Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre XVI
Le piège tordu de Darryl
Quelques heures avant l’incident de Phil, dans le monde réel, plus précisément dans un hôpital à Gosfercity, Karine s’était assoupie malgré elle. À cause d’une médication trop généreuse que l’on venait tout juste de lui administrer, l’adolescente venait de sombrer dans un profond sommeil. Son imagination nourrissait sa tête pleine d’images incohérentes qui défilaient dans son rêve, provoquant parfois des spasmes incontrôlables dans son corps endormi. Elle revoyait apparaître la créature démoniaque qui l’avait précédemment attaquée et apeurée par cette image, mais Karine se débattait de toutes ses forces contre le martèlement des coups de griffes. Avec de telles visions, Karine n’avait cessé de s’agiter dans son lit d’hôpital, mais, voyant les images disparaître peu à peu, le calme reprit possession de son turbulent sommeil. Brusquement, elle se sentit involontairement transportée dans un lieu envahi par une épaisse couche de brouillard. Curieusement, elle ne semblait plus en contrôle de son propre rêve. Pourtant, selon ce que Karine avait appris dès son tout jeune âge, les personnes dotées de dons particuliers avaient un contrôle absolu sur leurs rêves. Toutefois, pour une raison inexpliquée, quelqu’un ou quelque chose semblait avoir trouvé une faille dans sa vigilance. « Qui pouvait avoir un tel pouvoir de domination pour réussir cet exploit ? », se demanda-t-elle. Il lui vint à l’idée que son état comateux n’aidait sûrement en rien et avait dû fragiliser son esprit et de ce fait, la rendait irrémédiablement plus vulnérable.
Dans un brouillard consistant, Karine se retrouva dans un lieu qui lui était parfaitement inconnu. Elle sentit, venue de nulle part, une bourrasque glaciale qui frôla, au passage, son visage frêle qui lui donna la chair de poule. Du même coup, l’épais brouillard qui sévissait fut balayé. Cette place n’avait rien de rassurant pour la jeune adolescente et fit naître en elle un sentiment d’insécurité. À vrai dire, rien de tout ce qu’elle avait pu voir dans ses rêves précédents ne s’apparentait à ce qu’elle voyait en ce moment.
Inopinément, sous ses pieds, elle sentit un tremblement de terre. Un
bruit sourd de craquement retentit et par la suite émergea de la surface du sol d’énormes racines d’arbres de toutes sortes. Rapide comme l’éclair, Karine titubait de gauche à droite afin d’éviter d’être frappée par ces gigantesques souches. Devant ses petits yeux remplis de confusion, une vaste forêt accompagnée d’un sentier venait de naître à l’instant ! Elle resta immobile pendant plusieurs minutes. Observant avec incrédulité le magnifique paysage qui s’offrait à elle. Karine décida d’avancer en arpentant le sentier. À quelques reprises, elle s’arrêta pour admirer la verdure, les animaux qui semblaient s’ajouter au fur et à mesure qu’elle s’enfonçait sur ce chemin. Arrivée près d’une petite clairière, une étrange soif s’empara d’elle. « Probablement dû aux médicaments », en déduisit-elle. Tout comme si son désir de boire fut entendu, une énorme fontaine rocheuse apparut à quelques pas d’elle. Au centre de celle-ci, il y avait une étrange statue grandeur nature. Sa tête représentait celle d’un lézard et son corps musclé celui d’un humanoïde. De sa langue crochue coulait lentement un petit filament d’eau. Sans se méfier de cette mystérieuse apparition, Karine s’abandonna à son irrésistible soif. Elle s’avança et plongea ses deux mains dans la fontaine et prit quelques gorgées d’eau pour se rassasier.
Tout à coup, un homme fit son apparition comme par enchantement, la main sur sa hanche et l’autre appuyée sur la fontaine. En l’apercevant, Karine sursauta et sentit son cœur faire deux tours. Il était grand, athlétique et son visage à moitié éclairé par un halo de lumière éblouissante l'empêcha temporairement de pouvoir l'identifier. Elle fit quelques pas vers l’arrière d’un mouvement de méfiance. Le mystérieux inconnu, la voyant s’éloigner de lui, lui lança d’une voix mielleuse :
— Ne sois pas effrayée ! Je n’ai pas l’intention de te faire le moindre
mal. Et d’ailleurs, je ne mords pas, moi !
