Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre XI
L’exploit irréfutable de Marty
Après quelques minutes seulement, le groupe de Marty arriva à destination. Dès que Fradoc ouvrit la porte de la classe, un agréable parfum de pêche s’y dégagea rendant l’atmosphère légère et chaleureuse. Dans cet endroit, il y avait des tables qui n’avaient rien d'exceptionnel mis à part qu’elles semblaient être disposées de façon à former la lettre « M ». Étrangement, un cercle composé de petites étoiles argentées agrémentait le centre de la pièce. Au fond de la classe se dressait un grand bureau en bois massif d’un brun noyer de forme octogonale ce qui lui donnait un style très particulier. Tout autour, de petites torches éclairaient faiblement la pièce en créant une luminosité saccadée et volage. La curiosité et l’anxiété des élèves étaient palpables. Soudainement, une lumière d’un bleu ciel éclatant apparut au centre des étoiles argentées, ce qui fit sursauter la moitié des élèves. Le halo fit place à un vieil homme vêtu d’une robe de magicien émeraude garnie d’une licorne blanche qui semblait en mouvement constant se faufilant parmi des nuages grisâtres. Malgré sa longue chevelure grisonnante et ses traits ridés, l’homme avait un regard vif et clair qui émanait de ses yeux verts. De plus, sa barbe longue de couleur poivre et sel lui donnait un air faussement sévère. Marty encore sous l’effet de la fascination, ne réussissait tout simplement pas à détourner son regard de la licorne qui venait de disparaître sous une nappe de gros nuages sombres même si Cripley venait de lui assimiler un bref coup de coude pour détourner son attention.
— Marty, tu vas bien ? murmura Cripley à l’oreille de son ami.
— Heu, oui, bien sûr que oui. J’étais simplement ébahi par la robe du
professeur.
Évidemment, Marty avait toujours eu une incroyable fascination pour ce qui avait trait aux mages et au monde imaginaire, ce que Cripley ignorait pour le moment bien entendu.
Le professeur mit un terme au silence qui régnait dans la classe.
— Bonjour, je suis le professeur Phylemon Stratius. Je vous
enseignerai en trois parties de la matérialisation des éléments. Je
vois dans vos yeux que, pour certains, cela ne veut rien dire. Alors, je vais choisir un élève du deuxième segment de se lever et de se présenter. Par la suite, j’aimerais qu’il explique clairement en quoi cela consiste pour les nouveaux venus.
Il pointa du doigt un élève au hasard et celui-ci se leva. Le jeune homme affichait une stature forte et massive, comparable à celle d’un militaire. Ses cheveux couleur de paille et ses yeux d’un vert kaki exprimaient un air hautain. Il se leva d’un geste confiant et se racla la gorge.
— Bonjour à tous, je m’appelle Benoît Lafrange.
Tous les élèves lui souhaitèrent le bonjour de façon simultanée. Il fit un signe de salutation de la tête et poursuivit.
— Le cours de la matérialisation des éléments consiste à créer un
objet ou une force, comme le vent par exemple, par un « influx énergétique » qui provient de votre œil central. Ai-je bien décrit la définition de votre matière professeur ? demanda-t-il sur un ton de fierté tout en bombant le torse.
Le professeur se leva quelque peu insatisfait de la description faite par cet étudiant et lui répondit :
— Bien, quoiqu’un peu trop abrégé pour les nouveaux, monsieur
Lafrange. Je vous remercie tout de même. Je vais me permettre de développer davantage sur mes cours afin de satisfaire la curiosité des nouveaux venus.
Il regarda Lafrange, qui se rassit d’un mouvement irrité et puis, le professeur Stratius plongea les nouveaux dans une marre d’explications.
