Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre XIX
Le vrai visage
Dans un autre endroit, le cours de Marty venait tout juste de prendre fin. Maintenant, il était libre pour le reste de la journée, lorsque soudainement, il entendit de sa boussole un son qui ressemblait à un « bip ! ». Pour lui, il était clair que sa curiosité serait bientôt assouvie. En prenant bien soin de ne pas attirer l’attention, il se faufila parmi les élèves. Malgré tout, son stratagème fit chou blanc, puisque Cripley avait compris précédemment les intentions de son ami et il décida de le filer à son insu. Ayant été attisé par la conversation qu’il avait surprise entre les deux meilleurs amis de Phil, Joshua suivit Cripley, accompagné de ses trois fidèles acolytes : Sébastien, Benoît et Mathias. Tout aussi attisé par sa curiosité que celui de son opposant, Marty, il décida lui et sa bande de le prendre en filature. Afin d’éviter de se faire démasquer, ils changèrent leurs apparences, s’englobant d’un jet d’énergie orangée qui les métamorphosa en souris blanches. Néanmoins, une question importante et même primordiale aurait été de circonstance à se poser ; n’aurait-il pas été mieux pour Joshua et ses acolytes de prévenir le directeur au lieu de le prendre en filature ? Cette question demeurait pour le moment sans réponse…
Marty ancré dans ses pensées et préoccupé par des questions qui se bousculaient dans sa tête, il ne remarqua même pas qu’on le suivait. En sillonnant les couloirs d’un pas lent, il consultait sa boussole qui lui indiquait par le clignotement de plus en plus intense, la bonne direction à prendre pour se rendre au mur. Rendu à une intersection, Marty prit la droite puis s’aperçut que l’intensité lumineuse diminuait. Alors, constatant qu’il avait emprunté la mauvaise voie, il retourna sur ses pas pour prendre celle de gauche. Aussitôt, sa boussole réagit en clignotant intensément, lui confirmant qu’il était maintenant sur le bon chemin.
Pendant ce temps, à quelques mètres de Marty dans un couloir adjacent, Cripley entendit un bruit sourd derrière lui. Il se tourna brusquement et aperçut le mouvement d’un caillou miniature roulant en sa direction. Soupçonnant que quelqu’un le suivait, il fit volte-face pour surprendre l’espion. Tout près de l’objet qui venait de terminer sa course, une minuscule souris blanche le fixa de ses petits yeux remplis d’innocence. Dès qu’elle l’aperçut venir dans sa direction, elle se précipita derrière le monument représentant un centaure et disparu. Cripley fut pris d’un fou rire intérieur en pensant au fond de lui-même : « Eh bien ! Pourtant, j’aurais juré que j’étais espionné, mais sûrement pas par une souris. Je crois que je deviens un peu paranoïaque ». Il retourna sur ses pas et continua sa filature. Dissimulés derrière la statue de pierre, quatre personnages avaient repris leurs formes humaines et enclenchèrent une discussion bien animée.
— IMBÉCILE ! Heureusement que cet idiot de Cripley n’est pas au
courant que nous avons suivi des cours privés de métamorphose avec le professeur Trémiz, sinon, il aurait sûrement deviné que j’étais la souris blanche. D’ailleurs, je suis persuadé qu’il se serait fait un plaisir de m’écraser pour se venger. Je ne sais pas ce qui me retient de ne pas réduire ta face de rongeur en bouillie à cause de ton impertinence ! Tempêta Joshua, rouge de colère.
— Je suis sincèrement désolé... vraiment désolé, Joshua, répondit
Sébastien sur un ton d’amertume et de culpabilité.
— Bon, ça va pour cette fois ! Mais je te préviens, ne t’avise plus
jamais de me refaire ce genre d’erreur stupide. Tu as bien saisi le sens de mes paroles, n’est-ce pas ? grommela Joshua.
— Oui, très bien !
Sébastien s’approcha de lui pour indiquer qu’il l’avait bien compris, il tendit sa main droite en signe d’accord puis Joshua réagit promptement sur un ton agacé et menaçant.
— Je ne veux pas serrer ta main sale ! D’ailleurs, tu sais très bien que
je n’aime pas les « ventouses » dans ton genre. Cesse ce petit jeu tout de suite ! Autrement, tu vas m’obliger à t’infliger une punition dont tu te souviendras pendant longtemps.
