Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 18 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre XV

 

Le premier test

Ayant reçu l’attention de tous, le professeur Halo afficha un large sourire de satisfaction, ce qui rassura plusieurs élèves anxieux. D’une voix tonifiante, renchérie d’excitation, il les interpela.

— Bonjour à tous ! Je suis le professeur Halo et je serai celui qui

s’occupera de vous faire passer un examen en duo. Je tiens à préciser que ce test n’est pas admissible pour tous. J’ai entre mes mains la liste des participants. Celle-ci n'inclut que quelques élèves du premier au troisième niveau. Donc, pour les autres, vous devrez retourner à vos occupations habituelles. Alors, je souhaiterais demander à ceux dont le nom sera mentionné de bien vouloir s’approcher, s’il vous plaît. Merci !

Il s’exécuta dans la lecture et au fur et à mesure, les élèves prirent place à côté de lui. Pour certains d’entre eux, ils en étaient à leur premier test et leurs visages affichaient une anxiété flagrante. En attendant son nom, Marty sentit son rythme cardiaque s’accélérer de façon exponentielle, lui provoquant une nausée et une démarche maladroite. Il ne devait pas être le seul dans son état, puisque le visage de certains de ses camarades de classe semblait avoir pris un teint verdâtre. En revanche, les habitués comme ses deux amis Cripley et Phil ne semblaient aucunement exprimer de signes de fébrilité, mais plutôt d’appréhension. Ils devinaient que la tâche ne serait pas plus facile pour eux puisqu’à chaque fois l'examen ou le test différait du précédent.

Le professeur Halo regroupa les élèves de la liste puis ils sortirent de la grande salle à la file indienne dans une pièce avoisinante. Une fois arrivé dans la petite pièce, Marty vit qu’il n’y avait aucun meuble. Rien d'étrange ne semblait dégagé de cet endroit à l’exception du mur qui était situé au fond. En s’approchant de plus près, il constata qu’une sorte de champ magnétique d’un bleu électrique s’y reflétait. Cette énergie formait un miroir sur ce qui semblait être un passage dans une autre dimension. En observant plus attentivement, on pouvait voir un monde qui s’étalait dans des couleurs mornes. Marty avait la sensation que derrière ce mur se cachait la tristesse, le mystère et peut-être même... la mort. Il était évident que ce lieu donnait la chair de poule pour tous ceux qui devaient y pénétrer. Maintenant, l’heure de vérité venait de frapper ! Le tout premier test de Marty l’attendait de l’autre côté de ce mur… en même temps, il devenait conscient que la peur se cramponnerait à lui comme un parasite puisqu’il allait vers l’inconnu. Pour la surmonter, il devait faire preuve de courage tout comme sa mère l’aurait voulu si elle avait été encore de ce monde. La voix du professeur s’amplifia et provoqua un écho à cause de l'inexistence d'ameublement dans cette petite pièce.

— Voici le moment tant attendu pour certains d’entre vous… le test.

Je vous rappelle que vous devrez composer un groupe de deux. À mon signal, j’aimerais que vous formiez vos groupes, mais je veux que cela se passe dans un calme absolu. À titre d'information personnelle, je donnerai des points d’aptitudes par rapport aux dangers que vous rencontrerez. De plus, je vous mets en garde même si cela n’est qu’une simulation, il se pourrait que nous n’ayons pas un contrôle total sur ce qui pourrait vous arriver pendant votre mission. Alors, j’exige une vigilance incontestable de votre part s’il vous plaît ! Votre test consistera à secourir des personnes en danger dans la forêt des lamentations.

Entre-temps, Marty se souvint que lors de sa conversation avec le directeur Vadeboncoeur, il lui avait parlé d’une forêt. Toutefois, il parvenait difficilement à imaginer ou même à penser que les professeurs ou le directeur les enverraient dans un endroit où le prince des cauchemars avait résidé auparavant. Il ressortit subitement de ses profondes pensées et continua d’écouter le professeur.

— La bague que vous avez en possession à plusieurs fonctions. Elle a

la faculté de vous communiquer mes ordres et de vous les transmettre de la façon suivante ; si elle affiche une couleur bleuâtre, cela vous indiquera que vous devez revenir au bercail, pour le rougeâtre cela signifie la fin de votre test et si elle clignote constamment cela vous permettra de savoir que vous êtes près de votre lieu désigné pour passer votre test. Néanmoins, vous pouvez aussi vous en servir pour vous téléporter en cas d’extrême urgence. Je crois que mes explications ont été claires pour tout le monde, n’est-ce pas ?

