Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)
Chapitre XVII
Complots et soupçons
D’un bleu ciel éclatant, trois grands tourbillons lumineux apparurent devant le professeur Halo. Il fit un sursaut du même coup stupéfait d’apercevoir derrière ce vaisseau de lumière, Marty et Cripley épaulant leur ami. À peine venait-il de dévoiler leur présence, qu'un tourbillon de lumière éclatant dévoila une silhouette féminine tout près d’eux. S’était leur amie Karine. Constatant leur désobéissance flagrante, le professeur sentit à l’intérieur de lui une colère grandissante. Toutefois, en apercevant l’état lamentable de Phil, le visage de celui-ci s’adoucit et il se dépêcha de le faire transporter dans la salle des soins graves. Sa respiration haletante, son état à demi conscient ainsi qu’une mystérieuse brûlure au thorax firent apparaître le doute et l’inquiétude dans l’esprit du professeur. Il regarda les trois élèves d’un air réprobateur.
— Dites-moi, pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est
passé ?
— Vous n’avez qu’à le demander à Karine, répondit promptement
Marty. Elle est la personne qui pourra vous le raconter plus en détail. Et il lui lança un regard soupçonneux.
Karine resta muette pendant quelques secondes comme si un chat venait de lui manger la langue et puis décida finalement de parler.
— En fait, professeur… je crois que cela est arrivé trop rapidement.
Nous avons été attaqués par surprise. Phil et moi avons entendu un bruit derrière les buissons. Quand nous nous sommes retournés en direction du bruit, Phil a reçu une décharge et moi, j’ai eu le réflexe de me jeter par terre. Et… et après je ne sais pas trop. J’ai cru apercevoir deux ombres disparaître dans la forêt.
— Vous n’avez rien vu d’autre ? demanda le professeur, intrigué par
ce manque flagrant de détails.
— Malheureusement, c’est tout ce que je peux vous dire. Répondit-
elle, anxieuse et affichant soudainement un teint beaucoup plus pâle.
— Bon, puisque vous le dites ! trancha-t-il.
Le professeur leur suggéra de prendre un peu de repos et c’est ce qu’ils firent. Marty s’approcha de Cripley pour le soutenir moralement et tenta de l’encourager.
— Écoute… je suis certain qu’il va s’en sortir.
Des larmes discrètes apparurent dans le coin des yeux de Cripley, approuvant les paroles réconfortantes de Marty. Bien que pour lui, il demeurait évident qu'il n'y avait rien de rassurant en voyant dans quel état il l’avait trouvé, il resta tout de même optimiste. En fait, Phil était devenu au fil du temps comme un frère pour lui. Malheureusement, la situation faisait ressurgir en lui le souvenir d’une douleur atroce qu’il avait ressentie lors de la perte de l’un de ses frères et qui n’était pas encore totalement cicatrisée. Bien que Marty fût fils unique, il pouvait tout de même imaginer la peine que son ami pouvait ressentir. Le jeune adolescent tenta par tous les moyens de le réconforter tout en sachant très bien que le temps aidera à cicatriser cette douleur. Le professeur regarda Cripley avec un air d’amertume et lui dit :
— Je sais mon garçon ce que vous pouvez ressentir, mais dites-vous
qu’il est entre bonnes mains. J’ai fait en sorte de lui administrer les meilleurs soins. D’ailleurs, si cela peut vous rassurer, j’ai exigé que ce soit madame Levande qui s’occupe personnellement de votre ami. Comme vous le savez déjà, elle est la meilleure dans ce qui a trait aux potions miracles. De plus, s'il y a des complications, nous pourrons toujours utiliser un remède fabriqué à base de larmes de licorne. Je suis persuadé qu’il va guérir très rapidement. Cependant, je ne peux malencontreusement vous confirmer la durée que prendra son rétablissement.
— Dites-moi, professeur, croyez-vous que notre rapide intervention
lui donnera une meilleure chance pour se rétablir rapidement ? demanda tout bonnement Marty.
— Je crois sincèrement que oui. Nous ne pourrons être fixés que
demain matin seulement. Répondit le professeur Halo, d’une voix exaspérée.
