Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre XXIV
Un bouleversement inattendu
Après avoir remercié le directeur pour ses explications et son soutien moral. Marty le salua et quitta la pièce dans un halo de lumière d’un bleu éclatant. Tant de réflexions embrouillaient son esprit. D’un côté, il se disait à quel point la mort pouvait être si cruelle de lui avoir retiré la chance de connaître sa mère, et de l’autre, qu’il aurait peut-être la chance de revoir un jour son père. En son for intérieur, une petite voix le remplissait d’espoir. « Probablement était-il prisonnier quelque part dans ce monde côtoyé par les rêves et les cauchemars, par le bien et le mal », pensa-t-il. Puis brusquement, une image radicale lui apparut ! Il s’imaginait son paternel (bien qu’il ne l’ait vu que sur une vieille photo en noir et blanc), accolé sur un mur de pierre, les pieds et les mains enchaînées, ne pouvant se libérer de cette emprise ou de ce qui le tenait en captivité. Il effaça rapidement cette pensée négative de son esprit.
Tout juste avant que Marty ne parte, le directeur lui avait fortement recommandé de se rendre à la salle de récupération, afin qu’il puisse refaire le plein d’énergie avant un retour dans le monde de la réalité. Alors, c’est ce qu’il fit. L’adolescent longea les couloirs sans toutefois porter attention au chemin qu’il emprunta et il se perdit. Sa distraction le dévia dans un lieu très différent de ce qu’il avait vu jusqu’à maintenant. Il constata que sur cette voie, aucune luciole n’éclairait son chemin, aucun centaure ne faisait le guet pour assurer sa sécurité. Donc, il n'y avait pas le moindre signe encourageant pour apaiser sa peur intérieure qui sévissait. Mais où avait-il bifurqué ? Contrairement à ce qui lui était commun, ce couloir était éclairé par quelques torches ici et là, dégageant un faible éclairage. L’adolescent avançait parfois en tâtonnant les murs sur son passage et restait sur le qui-vive, prêt à réagir au moindre bruit suspect. Bien qu’il fût une personne très intelligente, Marty n’avait pas un sens de l’orientation bien aiguisé. De ce fait, il se demandait laquelle des voies il devait suivre afin de ne pas dévier dans le mauvais sens. Il tourna à gauche, ensuite à sa droite ne sachant toujours pas si le chemin qu’il venait d’emprunter le mènerait en direction de la salle de récupération. Puis, arrivant à une nouvelle intersection, l’adolescent s’arrêta brusquement angoisser par l’ombrage grandissant qu’il venait de voir apparaître au bout du couloir. Son rythme cardiaque s’accéléra à une vitesse ahurissante, au point de lui provoquer la nausée. La peur s’empara de lui et fut amplifiée par son ignorance face aux dangers qui pouvaient se dresser dans ce monde. Marty resta alerte tout en appréhendant ce qui découlerait de cette rencontre inopportune. Était-ce l’un des disciples de Khaos ou bien devait-il vraiment craindre ce qui croiserait sa route ? Se demanda-t-il. Au moment où il s’apprêtait à décocher un influx d’énergie pour maîtriser ce qui venait vers lui, il s’interrompit d'un trait en apercevant un vieil homme qui affichait un regard désaxé. Ses yeux exprimaient la frayeur et l’incertitude. Marty, en le voyant, ne le reconnut pas tout de suite. Il lui demanda calmement afin de ne pas l'effrayer davantage :
— Ça va, monsieur ?
— Heu… oui, du moins, je crois ! Néanmoins, je ne m’attendais pas à
parler…
— À quoi ? demanda Marty intrigué.
— Heuuuu... Évidemment, je sais que je ne suis pas mort, mais que je
suis dans un rêve. Toutefois, je suis étonné de parler à un ange.
— Un ange ? s’étonna-t-il.
— Bien si vous n’êtes pas un ange, je me demande autrement ce que
vous représentez avec vos ailes blanches et vos traits angéliques.
Ainsi, Marty comprit ce que le directeur Vadeboncoeur voulait lui expliquer quelques minutes auparavant. Il sut à ce moment que les gens ne le percevaient pas tels qu’il était. Donc, peu importe s’il tentait d’essayer de le convaincre qu’il n’avait pas l’aspect d’un ange, celui-ci refuserait catégoriquement de le croire. En constatant cette logique, l’adolescent ne tenta rien et lui demanda :
— Vous me semblez perdu ?
— Pour être franc avec vous, je me demandais à l’instant dans mon
rêve, où je me situe.
— Puis-je vous demander comment vous vous êtes retrouvé ici ?
