Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 26 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre XXIII

Les explications de Vadeboncoeur

Bien que dans le monde réel, la perte tragique d’un être soit un évènement triste et sombre, il en était autrement dans le monde du rêve puisque les gens festoyaient à la libération de l’âme du défunt. Pour cette occasion ainsi que pour celle du retour triomphant des deux adolescents, une fête fut organisée après que Marty eut été guéri. Entretemps, leur histoire s’était répandue comme une trainée de poudre. Lorsque les festivités eurent lieu, ils furent accueillis comme des héros. En apercevant son grand ami Phil parmi la foule qui s’était amassée autour d’eux, Cripley pleura de joie. Marty n’en croyait pas ses yeux, Phil était guéri ! Que pouvait-il espérer de mieux ? Karine semblait prendre du mieux, Phil s’en était sorti sans séquelles. Un vent d’euphorie planait maintenant dans l’école. Puis, une jeune fille se détacha de ses deux amis en apercevant Marty et s’approcha de lui. En la voyant, il la reconnut par ses yeux en amande d’un brun noisette et son teint basané… Sheila ! Le héros se souvint qu’elle avait été la messagère de Karine. De plus, dès le moment où leurs regards s’étaient croisés, Marty avait ressenti son battement de cœur jusqu’au bout de ses pieds.

— Bonjour, Marty ! lui lança-t-elle mielleusement.

— Bonjour, Sheila ! répondit Marty nerveusement, en sentant son

rythme cardiaque s’accélérer.

— Je tenais à m'excuser pour la conduite que j’ai eue quand tu es venu

au dortoir. Avoua-t-elle sur un ton de regret.

— C’est plutôt moi qui devrais m’excuser. J’ai dû te paraître un peu

idiot, non ?

— Pas du tout ! C’est moi qui devrais m’excuser pour avoir été

indiscrète. Je n’avais pas à te poser de questions sur la relation que tu avais avec Karine. J’avoue que parfois ma curiosité sans bornes dans mon cas, s’avère un vilain défaut.

— Ne t’en fais pas pour ça ! Je n’y ai vu aucune mauvaise intention de

ta part. Il m’arrive à moi aussi d’avoir de la difficulté à contrôler

ma curiosité qui me place de temps à autre dans de fâcheuses situations. Lui avoua à son tour.

Tout près, deux filles gesticulèrent les bras dans tous les sens afin d’attirer l’attention de Sheila. Comprenant qu’elles l’interpellaient, elle mit un terme à leur conversation et lui dit sur un ton d’amertume.

— Désolée, je dois partir rejoindre mes amies, mais j’espère que nous

aurons l’occasion de nous revoir bientôt !

— Je l’espère bien ! répliqua Marty sur un ton rempli d’espoir, lui

affichant un sourire timide.

Elle lui déposa un baiser sur sa joue et partit. Marty resta figé et son visage s’enflamma aussitôt. Il la salua et continua de la regarder s’éloigner avec ses deux amies, d’un air rêveur. Ainsi, peut-être était-ce le début d’une étincelle entre les deux, songea-t-il.

Après que les trois filles aient quitté la salle, certains élèves avides de connaître les détails de leur aventure se regroupèrent autour des deux héros. Dans un coin de la salle, un autre groupe d’élèves ne semblaient pas partager le même engouement à l’égard de Marty et de Cripley. Bien au contraire ! Ils paraissaient totalement frustrés et jaloux de l’intérêt qu’on leur portait soudainement. De façon à être entendu par tous, l’un des personnages du groupe, Joshua, lança d’une voix puissante et provocatrice :

— S’ILS CONTINUENT À SE VANTER, ILS RISQUENT

BIENTÔT DE NE PLUS PASSER DANS LES CADRES DE PORTES !

Marty se tourna vers lui, n’affichant aucune colère, il lui demanda d’une façon calme :

— Si je me rappelle bien… Tu t’appelles Joshua, c’est bien ça ?

— Ouais ! répliqua Joshua agressivement.

En tentant de s’approcher le plus près possible de Marty, il se permit de bousculer quelques élèves sur son passage. Afin de l’attiser ou de le provoquer, Joshua s’avança à moins de deux pouces de son opposant qui resta de marbre face à son attitude provocatrice et lui demanda, sur un ton presque trop poli.

— Excuse-moi, mais je ne suis pas sûr d’avoir très bien compris.

Pourrais-tu me répéter ce que tu venais de dire juste à l’instant concernant notre supposée vantardise.