— Vous êtes ici parce que vous possédez un troisième œil ainsi que
des facultés ou des dons, si vous préférez, que les gens normaux ne possèdent pas. De ce fait, il devient clair que parmi vous, je peux déjà sentir que certains ont des facultés bien supérieures à la moyenne. À cette dernière phrase, le visage de Joshua s’illumina en affichant un sourire supérieur et prétentieux pendant que le professeur poursuivait ses explications. Je sais que pour les nouveaux cela peut vous paraître pour le moment farfelu, mais sachez qu’avec une concentration suffisamment accrue, vous pouvez créer une énergie de votre œil central qu’on appelle aussi le troisième œil. Cette lumière énergétique que vous pourrez créer peut se diviser en huit catégories d’actions différentes. Aussitôt, il créa une boule d’énergie d’un bleu foncé et un tableau se
matérialisa flottant dans les airs sous les regards impressionnés des élèves. Ce tableau affichait en caractère gras et italique les descriptions suivantes :
Blanc neige = soins
Bleu foncé = matérialisation des éléments ou objets Bleu pâle =
téléportation ou télékinésie
Gris = voyance
Noir = contrôle de la pensée ou de l’âme
Orange = camouflage ou métamorphose
Rouge = attaques énergétiques
Vert = défense (bouclier ou protection)
Après quelques secondes, le tableau s’évapora comme un nuage de fumée et le professeur poursuivit ses explications.
— Maintenant que j’ai de nouveau votre attention… je continue.
Lorsque vous aurez atteint une connaissance et une expérience pratique, certaines personnes auront la capacité de rendre indécelable leur catégorie d’influx énergétique. Ainsi, ils pourront camoufler la nature de leur jet et pourront de ce fait surprendre leur adversaire. Pour le moment, je me contenterai de faire avec vous un petit test facile afin de connaître la force de chacun.
Il se concentra et une énergie d’un bleu pâle se dégagea de son œil central. Puis à l’instant même, les tables s’élevèrent dans les airs et allèrent se fixer au plafond pour faire place aux élèves. D’un air satisfait, mais sans prétention, il leur fit un large sourire.
— Bon, maintenant que cela est fait, je vous demande de prendre
votre chaise et de vous asseoir par équipe de deux, l’un en face de l’autre.
Les élèves se regardèrent pendant quelques secondes sans faire le moindre mouvement. Finalement, Marty empoigna sa chaise et prit l’initiative d’aller se placer en face de son ami Cripley. Les autres élèves imitèrent le mouvement. Quant à Phil, il fit équipe avec Hélya, une jolie jeune fille au regard distrait. Une certaine nervosité planait dans la classe. Personne ne savait ce qui les attendait sauf les anciens évidemment ! Pendant que les élèves prenaient position, il remarqua soudainement que parmi eux, il y avait une personne avec des traits qui lui semblaient familiers… il s’aperçut, en fait, que cette personne n’était nul autre que son amie Karine ! Il fut pris d’un sentiment de culpabilité. Avec tout ce va-et-vient, il n’avait même pas remarqué la présence de sa meilleure amie du monde réel. Bizarrement, Karine ne semblait pas non plus l’avoir reconnu, pourtant, son regard semblait avoir croisé celui de Marty en cet instant même... le professeur regarda les derniers élèves se mettre en équipe et puis indiqua ses directives.
— Maintenant que chacun a un partenaire en face de lui, voici
comment nous allons vous répartir. Ceux qui se trouvent à mon opposé, vous deviendrez la ligne défensive tandis que les autres, vous formerez la ligne l'offensive ou autrement dit, les attaquants. Nous commencerons par l’élément du vent puisque c’est le plus facile à créer. Vous devrez pousser par la force de votre souffle celui en face de vous que de quelques centimètres seulement, je n’en demande pas plus. Pour ceux qui ne l’ont pas encore remarqué, j’ai muni vos chaises de petites roulettes afin que vous déplaciez votre opposant vers l’arrière sans le faire culbuter pour sa protection. Je vous demande de fixer votre adversaire droit dans les yeux et de vous concentrer. Maintenant, imaginez que de votre œil central, une énergie est en train de se former. À mon signal, quand je dirai allez-y, je veux que vous laissiez cette énergie se détacher de vous.
Pendant que les élèves se concentraient, le professeur les examinait à tour de rôle. Il remarqua en même temps que certains réussissaient très bien à former cette boule d’énergie tandis que pour d’autres, rien ne semblait se produire. En observant que la plupart des élèves étaient prêts, il lança le signal.
— ALLEZ-Y !
