Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre III
Étranges circonstances
Quelques minutes plus tard, à quelques rues du drame, les sirènes retentirent ! À la file indienne, les ambulances essayaient de se frayer un chemin dans la circulation dense. Une voiture de police ainsi qu’une voiture de patrouille banalisée les accompagnaient. Finalement, les voitures tournèrent et débouchèrent sur le Chemin des Chênes, une petite rue où s’alignaient des maisons de styles différents les unes des autres. Ils arrivèrent sur cette rue comme dans une ruche d’abeilles.
Sur le lieu du drame, ils firent la macabre découverte des corps ensanglantés. Pendant que les ambulanciers examinaient les corps, deux de leurs confrères se pressèrent vers Karine pour lui venir en aide et lui injecter un calmant. Elle était en crise d’hystérie totale et elle ne cessait de pleurer. Deux agents sortirent de la voiture banalisée non loin d’elle. L’un des deux s’appelait Elmond Rustin. De petite taille, bedonnant, teint rougi dû sûrement à sa peau blême, il affichait un air sérieux. L’homme portait une chemise noire, une cravate bleu pâle, un veston noir, un pantalon bleu marin muni d’un petit ceinturon qui glissait légèrement sous son ventre. Sa chevelure épaisse brunâtre paraissait en bataille constante, il était coiffé d’un chapeau melon noir sur lequel il y avait une plume blanche. Son visage rondelet affichait de grands yeux noisette parsemés de rides, un menton et une bouche sans barbe ni moustache. Son collègue, Alpern Ursa était beaucoup plus grand et costaud que lui. Alpern était vêtu d’une chemise vert kaki qui moulait parfaitement ses pectoraux et d’un pantalon noir. Il avait la chevelure très courte du genre soldat, mais ne portait aucun casque. Son visage garni d’une petite moustache lui donnait un style à la Valentino. Sa stature d’athlète bronzé, son regard profond et ses yeux sombres faisaient de lui un charmeur incontesté. Les deux inspecteurs pénétrèrent dans la demeure de Karine et quelques instants après ils en ressortirent. Par la suite, ils se dirigèrent vers Darryl afin de le questionner :
— Bonjour, nous travaillons pour le B.E.C.S., ce qui signifie Bureau
des enquêtes criminelles spéciales. Je suis l’inspecteur Alpern Ursa
(il se tourna et pointa l’autre plus petit) et lui, c'est mon collègue l’inspecteur Elmond Rustin.
— Bonjour, messieurs les agents. Que puis-je faire pour vous ?
demanda Darryl poliment.
— Nous aurions quelques questions à vous poser, dit Alpern en le
regardant droit dans les yeux.
— Je suis à votre entière disposition néanmoins, j’aimerais bien que
vous disiez aux ambulanciers de prendre bien soin de la petite Karine, s’il vous plaît, répliqua sèchement Darryl.
— Ouais, ouais ! Ne vous inquiétez pas, elle est entre bonnes mains !
répondit Elmond de façon nonchalante.
— Et à qui avons-nous l'honneur de parler ? demanda Alpern, sur un
air fanfaron en se tournant vers son collègue pour lui faire signe de prendre des notes.
— Darryl Spiceys, je suis le voisin d’en face.
— Mais encore ! Poursuivit Alpern sur un ton arrogant toute en ayant
l’œil gauche qui n’arrêtait pas de sautiller en signe d’impatience.
— Comme je viens de vous le dire, je demeure en face, j’étais très ami
avec la petite Karine et ses parents, expliqua Darryl en pesant chaque mot prononcé.
— Les connaissiez-vous personnellement ?
— Oui et d’ailleurs depuis très longtemps, monsieur l’agent.
— Saviez-vous que nous venons de constater que la mère de Karine
était enceinte ?
— Quoi ? Non ! Bien sûr que non !
— Donc, je suppose que vous n’étiez pas du tout au courant.
— En effet.
— Y avait-il des personnes qui leur en voulaient ?
— À vrai dire, je n’en ai aucune idée.
— Croyez-vous que cela puisse être un meurtre relié à un triangle
amoureux ? lança Alpern de manière accusatrice afin de voir la réaction du sportif.
— Mais qu’est-ce que vous me sortez là ? répondit Darryl, sur un ton
offensé et indigné.
— C’est possible ! D’ailleurs, vous pourriez être vraiment surpris de
ce que nous pouvons découvrir lors d'une enquête. Pas vrai, Elmond ?
— Ouais chef ! lui répondit son collègue sur un ton approbateur.
Darryl était complètement abasourdi devant ce manque de professionnalisme. Ce qu'il venait d'entendre des inspecteurs lui confirmait avec quelle légèreté cette enquête allait être menée. Quels genres d’enquêteurs étaient-ils ? Il était évident que pour lui, cela était sans le moindre doute un triple meurtre et qu’il n'y avait rien de bizarre là-dessous. Alors, comment deux hommes pratiquant la profession de policiers pouvaient-ils faire les aveugles sur cette enquête ? De peur d’une réaction des inspecteurs, Darryl garda ses pensées pour lui. Aussitôt, Alpern revint brusquement à la charge avec une autre raflée de questions, se révélant tout aussi accusatrice les unes que les autres. Au même moment, un vieux clochard passa devant eux en les regardant d’un air un peu confus.
