Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Mario Côté · Chapitre 16 sur 29

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Les héritiers du rêve Tome 1 (French Edition)

Chapitre XIII

 

La maladresse de Phil

Ils longèrent un long couloir qui semblait interminable et faiblement éclairé par des lanternes installées de façon aléatoire. Tout au bout, deux torches avaient été disposées de chaque côté et étaient retenues par des crochets de métal rouillés. Elles attendaient probablement depuis quelque temps d’être enflammées par les prochains arrivants. Au grand étonnement des élèves, le manguora agrippa l'une des torches afin de la faire pivoter vers la droite au lieu de l'enflammer, ce qui émit un bruit de tintement, révélant derrière le mur de pierre, un passage secret. Dès son ouverture, un escalier apparut suivi d’un éclairage frivole produit par un nombre incalculable de lucioles volant dans tous les sens. Les nouveaux élèves furent ébahis par ce spectacle qui s’illuminait devant eux. Ils s’engagèrent dans l’escalier en forme de colimaçon qui semblait descendre dans les profondeurs du château. Fradoc ouvrait la marche tandis que les anciens ainsi que les nouveaux se suivaient à la file indienne afin de ne pas se perdre de vue. Après avoir descendu l’escalier, la lumière révéla un couloir étroit et l’odeur humide s’imprégnait dans les narines de chacun, telle une bête puante. Marty n’arrivait pas à s’imaginer qu’un être vivant pouvait vivre dans un lieu dépourvu d’air frais ou de lumière. Selon lui, l’endroit ressemblait plus à un cachot pour un prisonnier que d’une classe de cours.

Finalement, ils aboutirent devant une énorme porte ancestrale fabriquée d’un bois massif comme le chêne et renforcée par une bordure de fer qui enrobait le contour de celle-ci. Sur cette porte, on pouvait y apercevoir des phrases gravées (sûrement par un influx énergétique), en lettres argentées et stylisées qui se lisaient de la façon suivante :

Professeur Vastien Halo

Enseignant de renommée incontestée des attaques énergétiques

Phrase de prédilection favorite

« Un grand pouvoir est égal à de grandes responsabilités »

De plus, sur cette porte gigantesque, un anneau de bronze méticuleusement et soigneusement entretenu semblait servir de heurtoir. Fradoc s’avança et martela l’anneau sur la porte qui produisit un bruit sourd et un écho dans cet étroit couloir. Une voix forte et joviale les invita à entrer. Dès qu’il les aperçut, le professeur se précipita vers eux afin de les accueillir. Sur un ton enjoué, il les invita à prendre place. Des bancs d’un bois vieillot, mais fraîchement repeint complétaient les cinq tables qui étaient disposées comme quand on entre dans une église. Les élèves s’avancèrent timidement et prirent place sans prononcer le moindre mot. Aussitôt qu’ils furent installés, Fradoc en profita pour leur faire un signe de salutation puis quitta la classe. Gardant toujours son sourire radieux, il enchaîna son introduction sur une tonalité théâtrale.

— Bonjour à tous ! Je me présente. Je suis le professeur Vastien Halo.

Je vous enseignerais ce qu’il y a de plus palpitant comme cours ici, c’est-à-dire les attaques énergétiques. Je constate et je reconnais qu’il y a parmi vous certains de mes élèves de la dernière session. (Certains élèves lui firent un signe de tête discret). Alors, je suis impatient de connaître la capacité des nouveaux et je souhaite faire de vous les meilleurs ! Il est très important de vous mentionner, pendant que cela est frais dans ma mémoire, que ce cours comporte beaucoup de risques. Concernant cela, laissez-moi vous raconter, il y a quelque temps de cela, un malheureux et tragique évènement dont fut victime l’une de mes élèves. Je me souviendrai toute ma vie de cette journée qui fut fatidique pour elle. Ce jour-là, j’avais demandé à deux volontaires de pratiquer "la cible et le courageux".

Plusieurs élèves le regardèrent d’un air interrogateur. Voyant leur expression, le professeur décida de clarifier.