— J’ai dit que si vous continuez à vous vanter, vos têtes risqueraient

de ne plus passer dans les cadres de portes. Voilà ce que j’ai dit,

vous êtes tous une bande d’idiots et de nuls. Ajouta Joshua sur un ton provocateur tout en le défiant les autres élèves qui se trouvaient autour d’eux.

— Désolé pour toi ! Mais moi, je n’ai pas l’intention de m’abaisser à

ton niveau. Alors, tu peux lancer toutes les insultes que tu veux, mais ça ne me dérange pas, parce que dans le fond, tu me fais pitié. Répliqua Marty, indifférent à ses provocations verbales.

— Bien dit Marty ! approuva Cripley et il poursuivit sur un ton

narquois. Alors, Joshua, tu peux me dire de quel côté les nuls se retrouvent maintenant.

Bien malgré lui, le forcené s'abstint de répondre en apercevant la classe les encercler. Le groupe de Joshua se retrouva en mauvaise position en constatant leur infériorité en nombre. Puis l’un des élèves de la classe lança à Joshua :

— Hey, le nul ! D’après les rumeurs que j’ai entendues sur ta famille,

il paraît qu’elle fait l’objet d’une enquête dans le monde réel !

Les yeux de Joshua le fusillèrent du regard pendant quelques secondes. Il se tourna d’un mouvement brusque et fit signe à ses acolytes de le suivre, omettant cette fois-ci de ne bousculer personne sur son passage. Dès qu’ils partirent, Cripley lança sur un ton admiratif.

— Bravo, Sinclair ! Tu lui as cloué le bec à cet avorton !

— Bof ! De toute façon, je ne l’aime pas. D’ailleurs, il se permettait

de se moquer constamment de moi à cause de mes taches de rousseur. Il n’a pas accepté que je refuse son offre de faire partie de sa bande. Il faisait exprès de me provoquer continuellement. Puis, récemment, je me suis laissé emporter par la colère et je l’ai frappé au visage. Comble de malchance pour moi, le professeur Nymone a été témoin de mon comportement ! Évidemment, Joshua a réussi à me faire expulser du cours temporairement. Mais bon, ce n’est pas grave. J’ai réussi à lui mettre une bonne raclée.

Bien que Sinclair ait une corpulence musclée, ce n’était pas un garçon très grand. Avec son trait de visage dru, ses cheveux courts et roux accompagnés de quelques mèches blondes lui donnaient un style décontracté. Recouvert de multiples taches de rousseur, son teint paraissait bronzé en permanence. De plus, son nez en forme de « monsieur patate » et ses yeux expressifs d’un gris ardoise semblaient le rendre plutôt jovial comme personnage. En dépit de sa silhouette athlétique, il n'aimait pas provoquer autrui et encore moins engendrer la violence.

Lui et son ami ressentirent une certaine rage intérieure en entendant ce que Sinclair venait de leur raconter. Il paraissait évident que ce Joshua profitait de chaque occasion pour piéger tous ceux qui ne voulaient pas faire partie de sa petite bande. Après que le calme fut revenu, Cripley se lança dans une grande discussion avec Sinclair au sujet de la prochaine session. Quelques minutes plus tard, Marty interrompit leur conversation en s’avançant vers eux.

— Cripley, pourrais-je te parler en privé ? demanda-t-il, en s’excusant

à Sinclair.

— Bien sûr ! répondit Cripley d’un air surpris et fit un signe de

salutation à son interlocuteur.

Ils prirent la précaution de s’éloigner des autres élèves, à l’abri des oreilles indiscrètes.

— Je viens tout juste de me rappeler où j’ai vu une personne qui avait

les traits de Joshua.

— Que veux-tu dire ?

— Bien, la première fois que je l’ai vu… je savais que ses traits de

visage ne m’étaient pas inconnus, mais je n’arrivais pas à me rappeler. Maintenant, je m’en souviens !

— Ah oui ? Et ?

— Avant de m’endormir, je me suis souvenu d’un article que j’avais

lu le matin même dans le monde réel. On parlait d’une fondation qui fait l'objet d'une enquête présentement. Et devine quoi ?

— Attends ! Laisse-moi deviner… Je te parie que ce sont les parents

de ce Joshua qui sont à la tête de cette fondation.

— Exactement !

— Bien sûr ! Je comprends tout maintenant ! C’est pour cette raison

que Sinclair lui a dit ça. Tant pis pour ce Joshua, il le méritait !

— Tu as raison !