Avant de poursuivre leur filature et puis de rattraper leur cible, ils se retransformèrent en souris et décidèrent de faire preuve de plus de vigilance, telle une souris devant une souricière. À l’autre bout, Marty venait d’entrer dans la pièce où il avait passé son premier test. Cet endroit lui rappela un mystérieux incident qui avait failli coûter la vie à son meilleur ami, Phil. Avant de traverser le mur qui menait vers un passage dans l’autre dimension, il s’arrêta et consulta sa boussole. L’agitation de la flèche sur sa boussole lui indiquait qu’il était sur la bonne voie. Puis, il pivota sur lui-même en observant attentivement autour de lui afin d’être sûr de ne pas avoir été suivi. Satisfait et convaincu d’être seul, il traversa le mur…
Arrivé de l’autre côté, il vit pour la première fois un ciel dégagé. Marty remarqua avec émerveillement que le rayonnement solaire ne provenait pas d’un, mais bien de trois soleils brillants de leurs pleins feux. L’air ambiant y était d’un confort inégalé. Une petite brise printanière soufflait timidement dans les feuillages des arbres. De petites créatures étranges, ressemblant à un croisement entre le koala et le singe, s’amusaient à sauter d’une branche d’arbre à une autre. Marty n’avait jamais vu de telles créatures dans le monde réel et resta plusieurs secondes à les observer. Ensuite, il avança à petits pas en observant de façon périodique sa boussole. Affichant nettement que la poursuivie n’était pas si loin de son poursuivant. Sa curiosité et sa détermination lui procuraient un mélange de sentiments qui s’apparentaient à l’excitation ou bien à l’appréhension. Se justifiant ainsi, son cœur se mit à battre plus fort. Bien que la curiosité soit un signe d’intelligence, il n’en demeurait pas moins qu’elle pouvait s’avérer aussi un vilain défaut qui pouvait mettre sa vie en péril. Mais ça, il le savait très bien ! Néanmoins, Marty ressentait dans tout son corps, un influx d’adrénaline à laquelle s’ajoutait une bravoure surnaturelle face aux péripéties dangereuses ou aventureuses. Se préparant à toute éventualité, il continua d’avancer prudemment en scrutant attentivement les alentours à l’affut d’un danger possible.
À quelques mètres de lui, de l’autre côté du mur, son ami s’apprêtait à le suivre. Envahi par un récent mauvais souvenir, Cripley hésita avant de franchir cette barrière d’une transparence opaque. Finalement, il décida de la traverser et, pour s’assurer de ne pas décevoir Marty, il marcha sur la pointe des pieds. Dès que Cripley eut disparu de l’autre côté, quatre garçons firent irruption dans la pièce. S’apprêtant à traverser la muraille à leur tour, un bruit sourd vint interrompre leur action. Derrière eux, une silhouette apparut à leur grand désarroi puisqu’ils venaient de se faire surprendre par le directeur Vadeboncoeur. D’un air sévère et sur un ton soupçonneux, le vieil homme leur demanda :
— Pourriez-vous me dire, jeune homme, ce que vous faites dans les
parages et où vous allez comme ça ?
— Heuuuuu… rien, monsieur ! Nous avons cru entendre des bruits
dans cette pièce, alors… bafouilla Joshua avec une nervosité qui dévoila clairement son mensonge.
— Voyons ! Vous devriez savoir qu’un vieillard comme moi est
capable de détecter facilement les supercheries. Allons, dites-moi simplement la vérité et je vous assure que je ne vous en tiendrai pas rigueur !
— Bien, pour tout vous dire, monsieur… On a simplement voulu
savoir où Cripley et Marty allaient. Nous croyons qu’ils s’apprêtent à rejoindre quelqu’un de l’autre côté du mur, répondit-il fièrement. L’occasion était idéale pour leur nuire et il en récolterait sûrement les honneurs. Dans sa tête, il se voyait vêtu d’un habit de super héros, levant les bras en signe de vainqueur, acclamé par une foule hystérique pour sa victoire contre la créature à deux têtes gisant sur le sol. Étrangement, les traits faciaux de cette abomination ressemblaient à ceux de Marty et de Cripley. Soudain, cette image s’effaça et il se sentit interpellé.
— Allo ! Vous êtes avec moi ou ailleurs ?
— Heuuu…oui, oui ! Désolé.
— Comme je venais tout juste de dire avant que vous ne partiez dans
vos pensées. Je ne peux vraiment pas vous féliciter pour votre attitude, jeune homme ! J’estime que vous êtes irresponsables en mettant votre vie et celles de vos camarades en danger, cela tout simplement pour satisfaire votre propre curiosité. Vous semblez avoir oublié que quelqu’un a essayé d’éliminer l’un de vos camarades, Phil. Cela lui a pratiquement coûté la vie ! Je considère que pour le moment plus personne n’est en sécurité dans cette école. Je suis maintenant persuadé qu’il y a une taupe parmi nous. Je tente désespérément de la démasquer, mais si je dois vous surveiller en plus…
— Nous avons compris monsieur Vadeboncoeur. Lança Joshua d’un
air faussement soumis.
— Bon d’accord ! Je vous demanderais de faire demi-tour et de
retourner dans vos quartiers et me laisser me débrouiller avec ça.
— Nous y allons de ce pas, monsieur le directeur.
— Très bien, vous m’en voyez ravi. Bonne journée !
Évidemment, il ne le faisait pas de plein gré, puisqu’il aurait bien voulu savoir ce qui avait poussé Cripley et Marty à traverser le mur. Cependant, les ordres du directeur étaient incontestables. Néanmoins, dans le fond de lui-même, Joshua salivait en pensant, d’un point de vue très morbide, que ce lieu regorgeait parfois de cruelles créatures et que, sans protection, cet endroit pourrait devenir leur tombeau ! Ainsi, il serait débarrassé d’eux à tout jamais !