— Bien sûr ! J’étais en train de dormir à côté de ma femme et par la
suite « pouf ! » je me suis retrouvé ici. Sans la moindre raison apparente.
Plus Marty le regardait et plus ses traits physiques lui rappelaient ceux de son grand-père. En effet, le vieil homme se définissait comme une personne avec une apparence très soignée, une toute petite barbe grisonnante colorant son menton et ses yeux étaient d’un vert gazon. Mais ce qui attira surtout son attention était ce qui coiffait sa tête presque dégarnie, une casquette avec un harfang des neiges garnissait le devant de celle-ci. Et soudain, il comprit… C’était Frank, son grand-père qu’il aimait tant !
Derrière eux, le décor se définissait par un chemin parsemé de statues en pierre. Dès lors, Marty et son grand-père se retrouvèrent au même endroit où Fradoc avait été assassiné quelque temps auparavant. Sans avertissement, Frank émit un cri de douleur. Il fut pris de démangeaisons corporelles tout en se tortillant comme une anguille prise dans un filet. Puis son teint prit une couleur grisâtre et son corps entier se transforma en statue de pierre. Tandis que pendant ce temps, Marty fut inondé d’une douleur à la poitrine accompagnée de violentes convulsions. En un éclair, le décor derrière lui s’effondra. Il se rendit compte qu’en fait, les spasmes corporels étaient provoqués par… quelqu’un qui tentait de le brasser dans tous les sens. Derrière des images floues, le visage de sa grand-mère apparut. Elle était en crise d’hystérie, de panique et sanglotait bruyamment.
— Marty ! Vas-tu te réveiller à la fin ? RÉVEILLE-
TOI ! hurlait-elle.
— Mais… qu’est-ce qui…, bafouilla Marty.
— J’ai… J’ai… une nouvelle… à t’apprendre qui… ne pouvait pas…
attendre, lui lança-t-elle précipitamment en sanglotant.
— Que se passe-t-il, grand-mère ? demanda Marty, encore sous le
choc d’un réveil brusque et prématuré.
— C’est ton grand-père !
— Que lui est-il arrivé ? s’inquiéta-t-il soudainement.
— C’est ta faute ! lui lança-t-elle sur un ton de reproche.
— Mais qu’est-ce qui est ma faute encore… je dormais, grand-mère !
répliqua-t-il.
— Ton père et maintenant ton grand-père ! Vous allez tous nous
emmener en enfer !
Puis, elle sortit en coup de vent tout en continuant de sangloter à chaudes larmes.
— Mais grand-mère ! Je ne comprends pas, je n’ai rien fait, je vous le
jure !
Trop préoccupée à pleurer, elle descendit les escaliers sans porter la moindre attention à ce que son petit-fils venait de lui dire à l’instant. N'ayant pas pu clairement saisir la raison à ses réprimandes, Marty se leva d’un bond et descendit la rejoindre à la cuisine. Elle s’était installée au bout du comptoir un mouchoir à la main et continuait de pleurer et a reniflé. On pouvait voir de la fenêtre près du lavabo les rayons du soleil qui éclairait son visage ruisselant de larmes. Marty s’approcha doucement d’elle et lui dit :
— J’aimerais que vous m’expliquiez ce qui vient de se passer, car je
ne comprends absolument rien. Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il avec détermination.
— Il vient… Il vient de partir, hoqueta Martha.
— Qui vient de partir ? Et pourquoi ? interrogea Marty.
— L’ambulance… l’ambulance vient tout juste de partir. Et… les
ambulanciers m’ont suggéré de rester ici et qu’ils allaient me téléphoner dès que possible… afin… afin… de me donner un compte… rendu de son état.
— Ambulance ? Mais… mais… je ne comprends toujours pas, dit
Marty appréhendant le pire pour son grand-père qu’il chérissait tant.
— Cette… cette nuit… je me suis réveillée (elle se moucha en
trompetant), et… et… je me suis mis le bras autour de lui comme j’avais l’habitude de faire… et par la suite… j’ai constaté qu’il était étrangement froid, tel un glaçon. Au début, j’ai cru… j’ai cru que je rêvais… mais je me suis rendu compte rapidement que je ne rêvais vraiment pas. Alors, alors (elle se moucha bruyamment à nouveau). Puis elle poursuivit sa phrase tout en bafouillant. Je croyais... qu’il… qu’il était mort ! Mais… mais… en fait, il est tombé dans un profond coma… comme ton père…
— Mon père ?
C'était la première fois que sa grand-mère lui parlait de son père. Avant de lui répondre, elle sécha ses larmes qui coulaient le long de sa joue avec une de ses manches, et puis lui dit sur un ton qui frôlait la démence.