— Je voulais te demander quelque chose qui m’intrigue depuis

longtemps. Bien qu’il y ait des rumeurs concernant toi et Sinclair, je voudrais savoir si tu es l’un des héritiers du rêve. Autrement dit, si tu as en toi l’un des médaillons de Murphéus ?

— Sinclair en a un lui aussi ? s’étonna Marty.

— Disons que ceux qui en possèdent un… ont des avantages que

d’autres ne pourront jamais avoir. Il est évident que visuellement, on ne peut le voir puisqu’il fusionne avec l’âme et le corps qu’il a accepté de se lier. Cependant, certains événements passés m’ont mis la puce à l’oreille. Au fait, je voulais que tu saches que le directeur est l’un des descendants de la lignée des héritiers du rêve, donc il s’est sûrement aperçu que tu en avais un. Je dois t’avouer qu’au début, je ne le savais pas. Et c’est probablement la raison pour laquelle je n’en avais jamais parlé. Mais tu te rappelles ce qui est arrivé dans le cours « d'attaques énergétiques » avec le professeur Stratius ?

— Heu… oui, je crois. S'exclama-t-il en fronçant les sourcils afin de

s’efforcer de se rappeler.

— Eh bien ! Quand j’ai été projeté par toi dans le mur, ça te rappelle

quelque chose maintenant ?

— Tu voulais parler de ce moment-là. Bien sûr que si ! lança-t-il, mal

à l’aise.

— C’est à partir de cet instant que je me suis douté que tu avais l’un

des médaillons de Murphéus en toi. Expliqua Cripley.

— Je comprends maintenant, dit Marty en se rappelant de plus en plus

clairement cet événement qu’il avait classé dans le tiroir de sa mémoire comme « des bévues ».

— Crois-moi, je ne peux omettre un tel détail et surtout quand on

arrive nez à nez avec le mur. Ajouta-t-il en le taquinant.

— Encore désolé. Renchérit-il, incommodé par un remords de

conscience qui venait de ressurgir de sa tête.

Devant l’expression malaise sur le visage de Marty, Cripley s’empressa d’ajouter :

— Ce n’est pas grave ! Je ne t’en veux pas pour ça. Je comprends que

tu as été toi-même surpris. Je voudrais que tu oublies ça. Toutefois, j’aurais dû te parler du médaillon de Murphéus quand cela est arrivé. Étrangement, Sinclair a vécu le même phénomène lors de son premier essai. Bien que je ne puisse en être totalement certain, je suis presque sûr qu’il en a un. Comme tu sais, avec tous les événements qui nous est tombé dessus depuis le début, j’ai omis de t’en parler et...

— Zut ! Je viens tout juste de me rappeler à l'instant que j’avais un

rendez-vous avec le directeur. Je l’avais complètement oublié ! Désolé, je dois partir, lança précipitamment Marty.

— Je ne savais pas que… dit Cripley, sans avoir eu le temps de

terminer sa phrase.

Marty le salua et se précipita dans le couloir. Son ami, le regarda s’éloigner la bouche encore entrouverte. Il se rendit chez le directeur en un temps record. Le souffle court, il s’arrêta net devant la statue de la licorne chevauchée par un chevalier vêtu de blanc. Maintenant, le jeune adolescent savait ce qui l’attendait. Se souvenant de ce qui s’était produit lorsqu’il s’était présenté en face de cette statue. Marty vit les yeux du chevalier propulser un jet d’un bleu éclatant et sentit sa silhouette s’englober par cette lumière aveuglante. Aussitôt, son corps fut transporté par ce halo qui l’enveloppait et formait un tourbillon semblable à une tornade, de l’autre côté du mur.

Rendu à destination, il fut soulagé de voir disparaître ce maelstrom de lumière qui lui donnait la nausée. À côté de son bureau, le directeur l’accueillit avec un sourire sympathique que l’adolescent lui rendit dès que son malaise se fut évanoui.

— Bonjour, Marty ! Ne m’auriez-vous pas oublié par hasard ? lança le

directeur, à la façon d'une taquinerie plutôt que d'un reproche.

— Je suis sincèrement désolé, monsieur Vadeboncoeur, répliqua

Marty, mal à l’aise d’avoir oublié un rendez-vous de cette importance.

— Soyez rassuré, je ne vous fais aucun reproche.

Le vieil homme l’invita à s’asseoir sur un petit tabouret coussiné tandis que lui prit place sur sa chaise en cuir d’un blanc concassé. Marty attendait avec avidité les propos du directeur. Néanmoins, celui-ci semblait s’amuser en percevant dans les pensées de Marty, un mélange d’impatience et de curiosité.