Pendant ce temps, de l’autre côté de ce mur… Marty repéra le signal de sa meilleure amie Karine. Parfois, pour une raison qui lui échappait, la boussole semblait perdre sa trace… comme si son amie s’était évaporée temporairement ! Puis, brusquement, Marty arriva face à face avec un groupe de loups affamés. Son cœur fit un bond ! D’un mouvement lent, mais prudent, ils s’approchèrent de sa future victime le dévorant pratiquement du regard. Il reculait machinalement en prenant soin de garder une bonne distance entre lui et ces canidés enragés et assoiffés de sang. En dépit de la peur qui semblait s’immiscer en lui, il réussit tout de même à se concentrer. Une boule d’énergie d’un rouge vif prit forme de son œil central. Par la suite, cette sphère se sépara en plusieurs bulles du même nombre que ses prédateurs. Sans aucun avertissement, les loups se jetèrent sur lui ! Ayant été pris de court, Marty n’eut pas le temps de les atteindre. Il était persuadé que sa dernière heure venait d’arriver ! Cependant, venus de nulle part, des rayons d’énergie atteignirent le groupe de loups qui basculèrent vers l’arrière sous l’impact. Marty se tourna et aperçut son ami s’effondrer sur le sol à bout de souffle, ayant utilisé toutes ses réserves d’énergie pour le sauver d’une mort certaine. Bien qu’il sentit en lui un peu de colère à l’égard de Cripley, il était heureux de le voir, car celui-ci venait encore de lui sauver la vie. Craignant que le groupe de loups revienne à la charge, Marty leur projeta ses multiples bulles d’énergie qui les fit décamper à toute vitesse. Puis, il se précipita vers son sauveur pour l’appuyer contre un tronc d’arbre afin de lui permettre de reprendre graduellement ses forces.
— Mais, qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Marty, tiraillé entre un
sentiment de colère et de compassion.
— Je voulais t’aider. Se justifia Cripley.
— Je te remercie infiniment d’être intervenu, tu viens encore de me
sauver la vie.
— Je suis comme ton ange gardien, si tu veux. Lança-t-il d'une façon
espiègle.
— Peut-être… malheureusement, je dois te demander de rebrousser
chemin !
— Non ! Je ne te laisserai pas tout seul ! Je ne voudrais surtout pas
qu’il t’arrive la même chose qu’à Phil.
— C’est donc ça ! Tu te sens responsable de ce qui lui est arrivé,
n’est-ce pas ?
— En quelque sorte… Oui, avoua-t-il.
— C’est totalement ridicule !
— Je le sais bien, mais pour tout te dire… Je me sens coupable de tout
depuis que mon frère est mort, dit-il sur un ton d’amertume.
— Pourquoi ?
— Parce que… c’est à cause de moi si mon frère est mort.
— Je te demande pardon, je ne savais pas. Pour rien au monde, je ne
voudrais te faire de peine et encore moins rouvrir une plaie de ton passé.
— Pas de problème, tu ne pouvais pas savoir. D’ailleurs, il y a
quelque chose d’important que je voulais te dire.
— Quoi ?
— Tu sais, dès notre première rencontre, j’ai tout de suite su que je
pouvais te faire confiance.
— Ah oui ! C’est gentil !
— C’est normal, mais je t’en prie, j'aimerais que tu acceptes mon
aide. Lui dit-il sur un ton d’imploration.
— Dis-moi, comment as-tu su pour mon rendez-vous avec Karine ?
Cripley hésita un peu avant de lui répondre et finalement, il décida de lui dire.
— Je sais que tu vas peut-être te fâcher contre moi… Mais quand tu
m’as raconté que Karine était partie dans le monde réel, j’ai tout de suite su que tu venais de me mentir et cela m’a intrigué. Alors, pour savoir la raison de ton mensonge, j’ai dû m’introduire dans tes pensées sans que tu t’en aperçoives, pour y découvrir que tu m’avais menti pour me protéger. J’avoue que ton geste a été très noble. Pour cette raison, je ne peux pas te laisser partir dans un piège inévitable. Je vais t’accompagner, que tu le veuilles ou non.
— Justement ! Je ne voudrais pas que l’un de mes meilleurs amis
risque sa vie pour moi. Protesta Marty.
— Et si je te disais que je suis prêt à aller voir le direc-
teur pour l’informer de tes plans ? répliqua Cripley sur un ton
menaçant.
— Tu n’oserais tout de même pas ?
— Bien sûr que si !
— Bon… bon, c’est d’accord ! Tu ne me laisses vraiment pas le
choix. S’inclina-t-il.
— Parfait ! s’exclama Cripley enjoué.
— Ton courage t’honore, tu sais. J’en suis vraiment touché !
— Puis-je me permettre de te faire une suggestion ?
— Oui. Vas-y, je t’écoute.
