Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 12 sur 29

Pages du PDF

Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre IX

Meurtrier malgré lui

Avant de partir pour aller à son rendez-vous avec les deux inspecteurs, Darryl s’était assoupi sans vraiment le vouloir. Dès qu’il eut fermé les yeux, une douleur provenant de sa marque représentant un lézard se mit à le brûler comme s’il venait d’être marqué au fer rouge. À cet instant, un halo de lumière grisâtre émergea de sa bague et l’enveloppa comme un saucisson. Cette aveuglante lumière le fit tourbillonner à une vitesse folle et le transporta dans un endroit étrange situé quelque part entre les deux mondes. Arrivé à destination, sa douleur s’estompa graduellement et le halo de lumière réintégra sa bague étoilée. Un épais nuage de brouillard perturbait sa vision ce qui l’empêchait de voir clairement le paysage. Il resta immobile pendant plusieurs secondes et, petit à petit, la masse se dissipa lui révélant ainsi qu’il avait atterri dans un long couloir dénudé de lumière. Ce chemin lui parut interminable et sans issue, mais il ne se laissait pas décourager et emboitait le pas en marchant et tâtonnant désespérément l’inconnu. « Qui pouvait avoir autant de pouvoir pour m’avoir amené à cet endroit sans mon propre consentement ? », se demanda-t-il. Inopinément, répondant d’une certaine façon à sa question, une porte massive et immense apparut devant ses yeux ébahis. Étrangement, deux poignées en forme de tête de lézard garnissaient cette porte ancestrale. Les yeux des lézards produisaient une vive lumière jaunâtre qui se reflétait sur le visage de Darryl. Dans un vrombissement de métal qui le fit sursauter, la porte s’ouvrit et un autre couloir se dessina devant lui. Toutefois, celui-ci était très différent, car quelques torches étaient disposées sur les murs de chaque côté, alignées de façon horizontale qui frôlait la perfection. D’un pas rempli d’appréhension, Darryl avança et traversa cette grande porte massive. Même s’il était rongé par la frayeur, le sportif fit quelques petits pas de plus pour satisfaire son insatiable curiosité. Dans sa tête, l’écho d’une voix de plus en plus forte et intense lui ordonna d’avancer et, plus il la combattait, plus elle s'amplifiait. Cette voix caverneuse et diabolique ne cessait de lui dire, « Viens vers moi ! Je te l’ordonne ! ». Il ne put la défier plus longtemps, cette force l’obligea d’avancer contre son gré. Il marcha en chancelant dans ce long couloir et il vit au sol un tapis d’un rouge éclatant qui semblait s’étaler presque à l’infini. Curieusement, en même temps qu’il avançait, des images apparaissaient et repartaient de façon séquentielle dans sa tête. La manifestation d’images de deux personnes baignant dans leur sang et sans vie lui semblait familière, mais sans vraiment se rappeler pourquoi…

À quelques mètres de lui, une silhouette ombragée était assise confortablement sur un trône. De chaque côté de cette ombre, deux chiens de l’enfer lui tenaient compagnie et émirent des grognements à l’approche de l’athlète. Dans la lumière tamisée, on pouvait apercevoir clairement les yeux jaunâtres de cet être sur le trône, illuminer comme des torches. Cette silhouette qui portait le nom de Khaos lui lança de sa voix caverneuse, froide et diabolique :

— Mets-toi à genoux devant ton maître !

Darryl sentit immédiatement une douleur provenant de sa marque de brûlure parcourir son corps entier et brusquement, ses genoux se mirent à fléchir malgré lui.

— N’aurais-tu pas essayé d’échapper à mon contrôle ? demanda

Khaos d’un ton résonnant.

— Non, je n’oserais jamais mon maître !

— MENTEUR ! hurla-t-il.

— Je... je vous jure que non ! Je n’arrivais plus à m’endormir. Je ne

savais pas pourquoi, c’est la pure vérité, je vous le jure ! répondit Darryl en se jetant devant lui et en affichant un air de supplication.

Khaos de ses yeux jaunes lui lança un regard rempli de scepticisme.

