Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre V
Secrets découverts
Peu de temps après avoir terminé la lecture du journal, Marty se demanda ce qu’il pouvait faire pour tuer le temps. Sans la présence de son grand-père qui aimait jouer à toutes sortes de jeux avec son petit-fils, il constata que la maison paraissait tellement vide ! Avant que ses grands-parents partent, Martha lui avait interdit l’accès de leur chambre à coucher ainsi que celle du grenier. Depuis qu’il avait atteint 14 ans, Marty avait développé une attitude un peu rebelle face aux règlements que ses aînés avaient instaurés. Normal ! Puisque ses hormones d’adolescent étaient en pleine effervescence ! Cependant, il finissait toujours par s’y soumettre afin de ne pas déplaire à son adorable grand-père. En effet, il savait très bien que s’il se faisait prendre à entrer dans leur chambre sans leur permission ou bien qu'il tentât 'accéder à la trappe qui donnait accès au grenier, il devinait très bien que sa grand-mère lui donnerait une punition qu’il ne serait pas près d’oublier. Néanmoins, Frank et Martha n’étaient pas sur le point d’arriver tout de suite... alors l’occasion était parfaite pour se permettre d’explorer un peu tout en prenant soin de ne rien déplacer afin de ne laisser aucune trace de son passage.
En fait, quelques jours auparavant, un événement avait alimenté cette curiosité grandissante. Effectivement puisqu’il avait surpris une conversation entre Martha et Frank au sujet d’une clef et un secret de longue date le concernant, engendrant ainsi une foule de questions qui l'envahissaient de plus en plus sans son esprit d'adolescent. À quoi devait-elle servir cette mystérieuse clef ? Quel secret lui cachaient ses grands-parents ? Pouvaient-ils avoir le droit de faire la sourdine sur ce mystère, aussi tabou soit-il ? Plein d’autres questions venaient le tourmenter et allumer davantage sa curiosité qui dans son cas pouvait lui procurer plus de problèmes qu’il ne pourrait l’imaginer… Bien que la curiosité était un signe d’intelligence, il n’en demeurait pas moins qu’elle pouvait s’avérer également un gros défaut pour ce personnage en plus de titiller certaines personnes de son entourage.
Marty s’exécuta malgré l’interdiction de ses ainés. Il fut submergé par un mélange d’excitation et d’emballement faisant amplifier les battements de son cœur à un tel point qu’il avait l’impression que celui-ci voulait sortir de son corps. D’un pas lent, il avança vers la trappe dans le couloir sur le même étage où sa chambre était située. Mais lorsqu’il voulut l’ouvrir, l’adolescent comprit qu’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la poignée et le loquet qui permettait d’ouvrir cette foutue trappe ! Marty regarda à gauche puis à droite en se demandant ce qu’il pourrait bien utiliser pour l’atteindre. Il eut l’idée d’aller chercher une chaise dans la cuisine. Il descendit les escaliers en sifflotant de bonheur. Il agrippa la chaise et monta l’escalier. Une fois en haut, il plaça la chaise sous cette trappe. À son grand désarroi, lorsqu'il monta sur la chaise, il s’aperçut qu’il lui manquait encore quelques centimètres. « Crime puff ! », lança-t-il qui faisait partie de son juron. En colère et déçu, il prit quelques instants pour réfléchir à la situation. Une autre idée lui apparut à l’esprit. « Pourquoi ne pas prendre l’escabeau que mon grand-père utilise lorsqu’il fait la décoration du temps des fêtes », pensa-t-il. Il redescendit pour se rendre dans l’atelier de Frank qui était situé au sous-sol. Avant d’y descendre, afin de ne pas trébucher dans les escaliers, il alluma l'interrupteur de la lumière, puis soudain un "poufff !" qui retentit dans l'écho du silence. L’ampoule éclata en mille miettes. « crime puff ! je vais devoir la trouver à la .noirceur », dit-il, un peu agacé et contrarié par le mauvais sort qui semblait s’acharner sur lui et l'empêcher de nourrir sa curiosité. Après une descente laborieuse, car il avait à maintes reprises évité de justesse de trébucher dans les marches, il arriva enfin au sous-sol. L’adolescent tâtonna les murs afin de trouver une autre lumière qui était située près de l’entrée de l’atelier. Finalement, il la trouva et réussit à atteindre l’escabeau. Toutefois, celle-ci semblait peser une tonne pour lui ! Il décida de laisser la lumière de l’atelier allumée, ce qui lui permit de mieux voir les escaliers et d’éviter de tomber en montant. Néanmoins, le poids de l’escabeau ralentissait considérablement sa remontée. À force de persévérance et de volonté, il réussit à atteindre l’entrée du premier niveau. Maintenant, il