Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre X
L’arrogance de Joshua
Pendant ce temps, un vieil homme venait de pénétrer dans une immense salle avec trois adolescents qui le suivaient de très près. La pièce qu’ils venaient de découvrir résonnait de bruits et d’échos comme quand on entre dans un très grand endroit vide. Dans ce brouhaha, le directeur fit signe à Marty d’aller s’asseoir à la table centrale spécialement aménagée pour les nouveaux arrivants. Pendant ce temps, Cripley et Phil prirent leur place respective qu’ils avaient occupée antérieurement. À son tour, le directeur monta quelques marches menant à une plate-forme soulevée. Sur celle-ci, étaient disposées de façon individuelle, mais étaler en demi-lune des tables de formes étoilées. Dès qu’il fut arrivé à sa place, il frappa des mains pour attirer l’attention de tous. Les élèves se tournèrent et leurs conversations se turent presque immédiatement. Le directeur Vadeboncoeur se racla la gorge et commença à parler.
— Tout d’abord, je voudrais souhaiter la bienvenue à tous nos
nouveaux élèves à l’école de Murphéus. J’aimerais avoir une attention complète de votre part, s’il vous plaît. Je vous promets que je ferai de mon mieux pour être bref. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je me présente. Je suis Fargus Vadeboncoeur, directeur de cette école. Certes, pour certains d’entre vous, je suis un directeur, un ami, un confident, un guide et peut-être même pour d’autres, un vieux fou.
Tous se mirent à rire en même temps et le directeur attendit que les rires s’estompent avant de poursuivre.
— Néanmoins, je dois vous informer qu’il y a de nouveaux dangers
qui nous menacent. Ne vous inquiétez pas puisqu’afin d’assurer votre protection, j’ai pris les dispositions nécessaires. Néanmoins, afin de m’aider que cela soit plus facile, vous devrez vous soumettre aux règlements de l’école, car il peut en dépendre de vos vies.
Il fit une pause et, au moment où il s’apprêtait à poursuivre ses directives, un élève fit irruption dans la salle. Le directeur le regarda avec un air offusqué et un peu intrigué.
— Tiens donc ! Je n’étais pas au courant de la venue d’un autre élève.
Puis-je vous demander quel est votre nom jeune homme ?
— Bien sûr ! Je m'appelle Joshua Leduc. Veuillez accepter mes plus
humbles et sincères excuses pour mon retard, monsieur, lui dit-il sur un air presque trop poli.
— Bon d’accord. Je ne refuse jamais personne dans mon école, mais
je vous prierais à l’avenir jeune homme de faire preuve de ponctualité même si le temps est relatif dans ce monde.
Il fut vraiment surpris de constater que le nom de cet élève n’apparaissait pas sur les listes qu’il avait en main. « Une erreur s’est probablement glissée », pensa-t-il en haussant les épaules.
Marty fixa attentivement ce garçon de la tête aux pieds, comme s’il le scrutait à la loupe. Il remarqua quelque chose de curieux dans son regard sombre. Ce garçon lui rappelait étrangement quelqu’un qu’il avait déjà vu quelque part. Pourtant, il n'arrivait pas à se rappeler... perdu dans ses pensées, Marty fut ramené à la réalité par la voix forte du directeur de l'école qui devait probablement s'être aperçu d'un manque flagrant d'attention de certains élèves.
— Comme je viens tout juste de vous le dire dès que les professeurs
arriveront, ils liront à tour de rôle la liste que je leur ai remise. Veuillez prendre note que chaque groupe a un professeur responsable ainsi qu’un manguora. Pour les nouveaux venus, prenez note aussi qu’il y a une étoile qui s’ajoutera pour chaque niveau. Je voudrais aussi attirer votre attention du fait que pour passer à un niveau supérieur, les élèves devront être soumis à un test d’évaluation. Je crois que cela n’est pas sorcier, n’est-ce pas ? lança-t-il en blaguant.
Il poursuivit ses explications.
— Avant de vous asseoir, votre responsable de groupe vous remettra
tout le matériel nécessaire ainsi que votre habit gradé. Donc, pour vous résumer les niveaux, voici la liste.