Les élèves répondirent de façon affirmative d'une seule voix. Le professeur poursuivit ses recommandations.

— N’oubliez pas, dès que vous aurez terminé et que vous serez

revenus vous devrez obligatoirement vous diriger à la chambre de récupération, et ce, sans exception. Autre chose importante que je dois vous préciser, je vous mets en garde de ne pas dépasser la forêt, car au-delà du périmètre sécurisé je ne serai plus en mesure d’intervenir en cas de danger. Aussi, je tiens à ce que vous sachiez qu’au moment où vous aurez franchi le mur, les groupes seront éparpillés dans la forêt. Néanmoins, prenez note que je vais m’assurer de ne pas vous garder trop éloigné les uns des autres. En aucun cas, vous ne devez intervenir pour aider un autre groupe, vous avez une mission et vous ne devez pas dévier de celle-ci. Je crois que je n’ai rien oublié, alors je vous souhaite bonne chance à tous !

Après que le professeur eut terminé de parler, les élèves formèrent des groupes en silence. À tour de rôle, chaque duo se plaça devant le mur et au signal du professeur, ils avancèrent d’un pas incertain et finalement traversèrent le mur… la première équipe à franchir le mur fut celle de Karine et de Phil, puis celle de Marty et Cripley, Joshua et Benoît, Sébastien et Mathias et ainsi de suite…

Marty et Cripley apparurent de l’autre côté du mur dans une clairière bordée de buissons entourée d’arbres gigantesques. Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant une maison qui semblait abandonnée depuis des décennies. Les fenêtres avaient été fracassées, la toiture respirait par des trous béants dans la coque et probablement produits par les violentes et nombreuses intempéries du passé. Un côté de la maison était arpenté par une végétation tandis que de l’autre côté, il y avait un soleil ardant. L’endroit semblait refléter la tranquillité.

— Je trouve que cet endroit est magnifique et dégage un mysticisme,

pas toi ? demanda Cripley.

— Moi, elle me donne la chair de poule.

— Ah bon.

— Crois-tu que quelqu’un y habite ?

— Dans l’état qu’elle est, permettez-moi d'en douter. Je crois

sincèrement que nous ne sommes pas au bon endroit.

— Vraiment ? Pourtant, ma bague ne cesse de clignoter depuis notre

arrivée.

Au même instant, ils entendirent le cri d’une personne en détresse ce qui venait de confirmer qu’ils étaient à la bonne place. Les deux adolescents affichèrent un regard surpris et restèrent figés pendant quelques secondes. Puis, appréhendant le pire, ils convergèrent vers la porte principale puis l'ouvrirent. En entrant, Marty et Cripley furent stupéfaits en constatant que l’intérieur n’avait rien de comparable à l’état extérieur de la maison. Un joli lustre au plafond éclairait l’entrée principale, la coloration des murs beiges et des cadrages or reflétaient le raffinement. Le centre de cette pièce débouchait sur deux entrées et un escalier noir et ficelé de bordures d’or en forme de colimaçon s’élevait à l'étage supérieur. Le cri de détresse semblait s'être tu. Toutefois à peine avaient-ils tourné le dos qu’ils entendirent de nouveau un faible cri. Ils déduisirent que la voix provenait de l’étage supérieur. Alors, les deux jeunes s’élancèrent dans l’escalier en spiral. Cripley devança Marty de quelques pas et arriva le premier en longeant un couloir étroit qui menait à une pièce d’où provenait le cri étouffé. Arrivé à l’entrée, il ouvrit la porte et vit une vieille femme étendue sur son lit et qui tentait de se débattre. Au-dessus d’elle, une créature ombragée grisâtre et fantomatique tentait d’aspirer une forme translucide provenant de la victime, sûrement son âme, en déduit Cripley. Il lui lança un cri d’encouragement.

— Tenez bon, nous venons vous secourir !

