Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 11 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre VIII

Nouvelles rencontres

Marty avança à pas de tortue dans cette immense grotte et un frisson parcourut tout son corps, il se sentit également observé tout comme Karine l’avait été ! Croyant que cela provenait de son imagination, il continua à avancer quelques pas de plus. Le jeune adolescent n’était pas un trouillard ou même un lâche. Rien de tel, puisqu’à quelques reprises il avait fait preuve d’un courage irréprochable en défendant une nouvelle élève du nom de Karine contre les préjudices de ses camarades de classe. Elle lui en était très reconnaissante et, dès lors, ils devinrent les meilleurs amis du monde. Du coin de l’œil, il aperçut un mouvement derrière l’une des colonnes de pierre. Cette ombre l’observait avidement et étudiait ses moindres mouvements. Sans avertissement, la créature se rua sur lui. D’instinct, Marty leva les mains pour se protéger le visage et, au même moment, un halo vert fluorescent venant de nulle part l’engloba comme une coquille formant un écran protecteur. Sur son élan, la créature percuta de plein fouet le mur de protection qu’elle n’avait pas eu le temps d’apercevoir et rebondit comme une balle directement sur l’une des colonnes de pierre. Le choc fut si violent qu’un giclement de sang se répandit sur tous les murs de la grotte et l’existence de la créature venait subitement de prendre fin. Le halo de protection disparut aussi rapidement qu’il était apparu. Marty s’approcha de cette créature pour satisfaire sa curiosité. Graduellement sous ses yeux ébahis, la créature qui ressemblait à un croisement entre un ours et un humain, prit une forme de plus en plus humanoïde. En l’observant de plus près, l’adolescent constata que ce mutant portait un tatouage étrange sur le haut de son omoplate gauche qui représentait la tête d’un lézard. De plus, à son majeur droit, il portait une bague étoilée presque identique à la sienne à l’exception que le diamant du centre reflétait une couleur d’un vert sapin. Marty se rappelait précisément sur la photo de ses parents que son père en possédait une lui aussi. Cependant, comment était-ce possible de faire la différence des couleurs sur une photo en noir et blanc ? Se demanda-t-il. Marty se posait plusieurs questions, mais pour le moment elles demeuraient sans l'ombre d'un doute toutes sans aucune réponse. Assommé par toutes ces innombrables questions, il ne s’était pas aperçu que…

Tout près de lui, deux garçons venaient d’émerger derrière l’une des peintures murales représentant le combat entre un chevalier et un dragon argenté. Marty resta figé devant l’apparition soudaine. En les observant plus attentivement, il en déduisit qu’ils devaient être du même âge que lui. De plus, en promenant son regard sur eux, il venait d’apercevoir que ces étrangers portaient à leur doigt une bague identique à la sienne. Nullement intimidé par son regard analytique, le plus petit des deux lui fit un sourire amical, ce que l’adolescent lui rendit à son tour et qui détendit un peu l’atmosphère si lourde. Ils s’avancèrent vers Marty. Le plus costaud des deux brisa enfin le silence et lui demanda :

— Heu… bonjour. Ça va ?

— Oui merci ! J’aimerais bien que quelqu’un me dise d’où provenait

cette lumière verte, demanda Marty sans être persuadé qu’il s’adressait aux bonnes personnes.

— De moi, répondit le plus costaud.

— Ah bon !?

— Je me présente, je m’appelle Cripley Rabougris. Lui, c’est mon

copain Philémon Lanctôt. Il préfère que nous l’appelions Phil, c’est plus court comme prénom. Et toi, quel est ton nom ?

— Travis, Marty Travis.

— Nous sommes enchantés de faire ta connaissance Marty,

répondirent-ils d’une même voix.

— Moi de même, compléta Marty d’une voix timide.

Cripley poursuivit la conversation.

— Moi et mon ami Phil avons senti que tu courrais un très grand

danger en décelant un « animalus ».

— Un quoi ?

— Oui, je t’explique. Ces créatures ont l’apparence humanoïde et

possèdent la faculté de se métamorphoser. Elles proviennent du monde des cauchemars pour servir et obéir à son créateur, Khaos. Elles se divisent en cinq espèces qui ont la faculté de se métamorphoser. Tout d’abord, il y a la créature que tu viens de voir et qui se nomme l’animalus. Celle-ci comme tu as pu le constater peut prendre n’importe quelle forme de type animal. Ensuite, tu as le végétalus qui ne peut prendre qu’une apparence strictement