— Je propose d’entrer dans ton esprit, comme ça je pourrais demeurer
en contact constant avec toi malgré la distance qui pourrait nous séparer. Suggéra Cripley.
— C’est une très bonne idée, mais comment sauras-tu s’il y a quelque
chose d’anormal ?
— En m’introduisant dans ton esprit, je peux ressentir tes peurs, tes
impulsions, bref connaître tes pensées.
— Est-ce que cela ne va pas te rendre plus vulnérable ou t’affaiblir
face au danger ?
— Ça, c’est un risque que je suis prêt à prendre pour toi. Dis-toi que
les risques font partie d’une mission.
— Bon, très bien ! J’imagine que même si je proteste, tu ne me
laisseras pas le choix. Dit-il sur une voix de résignation.
— Tout à fait !
— En espérant que tout fonctionne comme prévu. J’espère seulement
que tu ne te trompes pas.
— Je te remercie sincèrement, ton optimiste est si convaincant que
j’en perds la voix ! lança Cripley, d’un ton sarcastique.
Pendant que Cripley rampait en direction des buissons afin de s’y fondre, Marty continua d’avancer en vérifiant de façon périodique le signal qui le menait vers le lieu de rencontre. Après avoir marché pendant quelques minutes, arrivé presque au point de rencontre final, il s’immobilisa. Alors que Cripley longeait les arbustes sans faire trop de bruit, Marty observa attentivement les alentours, il aperçut Karine assise sur un tronc d’arbre mort, elle ne semblait pas s’être aperçue de sa présence. Derrière elle, Marty vit un rocher qui ressemblait à un gros diamant d’où émanait des reflets presque aussi aveuglants que le soleil. Il fut stupéfait de voir ce que le rocher venait de lui révéler. Car sous les traits innocents de la petite Karine, un autre visage apparut. À sa grande surprise, l’imposteur se révélait être son idole du monde réel, Darryl Spiceys ! Pour rien au monde, il ne se serait attendu que ce soit cette personne ! Désormais, il ne le verrait plus comme la vedette de son équipe préférée, mais plutôt comme un manipulateur et peut-être même un dangereux criminel. Du même coup, Marty se demandait, ce qu’il en était devenu de sa meilleure amie. Était-elle morte ou l’avait-il assassinée afin de prendre possession de son corps ? Bref, tout compte fait, il préférait ne pas y penser, craignant le pire pour elle !
Avec un recul dans le temps, les images des morceaux du menhir éparpillés ainsi que du corps inerte de son ami Phil refirent surface dans l’esprit de Marty. Faisant ainsi le lien entre l’imposteur et l’attaque que Phil avait subie lors de leur premier test. Bien que celui-ci ait mentionné sous les traits de Karine, qu’ils avaient été victimes d’une embuscade, Marty comprit que ce fourbe avait cherché à cacher sa véritable identité. De plus, de mémoire, il se souvint que Cripley lui avait parlé de l’acuité de l’énorme menhir qui pouvait dévoiler les canulars, les camouflages ou bien des métamorphoses engendrées par les influx énergétiques. Il conclut que Phil avait probablement aperçu le reflet du vrai visage de cet imposteur, dévoilé par ce gros rocher et qu'il avait tenté ainsi de les prévenir d’un danger imminent, mais cela fut en vain…
Marty en s’avançant indiscrètement dévoila sa présence par un craquement de brindilles. Pour lui, il était crucial que cet individu ne sache pas qu’il fût démasqué. Ainsi, l’adolescent devait demeurer sur ses gardes et donner l’impression qu’il n’était pas au courant de sa vraie identité. Darryl, sous les traits de Karine, entendit le bruit des brindilles et sursauta. Il se tourna d’un mouvement vif en direction du bruit et aperçu Marty.
— Bonjour, Karine, comment vas-tu ? lança hypocritement Marty.
— Très bien ! répondit Darryl.
— Alors, tu voulais que je t’aide à trouver des indices ?
— J’aimerais bien, en effet !
— Bon, par quoi commençons-nous ?
— Nous allons retourner à l’endroit exact où Phil et moi avons été
attaqués. Pour cela, nous devons passer par cette grotte.
— Ah bon ! C’est par ce chemin que vous êtes passés, toi et Phil ?
— Pas exactement, mais c’est un raccourci. Répondit Darryl avec un
certain agacement.
— D’accord, je te suis, répliqua Marty en sachant très bien qu’il
l’emmenait tout droit dans un piège.
À quelques pas d’eux, Cripley les observait dissimuler derrière un buisson qui le camouflait parfaitement puis, dès qu’ils pénétrèrent dans la grotte, il se leva d’un bond pour les suivre à une distance raisonnable en prenant bien soin de ne pas faire de bruit. Jusqu’à maintenant, Cripley avait sauvé par deux fois son ami des griffes de la mort. Réussirait-il pour une troisième fois ?
