Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 15 sur 29

Pages du PDF

Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre XII

L’exécrable professeur Nymone

Bien que le temps semble relatif dans un rêve, il y avait déjà une heure qui s’était écoulée après que les élèves eurent terminé leur période de récupération. Fradoc apparut à la porte d’entrée. Son regard était absent, il semblait perdu dans ses pensées. Plusieurs élèves étaient déjà sortis de leur capsule et discutaient entre eux. Sauf Phil qui criait à s’éclater les poumons afin qu’on vienne le déloger de cette capsule. Malheureusement, pour lui, ces membranes de verre étaient totalement insonores. Il était coincé à l’intérieur de cette prison de verre et il devait réagir rapidement, car sa claustrophobie prenait le dessus sur lui ainsi que la panique ! Constatant que personne n’entendait ses cris de désarrois, l’adolescent tenta le tout pour le tout en frappant la capsule de toutes ses forces sans savoir si cela aurait un résultat quelconque étant donné la solidité de ces capsules de verre. Soudain et par un heureux hasard, Fradoc aperçut l’élève dont les yeux exprimaient l’effroi et l’hystérie qui gesticulait. Une chose était évidente, c’est que pendant qu'il était en train de se régénérer d'énergie, pour une raison inconnue, quelqu’un avait délibérément scellé sa capsule ! De l’extérieur, on pouvait clairement apercevoir une fine couche d’un liquide grisâtre qui semblait bloquer l’ouverture. Le danger se faisait de plus en plus menaçant puisque l’air ne semblait plus circuler convenablement dans la capsule. De plus, celui-ci commençait à suffoquer, ses coups de poing se faisaient de moins en moins ardents et vigoureux. Son teint prenait de plus en plus une couleur bleutée ce qui annonçait un début d’asphyxie. La créature ne possédait malheureusement pas une force suffisante (surtout avec une main qui n'avait que deux doigts et l’autre un seul !) afin d'en sortir l'adolescent. Il est vrai que selon les anciens, ces créatures noueuses ne possédaient apparemment aucun don d’influx énergétique.

— Tiens bon, je reviens rapidement ! lança-t-il hâtivement.

Il se précipita vers la sortie et disparut en laissant les élèves seuls impuissants devant cette scène de suspense. Le temps était compté pour le prisonnier de la capsule de verre. À peine venait-il de partir, que cinq silhouettes apparurent baignées dans une lumière d’un bleu éclatant. Marty reconnu incessamment parmi eux, le directeur Vadeboncoeur ainsi que le professeur Stratius. Marty ne connaissait pas les trois autres personnes pour le moment, mais elles étaient vêtues de couleurs variées. Tous les professeurs se précipitèrent sur la capsule sans vraiment prendre le temps de réfléchir et ils s’exécutèrent en tirant de toutes leurs forces. Les élèves ainsi que Fradoc retenaient leurs souffles en espérant que cette damnée capsule allait céder rapidement…

Après un effort presque surhumain, la capsule céda et tous les cinq furent projetés vers l’arrière. Finalement, elle avait fini par céder ! Le souffle presque inexistant, l’adolescent sortit d’un mouvement lent et s’effondra sur le sol, cherchant sa respiration. Au moment où Cripley et Marty s’apprêtèrent à se ruer sur lui, dans un élan d’entraide, le professeur Nymone fut plus rapide qu’eux et s’avança en les bousculant au passage. Il les fixa d’un regard assassin et leur demanda sur un ton agressif de dégager puisqu’il ne réussissait qu’à l’encombrer dans son travail. Le professeur Nymone sortit de sa cape, une petite fiole, d’un liquide blanchâtre et ouvrit la bouche de Phil pour lui faire boire cette potion au goût apparemment aigre, puisque le visage de celui-ci fit la grimace en l'ingurgitant.

— Maintenant, il est hors de danger ! lança Nymone sur un ton de

réprimande à l’égard de ses deux amis.

Cripley et Marty ressentaient une culpabilité puisqu’ils ne purent être en mesure d’intervenir incapables de venir en aide à Phil. Paralysés, ils auraient voulu garder leur sang-froid, mais la peur avait été la maîtresse dominatrice. D’un autre côté, qu’auraient-ils bien pu faire dans de telles circonstances ? De toute évidence, le plus important était que leur meilleur ami s’en soit sorti indemne. Néanmoins, Phil avait vraiment eu la frousse de sa vie, lui aussi !