— Oui, ton père !
— Si j’ai bien compris… ça voudrait dire qu’il est toujours vivant,
mais dans le coma ? s’exclama l’adolescent.
— Oui ! Il est dans le même endroit où ton grand-père est parti.
— Pourquoi ne m’avoir jamais mis au courant ? tonna Marty dans un
état de rage.
— C’est à cause de ta foutue mère ! Elle a condamné mon fils, voilà
ce que je voulais dire depuis si longtemps ! lui lança-t-elle avec réprimande.
— Quoi ?
Marty ne comprenait plus rien. Il demeurait désemparé par les accusations que sa grand-mère venait de lancer.
— En fait, pour tout te dire, c’est elle qui l’a emmené dans ce monde
infernal. Elle l’a sacrifié pour ses propres ambitions.
— Comment pouvez-vous porter un jugement pareil sur ma mère !
Vous ne savez même pas de quoi il en retournait.
— J’ai prévenu à plusieurs reprises ton père que ta mère était une
personne avec une âme diabolique, qu’elle l’emmènerait à sa perte en l’écoutant et c’est ce qui s’est produit, rugit-elle sur un ton accusateur.
— Je commence à comprendre maintenant pourquoi vous m’avez
caché tant de choses à son sujet. C’est tout simplement que vous la tenez responsable, de là provient votre rancune, n’est-ce pas ?
— OUI ! Et j’ai été obligée d’accepter ta présence, car mon fils ne
m’aurait pas pardonné de t’avoir abandonné dans un orphelinat.
— Vous vous rendez compte de ce que vous venez de me dire ?
— Parfaitement ! lança-t-elle sur un ton ferme et sans éprouver de
honte à ce qu'elle venait de lui avouer.
— Sachez que je vous ai toujours respectée. Je me disais que c'était
une façon pour moi de vous démontrer ma reconnaissance pour ce que vous avez fait pendant toutes ces années. Cependant, je n’aurais jamais cru qu’il était possible pour une personne telle que vous, de me tenir responsable de la haine que vous éprouvez envers ma mère, lui dit-il sur un ton attristé.
— J’en ai assez entendu ! À partir de maintenant, je ne veux plus te
voir où avoir à m'occuper de toi. Alors tu iras rester à l’orphelinat du quartier. Ton grand-père n’étant plus ici pour le moment, je crois qu’il serait préférable pour nous tous que tu fasses tes bagages et que tu partes aujourd’hui même. Je vais les appeler pour les prévenir de ton arrivée.
— Mais, vais-je pouvoir aller rendre visite à mon père et mon grand-
père ? Tenta Marty sur un ton d’espoir.
— Je préférerais que tu n’entres plus en contact avec qui que ce soit
de la famille. Je vais m’en occuper personnellement, afin que tu ne puisses pas revenir ici. Ta mère et toi avez assez fait de tort à nous tous.
— Bon, si c’est comme ça que vous le voyez ! Je vais partir, mais je
peux vous garantir que je ferai tout ce qui sera possible pour revoir ceux qui me tiennent le plus à cœur.
— On verra bien ! lança-t-elle avec défi.
— Vous savez grand-mère, ce qui me rend le plus triste.
— Tu sais, ça m’est bien égal ce que tu peux ressentir en ce moment !
J’ai d’autres préoccupations plus importantes que toi, cracha-t-elle sur un ton de malice.
— Je n’aurais jamais cru que la haine pouvait vous avoir aveuglé à ce
point ! termina Marty sans tenir compte des paroles blessantes qu’elle venait de lui dire.
Sur ces derniers mots, Marty la regarda et monta préparer ses bagages. Il gravit les escaliers dans un mouvement las et rempli d’amertume. Pouvait-il vraiment lui en vouloir ? Elle devait être dans un état de déprime totale pour lui avoir paru aussi hargneuse et exécrable envers lui. Il n’avait plus de doute maintenant que sa grand-mère ne lui portait aucunement l’affection à laquelle il avait toujours espéré croire.
Néanmoins, il devait s’avouer à lui-même que s'il parvenait à ramener les deux personnes les plus importantes pour elle, qu’il réussirait peut-être ainsi à la convaincre de sa bonne foi. Quoiqu’il sût au fond de lui que tout n’était pas gagné d’avance. Toutefois, il était prêt à se sacrifier pour lui prouver qu’elle avait fait une erreur de jugement envers eux. Ainsi, Marty devrait trouver le chemin qui le mènerait dans les profondeurs des ténèbres et ramener ceux qui sont devenus par le fait même les prisonniers des deux mondes.
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