végétative. Puis, il y a l’humanolus qui est considéré comme le deuxième plus redoutable mutant pour les humains puisqu’il peut prendre tous leurs traits physiques. Ainsi, il pourrait prendre l’apparence de n’importe qui d’entre nous. Le quatrième type est le plus anodin des mutants, puisque le miljectus a pour fonction de se métamorphoser en un objet de petite taille. Finalement, le dernier, mais non pas le moindre de cette espèce mythique, considéré comme le plus dangereux de la catégorie des mutants, le mutanus . Cette créature possède la faculté de changer d’apparence à sa guise. Bref, il est l’ensemble de toutes les catégories réunies en un seul être. Pour cette raison, il est le plus craint de tous. Il est important que je te précise que tous ces mutants ont un odorat et une vision aiguisés. En voyant l’expression du visage de Marty rempli d’inquiétude, Cripley ajouta, afin de le rassurer. Ne t’inquiète pas même s’il est un redoutable adversaire, le mutanus n’en demeure pas moins qu'il est plus facile à détecter. Du moins, c’est ce qu’on m’a appris.

— Ha bon d’accord. J’en prendrais note ! Dites-moi, comment avez-

vous fait afin que cette créature ne puisse pas détecter votre présence ?

— Très bonne question ! Je dirais avec simplicité que la qualité de son

camouflage s’appuie sur son niveau d’expérience acquise. J’en déduis que l’animalus qui t’a attaqué ne devait pas avoir atteint plus d’un niveau ou peut-être deux au maximum. C’est ce qui nous a permis d’intervenir pour t’aider sans qu’il flaire notre présence. Il eut un petit sourire mesquin et poursuivit sa phrase.

— Disons que son maître aura un fidèle de moins à son service !

— Je vous remercie de m’avoir sauvé la vie.

— Bah ! Pas de problème !

Un peu embarrassé par les remerciements sincères de Marty, il passa du blanc au rouge coq en un instant. Cripley se décrivait comme un adolescent grassouillet. Sa corpulence correspondait à quelqu’un qui ne faisait pas assez d’exercice physique pour ce qu’il mangeait. Il avait des cheveux courts d’un blond cendré, ces yeux étaient d’un brun cacao et de grandeur moyenne avec un teint pâle. Quant à son ami Phil, ses cheveux bruns très courts, ses yeux d’un gris bleus, sa stature mince ainsi que son teint basané faisaient de lui un envié par la plupart de ses copains de sa classe.

Après que Cripley eut repris son teint normal, Marty décida de poser une série de questions, persuadé que ses nouveaux amis se feraient un plaisir de satisfaire sa curiosité.

— Pouvez-vous me dire où je suis ? demanda Marty.

— Bien, tu te trouves dans un rêve. Répondit tout bonnement Phil.

— Oui, je le sais bien ! Dis Marty sur un ton agacé. Mais ce n’est pas

ce que je voulais vraiment savoir.

— Ah oui bien sûr ! Excuse-nous. Tu te trouves dans la grotte mobile

qui sert de passage secret pour aller à l’école de Murphéus. Ajouta Cripley en voyant l’expression irritée sur le visage de Marty.

— Grotte mobile ? Passage secret ? École de Murphéus ? lança-t-il en

affichant un air interrogatif.

— Je comprends que pour toi tout est nouveau et que tu te poses plein

de questions présentement, mais je t’assure que nous allons tenter d’y répondre au meilleur de nos connaissances. Répondit Cripley.

— Oui. Tout à fait ! ajouta Phil.

— C’est gentil à vous deux, merci !

— Ça nous fait plaisir ! Ici, nous sommes censés être dans un passage

secret qui aurait dû être protégé contre toute intrusion, si l’on peut dire…

Cripley tourna son regard en direction du cadavre de la créature inerte et il poursuivit son explication.

— Normalement, je dis bien normalement, les disciples de Khaos ne

savent pas où se trouve l’entrée puisqu’elle est changée constamment d’endroit par notre directeur. Mais, je crains de ne pas avoir d’explication pour ce qu’il vient tout juste de t’arriver.

— Est-ce que l'un de vous a déjà entendu parler d’une femme qui

s’appelait Angelyna Desforges ?

Les deux se regardèrent affichant un air surpris, puis finalement Cripley lui répondit comme s’il avait une patate chaude entre les mains.

— À vrai dire, pour être francs avec toi, nous ne sommes pas la

référence idéale pour te donner une réponse à cette question. Je suis désolé, mais je suis persuadé que le directeur Vadeboncoeur sera en mesure d’y répondre.

— Merci beaucoup ! Et je suppose que je devrais rencontrer ce

directeur sous peu.

— Effectivement. Ajouta Phil.

Il eut un court silence et Cripley reprit la conversation sur un autre sujet.