Marty suivit Darryl de très près et fut pris d’émerveillement et d’ébahissement par la beauté du décor que révélait cette grotte. Il y avait au plafond une lignée d’innombrables chauves-souris qui étaient suspendues à des glaçons en forme de crochets. Ces stalactites scintillaient et passèrent d’une couleur cristalline à un rouge écarlate. De plus, ce lieu était envahi par des statues de grandeurs diverses. Certaines semblaient représenter d’anciens combattants barbares tandis que d’autres probablement de nobles dieux, pensa Marty. Les statues étaient disposées de façon à former plusieurs passages, tel un labyrinthe. Les murs étaient ornés de grilles jonchées d’énormes clous qui dépassaient et étaient camouflés par ce qui ressemblait à d’étranges plantes grimpantes d’un vert moisi. Elles avaient un corps végétatif et dissimulé derrière leur feuillage, apparaissaient des traits faciaux humains. Les tiges des plantes se balançaient de gauche à droite et émettaient des bruits de lamentations. Un frisson parcourut le corps de Marty, provoqué par ces gémissements inhabituels pour des végétaux. À partir de ce moment, il ne savait plus s’il devait s’enfuir ou bien rester. Toutefois, son courage et sa curiosité le poussèrent à surmonter sa crainte et à aller de l’avant. Peut-être courait-il à sa propre perte ? Cependant, au risque de mourir, il gardait espoir de découvrir ce qui s’était passé avec sa meilleure amie Karine.
Darryl émit un sifflement aigu et sans avertissement. L’une des plantes entortilla Marty comme un saucisson. Au même moment, Darryl se dédoubla et laissa tomber à côté de lui un corps inerte. D’une couleur transparente, il semblait être un mélange entre de la gélatine et un gaz brumeux. À vrai dire, cela était ce qu’on appelle un « corps astral ». Au contact du sol, cette matière émit un drôle de bruit qui ressemblait à un splash ! De toute évidence, Marty reconnut à son grand étonnement que cette chose qui venait de s’échoir sur le sol venait de prendre les traits de sa meilleure amie, Karine ! Tandis qu’il dévoilait son visage d’imposteur, l’adolescent fit semblant d’avoir l’air surpris en apercevant Darryl Spiceys. Celui-ci le regarda et lui dit sur un ton agressif :
— Tu n’es qu’un petit fouineur et un emmerdeur ! Sache que ce sont
des gens comme toi qui m’ont causé beaucoup de tracas !
— QU’AVEZ-VOUS FAIT DE KARINE ? Rugis Marty.
— Rassure-toi pour le moment, elle n’est pas encore morte, mais cela
ne tardera pas ! lança-t-il sans le moindre remords.
— Vous n’êtes qu’un meurtrier !
— Tu me fais de la peine. Répondit-il sur un ton de moquerie.
Marty essayait de se débattre afin de se défaire de ses liens. Néanmoins, il se rendit compte que plus il bougeait, plus les liens semblaient se resserrer sur lui.
— Pour ton information, ce ne sont pas de vraies plantes grimpantes,
mais des mutants appelés « végétalus » et si tu continues, je vais leur ordonner qu’ils te pressent comme un citron. Quoiqu’en y réfléchissant davantage… cela me causerait plus de problèmes puisque mon prince Khaos te veut vivant. Alors, tiens-toi tranquille !
— De toute façon, il va sûrement me tuer. Lança promptement Marty.
— Au fait, en parlant de la mort… tu sais les parents de ta meilleure
amie… Hé bien ! C’est moi qui les ai éliminés, car ils devenaient un peu trop gênants pour ma mission.
— QUOI !
— Tu as très bien compris, je les ai tués de mes mains.
— ESPÈCE DE…
Marty n’eut même pas le temps de terminer qu’une bulle d’énergie jailli de son interlocuteur et vint lui clouer la bouche d’un ruban adhésif couleur peau.
— Bon enfin ! Maintenant, je vais pouvoir te raconter les faits sans
que tu m’interrompes constamment par tes états d’âme. J’ai effectivement réussi à me débarrasser d’eux et j’ai fait croire à la petite Karine que je compatissais à sa souffrance… bien sûr, elle m’a cru ! Quelle personne naïve ! Elle ne sait pas que je suis l’auteur de ce double meurtre ou je devrais plutôt dire ce triple meurtre puisque sa mère attendait un enfant. Après avoir découvert ses parents, elle a fait une terrible crise d’angoisse et les ambulanciers l’ont transportée à l’hôpital…
Entretemps, Marty fit paraître sur son visage une colère grandissante à la suite de ce qu’il venait d’entendre. Darryl poursuivit comme s'il ne tenait aucunement compte de la colère qui animait le visage de Marty.
— J’en ai profité pour prendre possession de l’esprit du médecin pour
lui faire administrer à ta petite amie, une forte dose de ma propre cuvée. En l’affaiblissant ainsi, j’ai été capable de l’envoyer dans un profond sommeil. Par la suite, je lui ai fait boire de l’eau de vérité par une ruse afin de lui faire dévoiler tous ses plus petits secrets. Dès que j’ai obtenu suffisamment d’informations, j’ai pu m’approprier l’enveloppe de son corps astral pour me faufiler à sa place dans votre classe. Ainsi, je devais découvrir qui était le fils d’Angelina Desforges. Je dirais que grâce à la description exacte qu’elle avait en mémoire de toi, je t’ai tout de suite repéré en entrant à l’école.