Tout à coup, une liste holographique venant de nulle part s'afficha et se lisait comme suit :
Niveaux Grades Étoiles 1er Débutant 1 1*
2e Débutant 2 2*
3e Intermédiaire 1 3* 4e Intermédiaire 2 4*
5e Avancé 1 5* 6e Avancé 2 6*
7e Avancé 3 7* 8e Avancé 4 8*
9e Maître 9*
Cet hologramme affichait une liste très détaillée des niveaux, des grades ainsi que des étoiles qui s'y référaient. Le directeur observa les élèves en faisant une rotation complète et dès qui constata que les élèves l’avaient mémorisé, il prit à nouveau, la parole.
— Je vois que vous avez bien mémorisé cette liste. Maintenant, je vais
demander aux manguoras de vous faire plaisir en satisfaisant votre curiosité par une visite guidée du château. À titre d'information, certaines pièces sont en mouvement constant. Parfois, au bout d'un certain temps, elles disparaissent et peuvent réapparaitre. Pour cette raison, nous avons décidé de les identifier par un numéro. Plusieurs d’entre elles possèdent même des passages secrets. Afin de remédier à la situation, nous avons fait appel à eux, il pointa les étranges créatures et poursuivit. Les manguoras sont des pisteurs infaillibles et peuvent facilement s’orienter même dans un endroit inconnu. Alors…
Subitement, il s’arrêta net de parler en constatant que le regard des élèves était rivé sur les manguoras. Les petites créatures avaient une taille semblable aux nains quoiqu’ils étaient un peu plus petits. Leur peau semblait rugueuse et d’une couleur bleu ardoise. Ils avaient un visage avec des traits plissés, tel un vieil arbre avec des yeux d’un noir corbeau. On pouvait à peine distinguer leurs oreilles qui se fondaient dans les plis de leur peau. Leurs longs bras étaient élancés et pour certains d'entre eux, ils touchaient presque le plancher. Les deux seules caractéristiques qui permettaient de les différencier entre eux étaient par la longueur de leurs bras ou bien par le nombre de doigts qu’ils possédaient. Afin de ne plus les confondre, le directeur leur avait suggéré de porter un collier d’identification avec leur nom. Ce peuple, on le surnommait « la créature à demi-âme ». Il affichait presque toujours une expression sympathique et joviale malgré leur trait facial flétri. Vadeboncoeur tenta à nouveau d’attirer l’attention des élèves en projetant devant lui un feu d’artifice de couleurs flamboyantes provenant de son sceptre. Tous se tournèrent d’un seul et même mouvement et ils furent ébahis par ce spectacle inopiné. Dès que ceci fut terminé, il reprit la parole.
— Je voulais vous informer que les manguoras n’ont pas la moindre
souche de méchanceté envers nous les humains même si parfois certains d’entre nous le sommes envers eux. Leur loyauté est sans bornes et ils nous vénèrent depuis que nous sommes devenus leurs sauveurs et protecteurs contre le prince des cauchemars, Khaos.
En prononçant le nom de Khaos, les manguoras se mirent à lancer des expressions d’affres et d’épouvantes. Certains émirent des couinements ou bien des cris qui ressemblaient à celui d’une chauve-souris et d’autres semblaient avoir cessé de respirer pendant quelques secondes. Constatant qu’il venait de répandre une ambiance de terreur parmi les créatures, il s’empressa d’ajouter :
— Je suis sincèrement désolé, je ne voulais surtout pas vous effrayer,
pardonnez ma maladresse. Il prit un petit moment pour attendre que les manguoras se soient calmés et poursuivit. Pendant que j’y pense, vous remarquerez que les règlements de l’école sont affichés en montant au premier étage. Vous pourrez les consulter sur l’écriteau situé au-dessus de notre statue représentant une étoile filante, symbole de cette école. Je tenais aussi à vous informer que la sécurité a été renforcée tout autour de ce lieu majestueux. Nous avons installé des centaures pour maintenir la garde ainsi qu’une protection d’invisibilité pour empêcher les intrus de...
Il fut interrompu par l’irruption soudaine des professeurs dans le hall d’entrée de cette somptueuse salle de réception. En les apercevant, certains anciens élèves firent des signes de tête en guise de salutation et que d’autres agitaient leurs mains. Dès que les enseignants se placèrent dans leur confortable siège, le directeur commença la présentation des nouveaux arrivants.
— Laissez-moi vous présenter l’enseignante Yzoria Freluche qui vous
enseignera la clef des songes. Cette nouvelle matière sera un approfondissement sur l’histoire des rêves et des cauchemars. Je n’en dis pas plus, car elle se fera un plaisir de vous initier elle-
même à ce cours. Je tenais aussi à vous aviser que nous avons un nouveau manguora parmi nous et il s’appelle Fradoc. Je vous prie de lui souhaiter la bienvenue parmi nous.
