Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 10 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre VII

 

Rêve ou réalité ?

Dès que l’infirmière eut quitté sa chambre, Karine sombra dans un profond sommeil pendant que son corps astral s’élevait et flottait dans les airs. Comme un coup de vent, une lumière d’une couleur blanchâtre presque aveuglante sortit de sa bague étoilée qu’elle portait au majeur droit et l’engloba. Aussitôt, elle fut transportée par ce tourbillon de lumière à vive allure dans un autre monde, celui du rêve. Arrivé à destination, ce halo éclatant qui l’enveloppait fut aspiré à l’intérieur de sa bague, de la même façon qui s'était passée avec Marty. Cette adolescente possédait la même faculté que lui, mais pour la première fois, elle venait d’utiliser la bague étoilée que ses parents lui avaient offerte quelques semaines plus tôt avant d’être assassinés sauvagement. Comme s'ils sentaient que leur mort était proche...

Un peu désorientée et ébranlée par ce tourbillon, Karine fit quelques pas maladroitement et se retrouva comme dans un épais brouillard qui l’empêchait de voir tout ce qui l’entourait. Son cœur se mit à battre de plus en plus fort, ses jambes et ses mains tremblaient, son corps était crispé par l’angoisse et assurément par l’effet de la bague étoilée. « Où suis-je ? » se demandait-elle. Tout lui paraissait plus réel que ses précédentes expériences et plus intense, elle pouvait sentir sur son corps l’humidité ambiante. « Était-ce à cause de cette bague ? », se demanda-t-elle. Un courant d’air froid la frôla, lui provoquant sur tout son corps un frisson incontrôlable. Ensuite, une fine bruine lui caressa la peau, laissant des gouttes d’eau glisser le long de son visage. Karine mit quelques secondes avant de s’apercevoir que le monde du rêve était beaucoup plus réel qu’elle ne pouvait le croire. En fait, pour la première fois de sa vie et assurément grâce à la bague que ses parents lui avaient donnée, elle ressentait la beauté de tout ce qui l’entourait. Les couleurs étaient tellement magnifiques ! Tranquillement, le brouillard s’évapora comme dans un film que l’on passerait au ralenti et au fur et à mesure qu’il s’éclipsait, elle pouvait commencer à apercevoir la forme d’une grotte qui s’y dissimulait. Elle avança et se faufila par l’ouverture puis pénétra à l’intérieur. Karine remarqua au-dessus de sa tête que des stalactites décoraient le plafond ce qui lui fit sortir de sa bouche un « Ho wooow ! ». Plusieurs chauves-souris s’y étaient accrochées et se balançaient d’avant en arrière en sommeillant. Le plancher était recouvert d’un épais nuage gazeux d’où émergeaient des glaçons de pierres. Brusquement, elle sentit qu'on l'observait…

Inopinément, en se tournant vers le mur, elle aperçut dans l’obscurité deux yeux rouge sang qui la fixèrent derrière une colonne de pierre. Sans aucun avertissement, la créature émana de sa cachette et bondit en faisant de gigantesques sauts en direction de sa future victime. Elle lui bondit en pleine poitrine et du même coup la fit basculer par terre sous l’impact. La créature enfonça sauvagement ses griffes dans les bras de la jeune fille et lui infligea de profondes lésions sur sa chair. Karine émit un cri de douleur et se retrouva clouée au sol, paralysée par la peur et pétrifiée par ces atroces douleurs aux bras. La créature qui était en train de la molester ressemblait à une mutation entre un ours et la forme d’un humain. Cette « chose » avait les jambes d’un humanoïde et les bras qui ressemblaient à des pattes griffues. Ce mutant possédait une mâchoire avec de longs crocs pointus et tranchants comme une lame de rasoir et s'apprêtait à les lui enfoncer dans le cou, tel un vampire. Lorsque soudainement, elle se sentit aspirée vers l’arrière. Son corps astral réintégra son corps réel comme si elle venait de recevoir plusieurs décharges électriques et elle se réveilla en se débattant dans le lit comme un diable dans l'eau bénite. Son front si fragile perlait de sueur et son regard frôlait la démence. Sur l’entrefaite, une infirmière s’était précipitée sur la jeune fille, car elle avait vite compris que Karine était dans un état de réveil cauchemardesque.

— Calmez-vous, Mademoiselle Hilbert ! Calmez-vous s’il vous plaît !

Ce n’était qu’un simple cauchemar ! lui dit-elle afin de la rassurer.

En se débattant, Karine avait arrosé de son sang ses draps ainsi qu’une partie des murs de sa chambre et elle continuait de se débattre.

— Mais, qu’est-ce que vous avez aux bras ?

L’infirmière la regarda l'air ébahi.

— Comment vous êtes-vous fait cela ?

Karine ne s’était pas aperçue qu’elle avait de profondes égratignures sur les deux bras. Son sang coulait comme les jets d’un arrosoir. L’infirmière tenta de maîtriser tant bien que mal afin de diminuer l’hémorragie. Pensant que l'adolescente venait de faire une tentative de suicide et prise de panique, l'infirmière pressa sur le bouton d’urgence tout en essayant tant bien que mal de garder son calme. À peine quelques secondes plus tard, deux gardes et un médecin firent irruption dans la chambre et se précipitèrent sur la jeune fille hystérique. Les deux costauds empoignèrent ses mains de chaque côté du lit et d’un geste sec et brusque, ils attachèrent les lanières de cuir pendant que l’infirmière et le médecin lui liaient les jambes. Ils eurent de la difficulté à la maintenir, mais malgré tout, ils réussirent tout de même à la maîtriser et à l’attacher solidement afin qu’elle cesse de se débattre. Épuisée et ne pouvant plus faire le moindre mouvement, Karine abandonna le débat. Prudemment, le médecin s’approcha d’elle pour lui faire une injection.

— Mais... mais que faites-vous ? demanda Karine.

— Nous voulons vous protéger contre vous-même, mademoiselle.

Vous ne nous avez malheureusement pas laissé le choix, nous sommes vraiment désolés.

Karine émit un petit couinement en recevant la piqûre. Le médecin s’éloigna un peu plus loin avec l’infirmière de service et lui murmura à voix basse afin de s’assurer que Karine ne puisse pas les entendre.

— Nous devrons la garder sous haute surveillance. Donc, il faudra la

déplacer de cette chambre et la mettre dans l’aile "A" tout de suite. Je crois qu’elle nous fait une crise de démence ou de folie due à la perte de ses parents. En passant, refaites-lui régulièrement des pansements sur ses plaies afin qu’il n’y ait pas d’infection.

— Très bien docteur, j’y veillerai.

Aussitôt qu’elle eut terminé de bander les bras écorchés de la jeune adolescente, maintenant devenue plus calme et plus docile, l’infirmière fit signe aux deux gardes de sortir de la chambre. Par la suite, à son tour elle sortit de la pièce pour laisser Karine se reposer pendant en attendant qu’on s’occuperait de la transférer de chambre. Dès que l’infirmière fut sortie, Karine tenta avec force de se défaire des lanières de cuir qui la retenaient clouée au lit. Même avec des efforts soutenus, les lanières ne cédèrent pas d’un millimètre et, tranquillement, ses paupières commencèrent à devenir de plus en plus lourdes. Les yeux fixés au plafond la fatigue l’envahit. Karine luttait de toutes ses forces pour résister à cet état de sommeil anesthésique. Malheureusement pour elle, le médicament fit rapidement son effet. Les murs s’assombrirent peu à peu et Karine sombra malgré elle dans un profond sommeil, mais cette fois-ci sans rêve.

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