquiéter, comme s'il s'agissait d'une vulgaire épine. Son corps, couvert de cicatrices, ne semblait pas en être à sa première bataille.
Thaïs pointa son épée en direction de son visage, mais il para son attaque. Sa force était immense. Et, même si la guerrière utilisait son membre valide, elle peinait à soutenir la puissance de son coup. Sa compagne l'aida puis fondit sur lui. Il sortit alors un autre glaive de son fourreau et se défendit avec dextérité. Il parvenait à contrer les assauts de ses deux adversaires. Pire encore, il retournait leurs armes contre elles. Thaïs pouvait presque sentir la lame aiguisée raser l'un de ses sourcils.
Prise dans le flot des événements, ce n’est qu’à ce moment qu’elle pensa à invoquer la présence de son aigle. Elle se concentra pour qu'il vienne lui porter secours, ce dont elle avait grand besoin.
Le soldat exerça toute sa force pour renverser les deux femmes. Elles furent écartées et la Syptérienne dut déployer tous ses efforts pour ne pas tomber de nouveau.
Le belligérant s'intéressait davantage à Thaïs et se focalisa sur elle, balayant son arme dans sa direction. La combattante réussit à parer ses attaques, toutes in extremis, qui menaçaient chaque fois de l’estropier. L’autre femme tenta une nouvelle offensive pour le déstabiliser, mais le colosse semblait avoir des yeux partout et claqua son fer contre celui de sa rivale avec tant de puissance que cette dernière s’effondra.
Elle était désarmée. Ce fut l'occasion rêvée pour lui de la saisir par le bras. Il la plaqua dos contre sa cuirasse et entoura sa taille fermement tandis qu'elle se débattait.
Son regard se braqua sur Thaïs et il fit un signe de tête en guise d’avertissement. Celle-ci pointa sa dague dans sa direction, prête à aider l’une des siennes. Hélas, avec sa jambe invalide, elle peina à l'atteindre aussi vite qu'elle l'aurait voulu. Le guerrier lui offrit un sourire malicieux. Puis il trancha la gorge de la jeune femme sous ses yeux.
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