Subitement, des influx d’un bleu pâle jaillirent en même temps de partout et frappèrent leurs cibles de plein fouet. De toute évidence, le professeur s’attendait que seulement certains élèves réussissent le test (dont la plupart presque tous des anciens). Mais ce qui ne fut pas le cas ! Car, à son grand étonnement (et celui du jeune homme aussi), Marty venait de réussir ! Cripley, qui était en face de lui, fut projeté par une force incroyable et il traversa la pièce comme un boulet de canon. Pendant sa fulgurante traversée ses yeux apeurés semblèrent vouloir se précipiter hors de ses orbites et sa voix émit un cri de frayeur à moitié étouffé. Sa chaise frappa le mur avec une telle violence qu’il en eut le souffle coupé. Les élèves et le professeur stupéfaits restèrent figés comme des statues de pierre retenant en même temps leurs respirations... d’un même mouvement, leurs regards se posèrent sur le phénomène. Le pauvre adolescent ne savait plus s'il devait se trouver un endroit pour se cacher ou bien se précipiter vers son ami. Sans réfléchir plus longtemps, il se hâta vers son ami.
— Oh non ! Mais qu’est-ce que j’ai fait ? s’écria-t-il.
En s’approchant de plus en plus près de son ami, un profond malaise s’installa en lui.
— Je… je… suis… sincèrement… désolé. Je m’excuse... je ne
comprends vraiment pas ce qui s’est passé. Comment te sens-tu ?
Complètement étourdi par le choc, Cripley avait l’impression de voir des petits oiseaux tournés autour de sa tête. Au même moment, le professeur arriva précipitamment avec une bouteille remplie d’un liquide translucide.
— Prenez ce tonifiant monsieur Rabougris, il vous remettra sur pieds
en un instant. Lui conseilla-t-il encore sous l’effet de la panique.
Cripley prit le contenant et l’avala d’un trait sans en laisser une seule goutte. Les élèves continuèrent de regarder Marty avec vénération tout comme s'il venait de donner la vie à un mort. Après avoir bu le tonifiant du professeur, Cripley se leva d’un bond puis lança sur un ton admiratif.
— Woooow ! Tu as vu ce que tu viens de faire ? Je n’en reviens tout
simplement pas de la force que tu as, c’est très impressionnant !
Sur ces mots d’admiration de la part de son ami, son teint passa du blanc au rouge coq. Une immense gêne venait de s’emparer de lui. Il regarda Cripley et lui fit un sourire rempli d’humilité. Il ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer. Il aurait bien voulu poser des questions, cependant il jugeait que le moment était inopportun, constatant les multiples regards qui s’étaient posés sur lui. Derrière eux, une jeune fille s’avança vers Marty. Elle lui dit d’une voix un peu rauque et enthousiasmée.
— Bonjour, Marty ! Comment vas-tu ?
Elle se précipita sur le jeune prodige puis le serra de ses bras délicats. Elle déposa un doux baiser sur sa joue et, sur ce geste spontané, le jeune adolescent sentit son visage bouillonner comme s'il venait de prendre feu.
- KKKarine !? Heeuuu, je vais très bien, merci ! Et toi tu me
sembles en parfaite forme. Lui répondit Marty, en sentant son cœur accélérer à la vitesse d’une locomotive à vapeur qui s’emballe.
Sans vraiment le laisser paraître, il venait de constater que sa meilleure amie avait eu une réaction qui ne lui ressemblait pas. Pourquoi lui semblait-elle si différente ? Se demanda-t-il. Il conclut que sa réaction spontanée devait s’attribuer à l’admiration de l’exploit qu’il venait d’accomplir.
À quelques pas de lui, Phil semblait lui aussi avoir remarqué une différence dans la tonalité de sa voix. Tout récemment, ils étaient devenus des amis depuis son arrivée à l’école de Murphéus. Un sentiment de doute venait de traverser son esprit. Néanmoins, le moment était mal choisi d’afficher ses soupçons. Il ne voulait pas inquiéter qui que ce soit pour cela et décida de faire sa propre enquête. Pendant que Marty discutait avec Cripley qui avait accaparé toute son attention, Phil se faufila parmi les autres élèves en direction de Karine. Il s’approcha d’elle et lui murmura quelque chose à l’oreille. Soudainement, le visage de l’adolescente afficha un sourire hypocrite laissant présager du mépris envers son interlocuteur. Le professeur était tout simplement estomaqué de voir l’immensité du pouvoir que ce jeune garçon possédait. De ce fait, il le félicita de son exploit et profita de ce moment propice pour lui glisser quelques judicieux conseils.
