Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 4 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre I

Un réveil brutal

Azoda, planète constituée d’une étendue d’eau à perte de vue, de gigantesques collines emprisonnées de lacs et ficelée de magnifiques ruisseaux. Au sud de celle-ci se trouvent des montagnes sillonnées de villes et villages tandis qu’au nord se dresse une immense forêt tropicale peuplée de multiples créatures. Une épaisse couche d’ozone violacée la recouvre, la protégeant ainsi des bombardements meurtriers de son soleil, Fury. De plus, Azoda possède deux satellites, Vultania et Melzei qui orbitent autour d’elle provoquant à tour de rôle des variations de température. Située à des milliards d’années-lumière dans une autre constellation galactique que celle de sa planète jumelle, la Terre. C’est sur cette magnifique planète violette où débutera le tout premier récit des héritiers du rêve…

Invraisemblablement, la planète Azoda semblait être le reflet en tout point de la planète bleue, la Terre. Par une nuit chaude et suffocante frôlant les 38 degrés Celsius, des cris retentirent dans le petit village de Creeklake ! Dans une modeste maison située au 185 de la rue Grayview, un jeune garçon se redressa brusquement sur son lit se demandant s’il était toujours dans son cauchemar. Marty, le visage perlant de sueur, chercha aveuglément sur la table de nuit son verre d’eau… puis tournant son regard vers la fenêtre, il s’aperçut que le ciel était encore sous l'emprise de la nuit.

Dans sa tête, toutes les images de son cauchemar refaisaient surface. Tandis qu’une pluie torrentielle faisait rage, il revoyait deux personnes gisant dans un bain de sang, leurs poitrines sectionnées. Dont un homme aux yeux vert sombre à la chevelure châtaine attachée derrière la nuque en queue de cheval, dont le corps paraissait grand et mince. Ses vêtements ressemblaient à ceux d’une autre époque, sa chemise ample blanche, un pantalon noir et une cape d'un bleu nuit recouvrant ses larges épaules évoquait le style médiéval. Tout près de lui le corps de celui d’une femme aux yeux bleu azur presque surnaturel, rappelaient étrangement ceux de Marty. De longs cheveux roux mouillés par la pluie retombaient sur son visage dont la grâce et la beauté étaient celles d’un ange malgré le regard froid et inerte qui trahissait une grande tristesse. Sa longue robe de velours rouge foncé ainsi que sa cape blanche étaient maculées de sang. Son ventre laissé béant par une arme tranchante laissait présager une macabre découverte, celle d’un fœtus dont la vie fut interrompue abruptement...

Près des malheureuses victimes, malgré un étrange brouillard et une lumière presque irréelle, Marty distinguait une silhouette. Il pouvait percevoir sa corpulence musclée qui tenait dans sa main droite un sabre duquel s’échappait une coulée de sang frais. Puis, l’écho d’un rire caverneux vibrant de froideur et de satisfaction sadique se perdit dans les limbes de son cauchemar…

Soudain, le tirant de ses pensées, l'adolescent entendit des pas qui se précipitaient dans l’escalier en se rapprochant de sa chambre à coucher. Brusquement, la porte s’ouvrit et, telle une apparition, Martha fit irruption. Affublée d’une robe de chambre verte, de pantoufles fleuries et chapeautées d’un filet retenant des cheveux grisonnants emprisonnés dans des rouleaux. Ses yeux ovales d’un brun foncé portaient des cernes et révélaient un manque flagrant de sommeil. Elle s’approcha de lui en fronçant les sourcils et lui dit :

— Qu’est-ce qui t’a pris de criée comme ça ?

— .Heuuu... répondit Marty, bouche bée.

— Par ta faute, j’ai pratiquement failli faire un infarctus.

— Désolé grand-mère. Je ne voulais pas vous effrayer.

— C’est encore l’un de tes cauchemars démoniaques que tu as faits,

n’est-ce. pas ? lança-t-elle en fronçant les sourcils.

— Oui, toutefois je ne suis pas certain que s’était un simple

cauchemar, dit-il avec hésitation.

— Pourquoi me dis-tu cela ? s’exclama-t-elle, en fronçant davantage

les sourcils.