— Je vois que certains d’entre vous ne le savent pas. Évidemment,

comme je peux être bête parfois ! Alors, le tir du courage consiste à installer un objet quelconque qui servira de cible à atteindre sur la tête d’un courageux, tandis que l’autre élève devra se concentrer afin d’atteindre la cible avec une précision irréprochable avec un halo de lumière énergétique. Veuillez prendre note de ce qui va suivre, car il est primordial que vous vous en souveniez lorsque le moment sera venu. Comme je vous disais, j’avais pris deux volontaires pour faire cette pratique. L’une servait du porteur de la cible tandis que l’autre devenait le jeteur d’énergie. Au moment où le jeteur d’énergie exécuta son lancer, celle qui tenait la cible sur sa tête a eu un geste nerveux à cause de sa peur. Résultat, le jeteur d’énergie à manquer sa cible pour atteindre sa partenaire qui s’est

transformée en torche vivante. Lui a subi un choc nerveux et elle a succombé à ses blessures avant même de se rendre dans notre centre hospitaliser. Je n’ai pas été en mesure d’éviter cet accident, car je n'ai pas pris la peine de leur expliquer… le professeur eut la gorge nouer et laissa s’échapper quelques larmes. Il cessa de parler pendant quelques secondes. Puis, il essuya ses larmes et assembla tout son courage pour poursuivre. Cette expérience catastrophique m’a appris quelque chose de primordial, c’est que vous devez vous faire confiance mutuellement. Comme je dis souvent ; dans le doute, mieux vaut s’abstenir. Bon, cela étant dit, passons à autre chose ! J’ai quelque chose de spécial à vous offrir !

Le professeur plongea la main dans le tiroir de son bureau et en sortit une jolie boîte en chêne. Marty remarqua qu’au milieu de celle-ci, il y avait une magnifique étoile argentée, dont le centre avait la forme d’un œil et dégageait une lumière d’un bleu presque aveuglant. Il ouvrit la boîte avec délicatesse et on pouvait apercevoir dans le fond une multitude de bagues étoilées identiques. Elles semblaient être faites d’un métal cuivré. Elles étaient ravissantes et originales ! Marty avait une bague qu’il avait trouvée dans le coffret de sa mère, mais celle-ci semblait un peu différente. Le professeur Halo lança sur un ton surexcité :

— Voici un petit cadeau pour les nouveaux. La bague que je vous

donne est très spéciale. Tout d’abord, une fois insérée dans votre doigt, elle s’ajustera automatiquement à sa grandeur. Elle a plusieurs autres particularités comme celle de vous téléporter directement ici en cas de danger. Cette petite merveille, inventée par le professeur Zufto, possède cinq charges qui doivent être utilisées intelligemment par son propriétaire qui sera, en l’occurrence, vous. Veuillez aussi prendre note qu’elle vous sera très utile pendant votre prochain test. En parlant du professeur Asper Zufto, de son nom complet, est un enseignant exceptionnel. Il vous apprendra le fonctionnement de la téléportation de votre corps d’un endroit à un autre sans aucun risque. Pour l’instant, étant donné que vous débutez, il est tout à fait normal que vous deviez apprendre la base de chacune des matières.

Se promenant en distribuant ses bagues, le professeur s’arrêta brusquement en apercevant la bague que Marty portait au doigt. Son visage se figea en se remémorant de douloureux et vieux souvenirs.

— Ça va, professeur ? demanda Marty en voyant son expression

effarée.

— Heuuu…bien sûr, mais dites-moi jeune homme, d’où vient la

bague que vous portez au doigt ?

— De ma mère, elle s’appelait Angelyna Desforges. Ce nom vous dit

peut-être quelque chose ?

— Non, désolé non. Mais ses yeux trahissaient sa réponse.

Marty comprit que le professeur ne lui disait pas la vérité et quelque chose semblait le tracasser. Toutefois, il n’insista pas et prit avec grand plaisir le cadeau et le remercia. Tel un enfant qui reçoit un nouveau jouet, ses yeux brillaient de tous ses éclats, puisque maintenant, il possédait deux bagues ! Le professeur retourna s’asseoir et leur dit sur un ton un peu plus sérieux :

— Pour commencer, je vais vous expliquer en quoi consiste mon

cours. Vous apprendrez à maitriser votre concentration pour lancer des attaques énergétiques. Je dois vous préciser qu’elles demandent une très grande concentration et pour cette raison vous devrez l’utiliser qu’en dernier recours. Vous remarquerez que plus vous vous pratiquez et plus vos pouvoirs de concentration s’accentueront. J’insiste pour que personne ne se décourage, car il se peut que très peu d’entre vous réussissent leur premier essai, alors ne vous découragez pas. D’ailleurs, vous possédez tous des dons certes, mais qui peuvent différer selon votre force mentale. Je veux que vous n’oubliiez pas ce que je viens de vous dire puisqu’il sera très important pour votre estime personnelle. Comme je dis souvent à mes élèves ; il n’y a personne d’incompétent, seulement des personnes qui ignorent leurs compétences.