— Je suppose que tu sais, tout comme nous, que nous possédons des

dons particuliers que les gens normaux n’ont pas. Afin d’apprendre à bien les maitriser, nous devons aller à l’école de Murphéus. D’ailleurs, mon frère fut parti d'un des meilleurs élèves de cette école. Il m’a appris quelques trucs. Je te les montrerai un de ces jours. Pour moi, il a été mon idole. Il était devenu l’un des meilleurs de sa classe, tu sais. Pour cette même raison, on l'a sélectionné, puis il est parti en mission... sans terminer sa phrase avec un nœud dans la voix.

— Pourquoi parles-tu de lui au passé ? demanda Marty, innocemment.

À la suite de cette question, Cripley changea de couleur pour prendre cette fois-ci un teint de craie. Phil prit précipitamment la parole à la place de Cripley en répondant :

— Malheureusement… son frère est mort ! Il a été tué, il y a environ

un an au cours d’une mission contre les disciples de Khaos. Les responsables de sa mort travaillaient pour cet infâme démon. C’est un être à l’âme diabolique, qui possède plusieurs noms, on le surnomme le démon des songes, le prince du mal, le maître du cauchemar et bien d’autres choses.

Cripley semblait reprendre soudainement des couleurs ainsi que l’usage de la parole.

— Je suis désolé d’avoir réagi de cette façon, mais pour moi, c’est

encore trop récent.

— Je comprends très bien et tu n’as pas à t’excuser, c’est moi qui ai

manqué de tact, répondit Marty.

— J’aimerais que nous devenions des amis, ce serait un honneur pour

nous et tu me sembles sympathique, dit Cripley.

— Merci ! Pour tout dire, j’en serais ravi et d’ailleurs, je crois que je

vais sûrement avoir besoin de votre aide.

— Compte sur nous ! ajouta Phil.

— Tu sais, mon frère est mort de façon très honorable et héroïque. Je

garde ce souvenir précieusement et je me suis promis de suivre ses

traces, affirma Cripley avec fierté.

— Je suis persuadé que tu y parviendras. Répondit Marty sur un ton

d’encouragement.

En signe du scellement de leur amitié, il s’avança et serra la main de Marty et Phil suivit son exemple. Par la suite, Cripley lança en blague pour changer l’atmosphère :

— Hé bien mon cher Phil, je crois que nous avons du pain sur la

planche, car nous devons aider Marty au meilleur de nos connaissances.

Les trois garçons prirent place en s'installant en rond. Ainsi, ils commencèrent à parler entre eux. Ils discutèrent intensément de plusieurs sujets pendant au moins deux heures. Marty fut stupéfait d’apprendre qu’une nuit dans le monde réel pouvait représenter environ une semaine dans le monde des rêves. Par l’intermédiaire de ses deux nouveaux amis, il découvrit et apprit plusieurs choses concernant le monde du rêve et celui du cauchemar.

Soudainement, l’écho de bruits de pas se fit entendre et les trois jeunes hommes sursautèrent en même temps. Un homme apparut, vêtu d’une longue cape blanche, tenant dans sa main droite un sceptre qui se terminait par un œil de verre. Dans sa main gauche, il portait une bague étoilée qui dégageait une aveuglante lumière blanche. Autour de son cou, il portait une chaîne argentée et munie d’un médaillon étoilé scintillant. Marty constata rapidement qu’il possédait une bague identique à la sienne. L’homme ressemblait à un vieillard avec une longue barbe grisonnante. Un sourire presque angélique se dessina sur son visage et son regard se promenait d’un garçon à l’autre. Il marcha lentement dans leur direction.

— Bonjour, je me présente, je suis le directeur Fargus Vadeboncoeur

de l’école de Murphéus. Je suppose que vous êtes Marty Travis ? dit-il en fixant les yeux du nouveau venu.

— Je suis bien Marty Travis, mais comment connaissez-vous mon

nom ? demanda-t-il d’un air ébahi.

— Très simple jeune homme, j’ai la faculté de percevoir certaines

choses. Il est vrai que je ne peux nier les traits évidents que vous avez de votre défunte mère, par exemple vos yeux.

Le vieux sage leva la tête vers le haut et, d’un air pensif, il poursuivit.

— Je me souviens d’elle comme si c'était hier. Une femme avec tant

de volonté, de courage, mais aussi de témérité qui la mettait parfois

dans des situations que je pourrais qualifier de suicidaires. Malgré tout, votre mère était aimée de presque tous. Malencontreusement… son audace lui a fait commettre quelques erreurs qui lui ont coûté la vie ainsi qu’à bien d'autres gens.