devait avoir assez de force pour se rendre à l’étage supérieur. Ce qui n’était pas gagné d’avance ! En escaladant les marches, Marty se disait qu’il devait faire très attention afin de ne pas tomber ou bien d’égratigner le mur ou les rampes sur son passage. Au bout du compte, il arriva au palier supérieur et plaça l’escabeau sous la trappe du grenier. Il s’apprêta à atteindre la poignée ainsi que le loquet pour ouvrir la trappe quand sans avertissement… un bruit sourd retentit ce qui le fit sursauter et l’escabeau se mit à valser de gauche à droite. S’agrippant d’une main à la poignée pour ouvrir la trappe, il fut aussi agile et rapide qu’un chat et rattrapa l’escabeau avec ses jambes pour la replacer sous lui. Son cœur battit la chamade et il figea sur place ! Marty écouta plus attentivement le bruit pour s’apercevoir que ce son sourd provenait tout simplement d’une branche qui venait d’être projetée sur la fenêtre du couloir par le vent. « Ouf ! », soupira-t-il avec un grand soulagement. Il prit quelques secondes afin de prendre une très profonde respiration et de calmer le battement effréné de son cœur. Dès qu’il se sentit en contrôle, Marty tira sur le loquet afin d’ouvrir la trappe et se servit de la poignée pour faire basculer celle-ci. Par la suite, il la poussa et la trappe s’immobilisa. La moitié du corps de l’adolescent apparut dans la pénombre quand quelque part dans cette pièce, un reflet l’aveugla temporairement. En fait, le reflet provenait de la lumière extérieure qui éclairait par l’entremise d’une fenêtre sur le toit, sur la bordure métallique d’un objet. L’adolescent dut mettre la main devant ses yeux pour se protéger de cette lueur éclatante. Lorsqu’il fut au niveau du grenier, le reflet s’était un peu amoindri, Marty aperçu à ce qui ressemblait à un ancien et mystérieux coffret, assurément rouillé par son authenticité ancestrale et surtout par les ravages du temps. Cet objet semblait sortir tout droit d’un film de pirates !
Dans ses souvenirs lointains, Marty ne se souvenait pas d’avoir eu l’occasion de pénétrer dans ce grenier puisque ses grands-parents ne le laissaient jamais seul dans cette grande maison. Peut-être voulaient-ils le surveiller afin qu’il ne puisse jamais découvrir ce secret ? présuma-t-il. Heureusement qu’il avait été témoin de cette conversation secrète, autrement il ne l'aurait jamais su. Malgré tout, il se réjouissait à la pensée qu’il n’allait pas tarder à le découvrir…
L’adolescent examina attentivement le coffret et constata qu’il s’était fissuré à plusieurs endroits. Ce qui aviva davantage l'essaim de sa curiosité ainsi que son emballement. Au moment de s’approcher de celui-ci, un phénomène étrange se produisit à l’instant de toucher cet objet vieillot. Une lueur intense d’un rayonnement verdoyant tenta de sortir par toutes les fissures du coffret. Stupéfait, Marty fit machinalement un pas vers l'arrière. Aussitôt que sa main se détacha du coffret, à sa grande surprise, la lumière s’atténua graduellement et disparut. Ranimant davantage la curiosité de l’adolescent. En revanche, un détail qui n’avait pas attiré son attention vint diminuer inopinément son avidité. Un obstacle s’opposait entre lui et le coffret... une serrure. Tout ce qui fait référence à une serrure se rapporte généralement au mot clef, « Crime puff ! » s’exclama-t-il, découragé. Maintenant, il faisait face à une autre embuche. À croire que le destin était contre l’idée qu’il découvre ce fameux secret ! Pendant un court instant, il lui vint même à l’esprit de tout laisser tomber. Toutefois, sa soif de curiosité était sans borne. Il ne pouvait tout simplement pas abandonner, car il savait pertinemment qu’il le regretterait dans un proche avenir. À l’instant présent, il devait assouvir son insatiable curiosité sans cela il n’arriverait probablement pas à dormir ou pire, il s’en mordrait les doigts jusqu’à l'os ! Il était évident qu’une occasion comme celle-ci ne pourrait se présenter une deuxième fois ! Il se devait de mettre toute son énergie à trouver cette damnée clef ! Décidé, il descendit du grenier pour entreprendre une fouille approfondie de la maison sans pour autant laisser une seule trace de ses recherches. « Dans quelle pièce de la maison, mes grands-parents auraient-ils eu l’idée de cacher cette clef si précieuse », se demanda Marty. L’image de la chambre à coucher lui vint en tête. « Tiens ! Tiens ! En y réfléchissant davantage, ils ne m’auraient jamais interdit l’accès dans leur chambre s’ils n’avaient rien à me cacher. Donc, selon moi je crois que cela serait le meilleur endroit », conclut-il.