— Je crois, monsieur Travis que vous devez savoir qu'un puissant
don, tel que le vôtre, n'est pas sans de conséquences dangereuses. Autrement dit, vous devez être très prudent lorsque vous l’utilisez. Prenez note que vos émotions peuvent amoindrir ou accentuer les énergies qui émanent de votre troisième œil. Dites-moi, dans quel état étiez-vous et qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez amassé votre concentration d’énergie avant de la propulser ?
— Je ne sais pas vraiment… heu… peut-être un peu nerveux et
anxieux. Je ne saurais vous le dire avec exactitude. Répondit Marty, sans manifestement se souvenir de ce qu’il avait éprouvé à cet instant précis.
— Je comprends qu’il y a des nouveaux parmi vous, mais il est
impératif que chacun d’entre vous mémorise ce que je vais vous dire. NE JAMAIS ! NE JAMAIS LANCER D’ÉNERGIE SANS AVOIR UN ESPRIT CLAIR ! Il en dépend de votre vie, de ceux qui vous entourent ainsi que de votre âme elle-même. Croyez-moi !
Il prit une profonde respiration et poursuivit.
— En passant, j’aimerais qu'on félicite ce jeune apprenti, monsieur
Travis par des applaudissements, pour avoir été l’un des premiers de cette classe à réussir une telle performance dès le début de sa formation. Ce qui est d'une rareté légendaire. Félicitations !
Tous les élèves applaudirent Marty mise à part Benoît Lafrange qui n’avait pas du tout manifesté la même admiration à son égard. En réalité, il prenait cette situation comme un affront. Il se sentait offensé, insulté, même ridiculisé, en constatant qu'un élève du niveau le plus bas et à sa première tentative, puisse avoir l’admiration de presque tous les élèves en plus du professeur. Comment un débutant peut-il avoir autant d’admiration en à peine une journée, alors que lui a travaillé pendant tant de temps sans le moindre encouragement de quiconque ? Se demanda-t-il. Emporté par un excès de jalousie et de colère, il quitta le cours sans préavis dans un nuage de rayonnement lumineux d’un bleu éclatant.
Quelques minutes après, le cours prit fin et le professeur Stratius les emmena dans une autre pièce. Dans cet endroit, il y avait des lits à la position verticale, recouverts d’une capsule d’un vert cristallin. Les murs et les plafonds reflétaient une ambiance de calme et de détente par la verdure qui tapissait cette magnifique pièce ancestrale. Des lanternes sur pieds émanait une lumière produite par des petites chandelles dont la flamme oscillait constamment. Marty remarqua dès son entrée que l’élève frustré et quelques élèves étaient déjà installés et sommeillaient dans ces « étranges sphères » qui baignaient dans une lumière verdâtre. Le professeur demanda aux élèves de former un cercle afin de leur donner des explications de ce qu’ils apercevaient ainsi que de l’endroit où ils se trouvaient présentement.
— Ici, nous sommes dans la pièce appelée l’incubatrice d’énergie.
Derrière moi, comme vous pouvez le constater, il y a d’étranges appareils que l'on appelle des capsules régénératrices.
En voyant le visage interrogatif de plusieurs élèves, il ajouta.
— Laissez-moi vous expliquer comment cela fonctionne... en fait,
votre corps produit l'énergie, ou l'influx qui n'est pas inépuisable, surtout après un grand effort (il fit un clin d’œil à Marty et poursuivit). Je tiens en même temps à spécifier que graduellement vous serez en mesure de refaire votre propre énergie, mais pour l'instant votre niveau n'est pas assez élevé. Ces capsules vous permettront de reprendre votre énergie plus rapidement, surtout pour les débutants, ainsi vous serez prêt à entamer votre prochain cours. Même si certains d’entre vous ne croient pas en avoir besoin, car ils ne ressentent pas la fatigue, je leur conseille tout de même de prendre un petit repos bien mérité. Très bien ! Cela étant dit, c’est votre guide Fradoc qui viendra vous chercher pour vous
conduire à votre prochain cours. D’ici ce temps-là, je vous souhaite bon repos et je vous félicite pour votre beau travail, on se revoit très bientôt, mais n’oubliez pas de garder à l’esprit mes judicieux conseils ! Au revoir !
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