Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre IV
Début de l’enquête
Dans le bureau de la B.E.C.S. où travaillaient les deux inspecteurs Ursa et Rustin et à quelques pas de l’hôpital, un homme était en train d'être interrogé dans une salle.
— Pourquoi avez-vous dit avoir commis ces crimes ? demanda
l’inspecteur Alpern Ursa en s’approchant du vieux clochard.
— Je vous l’ai déjà dit, je suis un meurtrier ! s’écria le vieillard qui ne
semblait pas dans un état « normal ».
Il avait vraiment l’air d’un itinérant, vêtu d’une vieille chemise trouée grise qui ne semblait jamais avoir été lavée ainsi qu'un pantalon marron à carreaux trop longs pour lui et d’un foulard rougeâtre enroulé sur son cou ridé. Il avait aux pieds des souliers dont les semelles étaient trouées. Ils provenaient sûrement du surplus de l’armée. De plus, le vieil homme dégageait une odeur de transpiration si intense dans la salle durant son interrogation que l’inspecteur Ursa n'eut pas le choix de faire fonctionner la ventilation à plein rendement. Par l’expression de ses yeux égarés, le pauvre clochard semblait de toute évidence ne pas avoir toute sa tête.
— Bon ! Maintenant, c'est assez ! J’ai perdu trop de temps ! répondit
l’inspecteur Ursa sur un ton irrité et impatient.
— Vous allez m’enfermer ? demanda le vieux clochard sur un ton
enjoué.
L’inspecteur sortit de la pièce et demanda à l’un des agents de le reconduire à l’extérieur. Le vagabond semblait vraiment contrarié en s’apercevant que sa destination n'était finalement pas vers la cellule, mais bien à l'extérieur de l'édifice. Il se mit à hurler comme un déchaîné.
— JE SUIS UN MEURTRIER ! JE SUIS VRAIMENT LE
MEURTRIER QUE VOUS RECHERCHEZ ! JE VAIS TOUS VOUS TUER…
Son écho retentit jusqu’à l’intérieur du poste de police. Mais en voyant que l’homme semblait déséquilibré, plus personne ne sembla lui porter la moindre attention. Ainsi, les crises de démence et d'insultes du vieux clochard s'évaporèrent parmi les bruits de la circulation dense de la rue. Ursa se dirigea vers le bureau de l’inspecteur en chef des enquêtes criminelles spéciales de la police et frappa à la porte. Une voix sèche lui répondit.
— Entrez !
L’inspecteur en chef, Malcom Casindy, assis confortablement sur sa chaise capitonnée, invita Ursa à entrer et à lui fit signe de fermer la porte derrière lui. Son bureau était rempli de papiers empilés les uns sur les autres dans un désordre absolu. Casindy était un homme au teint foncé et ses cheveux frisés révélaient ses origines haïtiennes. Son goût vestimentaire pour les couleurs pastel ne rendait pas grâce à son autorité. Pourtant, les gens qui le connaissaient très bien savaient que malgré son accoutrement, il savait se faire respecter et que quiconque irait contre sa volonté aurait à subir sa colère orageuse.
Il était veuf depuis plusieurs années après avoir perdu sa femme dans des circonstances tout à fait étranges. Selon les enquêteurs, elle était morte bizarrement pendant son sommeil et il ne s’était jamais vraiment remis de cette perte tragique. Au bureau, les gens lui avaient donné le surnom de « l’inspecteur sans façon », dû au fait qu’il ne souriait jamais même après une brillante carrière de trente années de service. Il conservait toujours son air grincheux et n’appréciait jamais quelqu'un d'autre que sa propre personne. Malgré cela, les hauts dirigeants du service criminel le respectaient, car il était l’un des meilleurs inspecteurs que la police n'ait jamais eus. Et que sans lui, le crime serait un mode de vie. L’inspecteur Ursa s’adressa à lui sur un ton presque trop poli.
— Bonjour, monsieur Casindy.
— Que me voulez-vous encore, Ursa ? Une prolongation pour votre
rapport ?
— Heuu non !
— Dites-vous que vous êtes ici pour travailler et non pour faire le
mariolle ! lança Casindy en haussant de plus en plus la voix.
— Écoutez ! répondit Ursa sur un ton calme. Je voulais vous dire que
jusqu'à présent nous n’avons aucune piste pour retrouver les meurtriers des Hilbert, mais que nous continuerions jour et nuit si cela était possible. Alors j’aurais besoin d’avoir carte blanche pour cette enquête et j’ai besoin de votre permission.