La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Des rumeurs voulant que Phil eût été attaqué par des disciples de Khaos effrayaient les plus braves. Après ce terrible incident, plusieurs disaient que le prince des cauchemars avait été ressuscité par ses disciples. Ainsi, il ferait à nouveau régner, la peur, la terreur et la mort seraient de nouveau au rendez-vous. Il demeurait le démon le plus craint dans le monde du rêve. Seul un groupe de personnes qui s’appelait « les héritiers du rêve » avait réussi à triompher contre lui. Malheureusement, certains d’entre eux en avaient payé de leur propre vie, cela remontait très loin dans le temps. Une autre rumeur circulait du fait que la mère de Marty avait été victime d’un traquenard par l’une des personnes très proches d’elle qui l’aurait trahie et dirigée directement dans la gueule du loup. Aucun détail ne fut révélé lors de ce tragique événement puisqu’il coïncidait avec la mort de sa mère ainsi que la disparition de son père. Tout le monde connaissait cette histoire et certains prétendaient même que le père en était le concepteur et était devenu en même temps le nouveau successeur du prince des cauchemars, Khaos. Heureusement, cette rumeur n’était pas venue aux oreilles de Marty, du moins, pas pour le moment…
Le professeur Halo donna à Fradoc la tâche de conduire les élèves à leur prochain cours. Il remit à Marty une lettre d’explication concernant l’absence de ses deux amis Phil et Karine au professeur Trémiz. Comme prévu, Fradoc les emmena dans leur cours et quitta aussitôt la pièce. Marty remarqua que cette salle de cours se présentait différemment. Des étagères garnies de toutes sortes de bocaux, contenant différents spécimens tout aussi intrigants les uns des autres, décoraient chacun des murs. Les pupitres étaient disposés de façon à former une demi-lune. Face à eux, une longue table et une chaise étaient capitonnées d’une épaisse fourrure animale. Au-dessus de la table, il y avait une montagne de papiers empilés dans un désordre absolu. En l’absence temporaire du professeur Trémiz, dans cette salle de cours bondée d’élèves, les discussions s’animaient grandement. Un des élèves du nom de Joshua se leva et s’approcha de Marty.
— Hey le nouveau ! Il semblerait que toi et Cripley avez sauvé la vie
de Phil. Tout un exploit les gars, je vous félicite ! Il se tourna vers la classe et lança sur un ton moqueur et sardonique. Je vous présente les nouveaux héros du jour, Cripley et le petit nouveau, Marty !
Croyant que celui-ci venait de le féliciter pour leur acte d’héroïsme, les oreilles de Marty se mirent à rougir. Mais en réalité, Joshua était fou de rage et un sentiment de jalousie s’anima en lui. Il n’aimait pas vraiment qu’on lui vole la vedette. Pour Joshua, ils n’étaient que de petits moustiques qu’il se ferait plaisir d’écraser à tout prix pour lui éviter l’humiliation. Son regard reflétait le mépris et des étincelles de vengeance illuminaient ses yeux, habituellement démunis d’expression.
— Vous devez vous sentir fiers ton ami et toi, n'est-ce pas ?
Cependant, tu le saurais moins si tu étais au courant de la rumeur qui circule concernant ta mère et ton père… lança-t-il, faisant naitre ainsi une interrogation soudaine sur le visage de son interlocuteur.
— Explique-toi ! Je ne comprends pas ce que tu essaies de me dire !
— Très simples, monsieur « le petit nouveau » selon la rumeur qui
court sur tes parents, ils auraient rejoint avec les disciples et conclu un pacte avec le démon le plus redoutable de l’histoire : Khaos. Maintenant, tu comprends la raison de tes si grands pouvoirs.
— Quoi ? Tu dis n’importe quoi… je ne te crois pas… tu veux
seulement attirer l’attention sur toi et tu crois que tout le monde va te croire ? Lui dit-il, en se tournant d’un geste vif vers Cripley afin d’avoir un signe d’approbation de sa part.
Les autres élèves se tournèrent d’un seul mouvement et cessèrent subitement leurs conversations. Ils fixèrent Marty d’un air terrorisé et offensé, ayant entendu ce que Joshua venait de lui dire de vive voix. Cripley s’avança d’un pas enragé vers Joshua.