L’adolescent se mit en transe et, de son œil central, une boule d’énergie rougeâtre prit forme en un éclair puis la projeta sur la créature fantomatique qui l’évita de justesse. La créature détourna son attention de sa victime, puis sans le moindre signe d’avertissement, elle lui projeta à son tour, une boule rougeâtre que Cripley ne put éviter. Au contact de cette force énergétique, il fut propulsé d’une violence telle qu’il eut le souffle coupé et perdit conscience. Marty apparut derrière la porte et constata que son copain était sur le sol et inconscient. Profitant de la nonchalance de la créature qui avait à nouveau retourné son attention vers sa victime, Marty tira son copain pour le mettre à l’abri. Il se concentra avec toute son âme comme il ne l’avait jamais fait jusqu’à maintenant pour former une boule d’énergie. Elle semblait très différente de celle de Cripley par son éclat accentué ainsi que par sa dimension sphérique deux fois supérieure. Ayant atteint l’apogée de sa concentration, Marty la projeta avec une telle précision et rapidité que l’ombre fantomatique n'eut pas le temps de l’éviter. Marty venait d’atteindre sa cible en plein centre. La créature fantomatique échappa un cri de lamentation et elle disparut dans un tourbillon de fumée. La femme reprit tranquillement tous ses sens. Pendant quelques secondes, Marty pensa que son intervention avait échoué et qu’elle était morte. Toutefois, à son grand soulagement, il fut content et rassuré lorsqu’elle ouvrit les yeux. Il s’approcha d’elle et lui demanda :

— Comment vous sentez-vous maintenant ?

Elle le regarda droit dans les yeux et lui dit sur un ton saccadé :

— Saleté de démon ! Vous m’avez sauvé la vie ! Je n’avais plus assez

de force pour le combattre. Je vous en suis sincèrement reconnaissante.

Soudain, la voix de la femme âgée changea pour celui du professeur Halo que Marty reconnut tout de suite. Il confirma que lui et Cripley venaient de passer le test. Puis, la silhouette de la vieille dame s’évapora dans un nuage brumeux. La pièce se transforma sous les yeux ébahis de Marty. Elle devint vide, poussiéreuse et des toiles d’araignées apparurent sur le plafond de cet endroit accompagné d’une odeur de moisi qui monta au nez de l’adolescent. Il s’avança vers Cripley pour le réveiller et au même moment, celui-ci ouvrit les yeux le faisant sursauter !

— Crime puff ! Tu veux me faire mourir de peur ou

quoi ?!

— Désolé ! lança-t-il.

— Tu vas mieux ? demanda Marty, en l’aidant à se relever.

— Je crois que oui… J’ai reçu une de ces décharges d’énergie qui m’a

envoyé valser dans le décor. Mais que s'est-il passé pendant tout ce temps ?

— Pour te faire un résumé lorsque je suis arrivé, tu étais étendu par

terre inconscient et j’ai voulu te protéger d’une autre attaque possible, alors je t’ai déplacé derrière la porte. Puis, j’ai aperçu une femme qui se débattait contre une sorte de créature fantomatique et j’ai déduit que c’était sûrement « cette chose » qui t’avait mis dans cet état et je me suis dit qu’il fallait que j’agisse vite. Pendant que cette créature était préoccupée par sa victime, j’en ai profité pour lui lancer une boule d’énergie et je l’ai détruite. Par la suite, cette femme m’a remercié de l’avoir sauvée et j’ai entendu la voix du professeur Halo m’annoncer que nous avions passé le test.

Finalement, la vieille dame a disparu dans un nuage... je crois que c’est tout...

— Je te remercie sincèrement, car sans toi je n’aurais sûrement pas

passé le test et...

— Nous avons passé le test ! rectifia Marty.

— Bon d’accord ! Je crois que tu ne cesseras jamais de me

surprendre ! s’exclama Cripley, sur un air admiratif.

Entretemps, à quelques mètres d’eux… Phil et Karine exploraient une autre clairière. À cet endroit, un groupe de lucioles provoquaient un éclairage volatile en se promenant parmi les arbres. Un épais nuage de brouillard créait une ambiance mystérieuse et procurait ainsi à Phil des frissons qui parcouraient le long de sa nuque. En constatant la faiblesse de l’éclairage, Karine demanda à Phil de produire à partir de son influx énergétique, un halo de lumière afin de les empêcher de trébucher sur des racines d’arbres. Phil s’exécuta aussitôt et fit apparaître avec son œil énergétique une lumière d’un blanc aveuglant. Ils continuèrent d’avancer en longeant la clairière qui était bordée d’arbres et d’arbustes de toutes les formes et de toutes les couleurs imaginables. À première vue, il semblait n’y avoir aucune âme qui vive dans ce lieu perdu…

Ils arrivèrent finalement au bout de la clairière. Ils aperçurent un énorme menhir, que l’on appelait communément le rocher de la révélation (qui avait la particularité de dévoiler les canulars, camouflages ou métamorphoses, peu importe le niveau utilisé). Phil fut pris d'un sentiment de curiosité et s’avança vers cet énorme rocher afin d’admirer son reflet tout en profitant de cette occasion afin de replacer ses cheveux. Cependant, lorsqu’il regarda plus attentivement, il constata avec stupeur que quelqu’un d’autre se cachait sous les traits de son amie. Au moment où il tourna pour la regarder, il reçut une puissante décharge en pleine poitrine et par le fait même le vida complètement de son énergie. Il n’eut le temps de lancer qu'un puissant cri de détresse avant de finalement s’écrouler et heurter violemment le sol. Par la suite, tout devint noir autour de lui...