Une seule pensée effleurait Marty pendant que l’imposteur lui parlait. Il ne voulait en aucun cas qu’il s’aperçoive de la présence de son ami Cripley, puisque cela risquerait de mettre sa vie en danger et ça, il ne le voulait pas ! Heureusement pour lui, son copain avait réussi à très bien se dissimuler derrière l'une des statues en pierre. D’ailleurs, son ami avait senti sa détresse. Grâce aux incroyables facultés télépathiques qu’il possédait, il avait réussi à s’infiltrer dans son esprit et ainsi suivre la conversation comme s'il avait été tout près d’eux. Du même coup, il détecta ses appréhensions émotionnelles grandissantes qui passaient dans le cerveau de Marty. Cet adolescent possédait un orgueil démesuré, il ne lui en aurait jamais avoué ses craintes même s'il courait un grand danger.
Pendant ce temps, Darryl continuait de parler et son visage ainsi que sa voix révélaient une surexcitation. Au même moment, une étrange créature d’une apparence humanoïde sans traits faciaux surgit derrière l’une des statues. Darryl lui murmura quelque chose et puis, sous les yeux de Marty, celle-ci se transforma en un moustique semblable à une mouche couleur de sang. Puis, elle s’envola et disparut dans un bruit sonore.
— Mon cher prince ne va pas tarder, je viens de lui envoyer un
messager qui va lui transmettre la bonne nouvelle. Qui se résume au fait que j’ai trouvé l’un des héritiers du rêve.
Soudainement, les liens de Marty se mirent à le serrer de plus en plus, provoquant une atroce douleur aux côtes. Il sentait les liens pénétrer et fendre sa chair par endroits cela le fit grimacer de douleur. « Avec cette douleur qui s’accentue, je ne pourrai pas tenir longtemps. Espérant que Cripley pensera à aller cherche de l’aide », pensa-t-il.
Darryl lui tourna le dos. Il lui dévoila en baissant son chandail avec fierté, une cicatrice qui représentait une tête de lézard d’une couleur verdâtre et qui était située en haut de son omoplate gauche. Elle ressemblait à une marque qu’on lui aurait faite au fer rouge comme à du bétail. En plus, la cicatrice semblait boursoufflée et on pouvait apercevoir son contour complètement dégarni de poils. Darryl s’exclama de façon presque vénérable en parlant du prince Khaos.
— Oui, je suis très fier de servir le maître des cauchemars. Pour lui, je
serais prêt à endurer les pires souffrances s’il me le demandait. Je porte cette marque avec dignité et dévouement.
Soudainement, il se tut. À quelques pas deux, des cris retirent.
— Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Vous me faites mal !
Brusquement, le visage de Marty se transforma en une expression d’horreur. Il venait d’apercevoir au loin son ami Cripley qui venait de se faire prendre. Maintenant, ils ne pouvaient plus espérer de l’aide de personne d’autre pour les sortir de cette impasse. Désormais, tout espoir lui semblait perdu…
Le manguora avait surpris Cripley, même si celui-ci pensait avoir trouvé la cachette idéale derrière une statue de pierre. La créature à demi-âme avança en tirant sa prise qui était entortillée de ses bras caoutchouteux comme un saucisson. Bien qu'ils n’aient pas la faculté de se servir d’influx énergétiques, leurs bras et leurs jambes devenaient aussi extensibles qu’un élastique. Marty venait d’apercevoir près d’eux un sarcophage qui était installé derrière l’une des statues. Le manguora fit entrer Cripley de force à l’intérieur du sarcophage et referma le couvercle malgré les protestations de l’adolescent. Marty fut estomaqué en fixant le médaillon et en constatant en même temps que cette créature portait au cou le même nom que leur guide. Fradoc ! Prônant une totale confiance en lui, Marty ne pouvait imaginer le scénario qu’une créature ayant tant souffert dans le passé, puisse servir un traitre tel que Darryl. Pourtant, la réalité semblait très différente de ce qu’il pensait. L’adolescent su dès cet instant que quelque chose de mauvais se préparait. Il ressentait comme un étrange pincement au cœur. Pendant ce temps, la conversation commençait à s’animer.
— Salut Darryl ! Comment doit-on t’appeler maintenant ? La taupe ?
L’imposteur ? Ou bien mademoiselle Hilbert ? lança Fradoc
moqueusement, dissimulant en même temps, un sens cynique dans son ton timbre de voix.
— Salut Fradoc ! répondit Darryl, qui fit l’indifférent malgré les
paroles sardoniques qu’il venait d’entendre.
— Tu devrais lâcher l’autre prisonnier puisque c’est moi qui dois les
livrer au prince des cauchemars.
— Jamais de la vie ! Tu rêves ou quoi ? s’exclama Darryl, offusqué.