C’est avec un enthousiasme débordant qu’il descendit les escaliers deux par deux et qu’il arriva à la porte de la chambre de ses grands-parents. Sur les recommandations constantes et insistantes de sa grand-mère, il avait toujours cru que cette pièce était fermée sous clef lorsqu’ils quittaient la demeure. À son grand étonnement, ils ne l'avaient même pas verrouillée ! En ouvrant celle-ci, il aperçut pour la première fois la beauté des décors de cette pièce. Au centre, il y avait un lit contemporain avec une couverture d’un bleu nuit. Sur le côté, de belles commodes en chêne s’agençaient parfaitement bien avec la décoration des murs et des plafonds d’un blanc coquille d’œuf. Il y avait une garde-robe avec deux grandes portes coulissantes en miroir qui faisaient paraître la pièce encore plus spacieuse. Débutant son exploration, il commença en regardant sous le lit espérant que cette clef pourrait s'y trouver... rien ! Il continua sa recherche et se dirigea vers la porte de la penderie. Il déplaça les robes, pantalons et autres vêtements accrochés de gauche à droite, toujours... rien ! Soudain, son attention fut attirée par un petit coffre à bijoux. Il s’empressa de l’ouvrir et fut découragé de voir que la clef ne s’y trouvait pas. Il poursuivit, mais ce fut en vain ! Il pivota sur lui-même pour explorer les moindres recoins de la chambre et c’est à ce moment qu’il aperçut "Patdours" qui était en fait son ourson préféré lorsqu’il n’avait que cinq ans. Comme les années s’étaient écoulées depuis ce temps ! Son grand-père l’utilisait souvent comme une marionnette en y insérant sa main à l’intérieur du toutou pour faire semblant qu’il était vivant. Marty le prit dans ses bras pour lui faire un câlin tout en se rappelant de beaux souvenirs, mais lorsqu'il le bougea, il entendait un bruit étrange qui semblait provenir de la tête de l’ourson. Il le brassa avec ardeur et comprit qu’on avait dissimulé un objet à l’intérieur. Il ouvrit la fermeture de l’ourson et inséra sa main à l’intérieur jusqu’à la tête comme Frank aimait le faire et puis il en sortit… une clef ! « EURÊKA ! », s’écria Marty fou de joie. Il venait de trouver enfin la clef qui lui permettrait assurément de lui révéler ce que contenait le coffret. Il remit l’ourson à sa place et sortit de la chambre en coup de vent pour monter dans le grenier en deux temps trois mouvements !