— Depuis combien de temps demeurez-vous dans le coin ?
— Environ une quinzaine d’années.
— Vous vivez seul ?
— Bien sûr ! Et ce, depuis que ma pauvre mère est décédée. Cela va
faire presque quatre ans maintenant.
— Que faites-vous dans la vie ?
— Je suis un professionnel du sport.
— Vraiment ? Lequel ?
— Vous ne connaissez pas ma réputation ? s’indigna Darryl.
— Désolé de vous décevoir monsieur Spiceys, j’ai d’autres chats à
fouetter que de m’intéresser aux carrières sportives.
— Je vois. Je suis capitaine pour l’équipe de soccer des murailles de
Gosfercity.
— Maintenant, je vais vous poser d’autres questions différentes.
— D’accord, je vous écoute !
— Connaissiez-vous intimement madame Hilbert ?
— Que voulez-vous insinuer par cette question ?
— Rien. Contentez-vous de répondre à ma question, c’est tout !
— Très bien. Ils étaient devenus mes meilleurs amis. Pour rien au
monde, je ne leur aurais fait de mal. Je les aimais vraiment, vous comprenez ?
— Évidemment ! Je ne cherchais pas à vous froisser, croyez-moi. Je
suis désolé si cela vous a offensé. Justifia l’inspecteur sur une tonalité maladroite. Et il poursuivit.
— En votre présence, auriez-vous remarqué ou bien été témoin de
frustrations entre eux ?
— Pas d'après mes souvenirs, je pourrais même ajouter qu’ils
reflétaient le parfait bonheur. Dit-il en commençant à s’impatienter.
— Pensez-vous qu’ils avaient des problèmes d’argent ?
— Je ne peux vraiment pas répondre à cette question, je ne
connaissais pas leurs états financiers personnels, répliqua Darryl, cette fois-ci agacé.
— Avaient-ils des comportements bizarres parfois en votre présence ?
— Non ! Et non ! Ils avaient un comportement tout à fait normal !
Mais pourquoi me posez-vous une question aussi ridicule ? répondit-il sur un ton des plus secs.
Alpern, surpris par cette réaction agressive continue à le questionner avec un peu moins d’ardeur.
— Vous m’excuserez de vous dire cela, mais nous travaillons sur des
enquêtes qui sortent parfois de l’ordinaire, alors vous comprendrez que nous devons poser des questions qui paraissent pour vous des plus farfelues, mais qui pourraient être pour nous d’une importance capitale.
— Désolé. Je suis un peu bouleversé. Mais vous comprendrez
sûrement mon impatience, leur dit-il en prenant un certain recul sur son agressivité.
— Donc, si j’ai bien compris, vous n’avez absolument rien remarqué
de spécial ou d’inhabituel chez les
Hilbert ?
Darryl parut réfléchir pendant plusieurs secondes et lui répondit.
— Si ma mémoire est bonne, je dirais que non.
L’agent le plus costaud s’approcha de son collègue et celui-ci lui murmura quelques phrases inaudibles pour Darryl. Il se retourna et lui dit :
— Monsieur Spiceys, je crois que ce sera tout pour le moment. Je
pourrais peut-être avoir encore besoin de vous si jamais il me venait d'autres questions en tête. Je vous demanderais donc de ne pas quitter la ville sous aucun prétexte, à moins qu'il s'agisse d'une urgence, bien entendu ! suggéra Alpern.
— Bien ! répondit Darryl, enfin soulagé de s'être débarrassé de cette
période de questions en rafale.
Finalement, ils le laissèrent tranquille. Les deux inspecteurs se dirigèrent à l’intérieur de la maison et y entrèrent afin de poursuivre leur enquête. Darryl s’éloigna d’eux afin de rejoindre Karine qui était allongée sur une civière. Elle semblait être parfaitement calme maintenant. Il s’approcha d’elle et lui dit d’un ton rempli d’empathie.
— Je suis vraiment désolé de ce qui vient de t’arriver.
Elle se tourna vers lui d’un mouvement lent et chancelant. L’adolescente lui donna un doux baiser sur sa joue droite en guise de remerciement. Le sportif fut touché par ce geste et prit sa main gauche en la rassurant :
— Je serai toujours là pour toi, quoiqu'il t’arrive tu pourras compter
sur moi jour et nuit, mais j’aimerais que tu me fasses la promesse de prendre soin de toi maintenant, d’accord ?
Karine regarda Darryl et acquiesça de la tête. Puis, elle lui tourna le dos pour cacher ou camoufler l’expression de vide qu’elle ressentait et la marée de larmes qui venait d’inonder à nouveau ses yeux. Il lui promit d’aller la voir à l’hôpital dès le lendemain. Les deux ambulanciers arrivèrent et la soulevèrent d’un même mouvement. Par la suite, ils insérèrent solidement les roues de la civière dans les crochets de l’ambulance afin de la maintenir fixe et partirent en direction de l’hôpital. Darryl lui fit au revoir de la main d'un air assombri par le chagrin qui l'envahissait de plus en plus.
Quelques minutes plus tard, Karine arriva à l’hôpital où on l’installa à l’étage pour le traitement des patients en état de choc ou en crise d’angoisse. Elle attendit que l’infirmière quitte la chambre…
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