— TU N’EN SAIS STRICTEMENT RIEN ! TU CROIS
SEULEMENT LES RUMEURS QUE L’ON RACONTE SANS SAVOIR SI CELA EST FONDÉ OU PAS. ALORS, JE TE CONSEILLE DE FERMER TA GRANDE GUEULE SINON MON POING VA
METTRE TA FIGURE DE RAT EN PIÈCES, ET APRÈS, MÊME
TA PROPRE MÈRE NE POURRA PAS TE RECONNAITRE !
Tempêta de rage Cripley en serrant ses poings.
— Ce n’est pas un raté comme toi qui va me faire peur ! Tu viendras
me voir dans dix ans, quand tu auras fini par passer ton premier niveau, répliqua Joshua sur un ton provocateur.
À peine avait-il fini sa phrase que Cripley se jeta brusquement sur lui. Les coups retentissaient de part et d’autre. Bien que Marty ressente de la colère envers cet être arrogant, il les sépara avec l’aide de quelques élèves de son groupe. Mais au même moment, un professeur fit irruption dans la classe.
— Mais qu’est-ce que c’est cette façon de se comporter ? Vous
devriez avoir honte ! Je n’accepte pas la violence entre élèves. Je vous préviens qu’à l’avenir, je ne tolérerai plus ce genre de comportement et qui n’a d’ailleurs aucunement sa place ici. Je ne forme pas de disciples de Khaos, mais bien ceux qui veulent le combattre ! s’exclama le professeur sur un ton sec et rempli de honte.
L’homme était physiquement bedonnant et pas très grand. Il portait une petite moustache très bien taillée et ses cheveux en couronne trompaient son âge trentenaire. De plus, sa tenue vestimentaire était composée d’une longue robe de mage orangée affichant la transformation d’un humain en multiples animaux et portait un chapeau melon qui lui donnait un air ridicule. Observant alternativement, Cripley et Joshua, avec ses grands yeux marrons d’un regard réprobateur, il leur dit finalement :
— Maintenant, j’aimerais que vous vous seriez la main, ce sera un
signe pour moi que vous avez bien compris mon message.
Les deux s’exécutèrent gardant toutefois une irréfutable rancœur réciproque. Satisfait de ce geste, le professeur leur demanda de retourner à leurs places respectives ce qu’ils firent sans ajouter un mot. Après avoir pris connaissance de la lettre laissée par le professeur Halo, l’enseignant fit le tour de la classe pour rencontrer et se présenter aux nouveaux venus. Il s’appelait professeur Trémiz et s’occupait d’enseigner tout ce qui se rapportait au camouflage et à la métamorphose. Le cours se déroula sans aucune autre perturbation. Pendant le moment d’une pause bien méritée, Marty s’approcha discrètement du professeur et lui demanda à voix basse et remplie d’espoir :
— Professeur, j’aurais une faveur à vous demander.
— Je vous écoute, monsieur Travis.
— Puis-je me permettre de vous demander s'il serait possible que moi
et Cripley puissions partir maintenant du cours afin de prendre des nouvelles de santé de notre ami Phil ainsi que de Karine ?
— Bien sûr, je comprends parfaitement. Je voudrais en effet que vous
reveniez me donner de leurs nouvelles quand vous le pourrez. Je sais que normalement nous ne devons jamais laisser quitter le cours sans l’accompagnement d’un manguora, mais comprenant la raison de vos inquiétudes et sachant que Cripley vous accompagne, je crois que je peux vous faire confiance. Je vais en informer votre
guide ainsi que le directeur Vadeboncoeur afin qu’ils ne s’inquiètent pas de votre absence.
— Très bien, je vous remercie, professeur Trémiz. Je vous promets
que nous ferons en sorte de ne pas vous décevoir. Encore, merci !
Marty s’empressa d’aller rejoindre son ami et l’informa sur-le-champ. Celui-ci fut très content d’apprendre que Marty avait obtenu une permission spéciale pour quitter le cours. Sur ce, ils se précipitèrent vers la sortie de la classe au pas de course. Ils marchèrent dans les couloirs et par inadvertance, empruntèrent un mauvais chemin, ce qui les conduisit dans une autre partie complètement inexplorée du château. Les deux amis arrivèrent près d’une porte et constatèrent qu’elle était entre-ouverte. Piqué par la curiosité, ils s’approchèrent à pas de souris afin de prendre soin de ne pas se faire repérer et se camouflèrent dans une petite ouverture située à côté de cette porte massive. Soudain, ils entendirent l'écho de deux voix en pleine discussion. De l’endroit où ils étaient situés, une lumière reflétait deux silhouettes à la manière des ombres chinoises sur le mur en face d’eux. L’une des voix avait un étrange accent. Tandis que l’autre, Marty en distinguait une tonalité étrangement familière sans pourtant être en mesure de l’identifier.