À la suite de cette heureuse trouvaille, il inséra la clef dans la serrure du coffret et soudainement une lueur aveuglante s’en échappa. Il fut étonné par la découverte qu’il fit. À l’intérieur de cette boîte était étalé sur un doux tissu rougeâtre, un étrange médaillon, une magnifique bague étoilée, deux lettres jaunies ainsi qu’une vieille photo. Il prit la photo dans ses mains et regarda attentivement tous les détails. Une jeune et jolie femme au sourire éclatant se pavanait avec une longue robe fleurie et un petit chapeau qui coiffait sa tête. Une magnifique et longue chevelure, probablement d’une couleur pâle (pas facile de savoir la teinte exacte sur une photo en noir et blanc !), descendait le long de son corps atteignant le bas de ses fesses. Elle avait un visage arrondi avec des traits féminins ainsi que de beaux yeux expressifs qui scintillaient de joie. Marty constata que cette femme portait à son cou ce qui semblait être la réplique exacte du médaillon dans le coffret. Tout juste à côté d’elle, un mystérieux jeune homme grand et maigre, vêtu d’une longue cape ainsi que d’un capuchon qui recouvrait une partie de son visage, ce qui ne rendait pas l’identification très évidente. Par ailleurs, ses traits physiques semblables à lui et la scène sur la photo démontrant la jeune demoiselle tenant la main de cet homme, pouvaient porter l’adolescent à croire qu’ils devaient être ses parents. Retournant la photo, Marty vit une note qui se lisait comme suit : « En souvenir de nos fiançailles, je te dédie cette photo, ma douce princesse. Signer par ton prince, Jonathan ». Il comprit instantanément et sans l’ombre d’un doute que cette photo était celle de ses parents ! En examinant la photo avec plus de minutie, il remarqua un autre détail troublant, son père ainsi que sa mère portaient à leurs doigts majeurs la même bague qui se trouvait dans le coffret !
Il déposa affectueusement la photo tout près de lui et continua d’examiner le contenu du coffret. Il examina rapidement le médaillon et le mit de côté. Par la suite, Marty s’empara de la bague tout en la manipulant avec délicatesse et la scruta sous tous ses angles. L’adolescent vit à son grand étonnement qu’à l’intérieur de cette bague, on avait gravé de son prénom !
Finalement, il prit la première lettre et l’ouvrit. Dès l’ouverture de celle-ci, le visage de sa mère apparut et sa voix retentit tel un écho sur une tonalité douce et mielleuse.
Chère Martha et cher Frank,
Je voulais vous demander de prendre soin de votre petit-fils durant
notre absence. Je devais partir seule, mais votre fils a insisté pour m’accompagner. Je sais que quand vous lirez cette lettre nous serons déjà partis dans « l’autre monde ». Je ne vous cache pas que des dangers s'y rattachent et peuvent être mortels puisque nous devrons probablement affronter les disciples de Khaos afin d’empêcher un terrible danger qui nous menace tous. Moi et Jonathan tenons à vous assurer que nous serons prudents et ferons tout notre possible pour revenir avant le réveil de Marty. Merci à l’avance et à bientôt.
P.S. Dites-lui que nous l’aimons de tout notre cœur.
Signé : Angelyna & Jonathan
Le message terminé, le visage de la jeune femme s’évanouit dans un nuage de fumée. Ne sachant pas qui était ce « Khaos » et ce qu’il représentait comme danger, il resta immobile pendant quelques secondes réfléchissant à tout ce qu’il venait d'entendre. L’adolescent ne savait pas s’il éprouva un sentiment de compréhension ou bien de la rancœur envers ses grands-parents d’avoir omis de lui dire la vérité au sujet de ses parents. Mais une chose était sûre, il devait absolument découvrir ce qui se cachait derrière tout ça. Pour l’instant, il ne savait plus quoi penser. Devait-il leur en vouloir ? Avaient-ils eu raison de lui cacher un tel secret ? Après tout, il n’était plus un enfant, ronchonna-t-il. Il prit une très grande et profonde respiration afin de calmer ce tourbillon d’émotions entrecroisées qui l’envahissaient.
Maintenant plus calme, il ouvrit la seconde lettre et constata que celle-ci n’avait pas été écrite par la même personne. De la même façon que la lettre précédente, cette fois-ci, ce fut le visage d’un homme à la voix tonifiante qu’il vit et entendit.