— Je vois que vous attendez avec impatience mes explications. N’est-

ce pas, jeune homme ?

— Pour vous dire la vérité, j’en meurs d’envie !

— Avant de commencer mes explications, j’aurais trois choses à vous

dire. Premièrement, dès que notre discussion sera terminée je devrai vous retourner dans le monde du réel. Ainsi, vous en serez à votre première expérience avec nous, mais sûrement pas la

dernière, croyez-moi ! Deuxièmement, je crois personnellement, sans vous faire de peur, que le prince des cauchemars ne va pas en rester là, surtout qu’il sait maintenant que vous détenez l’un des médaillons de Murphéus. Dorénavant, nous devrons être très prudents. Troisièmement, je dois avouer que vous avez fait preuve vous et votre ami d’un courage hors du commun. Je tenais à vous féliciter vous ainsi que votre ami de vive voix, ce que je ferais d’ailleurs dès que j’aurais l’occasion de le revoir. Maintenant, je sais que je vais prochainement être dans l'obligation de redoubler la sécurité afin d'être sûr de ne plus avoir d’intrusion. Malheureusement, il arrive parfois que certaines personnes réussissent à y trouver une faille. Il n’est pas impossible que cela puisse se reproduire, car il y a des personnes qui sont douées pour franchir les zones sécurisées. J’ai moi-même commis une erreur en sous-estimant les capacités de certaines créatures, incluant bien sûr votre guide, Fradoc.

Marty le regarda avec des yeux qui semblaient remplis de regrets en repensant aux événements malheureux. Le directeur s’empressa d’ajouter.

— Je suis sincèrement désolé que vous ayez vécu cette terrible

tragédie.

— Je ne vous en veux pas. De toute façon, vous ne pouviez pas savoir

! répliqua Marty.

— Comme vous avez pu le constater, j’ai la mauvaise habitude de

faire confiance à tout le monde et cela aurait pu entraîner des conséquences catastrophiques, dit-il sur un ton amer.

— Je comprends.

— Je savais que votre guide Fradoc n’était pas blanc comme neige.

— Comment l’avez-vous su ?

— Il s’est trahi par lui-même, et ce, à plusieurs reprises. La première

fois c’est quand l’un des élèves fut emprisonné dans sa capsule et comme par hasard, Fradoc était apparu quelques minutes avant que vous sortiez de votre capsule. Du fait qu’il avait tenté de sauver Phil, votre ami, je n’ai pas eu de soupçon sur lui. Alors, j’ai tout simplement pensé qu’il avait été là au bon moment. Donc, j’ai omis de croire qu’il pouvait être le responsable de cet incident. Mais la deuxième fois, il était censé aller vous chercher sous mes ordres, il s’est volatilisé sans laisser de trace, de message ou bien

d’explication de sa longue absence. C’est d’ailleurs pour cette raison, si vous vous rappelez bien que j’ai dû vous envoyer Vendoc. J’imagine que c’est lui qui devait servir d’espion et d’intermédiaire. Pour le moment, je ne peux en être sûr, mais j’ai mis mes meilleurs éléments sur cette enquête. Ce dont je suis certain c’est qu’il avait trouvé une brèche dans notre système de sécurité, et ce, en ensorcelant l’un de nos centaures.

— Il me semblait que les manguoras n’avaient pas de pouvoir.

Comment cela peut-il être possible ? demanda Marty, sur un ton d’étonnement.

— Tout simplement parce que Fradoc n’en était pas un !

Les yeux de Marty s’agrandirent soudainement et sur son visage expressif, un point d’interrogation venait de s’afficher.

— Quoi ? Donc selon vous, il…

— Que ce n’était tout simplement pas un manguora, mais bien une

créature que l’on appelle mutanus envoyés par le prince des cauchemars, Khaos. Cette créature a la faculté de prendre n’importe quelle apparence en l’occurrence celle du vrai personnage.

— Mais… Mais comment vous êtes-vous aperçu que ce n’était pas le

vrai Fradoc ? demanda Marty, estomaqué d’apprendre cette nouvelle.