Dès qu’il eut terminé sa phrase, de son œil central dix bulles d’énergies d’un bleu marine apparurent et prirent la forme d’une cible identifiée par un point rouge au centre. Le professeur Halo poursuivit en les encourageant.

— Maintenant, je voudrais à tour de rôle que vous essayiez d’atteindre

la cible en projetant une bulle d’énergie de votre troisième œil. Je tiens à mentionner que je ne tolère pas de moquerie de qui que ce soit, car pour moi il n’y a qu’en pratiquant qu’on devient meilleur. Alors, est-ce qu'il y a quelqu'un qui voudrait tenter sa chance ? Il

me faut au moins un volontaire. S’il vous plaît, ne soyez pas gênés. Un peu de courage, bon sens !

Tous les élèves se regardèrent et personne ne semblait vouloir briser la glace. Constatant que personne ne semblait se porter volontaire, le professeur prit un élève au hasard et ce fut Phil qui fut choisi, l’ami de Cripley et Marty.

— Si ma mémoire est bonne, vous vous appelez Philémon Lanctôt,

n’est-ce-pas ?

Phil lui fit un signe d’approbation en n’ajoutant rien de plus, se sentant de plus en plus anxieux et observé de tous. De plus, une image du passé venait soudainement de se précipiter dans sa tête. Il se rappelait que l’année précédente avait été un total fiasco pour lui. Lors d’un cours d'exercice, sa bulle d’énergie avait frappé la chevelure du professeur au lieu d’atteindre la cible placée sur sa tête. Ses cheveux s’étaient enflammés, mais heureusement pour lui, le professeur n’avait subi que de légères brûlures au cuir chevelu. Après cet incident, rongé par les remords, Phil accepta de pratiquer que sur des cibles murales. En effet, depuis ce temps le professeur avait décidé de faire pratiquer les nouveaux arrivants sur des cibles autres que sur sa tête… une chose était certaine, Phil ne voulait pas lui non plus revivre ce mauvais souvenir. Le professeur se positionna près de son bureau évitant ainsi d’être trop près des cibles.

— Bon ! Monsieur Lanctôt, je vous demanderais de bien vouloir vous

concentrer sur cette cible-ci. Il pointa l’une des cibles du doigt et celle-ci s’illumina d’un rouge criard. Vous ne devez en aucun cas vous laisser distraire par vos amis afin d’éviter toute maladresse. Le professeur insista sur ce point, puisqu’il venait de remarquer que l’élève avait des gouttes de sueur sur son front et semblait ne l’avoir écouté qu’à moitié au lieu de porter attention à ses précieux conseils. Alors, concentrez-vous !

— Je crois que je suis prêt, dit-il sur un ton sans conviction.

— Allez-y maintenant ! lança le professeur sur un ton d’impatience.

— Bon d’accord, je me lance !

Le visage de l’adolescent se crispa de concentration, mais au moment où il lança son attaque énergétique pour atteindre sa cible, un bruit strident se fit entendre dans sa tête, provoquant une maladresse incontrôlée. Son attaque frappa la cape du professeur et aussitôt elle s’enflamma ! D’un réflexe instinctif, il se jeta par terre en roulant sur lui-même afin d’étouffer les flammes qui se propagèrent rapidement. Voyant que personne ne réagissait, Cripley et Marty enlevèrent leurs capes et tentèrent d’étouffer le feu tandis que Phil et les autres élèves restèrent pétrifiés de peur par la scène qui se déroulait devant leurs yeux. Le feu fut éteint en quelques secondes grâce aux réflexes du professeur, mais aussi à l’intervention des deux jeunes. Le professeur resta étendu sur le sol afin de reprendre son souffle. N’ayant subi que des brûlures superficielles à la main gauche et au corps, il se releva et jeta un regard de reproche à Phil en lui demandant :

— Mais... qu’est-ce qui vous a pris ? Ça ne va pas ? Vous auriez pu

me faire flamber comme une crêpe ! Vous savez très bien qu’il ne faut jamais lancer une attaque quand on manque de concentration.

— Je suis sincèrement désolé professeur, lui répondit Phil avec regret

et amertume.

L’enseignant tourna son regard vers Cripley et Marty. Il leur fit un regard admiratif et leur lança :

— Grâce à vous, je n’ai eu que des brûlures superficielles. Merci !

Merci mille fois ! Je vais en informer le directeur afin qu’il vous remette une bague de mérite.

Aucun autre incident malheureux ne se produisit par la suite. Le cours se termina et avant de partir en direction de l’infirmerie, le professeur Halo demanda à Fradoc d’emmener les élèves dans la salle de récupération avant de se rendre au prochain cours, c’est ce qu’il fit.