Aussitôt, les élèves s’exécutèrent telle une chorale et dès qu’ils se furent tus, le directeur poursuivit.
— Je vais attendre que les professeurs aient terminé avant de partir. Je
profite de l'occasion pour vous souhaiter un bon séjour parmi nous et que Murphéus protège chacun d’entre vous !
Quand le directeur eut finalement terminé son discours, les professeurs commencèrent la lecture de leur liste à tour de rôle de façon alphabétique et remirent à chaque élève un habit approprié selon leur grade ainsi que des fournitures. Au fur et à mesure que leurs noms étaient prononcés, les élèves se déplaçaient vers leur groupe. Marty était très impatient de savoir si ces deux nouveaux amis feraient partie de son groupe. Pour cela, il devait s’armer de patience puisqu’en raison de son nom de famille, il ne figurerait sûrement pas parmi les premiers nommés. Le tout se déroula sans complication, même si le dénommé Joshua Leduc n’avait pas été mis sur la liste. Finalement, le directeur fit signe aux manguoras de procéder à la visite. D’un pas empressé, avant que tous ne s’éloignent, le directeur Vadeboncoeur se faufila parmi les élèves en direction de Marty.
— Je demanderai à quelqu’un de venir vous chercher vers la fin de
cette journée. Et, à ce moment, je pourrai répondre à vos questions. D’accord ? Dis le directeur avec une tonalité de voix presque inaudible, en s’approchant le plus près possible de l’oreille à Marty.
Marty lui fit un signe d’approbation. Soudainement, le directeur semblait être tombé dans un état de transe. L’œil d’un cyclope apparu au milieu de son front, une bulle d’énergie d’un bleu éclatant s’y forma et l’enveloppa. Par la suite, il disparut dans un éclair de lumières comme par enchantement !
Dès qu’il se fut volatilisé, chaque manguora se mit au travail et en position, prêt à guider les élèves pour un tour de visite dans ce gigantesque château. Marty constata que celui qu’on avait attribué pour guider son groupe n'était nul autre que le nouveau venu. Marty avait une excellente mémoire et il se souvint que ce manguora s'appelait Fradoc. Finalement, Marty fut récompensé par sa patience puisque ses deux amis, Cripley et Phil, faisaient partie du même groupe que lui. Il conclut ainsi qu’ils n’avaient sûrement pas réussi leur dernier test. En plus de cette créature qui leur servait de guide, nos trois acolytes apprirent que la responsable de leur groupe était madame Precya Levande qui enseignait la matière « fabrication des potions ». C’était une femme d’allure très petite (on la comparait souvent à une naine à cause de sa grandeur, ce qui la mettait fréquemment en colère). Cette petite taille était le résultat d’un accident expérimental qui avait mal tourné lorsqu’elle était plus jeune et commençait ces toutes premières préparations de potion. Depuis ce temps, elle n’avait jamais pu trouver un antidote contre cette anomalie physique et elle n'eut pas le choix de s'y adapter. Physiquement, elle avait le visage massif, de grosses pommettes rosées, un petit menton carré, des yeux de couleur vert herbe qui affichaient une fatigue évidente par des nuits blanches ainsi que par une passion excessive pour son métier. De soyeux cheveux brun foncé long descendaient jusqu’en bas de ses fesses. Elle portait une robe d’un blanc neige avec autour de sa taille, une ceinture de coton noir. Sa tête était coiffée par un joli chapeau conique de couleur noir corbeau avec des plumes d’un rouge criard. Madame Levande était reconnue comme une personne très sévère (elle n’aimait pas le mot « sourire »), jamais elle ne parlait pour ne rien dire. Elle n’aimait pas le bavardage pendant ses cours, car elle considérait que cette matière avait besoin d’une attention toute particulière (surtout pour le dosage des potions !). Telle était la description complète que Cripley lui fit pendant leur visite du château. À côté d’eux, Phil avait les yeux remplis de curiosité remarquant que, depuis l’année dernière, certaines pièces avaient changé d’endroit et même de décoration. Cripley et lui en étaient à leur deuxième partie d’apprentissage du premier niveau. Ils n’avaient malheureusement pas réussi à passer leur test d’évaluation et espéraient de tout cœur qu’ils y parviendraient. Dorénavant, un nouveau souffle d’espoir leur inspirait confiance puisqu’ils seraient accompagnés de leur nouvel ami ce qui allait faire la différence sur bien des choses…
Le groupe marcha pendant plusieurs heures en sillonnant une multitude de couloirs et de pièces toutes aussi originales les unes que les autres. Finalement, ils arrivèrent dans un endroit qui semblait selon Marty, le point de rencontre et d’intersection. Décorée de peintures murales ancestrales qui étaient représentées par de courageux chevaliers combattants d’étranges créatures, de chandeliers des temps médiévaux ainsi qu'un plancher marbré d’un noir cristallin, cette pièce respirait une ambiance chevaleresque. De plus, ces confortables divans aux couleurs noires et aux bordures or ajoutaient un luxe royal. Après ce long trajet, Fradoc décida de leur permettre de prendre une pause bien méritée. Pendant que les élèves s’installaient confortablement sur les divans et discutaient entre eux, un autre groupe fit irruption dans la pièce centrale.