— Ne serait-ce pas plutôt parce que tu m’as caché quelque chose

concernant les Hilbert et tu craignais ma réaction ?

— Je crois que... qu'il... qu'il était impossible pour moi de tous les

éliminer mon seigneur, vous comprenez ? répondit Darryl en cafouillant.

— TU AS OSÉ DÉSOBÉIR À MES ORDRES ! tempêta-t-il.

— Je m'en excuse ! Je suis vraiment désolé ! Je me sens abject face à

ma désobéissance. De grâce, épargnez-moi ! Je vous en conjure !

— Tu mériterais l’ultime châtiment, celui de perdre ton âme à tout

jamais ! À mes yeux, tu ne représentes rien ! dit-il cette fois-ci avec mépris et dégoût.

— Je me suis égaré du chemin à prendre et j'en suis conscient.

Veuillez me pardonner ce geste !

— Je sens que tu me caches quelque chose d’autre...

— Absolument pas ! répondit Darryl.

En fait, il avait un profond sentiment d’amitié avec la famille Hilbert, ce que Khaos ignorait, pour le moment. Dans le fond de lui-même, un second sentiment étrange de culpabilité commença à l'envahir... se concentrant de toutes ses forces afin de dissiper la confusion dans son esprit, sa mémoire lui revint. Maintenant, il venait de comprendre la raison de son sentiment de culpabilité qui était relié aux images submergeant de sa mémoire. Tout devenait clair dans son esprit puisqu'il était l'assassin des parents de sa petite Karine. Il était devenu un meurtrier malgré lui ! « Non, c’est impossible ! Je ne peux pas avoir commis un tel acte ! », dit-il afin de tenter de se convaincre. Et pourtant…

Il était devenu l’un des disciples du seigneur des cauchemars. Constatant à l’évidence même que sa mémoire et son esprit ne lui étaient plus fidèles, Darryl était devenu un jour, victime comme tant d’autres, de la puissance du pouvoir du prince des cauchemars, Khaos. La marque à son omoplate ainsi que ses moments de démence et de confusion venaient confirmer l'appartenance à cet être maléfique et diabolique. Ce qui en fait, définissait la double identité émotionnelle de Darryl comme étant par moments celle d'un ange et à d'autres instants, celle d'un démon ! Khaos le fixa droit dans les yeux et poursuivit la conversation avec son disciple :

— La puissance de mon grand pouvoir à contrôler les êtres inférieurs

m’a permis à travers le temps de détruire sept des douze descendants des héritiers du rêve qui possédaient chacun un des médaillons de Murphéus. Cependant, je devrai me débarrasser des cinq derniers héritiers du rêve qui m’empêchent pour le moment d’obtenir « l’ultime pouvoir ». D’ailleurs, selon mes complices, l’un des héritiers du rêve s’apprête à faire sous peu son entrée à l’école de Murphéus. J’ai appris un fait très intéressant, il serait un ami très proche de ta petite « chérie », Karine Hilbert. Il lui fit un air de mépris. Alors, trouve une façon de la faire parler afin de découvrir qui il est.

— Vous me dites qu’il va entrer à l’école ? demanda Darryl,

innocemment.

— Oui et en plus dans l’école de ce vieux fou de directeur, Fargus

Vadeboncoeur. Il a presque réussi à me détruire avec son armée, mais j’y ai survécu. Depuis ce temps, je me suis juré de me venger. Ma haine envers lui et ses héritiers est telle que je n’aurai aucune pitié à les écraser comme des insectes. Lança-t-il sur un ton colère et de rancune palpable.

— Bien dit maître ! ajouta Darryl, espérant ainsi amadouer son

persécuteur.

— JE LES MAUDIS POUR TOUT CE QU’ILS M’ONT FAIT. QUE

LEURS ÂMES PÉRISSENT DANS LES PROFONDEURS DE MON ENFER ! Gronda-t-il d'une voix si puissante qui fit trembler tout ce qui se trouvait autour d’eux.

Il fixa Darryl d’un regard assassin, ce qui évidemment ne rassura pas la vedette sportive.