— Parce que mes rêves peuvent parfois s’avérer prémonitoires et…

Voyant changer le visage de sa grand-mère, il ne termina pas sa phrase. Sans ajouter un mot, elle lui adressa un regard rempli d’appréhension et quitta la chambre en claquant la porte.

Depuis le début de son adolescence, Marty faisait d’étranges rêves qui parfois se passaient dans le monde réel. Une nuit, quelques jours avant de partir à la pêche avec son grand-père, Marty rêva que leur embarcation chavirait à cause d’une grosse butte rocheuse dissimulée par les vagues. Le lendemain, il raconta à ses grands-parents son rêve et la réaction de sa grand-mère fut immédiate :

— Je crois que tu as beaucoup trop d’imagination !

— Mais grand-mère, cela m'a paru si réel !

— Ne sois pas lâche comme ton grand-père et affronte ta peur de

l’eau. Dit-elle, en regardant son mari d’un air de mépris. Fait un homme de toi, bon sang !

— Cela n’a rien à voir avec ma phobie de l’eau ! argumenta Marty.

— Ça suffit ! Je ne veux plus en entendre parler ! Ai-je été assez claire

?

— Oui. Répondit Marty, la mine basse.

Frank regarda sa femme avec un air de reproche et pour rassurer le jeune adolescent, il ajouta :

— Écoute mon garçon, je crois que ta grand-mère a raison et que ton

imagination .te joue des tours. Je pense que tu es très anxieux face à ce voyage de pêche. Sache que ta réaction est tout à fait normale étant donné que c’est la première fois depuis que tu as failli te noyer. Mais je suis persuadé que tout va bien se passer.

— Vous avez sans doute raison. Approuva-t-il.

Dès ce moment, encouragé par les paroles de son grand-père, le jeune garçon fut convaincu que son cauchemar était dû uniquement à sa peur et il l’oublia. Toutefois, la journée même de leur excursion ce dont il avait rêvé quelques jours auparavant se produisit avec exactitude ! Bien sûr, Martha mit sur le dos du hasard cette mésaventure. Tandis que Frank ne pouvait faire autrement que de croire au fait que son petit-fils possédait (en dépit de ce que sa femme pouvait penser) un don exceptionnel de prémonition. Peu de temps après cet incident Marty fit un rêve cauchemardesque d'une gigantesque explosion de la vieille usine de fabrication d'explosifs. Croyant que la ville entière serait la proie de sa prémonition, il informa les gens de la sécurité publique sans toutefois avoir l'approbation de ses grands-parents. Malheureusement pour lui, après de vigoureuses inspections de ce lieu, l’alerte s’avéra non fondée, ce qui le mit, ainsi que ses grands-parents, dans l’embarras. Cet évènement fut très humiliant pour l'adolescent puisque sa grand-mère exigeait qu'il fasse des excuses publiques. C’est à cet instant même que Marty décida de ne plus faire part de ses rêves à quiconque sauf à sa meilleure amie et confidente, Karine, une élève de son école.

Physiquement, il n’avait aucune ressemblance avec ses grands-parents. Ses cheveux roux, son visage parsemé de taches de rousseur, ses yeux en forme d’amande d’un bleu clair peu commun. Avec sa figure longue et maigre et sa silhouette témoignaient qu’il avait grandi trop rapidement, lui donnant une allure plus mature que son âge. De plus, le jeune garçon avait de longs doigts agiles tels ceux d’un pianiste. Beaucoup de ses camarades de classe l’enviaient pour son intelligence, sa vivacité d’esprit et sa détermination à aller au fond des choses. D'ailleurs, il suscitait l’admiration de tous ses enseignants, à l’exception d’un seul, le professeur Sigouin. Celui-ci enseignait la scientologie du rêve dont l’objectif était de faire une comparaison paradoxe entre le monde réel et celui des songes. Il s’opposait souvent aux propos de son enseignant, convaincu par ses propres expériences que les rêves pouvaient avoir un lien parallèle avec le monde réel. C’est ainsi qu’une certaine rivalité s’installa entre l’adolescent et son enseignant. Le professeur Sigouin ne manquait pas une occasion de faire des commentaires sarcastiques et humiliants à l’égard de Marty. Ce dernier avait une imagination débordante ce qui n’aidait en rien puisqu'aux yeux de ses camarades de classe, il était perçu comme une personne loufoque. Sa grand-mère devait sans cesse le ramener à la réalité et elle croyait que s’il persistait dans cette voie, il serait bon pour l’asile. Le mépris dont il faisait les frais le poussa à se confier uniquement à Karine, sa meilleure et seule amie et lui racontait le récit de ses cauchemars. Elle lui démontrait de l’intérêt et de l’attention lorsqu’il lui racontait ses rêves ou cauchemars ce qui lui confirmait qu’elle le croyait.