Monsieur et Madame Travis,
Je dois malheureusement vous annoncer la tragique perte de la mère de
Marty ainsi que la disparition de votre fils. Nous ignorons les circonstances de cette tragédie pour le moment, mais une enquête est en cours. Je peux vous assurer que je ferai l’impossible pour retrouver les coupables. À la demande de la mère de Marty, je vous confie ce coffret contenant les objets suivants : un médaillon Murphéus, une bague étoilée gravée avec les initiales du petit ainsi que cette lettre accompagnée d’une photo, le tout devra lui être remis dès qu’il aura atteint l’adolescence. Je vous demanderais de cacher ces objets ainsi que le coffret dans un endroit sûr, afin que les disciples de Khaos ne puissent mettre la main dessus. Je vous demanderais de prendre soin de lui et de changer son nom de famille pour assurer sa sécurité et la vôtre. En vous exprimant, encore une fois, toutes mes sympathies à la famille si durement éprouvée par cette malheureuse tragédie.
Signé : Fargus Vadeboncoeur
Responsable du comité des héritiers du rêve
Le message confirma à Marty que la bague gravée à son nom ne provenait pas de son paternel, mais bien de ce monsieur Vadeboncoeur. Ce qui alimenta à nouveau un fléau de questions qui tourbillonnaient dans sa tête. Qu’était-il arrivé à ses parents le soir de leur fameuse mission ? Qui était le seigneur Khaos ? Que signifiait « héritiers du rêve » ? Toutes ces questions demeurèrent sans réponse, du moins pour le moment, se dit-il. À partir de cet instant, Marty se promit une chose, celle de découvrir tôt ou tard les réponses à toutes ces innombrables interrogations, peu importe le temps que cela prendrait.
Soudainement, les questions et sa promesse furent remplacées par un souvenir qui vint le frapper comme la foudre. La dernière fois qu’il avait parlé à son amie Karine, elle lui avait fait mention de quelque chose au sujet d’une bague ou d'un médaillon. « Aurait-elle pu me fournir des explications les concernant ? », se demanda-t-il. En y réfléchissant, cela faisait un long moment depuis leur dernière discussion, « Espérant que tout allait pour le mieux pour elle », se dit-il.
À la fin, il décida de prendre la bague étoilée ainsi que le médaillon et referma le coffret. Il replaça la clef dans la tête de l’ourson et le remit à sa place initiale. Puis, Marty replaça l’escabeau dans l’atelier en espérant que ses grands-parents ne s’apercevraient pas de son intrusion dans leur chambre et au grenier. À cause de son empressement, il sortit de l’atelier, mais sans s’en rendre compte, il avait omis un détail… il avait oublié d’éteindre la lumière de l’atelier. Marty ne prit pas connaissance tout de suite de cette bévue et monta dans sa chambre pour dissimuler ses trouvailles sous son oreiller.
Quelques heures plus tard, les grands-parents de Marty étaient de retour. Martha avait passé une excellente journée, puisqu'elle affichait un sourire fendu jusqu’aux oreilles, ce qui ne semblait pas être le cas de Frank. Il paraissait être d’une humeur exécrable. Marty le connaissait depuis toujours et il avoua ne jamais l’avoir vu dans un tel état. Or, durant la visite chez la sœur de Martha, celle-ci n’avait pas cessé de raconter toutes sortes de méchancetés sur la mère de Marty. Elle prétendait que sa mère avait délibérément fait interner à l’hôpital le fils de Martha dans un but tout à fait lucratif. La sœur de Martha avait même répandu une rumeur disant que la mère de Marty s'était probablement enfuie en apprenant que les assurances étaient au nom de Martha et qu'elle n'avait pas pu réussir ainsi à profiter du magot. Ainsi, elle avait abandonné son fils pour ne pas avoir à s'en occuper. Ce qui était évidemment totalement faux, c'est d'ailleurs ce qui avait mis son grand-père en furie contre elles. Pendant leur retour au bercail, ils n’avaient pas cessé de se disputer à ce sujet. Leur dispute se termina seulement une fois arrivée devant la porte de la maison. Afin que Frank ne parle pas de leur conversation, Martha s’assura de sa discrétion en le menaçant d’envoyer son petit-fils au pensionnat s’il révélait un seul mot de ce qui s’était dit chez sa sœur. Il fut obligé de ne rien dire et c’est ce qui l’avait mis en rogne. Aussitôt que ses deux grands-parents franchirent le seuil de la porte, Marty s’approcha de Martha pour lui demander sur un ton d'innocence :
— Grand-mère, pourquoi grand-père semble-t-il fâché ?