— Je te garantis que cette fois-ci ce ne sera pas la taupe qui recevra
les honneurs de mon prince, crois-moi. Si mon plan fonctionne comme prévu, j’aurai droit à la récompense promise. Et je te délivrerai de cette vie d’esclavage comme je te l’ai promis, dit la voix humaine, sur un ton confiant.
— Je vous en remercie à l’avance, sire. Cependant, je crois qu’il serait
plus prudent pour nous d’attendre avant de crier victoire, vous ne pensez pas ? suggéra l’autre personnage à la tonalité familière.
— Tu as peut-être raison… mais à défaut de te paraître prétentieux, je
crois que si mon prince avait eu des doutes sur mes dons exceptionnels, il ne m’aurait sûrement pas confié une telle mission.
— Sire, il serait temps pour vous d’y retourner. Dit-il, d’une tonalité
qui laissait transparaître son impatience.
— D’accord, j’ai compris. Je ne veux surtout pas que tu viennes en
aide à la taupe. À vrai dire, je préférerais que tu lui mettes encore des bâtons dans les roues, si tu vois ce que je veux dire…
— Soyez assuré que je le ferai ! Comme vous le savez, je serais prêt à
faire n’importe quoi pour que vous me libériez de cette vie d’esclavage. À mon grand désarroi, ma dernière tentative n’a pas
été couronnée de succès même en lui donnant de fausses informations. J’aurais bien voulu qu’il en meure, mais notre prince lui a pardonné...
— Écoute ! Je dois partir à l’auberge afin de préparer la deuxième
partie de mon plan, mais je te fais confiance et j’ose espérer que tu vas réussir cette fois-ci, lança-t-il d'une voix réprobatrice.
— Sire, je ferai en sorte de ne pas vous décevoir afin que le prince
vous couvre d'honneurs. Je m’occuperai une fois de plus de cette racaille de taupe, ne soyez pas inquiet. Je vous contacterai de la même façon que la fois précédente.
Avec un bruit sourd, les deux ombres disparurent dans un tourbillon de brouillard. Les deux adolescents se regardèrent bouche bée par la conversation qu’ils venaient tout juste d’entendre.
— Crime puff ! Il y aurait une taupe dans l’école ? s’étonna Marty.
— Sache que je suis aussi étonné que toi. Ajouta Cripley.
— Je viens tout juste de me rappeler quelque chose…
— Quoi ?
— Quand j’ai rencontré le directeur, nous avons été interrompus par
un message holographique.
— Et puis ?
— Bien, l’hologramme parlait d’une intrusion.
— Intéressant, très intéressant !
— Oui, il semble que quelqu’un ait réussi à passer la sécurité.
— Impossible ! à moins que… s’exclamât Cripley d’un air songeur.
— Que quoi ? interrogea Marty.
— Qu’il fasse partie de l’école de Murphéus.
— Si je comprends bien ce que tu veux me dire, c’est que la personne
doit absolument avoir un lien avec l’école comme un professeur, un Manguora ou bien…
— L’un des centaures qui assurent la sécurité de l’école. Compléta
Cripley avec appréhension.
— Non, je n’y crois pas ! Dis Marty incrédule.
— C’est une possibilité envisageable, tu sais.
— Tu as peut-être raison.
— Que fait-on maintenant ? demanda Cripley.
— Pour le moment, il faut que nous trouvions le bon chemin qui nous
mènera auprès de Phil et puis quand le directeur sera de retour,
j’irai lui en parler.
— Excellente idée ! approuva-t-il.
— Pour nous aider, j’ai une idée… longe le couloir au sud tandis que
moi j’irai au nord. Le premier de nous deux qui rencontre un professeur ou un manguora revient ici avec, d’accord ?
— Tout à fait ! répondit Cripley.
Par la suite, ils se séparèrent comme convenu. Après quelques minutes de marche, Cripley se souvint que ni lui ni Marty n’avaient demandé de papier du professeur Trémiz. Il était vrai que parmi tous les professeurs, certains étaient moins à cheval sur les règlements, tandis que d’autres faisaient du zèle... Au même moment, il tomba face à face avec un homme au regard gris ciel qui s’assombrit soudainement, c’était l’exécrable professeur Nymone.