— Pas du tout ! J’ai eu l’ordre de les ramener avec moi !
— Et sous l’ordre de qui ?
Soudainement, derrière l'une des statues, une silhouette apparut.
— La mienne ! lança une voix puissante.
— Je suis content de vous revoir, maître ! S’inclina Fradoc, en le
voyant s’approcher d’eux.
L’homme avait un timbre de voix que Marty reconnut. Se rappelant d’une conversation qu’il avait surprise entre ces deux personnages et dont il n’eut eu la chance d’identifier physiquement. Maintenant, il pouvait être en mesure de mettre un visage sur l’autre voix qu’il avait entendue. L’homme était vêtu bizarrement, il portait une chemise à manche courte d’un bleu d’encre, un pantalon brunâtre, des bottes d’eau accompagnées d’un imperméable jaunâtre. Marty remarqua un détail étrange… Il portait une bague semblable à la sienne sauf que celle-ci n'avait pas de pierre au centre, mais plutôt à ce qui ressemblait à une tête de lézard. Contrairement à ce que son habillement pouvait laisser croire, cet individu aux yeux sombres, aux traits faciaux anormaux et sa stature allongée qui ressemblait à celle d'une échalote, prônait l’autorité et l’obéissance par la force de sa voix. Dès que son regard croisa celui de Darryl, le ton de sa voix prit un air narquois. Tandis que le visage de son opposant fut envahi par la stupéfaction.
— Tu sembles étonné de me revoir ? lança l’étrange individu.
— Felgard ? s’exclama Darryl affichant un visage horrifié.
— OUI, c’est bien moi ! Cependant, cette fois tu ne t'en tireras pas
avec facilité, je peux te l’assurer !
— Je ne comprends pas ! Je t’ai pourtant tué de mes propres mains !
Ça… Ça ne peut pas être toi ? C’est impossible ! s’étonna Darryl.
Ses yeux s’agrandirent de plus en plus et affichaient une expression de stupeur.
— À vrai dire, tu as cru à ma mort grâce à Fradoc, qui a eu une idée
de génie. Étonné, n’est-ce pas ?
— Mais… mais… cela ne peut être possible ? bégaya Darryl.
— Pourtant si ! Je suis devant toi comme tu peux le constater. D’autre
part, j’ai su que notre prince Khaos t’a épargné à notre grand regret. Mais cette fois-ci, nous ne te laisserons pas repartir vivant d’ici.
— Je ne comprends plus rien ! s’exclama Darryl, dépassé.
— Tu peux lui répondre Fradoc, je t’en donne la permission.
— D’accord maître, puisqu’il va bientôt mourir, je peux lui expliquer
comment je me suis arrangé pour lui faire croire à votre mort.
Fradoc poursuivit ses explications, mais sa voix avait adopté un ton plus malicieux.
— Je suis allé voir cette enseignante en lui demandant de préparer une
potion de métamorphose à la demande du directeur Vadeboncoeur… cette sotte ne m’a même pas exigé d’explication ou bien d’autorisation de la main du supérieur, alors j’en ai profité. Que de stupidité et de naïveté, a-t-elle fait preuve en ne prenant pas de précaution ! Peu importe ! Mon plan s’est déroulé à la perfection, et cela, sans faire d’effort supplémentaire. Par la suite, j’ai bu la potion et je me suis fait passer pour mon maître. En réalité, mon cher... C'est moi que tu as étranglé. Comme j’ai un corps élastique et que les battements de mon cœur sont imperceptibles grâce à une enveloppe qui le recouvre, je t’ai dupé. Tu as cru en ne sentant aucune pulsion que tu venais de me tuer. Pas mal, hein ?
— VOUS N’ÊTES QU’UNE BANDE DE SALAUDS ! VOUS
ALLEZ ME LE PAYER ! JE VAIS VOUS T…
Avant même que Darryl n’ait eu le temps de continuer sa phrase, un influx énergétique rougeâtre le frappa en pleine figure et il s’écroula en hurlant de douleur. Son visage s’enflamma en un éclair, comme s’il avait été aspergé d’essence. Des cris de douleur retentirent, ce qui fit frémir de peur Marty. Darryl luttait pour ses derniers instants en se roulant sur lui-même, mais au lieu de s’éteindre comme cela aurait dû se produire, les flammes s’amplifièrent. À peine quelques secondes plus tard, ses cris s’estompèrent et son corps entier fut réduit en un amas de cendres.
— Bien fait pour toi ! lança Fradoc, satisfait de s’être débarrassé de
son adversaire.
— RETOURNE D’OÙ TU VIENS, VERMINE ! Retourne en
poussière ! Maintenant, tu n’interviendras plus dans nos projets, ajouta Felgard.
Les deux se regardèrent et ils éclatèrent d’un rire diabolique créant un écho retentissant tout autour d’eux.
— Maintenant, nous pouvons nous concentrer sur nos invités, dit
l’aubergiste, sur un fond de sarcasme.