— En fait, nous n’avons découvert la statue de pierre de Fradoc que

tout récemment. Au début, l’un de nos centaures a été ensorcelé. Nous ne savons toujours pas si c’est l’œuvre du mutanus, l’imposteur de Fradoc ou un autre. Néanmoins, pour une raison que nous ignorons, l’enchantement du centaure s’est soudainement rompu…

Pendant que le directeur parlait, Marty fit un retour en arrière et, dans sa tête, de terribles images réapparurent sur la terrible fin qu’avait connue Darryl. C’est alors qu’il fit le lien avec l’interruption soudaine de l’enchantement qu’avait subi le centaure et il sut à ce moment que Darryl en était l’instigateur de cet enchantement. Bien qu’il fût pendant une courte durée dans un état évasif, Marty n’avait pourtant pas perdu une seconde de la conversation qui se déroulait devant lui. Le directeur poursuivit ses explications de sa voix sereine, sans s’apercevoir de la courte absence de son interlocuteur.

— En parlant de statues de pierre… je voulais justement vous apporter

des explications concernant le lien qu’il y a entre le monde des rêves et le vôtre. Ainsi, il semblerait que les statues de pierre que vous voyez ici représentent les gens dans le coma ou bien qui ne sont plus maîtres de leur âme dans votre monde réel. Ils sont des victimes du prince des cauchemars ou bien ils font partie de ses disciples. Maintenant, vous comprendrez sûrement pourquoi il y a autant de rochers monumentaux qui jonchent les couloirs de cette grotte.

— Vous voulez dire qu’ils sont tous comme dans un profond

cauchemar ?

— On pourrait dire ça, en effet !

— Je suis stupéfait ! Puis-je me permettre de vous poser une autre

question ?

— Je vous en prie, jeune homme, je vous écoute !

— Est-ce que ces gens sont condamnés à tout jamais à errer dans le

monde des cauchemars ?

— Malheureusement sur ce sujet, je ne saurais me prononcer avec

exactitude. Toutefois, je suis persuadé qu’aussi longtemps que les héritiers du rêve existeront, ce démon ne pourrait pas s’emparer du monde des rêves. Peut-être un jour, pourrons-nous trouver la personne qui pourra nous débarrasser de lui pour l’éternité. Mais en attendant, j’ai bien peur qu’il faille attendre et espérer que l’on puisse réussir à libérer ces pauvres gens de la malédiction cauchemardesque. Il y eut un silence entre les deux qui dura quelques secondes et le directeur relança la conversation.

— Contenu de ce que vous nous avez dit, il m’apparaît clair qu'il a été

une victime et non l'inverse.

— Je suis d’accord avec vous, approuva Marty.

— C’est vrai, je viens de me rappeler à l’instant que j’ai des

explications à vous donner. Lors de notre dernière rencontre, j’ai dû mettre un terme à votre questionnement, ayant été interrompu par l’un de mes centaures. Je suis désolé, je suis un vieil homme et parfois ma mémoire me joue des tours, dit-il sur un ton d’excuse.

— Je comprends, monsieur le directeur. Vous avez d’autres chats à

fouetter, lança Marty sur un ton de taquinerie.

— Avant que j’aborde mes explications, laissez-moi vous informer de

quelque chose que vous devez savoir. Cela concerne votre monde ainsi que celui du rêve ou du cauchemar. En général, les gens de votre monde ne peuvent pas reconnaître ou faire un lien avec les personnes qu’ils voient dans leurs rêves ou cauchemars via la réalité...

Les yeux de Marty semblaient démontrer une interrogation. En voyant son expression, Vadeboncoeur s’empressa de lui dire :

— Je m’explique. Dans le monde réel, il y a des gens normaux, si

vous préférez, qui ne possèdent aucun don spécial. Et il y a nous, ayant des facultés extraordinaires qui nous permettent d’augmenter plusieurs prérogatives telle la télépathie, télékinésie et autre ainsi que l’intrusion du monde des rêves avec la mission de secourir quelqu'un en danger.

— Ha, d'accord ! s’exclama Marty sans pouvoir comprendre le

cheminement exact de ses explications.

— Si je peux m’expliquer autrement en vous donnant un exemple

pour vous faire comprendre où je veux en venir. Imaginez que votre grand-mère s’endort et elle vous voit dans son rêve…

Sur cette dernière phrase, la pensée de Marty se mit à errer et un sourire apparut sur ses lèvres. S’imaginant le visage que ferait sa grand-mère s’il lui apparaissait jusque dans son rêve. « Elle plongerait sûrement dans une hystérie cauchemardesque », pensa-t-il. Puis sorti de ses pensées afin de retourner à la conversation en cours.

— Vous serez surpris d’apprendre que pour elle, vous ne lui

apparaîtriez pas sous la même forme qu’elle vous voit dans la réalité.