— Que fais-tu seul dans les parages ? demanda-t-il sur un ton
soupçonneux en accentuant le mot seul pour lui démontrer son désaccord.
— J’ai demandé au professeur Trémiz une permission spéciale pour
aller rendre visite à notre ami Phil. Expliqua Cripley prenant soin de ne pas mentionner le nom de Marty afin de lui éviter des représailles.
— Je doute que le professeur t’ait permis de quitter ton cours pour
rendre une simple visite à ton ami ! répliqua-t-il en grommelant.
— Je vous le jure !
— Je suppose que tu as un papier qui confirme ce que tu viens de me
dire.
— Non, malheureusement j’ai oublié de lui en demander un, répondit
Cripley, mal à l’aise de ne pouvoir lui fournir cette preuve qui lui aurait assurément cloué le bec.
— Je vois dans tes yeux que tes paroles ne sont que mensonges.
PETIT MENTEUR !
— Puisque je vous dis que…
— SILENCE ! hurla le professeur. Je ne tolérerai sûrement pas qu’un
élève de bas niveau me réponde ainsi. Il le regarda avec un air de dédain et poursuivit ; sache que j’ai souvent dû donner des corvées pour moins que cela, alors n’abuse pas de ma patience. Ai-je été assez clair ?
— Très clair professeur Nymone, lança Cripley sur un ton d’affront.
— En plus d’être menteur, tu oses faire ton insolent. Tu vas payer
pour ça !
Soudainement, de son œil frontal apparut une boule d’énergie rougeâtre. Aussitôt, Cripley comprit qu’il voulait le punir en utilisant une attaque énergétique. Pourtant, selon les règlements de l’école, nul enseignant n’avait le droit d’utiliser ce genre de correction pour punir un élève, peu importe l’infraction commise. Soudain, le professeur Nymone cessa subitement son attaque en entendant des pas de course qui semblaient se diriger vers eux. Cripley fut soulagé en apercevant le visage de son ami Marty accompagné d’un manguora. Furieux, le professeur lança un regard réprobateur à Cripley et lui dit sur un ton menaçant :
— Tu peux dire merci à ton ami, car tu t’en sauves pour cette fois,
mais la prochaine fois, tu ne t’en sortiras pas aussi facilement, crois-moi.
Puis, il disparut dans un tourbillon d’un bleu ciel éclatant. Marty arriva le souffle court et lui demanda :
— Où est parti le professeur qui était avec toi ?
— Il s’est volatilisé, répondit Cripley.
— Mais que faisiez-vous seuls ici ? demanda Vendoc, le manguora.
— À vrai dire…c’est ma faute, nous nous sommes perdus. J’ai
suggéré à Marty de se séparer pour essayer de trouver un guide ou bien un professeur afin qu’il nous indique l’endroit où se trouve la salle de régénération.
— Et moi, pendant que Cripley allait prendre des nouvelles de Phil,
j’en aurais profité pour me rendre au dortoir des filles pour voir comment va mon amie Karine si cela ne vous dérange pas. Compléta Marty.
— Cela va me faire plaisir, mais je veux que vous me promettiez de
ne plus vous aventurer sans être accompagnés par l’un de mes semblables ou l’un des professeurs, d’accord ?
— Oui, merci ! C’est très aimable de votre part, répondit Marty.
— Il n’y a pas de quoi, car cela est un honneur pour moi de vous
servir, jeunes hommes. Lança amicalement Vendoc.
Cripley décida de ne pas parler en présence du manguora de la menace que lui avait proférée le professeur Nymone. Il allait attendre d’être seul avec Marty pour lui en faire part, car il savait très bien que son ami serait le seul à vraiment le croire.