Après avoir profité d’un repos bien mérité, Fradoc et les élèves empruntèrent un nouveau chemin en direction de leur prochain cours. Cependant, pour une raison qu’il ignorait, Marty ne se sentait guère rassuré dans ce couloir comme si un danger le menaçait. Des milliers de petites lucioles virevoltaient le long du plafond procurant ainsi un éclairage très volatile. De plus, un courant d’air froid venait de frapper le visage de Marty provocant sur son corps, une série de frissons incontrôlables. Un homme vêtu d’une cape princière d’un bleu marin et or, apparu comme par magie afin de les intercepter dans leur marche. L’apparition de cet homme à la silhouette imposante fut si soudaine qu'il fit sursauter les élèves et couiner Fradoc. Une partie de son visage baignait dans l’ombre tandis que son côté éclairé dévoilait une magnifique et longue chevelure d’un blond cendré et des yeux énigmatiques d’un gris pâle comparables à un dieu céleste. Il dégageait quelque chose de mystérieux et même d’insondable. L’homme fixa la créature à demi-âme, en lui demandant d'une voix froide et roque :

— Tu es Fradoc, je suppose ?

— Oui, monsieur. Je vous ramène le groupe afin qu’ils assistent à

votre cours, répondit-il poliment.

— Bien, laissez-moi-les conduire dans ma classe. Vous pouvez

disposer et je me chargerai de les reconduire par la suite.

— Je suis désolé d’insister, mais je suis le responsable de ce groupe

et…

Le professeur l’interrompit d’une façon autoritaire et ses yeux lui lancèrent un regard de défi.

— J’ai demandé une permission spéciale au directeur Vadeboncoeur.

Alors, si cela vous déplaît vous savez à qui vous adresser.

Fradoc comprit qu’il n’aurait pas le dernier mot. Il n’insista pas et salua les élèves puis partit sans rien ajouter de plus. Dès qu’il fut parti, le professeur prit la parole sur un ton tranchant.

— Je suis le professeur Thomas Lecavalier et je n'accepterai

aucunement de perdre mon temps. Je ne tolérerai pas les élèves qui sont incompétents. Afin d’éviter cela, je vous demanderai le maximum de votre attention. Que cela soit clair entre nous, si l’un parmi vous essaie de me créer des problèmes, je lui promets de lui rendre la vie à un tel point infernale qu’il regrettera de m’avoir connu. Ai-je été assez clair ? demanda-t-il.

— Oui, professer ! répondirent-ils tous à l’unisson.

Arrivés dans la classe, les élèves s’installèrent sans dire un mot. Avant d’aller se détendre sur son confortable fauteuil de prince, le professeur de son regard perçant, fit le tour du groupe comme s’il scrutait chaque individu à la loupe. Puis, un premier sourire apparut sur son visage de marbre, déstabilisant ainsi l’ambiance tendue qui régnait.

— Je vous enseignerai la matière qui s’appelle les boucliers de la

défense. Je crois que je n’ai pas besoin de vous expliquer en quoi cela va consister, cela me paraît évident. À moins que… parmi vous… il y ait des arriérés, ce qui m'obligerait à leur expliquer après le cours, bien entendu !

Inopinément, son regard s’attarda sur Cripley. Sans aucune raison apparente, dès sa première session, il était devenu son souffre-douleur, son bouc émissaire. Bref, le professeur semblait ressentir du mépris à son égard et curieusement, il prenait plaisir à ne pas manquer une occasion de le punir. Il lui arrivait souvent d’avoir à faire des corvées très ardues telles que de laver le plancher de sa classe à l’aide d’une brosse ou bien de nettoyer les quelques statuettes. Celles-ci décoraient les nombreuses étagères remplies de livres et de médailles d’honneur.

D’une voix endormante, le professeur leur récita quelques théories sur l’art d’apprendre à se protéger, sans toutefois aller plus en profondeur sur le sujet. Le cours semblait s’éterniser quand tout à coup, Fradoc fit irruption dans le cours. Il fit signe à Marty de le suivre. Le professeur s’opposa ardemment à ce que l’un de ses élèves quitte le cours, mais il dut se résigner à le laisser partir puisque le manguora tenait une autorisation écrite du directeur Vadeboncoeur, lui permettant de s’évader de ce cours d’un ennui mortel. Avant de quitter la classe, Marty fit un signe d’au revoir à ses deux amis (puisque Karine ne faisait pas partie de ce cours).

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