— Que voulez-vous dire ? demanda-t-il, pas certain d’avoir bien saisi

tout le contenu de ses explications.

— Qu’elle ne pourrait pas vous reconnaître tandis que vous, vous le

pourrez grâce à vos dons spéciaux. Vous savez, nous sommes des êtres à part entière et notre but est de protéger les gens normaux contre les cauchemars, autrement dit contre Khaos et ses acolytes. Vous comprenez maintenant, jeune homme ?

— Tout à fait !

— Bon, ceci étant dit… je vais tomber dans le vif du sujet de notre

rencontre qui se rapporte évidemment à vos parents. Je vais vous

dire ce qui d’après moi vous sera le plus important à savoir pour l’instant, les concernant. Sachez que le reste vous sera révélé en temps opportun, car il y a une enquête qui est encore en cours. D’ici là, si vous le voulez bien, ne soyez pas trop sévère avec moi.

— Très bien !

— Je ne sais pas si vous vous doutiez que votre mère faisait partie des

héritiers du rêve et qu’elle était sous mes ordres. Je vous le confirme. En fait, elle était à la tête de notre groupe. Un jour, j’ai appris d’une source anonyme une information sur l’endroit où le prince des cauchemars et ses acolytes résidaient. Afin de vérifier l’authenticité de ce renseignement, j’avais envoyé votre mère avec un petit groupe d’apprentis à cette expédition. Or, votre père a insisté auprès d’elle pour en faire partie. Bien que je ne fusse pas d’accord avec elle, puisque selon moi votre père ne possédait aucun don pour les accompagner, il a tout de même réussi à convaincre votre mère d’en faire partie. Selon les informations que nous avons reçues, il semblerait que cette indication était fausse et ils se sont retrouvés pris au piège. Votre mère ainsi que seulement quelques-uns du groupe ont réussi à s’enfuir. Malencontreusement, votre père avec d'autres faisant partie du groupe, ont été capturés et fait prisonniers, par les disciples du seigneur des cauchemars. Je l’avais prévenue du danger qu’ils couraient en s’aventurant avec des débutants, mais elle n’a pas voulu m’écouter. Par la suite, rongée par les remords et par amour, ta mère est retournée avec quelques combattants de notre groupe afin de tenter de les libérer. Malheureusement, son geste lui a couté la vie ainsi que certains de ceux qui ont bien voulu l’accompagner dans sa quête pour retrouver votre père et les autres. Après une longue période sans aucune nouvelle d'eux, j’ai envoyé un autre groupe et ils ont retrouvé le corps d’Angelyna, mais pas celui de votre père et les autres prisonniers. Ils demeurent jusqu’à aujourd’hui introuvables, comme s’ils s’étaient volatilisés. Nos multiples recherches jusqu’à maintenant furent en vain. Sachez que nous continuerons tant et aussi longtemps qu’il le faudra pour les retrouver et je vous en donne ma parole ! Vous savez, sans être sarcastique, il y a un proverbe qui dit : « l’amour rend souvent aveugle ». Néanmoins, ne croyez pas que je dénigre l’amour qu’elle portait à votre père, bien

au contraire ! Elle a fait preuve d’un courage peu commun pour le sauver au point d’y sacrifier son âme.

Le directeur prit un moment de silence afin d’honorer leur mémoire. Quant à Marty, une boule se forma au creux de sa gorge. Ses yeux se remplirent de larmes. Afin de lui démontrer sa compassion, Vadeboncoeur s’approcha de lui et lui tapa l’épaule.

— Je suis sincèrement désolé, mais il était de mon devoir de vous

parler des circonstances de la disparition de votre père et du meurtre de votre mère. Je lui avais promis avant qu’elle parte que je vous raconterais les faits afin que vous ne puissiez pas sombrer dans l’ignorance. Donc, pardonnez-moi, si cela vous a blessé, mais en sa mémoire, je me devais de vous le dire. En terminant, je voulais vous informer qu’avant de retourner dans votre monde de la réalité, je vous suggère fortement de vous rendre à la salle de récupération. Lui conseilla le directeur.

Vadeboncoeur lui tendit un mouchoir que Marty prit afin d’essuyer ses larmes. Quelque part au fond du cœur de cet adolescent, une tristesse refit surface. En ce moment même, il se sentait tellement seul ! En revanche, l’espoir de retrouver son père lui redonnait un second souffle de vie. À l’instant, Marty venait de prendre une lourde décision, celle de retrouver son père au péril de sa vie. Tout comme sa mère l’avait fait pour son mari…

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