Tous les trois restèrent muets pendant leur cheminement longeant ainsi différents couloirs plus étroits les uns que les autres. Finalement, ils croisèrent une intersection qui convergeait dans plusieurs directions. Vendoc prit le soin de leur expliquer le chemin à prendre pour le dortoir des filles et celui de la salle de régénération. Dès que le guide partit, Cripley raconta à Marty ce qui s’était passé avec le professeur Nymone. Marty fut renversé par ce qu’il venait d’apprendre et lui promit d’en faire mention au directeur. Évidemment, Cripley s’y opposa catégoriquement. Il ne voulait surtout pas s’attirer des ennuis avec cet être exécrable. Marty fut contraint d’accepter la décision de son ami et changea rapidement de sujet. Il convainquit Cripley qu'aussitôt qu'il aurait pris des nouvelles de Karine qu'il irait le rejoindre à la salle de régénération. Celui-ci accepta et emprunta le couloir de gauche tandis que Marty prit celui de droite.
Marty marcha que quelques minutes pour arriver devant la porte du dortoir de repos des filles. Devant lui, une grande porte en forme d’arche et dont on pouvait y lire facilement à ses lettres flamboyantes d’un rouge vif ;
Dortoir des filles & salle de repos
Veuillez frapper et attendre SVP, merci !
Il frappa à la porte et celle-ci s’ouvrit presque aussitôt. Une jeune fille apparut et lui afficha un sourire enjôleur. Elle avait un teint basané, de soyeux longs cheveux noirs, des yeux en forme d’amande d’un brun noisette et une taille de mannequin. Le cœur de Marty se mit à palpiter. Il sut à ce moment qu’il venait d’avoir le coup de foudre pour cette fille au visage resplendissant. Elle lui dit d’une voix enjouée :
— Bonjour !
— Bonjour ! répondit Marty, en lui renvoyant son sourire.
— Que puis-je faire pour toi ? lui demanda-t-elle, en prenant soin de
refermer la porte derrière elle.
— Heuu, je m’appelle Marty… Marty Travis, et toi ?
— Moi, c’est Sheila… Sheila Thompson, dit-elle sur un ton qui
dissimulait mal sa gêne.
— J’aimerais savoir si Karine est là et si je peux lui parler. Lui
demanda-t-il poliment.
— Est-elle ta petite amie ?
— Non, pas vraiment. Mais pourquoi me poses-tu cette question ?
demanda-t-il.
— Tout simplement parce qu’elle m’a laissé une lettre pour toi. Et je
me demandais à l’instant, si…
— Elle est partie ?
— Il me semble l’avoir vue quitter le dortoir. Dit-elle en lui remettant
la lettre.
— Ah bon ! s’étonna Marty.
— Puis-je faire autre chose pour toi ? demanda Sheila sur un ton
agacé.
— Non, je te remercie.
— Tu sais, il y a beaucoup de rumeurs qui courent et on raconte que tu
aurais projeté un élève sur le mur durant le cours du professeur Stratius.
— Oui, c’est vrai, admit Marty en rougissant.
— Est-ce que tu savais que très peu d’élèves obtiennent autant de
succès à leur premier cours ?
— Non, je ne savais pas. Mais est-ce une mauvaise chose ? demanda
Marty innocemment.
— Non pas du tout ! Tu sais, je suis fière de te parler. Avoua-t-elle.
— Je…je…je te remercie, Sheila… c’est très très… gentil de ta part,
bafouilla Marty en prenant un teint rosé.
— Puis-je te poser une question indiscrète ?
— Oui, bien sûr !
— Est-ce que tu as une petite amie ?
— Heuuuu…pas pour le moment. Désolé, je dois malheureusement
partir, mais au plaisir de te revoir Sheila, dit précipitamment Marty, intimidé par cette question, mais d’autant plus intrigué à découvrir le contenu de cette lettre.
— Moi aussi, Marty. Au revoir et à bientôt, j'espère ! dit-elle, en
espérant au plus profond d'elle de le revoir rapidement.