Le directeur semblait soudainement envahi par une expression de colère par ses traits faciaux étirés, il repensait aux circonstances tragiques et aux mystères qui entouraient sa mort. Ces quelques phrases touchaient profondément Marty. Il aurait tellement voulu qu’elle soit près de lui en ce moment. Cette tristesse intérieure refoulée depuis si longtemps refit surface et l’inonda, en même temps, d’un sentiment d’amertume. Tant de questions restaient sans réponse pour lui. Le directeur changea subitement de sujet et continua.

— Bon ! J’ai assez parlé ! Je dois maintenant vous conduire à l’école.

Suivez-moi ! Nous devons passer par ce couloir qui débouche sur une autre entrée secrète.

Les trois garçons le suivirent et gardèrent le silence tout le long de la marche. Ils arrivèrent dans un long couloir parsemé de toiles d’araignées, que bien entendu Marty essayait d’éviter de toucher, car il les avait en horreur. Souvent, quand il était beaucoup plus jeune, sa grand-mère Martha, pour le punir lorsqu’il avait fait une grosse bévue, l’enfermait dans la garde-robe de sa chambre qui était infestée d’araignées. Il était donc normal pour lui de ressentir un certain dégoût face à ces bestioles.

Après avoir fait quelques pas, le vieillard s’arrêta brusquement devant une peinture murale de près de six pieds de haut qui représentait une magnifique licorne vêtue d’un majestueux manteau royal or et blanc. Le directeur la toucha avec son sceptre et aussitôt la licorne murale émit un jet de lumière blanchâtre aveuglante et elle se transforma en un accès qui formait une porte d'un liquide translucide et gélatineux. Marty resta bouche bée devant ce spectacle…

Quelques secondes après, avant de traverser cette substance, le vieillard fit signe aux trois garçons de le suivre. Ils réapparurent de l’autre côté de cette porte dans un couloir éclairé par des lucioles procurant une lumière volatile. Pendant la longue marche qui suivit, Marty n’avait pas cessé de dévisager le vieillard. En fait, il était torturé par de nombreuses questions qui le tourmentaient et pour lesquelles il n’avait pas encore eu de réponse. Le directeur Vadeboncoeur semblant avoir lu dans ses pensées, il se tourna vers lui et murmura :

— Je sens une certaine perturbation dans votre esprit, jeune homme.

Je tenais à vous dire qu’à la veille de sa mort, votre mère m’a remis les objets que vous portez en ce moment. Je ne sais pas encore les circonstances de sa mort, mais je suis persuadé qu’elle a sacrifié sa vie afin que ce médaillon vous soit remis. Un geste téméraire de sa part est sûrement à l’origine de sa mort, mais je présume qu’il y a quelque chose d’autre qui se rattache à ce tragique événement. Voyant la tristesse qui semblait régner dans les yeux de Marty, le directeur ajouta. Vous savez, elle a été un exemple pour tous et je suis persuadé qu’elle serait fière de vous voir parmi les héritiers du rêve. Soyez certain que je vais m’assurer que vous puissiez vous sentir bien avec nous, car je suis honoré de la confiance que votre mère m’a accordée en me faisant promettre de veiller sur vous. Je veux que vous sachiez que, dans la mesure du possible, je vais essayer de répondre à vos questions et aussi de faire la lumière sur la mort de votre mère ainsi que sur la disparition de votre père, bien entendu.

— Mon père est vivant ? lança Marty étonné de l’apprendre, car ses

grands-parents avaient toujours été vagues sur ce sujet.

— Effectivement, aux dernières nouvelles a été considéré comme

vivant. Sachez que je ferai tout mon possible pour résoudre ce mystère qui traîne déjà depuis trop longtemps. Je vous reviendrai sur ce sujet dès que j’en saurai plus. Est-ce que cela vous convient, jeune homme ?

— Oui, merci beaucoup, monsieur ! répondit poliment Marty, sans

ajouter autre chose.

Ils continuèrent d’avancer et atteignirent une magnifique porte d’arche ornée de bordures or, argent et bleu ciel. Devant les yeux de Marty, une gigantesque salle avait été aménagée spécialement pour la rentrée des nouveaux arrivants. Au plafond, des lustres diamantés accompagnés de chandeliers éclairaient allègrement cette pièce. Sur les murs, des tableaux des temps médiévaux égayaient la pièce sans trop d’exagération. Au milieu, des tables en bois massif avaient été placées de façon aléatoire. Chaque table comprenait au moins une vingtaine de chaises recouvertes d’un tissu de velours de couleur bourgogne et or. Une ambiance enchanteresse et chaleureuse s’y dégageait. Marty demeura une fois de plus estomaquer devant ce majestueux décor...

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