Marty était trop occupé à discuter avec ses deux amis et ne s’était même pas aperçu de l’arrivée d’un autre groupe. Leur conversation fut abruptement interrompue par les sifflements d’un élève nouvellement arrivé qui agitait en même temps ses mains afin d’attirer son attention. Marty se tourna vers lui et constata que c’était le retardataire du début, dans la grande salle de réception. D’ailleurs, il venait de se rappeler qu’une curieuse impression de familiarité l’avait envahi à ce moment. Le garçon devait être de quelques années plus vieux et avait les yeux noir sombre et vifs, ce qui lui donnait un regard intimidant. Piqué par la curiosité, Marty décida de s’avancer vers lui. En s’approchant davantage, il remarqua que ses sourcils se démarquaient par leur épaisseur ahurissante. De plus, son visage blanchâtre lui donnait un air fantomatique, ce qui tranchait avec sa chevelure qui était plate et d’un noir bleuté. On pouvait le comparer à une guêpe pour sa taille svelte et à un corbeau pour sa petite bouche en forme conique. L’adolescent le fixa droit dans les yeux et lui dit sur un peu trop familier.
— Salut toi ! Mon nom est Joshua. Tu es nouveau ici toi, car c'est la
première fois que je te vois. C’est quoi ton nom l'ami ?
— Marty. Répondit-il sèchement. Que me veux-tu ? ajouta-t-il,
offensé par la familiarité de ce garçon qui venait en même temps d’interrompe abruptement leur conversation.
Joshua s’approcha à quelques centimètres de son opposant de façon à peut-être réussir à l’intimider et lui lança sur une voie devenue subitement plus arrogante.
— Tu sais, j’aimerais bien que tu fasses partie de mon nouveau
groupe d’amis. Je sais beaucoup de choses, ce sont mes parents qui ont été mes enseignants avant que je vienne ici. Je pourrais t’apprendre beaucoup de choses que ces débutants. Dit-il sur un ton de médisance tout en regardant Cripley et Phil. Puis il ajouta, je vais assurément être le meilleur de cette école de débutant. Alors, qu’est-ce que tu en penses ?
Cette fois-ci, voyant que son intimidation ne semblait pas avoir fonctionné, Joshua s’approcha davantage de Marty. Ses yeux devinrent noirs et projetèrent une énergie sombre dans les yeux de son opposant. Marty comprit instinctivement ce que Joshua tenta de faire et se concentra de toutes ses forces afin de lui résister. Du fait que ses deux amis étaient derrière lui et de la distance qui les séparaient, ils n’étaient pas en mesure d’entendre ou d’apercevoir ce qui se passait vraiment. Soudainement, Marty entendit la voix de Joshua dans sa tête qui s’intensifiait de plus en plus et lui ordonna d’accepter son amitié. La petite voix s’estompa aussi rapidement qu’elle s’était immiscée dans sa tête, car sans le savoir, Marty possédait un don hors du commun. Il lui répondit d’un ton acerbe.
— Je te remercie tout de même, mais je ne crois pas avoir besoin de
quelqu’un pour me dire qui je dois fréquenter. Et d'ailleurs... je préfère être avec des amis sincères au lieu de fréquenter des gens dans ton genre.
Joshua resta bouche bée, s’apercevant par le fait même qu’il n’avait eu aucune emprise sur lui. Son visage fulminait de colère, il se sentit humilié et insulté. Il répliqua sur un ton méprisant.