Non loin d’eux, Marty et Cripley qui venaient tout juste de sortir de la maison entendirent un cri de détresse. Cripley le reconnut aussitôt… c'était la voix de son ami Phil.

— C'est la voix de Phil, je crois qu’il est en danger ! s’exclama

Cripley d’une voix paniquée.

— Il faut aller voir ! Vite, suis-moi ! répondit Marty le cœur battant à

tout rompre.

— Mais on n’a pas le droit, tu le sais, ça ! Il vaudrait mieux prévenir

le professeur Halo.

— Je ne crois pas que nous ayons le temps de toute façon. Alors, tu

me suis ou pas ? demanda Marty, sur un ton empressé.

Ils ne devaient pas le faire et ça, ils le savaient tous les deux. En contrepartie, pour Marty, il n’était pas question de laisser l’un de ses meilleurs amis en situation de détresse. Il se mit à courir et Cripley décida de le suivre. Arrivé sur place, Marty aperçut Phil étendu de tout son long et inconscient. Il remarqua aussi une vilaine brûlure sur son thorax. Ses yeux soupçonneux se promenèrent alternativement sur la victime et Karine.

— Que s'est-il passé ? demanda-t-il d’un ton abasourdi.

— Nous nous sommes fait attaquer dans le dos, je n’ai pas eu le temps

de voir quoi que ce soit. Ils nous ont pris par surprise, répondit Karine sur un ton nerveux.

— Tu n’as absolument rien vu ? Tiens, tiens, comme c’est étrange !

pensa-t-il, au plus profond de lui-même.

En y réfléchissant bien, plusieurs détails ne correspondaient pas à ses dires. D’une part, la blessure qu’on avait infligée à Phil alors qu’elle prétendait qu’ils avaient été attaqués de dos. Or si cela avait eu lieu, on lui aurait plutôt assené cette même blessure dans le dos et non l’inverse. Et d’une autre, du fait que ce qu’elle racontait n’avait aucun sens puisqu’elle n’avait pas pu être en mesure d’identifier les agresseurs. Pourtant elle prétendait le contraire… Que voulait-elle cacher ? Et que s’était-il vraiment passé ? Une chose était certaine, c’est que Marty avait un sens aiguisé de la déduction ainsi qu’un fort instinct. De ce fait, il n'allait sûrement pas se faire berner par cette histoire abracadabrante. Il lui fit un sourire innocent sans pour autant la croire...

Cripley se précipita vers son ami Phil pour évaluer sa situation physique. Inert, inconscient, sa respiration semblait saccadée. L’attention de Marty fut attirée par les reflets que produisaient les morceaux du menhir éparpillés, tel un miroir. Venant ainsi ajouter un vent de doute à cet incident... il avait déjà eu un premier soupçon, lorsqu’il s’était aperçu que le comportement de Karine était différent et bizarre. À vrai dire, il l’avait presque oublié, mais cet événement venait de lui faire subitement retrouver la mémoire. Néanmoins, afin de ne pas inquiéter davantage Cripley, il se réserva de ne pas lui dire un mot, du moins pour l’instant.

— Aide-moi, Marty, nous allons utiliser nos bagues pour le ramener

au bercail. Nous préviendrons le professeur afin qu’il l’examine plus attentivement, dit Cripley.

— Très bien, et pour Karine ? demanda Marty.

— Bien, elle devra nous suivre. De toute façon, nous ne pouvons pas

la laisser toute seule après l’attaque-surprise dont ils ont été victimes. Elle doit venir avec nous.

— Ne vous inquiétez pas pour moi, je fermerai la marche derrière

vous deux, répondit-elle précipitamment.

Aussitôt, un faisceau de lumière émergea de chacune des bagues et les enveloppa. Dans un tourbillon de lumière d’un bleu éclatant, ils disparurent…

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