— Cela ne te regarde pas, petit fouinard ! Ne te mêle pas de ça ! C’est
entre ton grand-père et moi ! répondit Martha, sur un ton agressif.
— Désolé, je ne voulais surtout pas paraître indiscret.
— Je vais commencer à préparer le souper. Alors, déguise-toi en
courant d’air, tu as bien compris ?
— Bon d’accord, je vais aller dans ma chambre ! répondit Marty
promptement sans ajouter autre chose.
Quelques minutes plus tard, Frank monta les escaliers pour se diriger vers sa chambre. Au même moment, son petit-fils donnait une extravagante pincée de nourriture à son poisson, ce qui prouvait bien qu’il était préoccupé. Il était évident pour lui que ses grands-parents lui cachaient quelque chose puisque généralement son grand-père avait un tempérament jovial et non colérique. « Que s’était-il passé entre eux pour que son grand-père soit de si mauvaise humeur », se demanda-t-il.
Alors que l’adolescent s’était étendu sur son lit pour écouter de la musique, il crut entendre quelqu’un frapper à sa porte. Sur le coup, Marty n’était pas sûr d’avoir vraiment entendu, puisqu’il écoutait la chanson d’un groupe rock afin de se changer les idées. De plus, il avait mis le son dans le tapis, alors il croyait que le bruit provenait de sa musique. Mais lorsque le grand-père l'interpella à nouveau en frappant plus fort sur la porte, en enlevant ses écouteurs de ses oreilles, Marty constata qu’on venait effectivement de frapper à sa porte. Aussitôt, il bondit de son lit et s’empressa d’ouvrir la porte. Dès que Frank aperçut son petit-fils, il lui fit signe de garder le silence et de le suivre. Marty demeura muet, sans vraiment comprendre ce que son grand-père attendait de lui. Son grand-père informa sa femme qu’il serait dans l’atelier avec Marty. Avant qu’ils descendent, Martha leur mentionna que le repas serait bientôt prêt. Puis, les deux prirent la direction du sous-sol. En descendant, Marty eut soudainement un « flash » et comprit. Il avait oublié d’éteindre la lumière de l’atelier ! Il sentit inopinément sa pression monter en flèche et passa du blanc au rouge coq. Il fit entrer son petit-fils devant lui et referma la porte de l’atelier derrière eux avec précaution. Il regarda l’adolescent droit dans les yeux et lui demanda sur un ton calme.
— Dis-moi mon garçon, ne serait-ce pas toi qui aurais oublié
d’éteindre la lumière ?
Marty resta muet ne sachant pas quoi répondre. Il savait pertinemment qu’il leur avait désobéi. Rempli de honte, l’adolescent baissa les yeux vers le plancher.
— Je suis désolé, j’ai eu besoin de l’escabeau.
— Et pourquoi, mon garçon ?
— Heuuuu…bégayait-il.
— Dis-moi que tu n’es pas allé au grenier. Lança son grand-père sur
un ton sévère qui ne lui appartenait pas.
— Je sais, je sais, je n’aurais pas dû. Je suis vraiment désolé, grand-
père. Je voulais savoir ce qui s’y trouvait là-haut.
— Je suppose que tu as trouvé ce que tu cherchais afin d’assouvir ta
soif de curiosité, n’est-ce pas ?
— Oui, grand-père. Répondit Marty affichant un air de chien battu.
— Il est évident que si je le disais à ta grand-mère, elle serait folle de
rage contre toi. Mais d’un autre côté…
Il regarda Marty avec un petit sourire en coin et continua.
— Je ne pense pas qu’elle ait besoin de le savoir. Je veux que cela
reste notre secret. Toutefois, je me dois de te mettre en garde. Si jamais tu utilises « ces choses », arrange-toi pour que ta grand-mère ne s’en aperçoive pas. D’accord ?
— Oui, bien sûr !
Marty n’en croyait pas ses oreilles ! Son grand-père n’allait pas le gronder, mais encore mieux, il n’allait pas le dire à grand-mère, pensa-t-il dans sa tête.
— De toute façon, ajouta Frank, je crois que tu as le droit de savoir.