L’inspecteur en chef sembla réfléchir pendant quelques secondes et lui répondit sur un ton agressif.
— Très bien ! Mais comprenez-moi bien, je ne vous donne pas plus
d’une semaine pour trouver vos indices et si je n’ai pas de résultats satisfaisants de votre part, je vous envoie à la rédaction des rapports.
— J’en prends note, monsieur.
— Je ne voudrais surtout pas que vous ambitionniez sur ma bonne
volonté. Compris ?
— D’accord, nous ferons de notre mieux. Mais comme vous le savez,
nous n’avons aucun indice, lui dit-il sans porter attention au regard fusillant de Casindy.
Il se tourna et se dirigea vers la porte en murmurant à voix basse.
— Espèce de vieux babouin grincheux, il n’est jamais satisfait de rien
de toute façon.
— Vous disiez ? demanda l’inspecteur en chef, croyant avoir entendu
quelque chose sortir de la bouche d’Ursa.
— Heuu… rien, monsieur Casindy. Absolument rien, répondit Ursa
sur un ton serpentant.
— Bon, alors qu’est-ce que vous attendez pour dispo-
ser ? Que la foudre vous frappe ? lui dit-il sèchement.
Après être sorti du bureau, Alpern Ursa se dirigea vers son coéquipier.
— Suis-moi, on a du pain sur la planche !
— OK, chef ! répondit Eldmon Rustin sur un ton enjoué et affirmatif.
— En passant, voudrais-tu me faire un énorme plaisir, nouveau
coéquipier ?
— Sûr, chef !
— Dorénavant, ne m’appelle plus « chef !». Lui dit-il en lui faisant
une grimace d’agacement.
— Oui, ch… heu… je voulais dire oui « Alp ». Répondit-il mal
assuré.
Ils sortirent du poste de police et partirent en direction de la rue où le crime avait eu lieu. L’inspecteur Ursa sortit de sa poche un petit carnet de téléphone, prit le cellulaire de son assistant et composa un numéro. Au bout de quelques sonneries, une voix masculine répondit.
— Allo !
— Bonjour, monsieur Spiceys, je suis l’inspecteur Ursa.
— Bonjour, monsieur Ursa.
— Je voulais savoir s’il était possible de se rencontrer dans un autre
endroit qu’à mon bureau.
— Bien sûr inspecteur ! On pourrait se rejoindre au
Bistro de Valti qui est situé juste au coin de ma rue. Cela me
convient, ma femme de ménage n’est pas encore passée, alors vous
comprenez ? expliqua-t-il en paraissant un peu embarrassé.
— Bon, d’accord ! On se rejoint là-bas dans à peu près dix minutes.
— À tout à l’heure ! lança Darryl dans un élan de précipitation.
L’inspecteur raccrocha aussitôt la ligne et redonna le téléphone à son collègue en lui faisant un signe de remerciement.
Peu de temps après, les deux inspecteurs sillonnèrent les rues et arrivèrent finalement au lieu de rencontre. En entrant dans le bistro, Alpern salua d’un signe de la tête l’homme au bar qui servait des clients. Son regard se dirigea dans le fond de la pièce et, aussitôt, il aperçut Darryl assis tranquillement sirotant une tisane à la menthe. Les deux inspecteurs se dirigèrent vers sa table et prirent place en face de lui.
— Bonjour, monsieur Spiceys, j’espère que vous allez bien.
— Oui, merci, inspecteur, de vous préoccuper autant de ma santé
mentale. Mais avant de commencer, je tenais à vous prévenir tout de suite que je ne peux vous accorder qu’une heure de mon temps. Je dois aller m’entraîner pour notre prochain match. Nous allons affronter la deuxième meilleure équipe de notre division alors je dois mettre les bouchées doubles. J’espère que vous comprendrez même si vous ne vous intéressez pas aux nouvelles sportives. Lança-t-il avec un sourire moqueur, se souvenant de l’indifférence dont l’inspecteur avait fait preuve face à sa carrière sportive.
— Bien sûr, bien sûr !
L’inspecteur Ursa remercia la serveuse qui venait tout juste de leur apporter un café et il lui fit un sourire charmeur. Après avoir trempé ses lèvres dans sa tasse de café, il enchaîna.
— Tout d’abord, merci de vous être déplacé ainsi que pour le temps
que vous nous accordez.
Il se tourna vers son collègue et ajouta. Si tu as des questions toi aussi, ne te gêne pas, de les poser à monsieur Spiceys, d’accord ?
— Pas de problème, Alp ! Répondit, Elmond.