Parfois, il se demandait si ses pensées ne lui jouaient pas des tours. Il avait un étrange pressentiment que ses cauchemars chevauchaient la réalité. Il était tourmenté à l’idée qu’il y avait un lien entre ses parents et les personnes qu’il avait vues en rêve. Il lui semblait que ces derniers avaient des traits communs avec lui. « Non, c’est impossible ! » se disait-il, tentant de se convaincre. Puis, il se disait, « Après tout ce ne sont que des rêves et ils ne sont que le fruit de mon imagination ! ». À cet instant même, un frisson lui parcourut tout le corps et du coup, le jeune adolescent crut sentir en lui la terreur qu’avaient vécue les deux personnes de son dernier cauchemar. Il ressentait l’odeur du sang ainsi que le froid de la pluie au moment du drame. Une chose était certaine, ces pauvres gens avaient connu une fin atroce.

Depuis l’âge de quatre ans, l'adolescent vivait avec ses grands-parents. Il ne savait rien des circonstances entourant la mort de sa mère ou des raisons de la disparition de son père. De plus, il ignorait que sa grand-mère s’était promis de ne jamais lui dire la vérité. Sa grand-mère avait réussi à convaincre son mari par des menaces s'il ne coopérait pas avec elle. Ne lui donnant pas le choix, il céda même si celui-ci était en désaccord. Martha avait toujours vu en la mère de Marty une personne démentielle et la tenait responsable de la disparition de son fils. Elle ne voulait en aucun cas que son petit-fils apprenne ce qui s’était passé ainsi que les faits réels. C’est la raison pour laquelle sa grand-mère avait convenu avec son mari, bien malgré lui, de faire croire à l’enfant que ses parents avaient péri dans un accident d’avion. Le jeune garçon grandit sans l’affection d’une mère et la présence d’un père. Néanmoins, il n’avait pas vécu une enfance malheureuse. Le faux orphelin n’avait manqué d’aucun confort matériel sans pour autant nager dans le luxe non plus.

Bien que sa grand-mère n’éprouvât que de la haine à l’égard de son petit-fils, son mari lui l’adorait. Aussi, à l’insu de sa femme, Frank se mit en tête de refaire la décoration de la chambre à coucher de son petit-fils afin de souligner ses 14 ans. Il connaissait le penchant de son petit-fils pour tout ce qui touchait le monde de l’imaginaire. Le jeune garçon vivait dans un désordre absolu. Dans un coin s’empilaient du linge sale, de vieux journaux jaunis, d’autres vêtements usés, en plus de chaussures trouées qui jonchaient le plancher. Les quelques meubles se trouvant dans la pièce étaient en très mauvais état et ne demandaient qu'à être changés. Il y avait même une ancienne machine à coudre couverte de poussière qui semblait perdue dans ce fouillis garçonnier. Pour dormir, l’adolescent se contentait d’un matelas dont les ressorts mal en point lui blessaient le dos.

Un jour, alors que sa femme était partie une semaine chez sa sœur et que Marty se trouvait dans un camp de vacances d’été, Frank s’exécuta. Il transforma la chambre de l’adolescent, nettoyant le bazar existant pour ensuite le métamorphoser en lieu princier. Il avait repeint les murs en bleu royal, les bordures en or et le plafond en blanc neige qu’il avait ornés d’un joli lustre vieillot. Les vieux meubles furent remplacés par de luxueuses commodes en acajou. Il avait installé quelques étagères murales afin que le jeune puisse y ranger ses revues sportives, journaux et autres documents personnels, ce qui permit d’alléger l’endroit. Sur l’une des commodes, il installa un magnifique aquarium de forme octogonale dans lequel nageait un unique poisson qu'il avait baptisé « Gustave le vidangeur ». Le vertébré aquatique aux reflets flamboyants et aux yeux globuleux ressemblait à ceux qui ornaient certains vases japonais. Marty l’avait reçu en cadeau de son grand-père après avoir obtenu des résultats scolaires exceptionnels avant que celui-ci parte pour le camp d'été. Sur une autre commode, Frank avait posé une statue représentant un dragon rouge ainsi qu’une image encadrée d’un combat entre un ange et des créatures d’apparences démoniaques. Il s’ingénia à couvrir les murs de dessins de mages et de créatures féériques. Il y avait un seul détail inusité dans ce décor fabuleux et magique… dans le coin droit du miroir de sa commode, s'affichait la photo de son joueur de soccer favori Darryl Spiceys, le capitaine de l’équipe « Des murailles de Gosfercity ». Et finalement, pour compléter le tout, Frank avait acheté un lit en chêne muni de grosses pattes de bois et d’un épais matelas afin que celui-ci puisse être à la fois confortable et durable.