Il s’approcha de Marty qui était toujours prisonnier du végétalus (mutant végétal). Puis soudainement, Felgard décida d’ordonner à cette créature de libérer son prisonnier sans tenir compte de la hauteur qui le séparait du sol puisqu’elle l’avait soulevé de plusieurs mètres lorsqu’il s’était débattu.
Brusquement, Marty fit une chute abrupte de quelques mètres et au contact du sol, sa cheville fléchit et son os en ressortit créant ainsi une forme inquiétante. La victime échappa une expression faciale qui démontrait une atroce douleur. N'ayant pas la capacité de pouvoir prononcer le moindre mot pour exprimer sa douleur puisque sa bouche avait été calfeutrée, de ses yeux, un flot de larmes apparut et inonda ses joues.
L’aubergiste s’avança vers lui avec un sourire moqueur et lui dit sur un ton rempli de cruauté :
— Tu as mal, mon pauvre petit garçon ? Tu ne me réponds pas ? Le
vilain chat a fait disparaître ta langue ! Pauvre de toi ! Tu fais vraiment pitié à voir, tu ne trouves pas, Fradoc ?
— Bien sûr maître, bien sûr ! répondit Fradoc.
— Tu sais, je crois vraiment que cet idiot de Darryl a eu l’idée la plus
brillante de son existence en clouant le bec à cet ignoble mortel. Tu sais, j’adore la mort, car elle apporte le silence et le repos éternel. Dit-il sur une tonalité de vénération.
Soudain, un vrombissement attira leur attention. Derrière eux apparut une petite mouche de couleur rouge sang. Même si celle-ci ressemblait à celle que son persécuteur avait envoyée peu de temps avant de mourir, n’étant de ce monde que depuis peu de temps, Marty ne pouvait en avoir la certitude. Elle virevoltait dans tous les sens et dès que l’aubergiste ouvrit le creux de sa main, elle s'y déposa aussi délicatement qu’une plume. Felgard approcha sa main de son oreille et elle émit un bourdonnement comparable à un essaim de guêpes.
— Parle-nous de façon à ce que nous te comprenions. Ordonna
l’aubergiste.
— Bien zzzur, pardonnez-moi ! Je…Bzzz…zuiz venue vouz…
Bzzzz…prévenir que votre prinze…Bzzz…a terminé sa bezogne….Bzzzz...Il voudrait que vouz retourniez à l’auberge… Bzzzzzzz…tout de zuite…Bzzzzzzzzzz…pour vouz débarrazzer des deux corps…Bzzzz…afin que les autres enquêteurs puizzent être mis zur une fauzze pizte…Bzzzz…Il m’a dit auzzi…Bzzzz… qu’il vous récompenzera quand vouz…Bzzz…lui apporterez… Bzzz…les prizonniers….Bzzzz…et, il vous en remercie à l’avance…Bzzzzzzzzzz.
— Bien, très bien ! Il se tourna en direction du manguora et
poursuivit. Je te demande de les surveiller jusqu'à ce que je revienne. Tu as bien compris ?
— Bien sûr, maître !
— Je dois retourner à l’auberge pour terminer la mission de notre
prince du cauchemar. Du fait que ces mortels sont stupides et naïfs, je n’aurai aucun problème à leur faire croire que leurs agents ont été attaqués par un animal sauvage. Entre temps, j’aimerais que tu gardes un œil sur nos invités, compris ?
— D’accord ! Mais, maître... (il hésita un peu et poursuivit sa phrase)
...avez-vous parlé au prince au sujet de ma requête comme vous me l’aviez promis ? demanda Fradoc, craintivement.
— Je te l’ai promis, non ? Alors… pourquoi cela t’inquiète-t-il autant
?
— Je sais que je ne devrais pas douter de vous et je m’excuse, mais…
je suis tellement anxieux et impatient à l’idée de pouvoir un jour, récupérer ce qui m’a été enlevé depuis si longtemps. J’aimerais enfin avoir le sentiment d’exister et de rêver tout comme les humains, vous comprenez ?
— Sachez que même si je ne suis pas humain, je peux vous
comprendre parfaitement !
Toutefois, dans le regard sombre de Felgard, son mensonge devenait imperceptible. En fait, rien n’avait plus d’importance que sa gloire et ses besoins personnels. Il se moquait éperdument des besoins d’autrui et n’avait ni reconnaissance ni pitié envers qui que ce soit. D’ailleurs, le geste morbide qu’il avait posé à l’égard de son adversaire Darryl prouvait hors de tout doute qu’il était un être cruel et dépourvu d’humanité. Malgré tout, Fradoc continua de croire en lui. Était-il trop naïf ou aveuglé par l’espoir de récupérer ce qui comptait le plus pour lui, c’est-à-dire son âme ? Quoi qu’il en soit, il ne tarderait pas à le découvrir…
Par la suite, l’aubergiste disparut dans un tourbillon de lumière d’un bleu éclatant. Laissant à son acolyte la surveillance de ses deux prisonniers jusqu’à son retour.
OceanofPDF.com