— Saviez-vous que ce n’était pas la première fois que l’on découvrait
des meurtres de ce genre dans le
coin ?
— Vous venez de me l’apprendre à l’instant, inspecteur.
— Il y a eu plusieurs personnes découvertes mortes dans leur lit de la
même façon que les Hilbert.
Dites-moi, avez-vous pénétré dans la maison des Hilbert avant que
la police n’arrive ?
— Non.
Au même moment, ses yeux venaient de le trahir. L’inspecteur avait remarqué ce clignement des yeux, mais fit comme s'il n’avait rien vu et poursuivit son interrogatoire.
— Est-ce que le nom d’Angelyna Desforges vous dit quelque chose ?
— Je ne connais pas ce nom. Je n'en ai jamais entendu parler.
Pour la seconde fois, il venait de se trahir en répondant trop hâtivement.
— Je vous ai mentionné ce nom, car elle a été la première personne
assassinée de la même façon que les Hilbert. Cette femme est morte et son mari a disparu le même jour. Curieux n'est-ce pas ?
— Je suis tout à fait d’accord avec vous.
— Il était parmi la liste de nos suspects potentiels. À cette époque,
c'était notre directeur, monsieur Casindy qui était responsable de l’enquête. Il a tout fait pour essayer de le retrouver, mais il avait disparu dans la brume, comme s'il s'était tout simplement évaporé dans la nature. Et, chose encore plus étrange, la femme de Casindy est décédée la même année qui a suivi cette enquête. D’ailleurs, l’enquête n’a jamais été résolue. Vous comprendrez qu’après avoir perdu sa femme, il a fait une dépression et il a laissé tomber toutes les enquêtes du même genre. Selon moi, il semble que quelqu’un ne voulait pas qu’il trouve quoi que ce soit. Personnellement, je crois qu’il s’agit d’un meurtrier en série. Mais comment en être sûr ? Ne trouvez-vous pas cela étrange ? lui dit-il d’un ton interrogateur.
— En effet, répondit Darryl.
— Vous êtes vraiment persuadé de ne pas connaître ce nom, car selon
nos sources, le fils de cette femme va à la même école que la fille des Hilbert et de ce que nous savons, vous connaissiez très bien les Hilbert.
Le visage de Darryl changea soudainement, il venait de trouver ce qu’il cherchait depuis des lustres, c'est-à-dire une façon d’entrer en contact avec le futur héritier du rêve. Il fixa l’inspecteur Ursa en essayant de dissimuler sa vive joie et lui répondit.
— J’en suis persuadé, inspecteur.
— C’est curieux. Mais bon, peu importe !
Darryl se frotta en dessous de l’œil violemment comme si un moustique venait de le piquer. Il fit ce mouvement de nervosité sans vraiment s'en apercevoir et se mit à réfléchir rapidement afin de trouver une façon de mettre un terme à l’interrogatoire. Avec empressement, il lança à l’inspecteur :
— Dites-moi inspecteur, croyez-vous vraiment que je peux vous aider
plus que je ne l’ai fait jusqu’à maintenant ?
— Je ne sais pas.
— J’ai tout dit ce que j’avais à dire alors je n’ai rien à ajouter de plus.
— Je vous sens un peu impatient, lui dit-il en le regardant directement
dans les yeux.
— Non, je ne suis pas impatient, je suis seulement fatigué de me faire
poser des questions comme si c'était moi qu’on accusait de ces meurtres morbides. De plus, je dois partir pour mon entraînement, lui répondit Darryl avec impatience.
— Bon d’accord ! Mais, si jamais…
Darryl l’interrompit brusquement et lui dit sur un ton d’agacement.
— Oui, je sais ! Que si jamais j’avais un détail… bon, je suis vraiment
désolé, mais je dois partir ! Au revoir !
— Au revoir, monsieur Spiceys !
L’inspecteur Ursa l’observa se précipiter hors du bistro comme si la mort le poursuivait. Aussitôt que le sportif disparut de son champ de vision, Ursa se tourna vers son collègue et lui dit d’une voix presque murmurée.
— Tu sais quoi ? J'ai l'impression qu’il connaît plus de choses qu’il
veut le faire croire. J’ai même cru un moment que lorsque je lui ai parlé du fils d’Angelyna Desforges, apercevoir son visage éclairé par un sourire de démence. Je ne sais pas pourquoi, mais il a quelque chose d’étrange cet homme. De plus, je pense qu'il n'a vraiment pas apprécié mes questions.
— Tu as probablement raison. Répondit son collègue, perplexe.
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