À son réveil le lendemain matin, Marty se leva, les yeux cernés par une fin de nuit troublée. En descendant les marches de l’escalier, à moitié endormi, il faillit trébucher en manquant l’une d’elles, mais se ressaisit à temps. Il se rendit dans la cuisine et dit à sa grand-mère d'une voix endormie :

— Bonjour grand-mère.

— Bonjour. Marty. As-tu réussi à te rendormir cette

nuit ?

— Heu… oui, oui très bien, grand-mère, lui répondit-il d’un ton

malhabile en espérant que celle-ci ne s'aperçoive pas de son mensonge.

À vrai dire, il n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Il n’avait fait que la toupie en pensant au cauchemar qu'il avait fait et cela lui avait enlevé le goût de se rendormir.

— Tu me sembles un peu pâle, mon garçon. Lui dit-elle, d’un air

soupçonneux.

— Je suis encore un peu fatigué, grand-mère. Répondit

précipitamment Marty.

— Tu devrais t’asseoir et manger tes rôties avant qu’elles ne

refroidissent. Poursuivit Martha en s’apercevant très bien qu’il ne lui avait pas dit la vérité.

— Où est grand-père ? dit-il d’un ton innocent afin de changer de

sujet le plus rapidement possible. Il est parti chercher son journal. Comme tu le sais très ..bien, il aime regarder le paragraphe des sports et des finances tout en mangeant. Il devrait arriver bientôt, je suppose. Pendant que j’y pense, je voulais te dire que cet après-

midi nous allons voir ma sœur Élyse. J’aimerais que tu restes ici. Seras-tu capable de t'occuper de toi pendant notre absence ?

— Bien sûr, grand-mère ! De toute façon, j’avais des devoirs à faire

pour l’école.

— Très bien ! C’est ce que je voulais entendre de toute façon. J’ai des

choses importantes à discuter avec ma sœur et je préférerais que tu ne sois pas là.

Dans son for intérieur, il était content de rester à la maison. Élyse ne le portait pas dans son cœur tout comme Marta, sa jumelle. Il n’aurait donc pas à subir encore une fois ses remarques désobligeantes à son égard. La réputation de commères des deux sœurs n’aidait en rien le fait que toutes les deux travaillaient au même journal.

Son grand-père apparut à la porte qui séparait la cuisine du hall d’entrée. Frank, soucieux de son apparence, était toujours soigneusement habillé. Ce jour-là, il portait une chemise à carreaux bleus et noirs impeccable, un pantalon noir bien pressé, une ceinture dont la boucle en forme d’étoile scintillait et, comme à son habitude, ses souliers étaient cirés et polis à l’extrême. Marty remarqua que son grand-père portait sa casquette noire ornée d’un harfang des neiges, le logo de son équipe favorite qu’il portait avec fierté. Les quelques cheveux blancs restants formaient une mince couronne sur la partie visible de son crâne. Sa barbe grisonnante et bien taillée agrémentait un visage d’où perçaient des yeux aussi verts que l’herbe d’une pelouse. Cependant, du fait qu'il ne s’entrainait plus et dû à son vieil âge, Frank était un peu bedonnant. Le jeune garçon imaginait, pour l’avoir aperçue à maintes reprises, la vilaine cicatrice de forme octogonale à l’épaule droite de son grand-père, un vestige d’un passé militaire. Frank était un homme calme et jovial dont le sourire communicatif et le sens de l’humour le distinguaient singulièrement de son épouse. En revanche, il n’avait aucune force de caractère, ce qui était à l’opposé de Martha. Sac d’épicerie à la main et journal sous le bras, Frank se dirigea vers son petit-fils et lui dit sur un ton enjoué :

— Bonjour mon garçon !