— Néanmoins, je me suis personnellement occupé de dissimuler un

espion dans cette école et il me servira fièrement, j’en suis sûr. Alors que toi…

Sans avertissement, ses yeux envoyèrent une boule d’énergie rougeâtre qui frappa Darryl de plein fouet. La décharge fut si forte que l’impact le projeta à quelques mètres du prince des cauchemars.

— Je crois simplement que tu as essayé de te sauver de mon contrôle

en t’empêchant de dormir. Sauf que moi, comme tu viens de le constater, je punis ceux qui osent me fuir et je ne ressens aucune pitié pour les traîtres comme toi !

Darryl se releva en titubant. Il s’approcha de Khaos et se mit à genoux devant lui afin de lui embrasser religieusement ses pieds griffus et écailleux en le suppliant.

— Maître, prince de la bonté, je vous demande votre clémence !

Accordez-moi une autre chance, je vous en prie ! Je ne recommencerai plus jamais, je vous le jure ! Je ferai tout ce que vous voulez et je vous remets ma vie en gage !

Il sentit tout son corps assailli de tremblements incontrôlables. De grosses larmes ruisselaient sur ses joues rougies par la peur et il se mit à sangloter tel un nourrisson privé de son biberon. Le prince des cauchemars le regarda avec un air de répulsion et il ajouta sur un ton d’ingratitude.

— Ta vie ! Elle ne vaut pas plus qu’un tas de fientes ! Tu es très

chanceux que je sois dans un état d'indulgence aujourd'hui, sinon je

t’aurais éliminé sur le champ. Alors, je t’accorderai une dernière chance. Je te demande d’être discret et de ne reculer devant rien même si tu dois te débarrasser des personnes qui pourraient t’empêcher de mener à bien ta mission. J'espère que tu m'as bien compris, insecte minuscule et insignifiant.

— Oui, oui, oui ! Je me dévouerai corps et âme pour vous servir mon

seigneur ! Soyez vénéré pour votre clémence envers moi.

— N’oublie pas, tu dois t’arranger pour m’amener ce futur héritier

afin que je puisse le détruire de mes propres mains. Finalement, il n’est peut-être pas trop tard pour toi de te racheter à mes yeux. Utilise le corps de la petite Hilbert comme camouflage. Envoie-moi un signal quand tu auras l’héritier. Assure-toi de ne pas éveiller de doute envers qui que ce soit. Par la suite, débarrasse-toi du corps de la petite Hilbert, et moi, je saurai m’occuper du reste. Alors, rends bien soin de ne pas être suivi. Maintenant, hors de ma vue, vermine infecte !

— Bien ! Il sera fait selon vos désirs mon bon prince !

Darryl avançait en direction de la sortie d’un pas malhabile. À peine venait-il de franchir les portes qu’un nuage grisâtre l’enveloppa et il fut ramené subitement dans le monde du réel. Il se réveilla en sursaut, son corps couvert de sueur et meurtri par une atroce douleur comme si un tracteur venait de lui passer sur le corps !

Soudainement, il venait de constater que le cauchemar qu’il venait tout juste de faire… n’en était pas un ! C'est à ce moment précis qu'il sut que ses pensées ne lui appartenaient plus entièrement. Il était condamné à être au service de ce démon des cauchemars pour toute une éternité…

Reprenant ses esprits, Darryl se leva pour prendre un grand verre d’eau afin d’étancher sa soif et puis se réinstalla confortablement dans son lit. Tant de questions tourbillonnaient dans sa tête tel un moulin à vent. Qu’est-ce que l’ultime pouvoir ? S’il parvenait à mettre la main sur cet héritier, est-ce que son maître allait le récompenser grassement ? Qu’avait fait Vadeboncoeur fait pour attiser à ce point une telle colère au seigneur des cauchemars ? Pourquoi avait-il autant de confusion dans sa tête ? « EURÊKA ! », s’exclama-t-il. Comme un éclair de génie, Darryl eut une idée et il sut avec exactitude la façon de mettre son plan diabolique à exécution. À la suite de sa planification machiavélique, le sportif décida de s’habiller et au même moment, le téléphone sonna…

OceanofPDF.com