Marty salua timidement la jeune fille et s’éclipsa en se réprimandant lui-même. Sachant que, devant elle, il avait eu sûrement l’air d’un parfait idiot. L’adolescent s’en voulait profondément, car il savait que la timidité était l’une de ses pires ennemies face au genre féminin. Puisque le sujet venait de le frapper, il se surprit à se demander comment une relation était possible dans le monde du rêve. Bien qu’il n’ait eu jamais la chance de fréquenter une fille dans le monde réel, un vieux et douloureux souvenir fit irruption dans ses pensées. Il se remémora soudainement une fille du nom de Éléna Ladouceur. Il en était tombé follement amoureux, mais malheureusement pour lui cela n’avait pas été réciproque. Ils se côtoyaient régulièrement et quotidiennement ayant les mêmes intérêts. Toutefois, Éléna appartenait à une classe sociale bien différente de la sienne. De plus, Marty était perçu comme une personne à part des autres en raison de son comportement bizarroïde, tandis qu’elle…
Il se souvint de lui avoir écrit une lettre d’amour, mais elle l’avait vraiment ridiculisé devant ses compagnons de classe. Tout d’abord, méchamment, elle avait lu le contenu de sa lettre devant tous les élèves. Elle avait fait pire encore puisque par la suite, d’une manière sarcastique, elle lui avait déchiré sa lettre en pleine figure. Et puis, pour lui enfoncer le clou encore plus profondément dans son cœur meurtri, elle l’avait humilié en prétendant qu’il ne faisait pas partie du même monde qu’elle (ce qui n’était pas tout à fait faux !). Heureusement pour lui, il s’en était remis depuis ce temps !
Finalement, Marty décida de prendre la direction menant à la salle de régénération pour retrouver ses deux amis. Entre-temps, avide de savoir le contenu de la lettre, il s’arrêta en chemin. Piqué à vif par la curiosité, il l’ouvrit avec empressement et commença à la lire. La lettre composée d’une écriture bleuâtre se lisait comme suit :
Cher Marty,
Je suis partie de l’autre côté du mur afin de trouver ceux qui ont intenté
à la vie de Phil. J’aimerais que tu m’y rejoignes afin que tu puisses m’aider à trouver des indices de façon à nous mener aux agresseurs. Je te donnerai le signal par l’intermédiaire de cette boussole qui te conduira à moi. À tout à l’heure.
P.S. S’il te plaît, j’aimerais que tu n’en parles à personne, car comme tu
le sais très bien, si les professeurs venaient à le savoir, nous nous ferions sûrement expulser de l’école, alors je compte sur ta discrétion.
Karine Hilbert
Il fut complètement stupéfait en remarquant de petits détails qui ne correspondaient pas au style d’écriture de Karine. Avec sa perspicacité et sa mémoire phénoménale, il se rappelait manifestement que lorsque sa meilleure amie lui composait des lettres, elle avait une façon toute particulière de la signer. Tout d’abord, Karine ne signait jamais ses lettres que par ses deux initiales et, de plus, elle l’accompagnait par un dessin qui représentait une jonquille en signe de leur amitié éternelle. Dès ce moment, ses doutes refirent surface… il se devait de découvrir ce qui se passait réellement avec sa meilleure amie. Sentant un danger réel pour son ami Cripley, il décida de tenir secrète cette lettre ainsi que l’enquête qu’il s’apprêtait à commencer.
En fouillant dans l’enveloppe, Marty y trouva une boussole miniature
argentée et, au centre de celle-ci, des aiguilles semblaient indiquer le mouvement d’un objet ou de quelqu’un par son scintillement. Il prit la lettre et la boussole et les fourra dans la poche de sa veste puis poursuivit son chemin.
Arrivé dans la salle, apercevant son ami Phil qui flottait en plein milieu de ce qui semblait être un aquarium à gros poissons. Il était coiffé d’un casque de verre et vêtu d’une combinaison métallique dont plusieurs tuyaux y étaient branchés. Malgré son accoutrement d’aquanaute, Marty constata que son état de santé semblait prendre du mieux puisque dès qu’il le vit, il fit signe à Cripley de se retourner. Appuyé contre la vitre, il tourna sa tête affichant un sourire invitant. Fièrement, il expliqua en détail à son ami, les rouages du fonctionnement de l’appareil de régénération des tissus. Par la suite, Cripley lui demanda des nouvelles de son amie Karine. Ayant pris la décision de ne pas l’impliquer dans cette histoire, Marty fut obligé de mentir à son copain et lui fit croire qu’étant donné qu’elle dormait lors de sa visite, il y retournerait plus tard. Curieusement, Cripley ne lui posa pas la moindre question. Naïvement, Marty conclut que son ami semblait avoir cru à son histoire. Toutefois, connaissait-il vraiment tous les atouts que son meilleur ami possédait ? Pendant ce temps, non loin d’eux, cachée derrière une porte, une silhouette ombragée se faufilait discrètement sans être vue… Mais qui avait surpris leur conversation ?
OceanofPDF.com