— Bonjour grand-père ! répondit-il avec un sourire.

— Comment vas-tu ? lui demanda-t-il.

— Très bien ! s’exclama Marty en sachant très bien que cela était un

second mensonge depuis son réveil.

Frank se tourna sans porter vraiment attention au mensonge qu’il venait d’entendre et déposa son sac ainsi que son journal sur le coin de la table. Trop affairée au nettoyage de sa vaisselle, Martha ne remarqua pas que son mari venait de faire un clin d’œil à son petit-fils en lui montrant le journal sportif. Ce qui confirmait à Marty que le journal parlait de son athlète favori. Louchant en direction de ce dernier, Martha enchaîna sur un ton un peu bourru :

— Je lui ai demandé s’il voulait nous accompagner. Mais il semble

avoir des travaux d’études à faire. De toute façon, je crois que c’est mieux ainsi, il ne sera pas là à nous embêter. D’ailleurs, comme tu le sais déjà, ma sœur ne le porte pas dans son cœur.

Marty avait remarqué qu’elle avait soutenu le mot " lui " d’une façon méprisante, laissant entendre qu’il était de trop. Frank soupçonna le gamin d'avoir inventé de toute pièce cette excuse afin d’éviter ce qui risquait fort d’être pour lui un après-midi long et pénible. D’une certaine façon, il enviait la vivacité avec laquelle Marty s’esquivait à tout coup des situations embêtantes.

Peu de temps après le petit-déjeuner, ses grands-parents quittèrent la maison. Marty se rua sans attendre sur le journal que son grand-père lui avait laissé en partant. Il adorait se mettre au courant des derniers événements, des faits vécus et autres nouvelles dont les journaux regorgeaient. Ce jour-là, en première page, une photo attira son attention. Celle-ci représentait un homme au regard sombre qui brandissait ses poings en signe de protestation. Modestement vêtu d’une chemise blanche et d'un veston noir, il avait une bague en forme d’étoile qu’il portait à la main gauche. Cela ne fit qu’aviver la curiosité de Marty. On pouvait lire en bas de la photo en caractère foncé « L’Institut Scientifique P. Leduc écope d’une amende sévère pour avoir tenu des expériences secrètes ». Puis, son regard se tourna à la page suivante sur un autre article, mais cette fois-ci, écrite en plus petits caractères et qui se lisait comme suit :

Darryl Spiceys ; pourra-t-il faire gagner l’équipe régionale pour une

troisième année consécutive ?

Il dévora l’article de sa vedette favorite qui parlait de la possibilité d’une victoire contre l’équipe adverse grâce au talent irréfutable de l’équipe. « Je suis sûr qu’ils vont encore gagner cette saison », pensa-t-il. Il poursuivit sa lecture à la page suivante. Soudain, il aperçut la photo de son école ainsi qu’un article à ce sujet. L’article disait que d’après une étude récente faite par la firme Grondin et Associés, elle avait été classée la meilleure école régionale. En fait, cette école jouissait d’une réputation des plus renommées dans les environs, il n’en doutait pas ! Le seul inconvénient était qu'elle se situait à des kilomètres du village, dans la ville de Gosfercity. Pour cette raison, il devait prendre un autobus scolaire pour s’y rendre. L’École Sainte-Marie-Pier de Gosfercity était fréquentée par des personnes de la haute société, toutefois Marty n’aimait pas ce genre de personnes hautaines. Il n’avait pas beaucoup d’amis, à vrai dire il n’en avait qu’une seule, elle s’appelait Karine Hilbert. Elle habitait justement à Gosfercity depuis plusieurs années. C’était une fille très timide et aussi considérée comme une cinglée. Karine était la seule en qui il avait vraiment confiance et elle semblait très bien le comprendre. Elle lui avait confié récemment qu’elle aussi avait eu l'occasion de faire, à plusieurs reprises, ce genre de cauchemar éveillé. Ainsi, les deux partageaient un profond sentiment d’amitié. De plus, ils étaient convaincus qu’ils appartenaient à un autre monde que celui dans lequel ils vivaient présentement.

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