Après ce terrible incident, le calme revint dans le groupe et Fradoc alla les conduire à leur cours suivant. Après quelques minutes de marche, ils aboutirent dans une pièce dont le fond était garni d’une énorme bibliothèque remplie à craquer de livres poussiéreux placés dans un désordre absolu. Devant, un gros bureau en chêne massif et étalé sur le dessus, il y avait de curieux objets dont Marty n’arrivait pas à en deviner la nécessité ou l’utilité. Sur les murs adjacents à la bibliothèque, des cadres assortis de photos chaotiques. Des lampes d'une couleur terne dont les pieds avaient la forme d’une racine d'arbre combinée avec les cadres donnaient une ambiance à faire froid dans le dos. Un professeur était confortablement assis derrière le bureau et rédigeait quelques notes sur un parchemin. Marty reconnut incessamment l’individu, car il ne pouvait pas ignorer qu’il avait sauvé son ami. En revanche, cette même personne s’était montrée si exécrable et méprisante à leur égard qu’il avait eu l’impression d’avoir vu deux personnalités totalement différentes en un instant ; un ange et un démon. Non seulement il n’était pas prêt d’oublier son regard assassin, mais aussi en repensant à cet incident, Marty se rappelait précisément du sentiment de peur qui s’était emparé de lui et de son ami Cripley.

Le professeur Nymone était vêtu de gris taupe, pantalon, chemise, soulier ainsi que sa cape. Ce personnage avait la stature allongée telle une échalote. En plus de sa maigreur, sa tête était dégarnie de cheveux. Même si son visage affichait la sagesse d’un curé, il n’en demeurait pas moins que lorsqu’il était en colère, ses yeux gris ciel tournèrent au noir corbeau tel le regard du mal incarné. Marty savait qu’il ne pouvait pas se permettre de lui manquer de respect autrement, il en paierait chèrement le prix par des corvées ou pire encore il en ferait son bouc émissaire.

Le professeur interrompit sa rédaction en apercevant le groupe d’élèves qui venait de faire irruption dans sa classe. Il se leva d’un mouvement brusque en faisant virevolter sa cape et son regard s’attarda sur Cripley et Marty. Nymone contourna son bureau afin de fixer d’un regard de dégoût la créature qui accompagnait les élèves, puis dit sur un ton irrité :

— Certaines races devraient apprendre ce qu’est la ponctualité. Je

doute que ce mot puisse faire partie de votre vocabulaire, n’est-ce pas ? À cet instant, Fradoc crut voir apparaître dans ses yeux une noirceur, mais il n’oscilla pas le moindre cil et, sur son visage rempli de rides, un sourire narquois se dessina.

— Vous avez parfaitement raison, professeur ! Et d’ailleurs, je m’en

excuse sincèrement, vous pouvez me croire ! Veuillez noter qu’avec une arrogance telle que la vôtre, je crois qu’il serait pour moi, plus civilisé, de ne pas m'attarder à vos paroles remplies de mépris et d’insinuations à mon égard.

En accentua le terme « plus civilisé », la colère s’empara du professeur qui lui ordonna de quitter la classe sur le champ, ce que Fradoc fit sans pour autant presser le pas pour sortir de la classe afin de le narguer davantage. Aussitôt qu’il disparut, le professeur lança d’une voix autoritaire :

— Je ne tolérerai aucune insubordination de votre part, quelle qu’elle

soit. Que les choses soient bien claires, je vous donne votre cours et je n’accepterai aucunement d’être interrompu, sauf si je vous le demande ou à moins d’une urgence. Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis le professeur Barselo Nymone et je vous enseignerai le contrôle de l’âme et de la pensée. Sachez que je n’accepterai pas de me faire appeler autrement que le professeur Nymone, me suis-je montré assez clair pour tous ? Les élèves firent un signe d’approbation de la tête. Puis, ses yeux gris ciel balayèrent rapidement la classe et il ajouta. Maintenant que tout est dit, nous pouvons commencer le cours.

De son œil central, il fit jaillir une bulle d’énergie d’un bleu foncé qui se divisa en d’innombrables petites bulles qui demeurèrent, pendant quelques secondes, suspendues dans les airs. Sans aucun avertissement, elles se mirent à se déplacer à une vitesse folle pour ainsi atterrir sur chacun des pupitres. En une fraction de seconde, elles prirent la forme d’une multitude d’items ; tels que des stylos de couleurs noires, des rouleaux de parchemin en plus d'un livre intitulé « Les pouvoirs insoupçonnés de la pensée » écrit par nul autre que par lui-même le professeur Nymone.

Au plaisir de tous, le cours se termina enfin ! Durant le cours, tout s’était bien passé sans anicroche sauf pour Marty qui avait fait tomber son livre par maladresse. Provoquant un gros « boum ! » qui fit sursauter la moitié de la classe pendant que le professeur parlait du fondement de la pensée astrale. Frustré de cette interruption qu’il avait jugée ‘‘inopportune’’, le professeur lui avait donné une copie de dix pages à faire. Marty devant cette injustice sentit monter en lui une grande colère. Certes, il voulut protester, mais décida sagement de s'y soumettre. Il ne voulait pas décevoir ses amis ou bien le directeur pour sa première journée en tant que nouvel élève de l’école de Murphéus. Fradoc se pointa quelques minutes avant la fin du cours. Sans même adresser le moindre mot ou un regard, il fit signe aux élèves de le suivre. Puisque les élèves n’avaient pas utilisé leur influx énergétique, Fradoc considéra qu'il n'était pas nécessaire de les conduire aux sphères de récupération et décida de les emmener directement au prochain cours.

OceanofPDF.com