— Très bien si tu préfères rester avec des nuls, c’est ton affaire ! Son
regard de dégoût se posa sur Cripley et Phil qui, entre temps, venaient de les rejoindre. Sans même porter attention aux amis de Marty, Joshua poursuivit sur un ton menaçant. N’oublie surtout pas que la prochaine fois que tu te trouveras sur ma route, je ne serai sûrement pas aussi amical avec toi.
Malmené par la frustration, Joshua tourna les talons d'un mouvement brusque et puis alla rejoindre dans le fond de la pièce, son groupe d’amis.
— Comment ose-t-il te menacer et se permettre de nous insulter !
Non, mais quel culot ! lança Cripley en sentant une pression monter en lui.
Effectivement, d'une part, pour les avoir traités de nuls et de l'autre, de s'être permis de menacer son nouvel ami… ce qu'il n’était pas près d’oublier.
Voyant que Cripley bouillonnait encore, Marty tenta de le calmer en lui disant de ne pas prendre en considération ce qu’il venait d’entendre. Il se doutait bien que les intentions de ce garçon étaient purement de la provocation et qu’il espérait quand agissant de la sorte, les faire tomber dans son piège. Malheureusement pour Joshua, cela ne fonctionna pas le moins du monde puisque Marty avait l’habitude de ce genre d’attitude en repensant à sa grand-mère.
— Tu sais, je crois qu’il n’en vaut pas la peine. Je pense qu’il aime
contrôler les autres et il s'est aperçu que cela ne marchait pas avec moi.
— Tu as surement raison, excuse-moi, je me suis laissé emporter par
ses propos pleins de mépris. Répondit Cripley, sur un ton de regret.
— Je sais. Mais dis-toi que s'il a besoin d’abaisser les autres pour se
sentir meilleur, c’est donc qu’il doit vraiment avoir une faible estime de lui-même.
— Tu sais, tu ne cesseras jamais de m’étonner ! s’exclama Cripley.
— À défaut de paraître prétentieux, je m’étonne moi-même parfois,
répondit Marty.
Les trois amis se mirent à rire et poursuivirent la conversation qu’ils avaient laissée en suspens.
Après cette pause bien méritée proposée par Fradoc, les élèves retournèrent sur leurs pas et par la même occasion, ils croisèrent les autres groupes. Ils se retrouvèrent tous face à une grosse pancarte blanche dont l’écriture d’un noir de jais dictait les règlements de l’école. Située dans l’escalier en fourche menant au grand hall d’entrée, on pouvait y lire en caractère gras :
Les dix règlements fondamentaux de l’école
de Murphéus
I.- La bataille entre élèves est interdite (sous peine d’être expulsé du
monde des rêves par le conseil des professeurs).
II.- Les professeurs n’ont pas le droit d’utiliser la force (leur don quel
qu’il soit) pour punir un élève (voir & prévenir le directeur si tel est le cas).
III.- Les lieux doivent rester propres ! (Se référer au responsable de
l’entretien des lieux du rêve, monsieur Frimus Corbeille).
IV.- Toute personne venant du monde réel ne peut en aucun cas pénétrer
dans l’école de Murphéus sans en avoir eu l’autorisation (voir le directeur).
V.- Peu importe la raison, vous ne devez pas risquer votre vie ou mettre
en danger celle des autres.
VI.- Par respect pour les manguoras ou toutes autres créatures le
craignant, il vous est formellement interdit de parler du seigneur des cauchemars en leur présence.
VII.- Vous ne pouvez pas vous rendre seul dans des lieux inexplorés
sans avoir prévenu un guide ou un professeur ou le directeur.
VIII.- Il est strictement interdit et déconseillé de se promener seul dans
la forêt des lamentations.
IX.- Ne pas tenir pour acquis l’emplacement des pièces (puisqu’elles
bougent parfois !).
X.- Vous ne devez pas vous promener librement durant la durée des
cours (sauf s'il y a urgence !).
LA PHRASE DE PRÉDILECTION :
Ce qui vous sera infligé ici aura des répercussions dans le monde de la
réalité.
Après avoir lu et mémorisé les règlements affichés, les groupes d'élèves se réunirent à nouveau dans la grande salle. Par la suite, chaque responsable de groupe donnait les dernières recommandations à leurs élèves et ceux-ci quittèrent la pièce quelques minutes plus tard. Ils prirent différentes directions et longèrent les couloirs avec docilité et dans un calme exemplaire. À ce moment, Marty devint à la fois nerveux et excité en pensant que finalement, le début de l’aventure s’amorçait...
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