— Qui êtes-vous ? Lui demanda Karine, d’une voix mal assurée.
— Il faut croire que tu ne me reconnais pas. Comme c’est insultant
pour moi !
— Désolée, non. Répondit Karine poliment.
— Pourtant tu le devrais… puisque… je suis ton voisin. Tu te
souviens sûrement de moi, Darryl, le meilleur ami de tes parents, n’est-ce pas Karine ?
— Je n’arrive plus à me concentrer. J’ai l’impression que ma tête va
exploser.
Une multitude d’images à la façon d’un stroboscope venaient et repartaient dans sa tête. Aussi curieux que cela puisse paraître, en le regardant droit dans les yeux, elle revoyait des images de la mort de ses parents.
— Je te sens un peu confuse et perturbée. Si je peux te conseiller,
prends une grande respiration et après tu verras que tout ira mieux, crois-moi.
— Que m’arrive-t-il ?
— C’est un peu ma faute, j’aurais dû dire au docteur de te donner une
dose moins importante. Je croyais que cela aurait facilité ma tâche, mais il semble que non.
— Que voulez-vous dire ? Vous m’avez droguée ?
— Pour tout te dire, ma chère, j’ai pris le contrôle de l’esprit de cet
être insignifiant, ton médecin. Cela a été un vrai jeu d’enfant ! Je lui ai ordonné qu’il t’administre une dose plus importante de tranquillisants afin de me permettre d’entrer plus facilement dans ta tête. À vrai dire, j’ai réussi à moitié… je ne croyais pas que ton esprit était si puissant. Vraiment, tu m’impressionnes !
— Que me voulez-vous ?
— Très simple... je voudrais que tu me dévoiles des secrets. Lui dit-il
de sa voix enjôleuse.
— Jamais de la vie ! Je ne me laisserai sûrement pas
faire !
— Tu es vraiment sotte ! D’ici quelques minutes, tu seras en mesure
de me révéler le moindre de tes secrets.
— Je ne comprends pas…
— Je vais prendre possession de ton esprit et de ton corps.
— Quoi ?
— Tu as bien très bien compris.
— Vous ne croyez tout de même pas que je vais me laisser faire.
— Je ne vois pas comment tu vas pouvoir y résister longtemps. Lui
lança-t-il sur un ton malveillant.
— De quoi parlez-vous ?
— Tout simplement du fait que tu viens tout juste d’ingurgiter un
liquide qui maitrisera temporairement tes dons. Je dois avouer que je suis un peu déçu puisque je te croyais plus intelligente. Cependant, il semble que je me suis encore trompé. Au fond de moi, ma plus grande crainte était que tu te méfierais de cette soudaine apparition. Heureusement pour moi, tu as été trop sotte et
tu m’as rendu la mission plus facile que je ne l’imaginais. En revanche, malheureusement pour toi, tu n’aurais pas dû suivre ton impulsion, car tu es tombée dans mon piège.
Il la regarda avec un sourire diabolique et rempli de satisfaction. Karine commença à ressentir une drôle d’impression de bien-être et au même moment son corps et ses paupières s’alourdirent, perdant ainsi peu à peu le contrôle de toutes ses facultés. Tout autour d’elle, le décor s’assombrit de plus en plus et soudainement, elle s’effondra telle une victime des sables mouvants prise au piège. Sa tête et tout son corps heurtèrent violemment le sol. Ainsi, Karine perdit toute notion du temps et son esprit sombra dans le monde où les cauchemars devenaient rois et maîtres. Comment avait-elle été aussi naïve et tombée dans un piège pareil ? Pourtant, elle savait pertinemment que dans un lieu inconnu, il aurait fallu qu’elle se méfie de tout ce qui l’entourait. Telle était l’une des premières règles d’or qu’on lui avait apprises à sa première session à l’école de Murphéus. Était-ce l’effet de la médication qui l’avait rendue inconsciente des dangers qui la menaçaient ? Peut-être ou peut-être pas. Une chose était incontestable, c’est que Darryl venait de réussir un coup de maître en prenant le contrôle total de cette jeune adolescente, bien malgré elle…
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