Cela découle de tes propres racines. Pour être franc avec toi, je n’ai jamais été d’accord avec son choix de te cacher un si grand secret. Elle n’a jamais voulu que je t’en parle et comme tu le sais, je suis trop lâche pour m’opposer à elle. Il y a encore beaucoup de choses que tu ignores au sujet de tes parents, mais je préfère que tu les découvres par toi-même. Surtout, je te supplie de ne pas lui répéter ce que je viens de te dire à ta grand-mère. Si elle l'apprenait, je suis persuadé qu'elle m’en voudrait à mort de t’avoir mis au courant. Tu comprends, mon garçon ?
— Ne soyez pas inquiet grand-père, je sais garder des secrets et
j’apprécie le fait que vous soyez de mon côté.
— Je vous remercie de tout mon cœur.
— Pardonne-moi pour ma lâcheté, je ne suis pas un exemple de
bravoure.
— Ne vous en faites pas pour ça, vous avez toujours été gentil avec
moi. Je comprends votre point de vue et votre position.
— Merci de ta compréhension, mon garçon.
— Je vous aime, grand-père.
— Moi aussi, lui répondit Frank, un peu ému par cette déclaration. Il
était assez rare que Marty évoque verbalement ses profonds sentiments.
Ils s’approchèrent et se serrèrent l’un contre l’autre pendant quelques secondes. Au même moment, Martha ouvrit la porte de l’atelier et les aperçut. Heureusement pour eux elle n’avait pas entendu de quoi, ils discutaient. Elle les regarda avec une certaine jalousie se serrer l’un contre l’autre et leur lança sur un air soupçonneux et agacé.
— Dites donc, que faites-vous tous les deux dans cet atelier ?
— Nous parlions… en fait, des rapports entre hommes et femmes, si
tu vois ce que je veux dire ? répondit Frank, un peu surpris de la voir.
— Ah bon ! Il s’est fait une petite amie ? Eh bien ! Me voilà étonnée !
répliqua Martha, sur un ton rempli de méchanceté.
Marty répliqua aussitôt par une question, d’une façon insolente.
— Dois-je vous demander votre approbation avant de parler de ces
choses-là avec grand-père ?
Frank arqua un sourcil en voyant le courage de ce garçon. Il l’admirait tellement.
— Voyons ! Ce n’est pas une façon de parler à sa grand-mère ! Je ne
me souviens pas de t’avoir appris à être effronté. Répliqua-t-elle, offensée.
Elle accentua le « Je » puis, continua de parler.
— Après une impolitesse de ce genre, je vais te demander de monter à
ta chambre et d’y rester pour réfléchir à ton comportement. Tu es un garçon impoli et grossier, tu ne mérites que ça ! Allez ! Dans ta chambre immédiatement ! Et sans rouspéter, sinon ta punition se prolongera plus longtemps.
Il sentit une furie envahir son corps. Certes, il reconnaissait avoir été impoli avec elle, mais ne l’avait-elle pas provoqué quelques secondes auparavant en le dénigrant ? À son sens, il ne méritait pas vraiment d’être puni pour son impolitesse. Par respect pour son grand-père et pour ne pas mettre de l’huile sur le feu, Marty tourna les talons et se dirigea vers sa chambre sans ajouter un mot. Satisfaite, sa grand-mère le regarda partir puis fusilla Frank du regard.
— Ce jeune est d’une impolitesse renversante ! Et franchement, je ne
crois pas que ce soit ma faute, mais plutôt de la mauvaise influence
que tu lui apportes. Dit-elle sur un ton de désinvolture.
— S'il te plaît, Martha ne soit pas trop dure…
Frank n’eut pas le temps de finir sa phrase que Martha l’interrompit et répliqua avec colère.
— LAISSE-MOI TRANQUILLE AVEC ÇA ! Figure-toi que je
commence à la connaître par cœur cette phrase. Tu sais très bien que pour moi, il ne fait pas pitié. Et grâce à toi, je crois qu’il commence sincèrement à prendre de mauvaises manières.
Il se tut et l’invita à sortir de la pièce puis lui referma la porte au nez. Martha, insultée, remonta les marches de la cave deux par deux en émettant des grognements de mécontentement.
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