Lettre au Physicien
5. Notre Univers pourrait bien être
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Notre Univers pourrait bien être
Plus petit qu’on n’a longtemps cru.
Poincaré l’a fait apparaître.
Depuis, le doute s’est accru.
L’hypothèse dit que l’espace,
In ni soit-il ou ni,
N’est pas une vague besace
Qu’au hasard le cosmos emplit
Et qui s’étend à l’aventure :
Comme tout autre bâtiment,
Notre monde s’architecture.
Tâchons de voir un peu comment.
Mais avant d’entrer en matière
On se demandera dans quoi
Le monde, énorme montgol ère
Qui se dilate en tout endroit,
S’étend, sinon dans un espace
Encore amorphe ou bien déjà
Assez ordonné dans sa masse
Pour que ce ot s’y propageât :
Est-ce l’espace qui structure
Le vol des astres dans le ciel ?
Est-ce leur poids et leur tournure
Qui sculptent cet immatériel ?
Il se peut qu’en la circonstance
On doive d’abord détecter
Quel rôle, et de quelle importance,
Y revient à la gravité.
Car immobiles sont les astres Et c’est l’espace qui distend
Les limites de leurs cadastres
Comme un ballon se gon e, et tant
Qu’à la n sa mince baudruche
Éclaterait fatalement.
Cependant mon cerveau d’autruche,
Menacé par l’ensablement
Des faits et des calculs, s’enfonce
Dans le ou de ses visions :
Y trouverons-nous la réponse
Dont tous nous nous satisfaisions ? C’est là chose trop délicate
Pour qu’un profane émoustillé
Y ramène la disparate
De son savoir mal outillé.
On conçoit bien que la Physique
S’en tienne stricte à son objet
Qui se passe autant de musique
Que la peinture. On en jugeait
Différemment quand la mesure,
Ce gendarme, n’exerçait pas
Une surveillance aussi dure
Sur nos règles et nos compas.
Ainsi dorénavant veut-elle
En ce domaine aérien —
L’espace — imposer sa tutelle
Indifférente même au Rien,
Objet de la philosophie
Et du poète incompétent
Qui mélange tout et se e
Au rêve, au mage, au charlatan.
Pour moi c’est en humble cycliste
Que dans le cosmodrome igné
J’accomplirai mon tour de piste Au risque d’avoir forligné.
Du simple exemple d’une sphère
Que sa taille immense aplanit,
En bonne logique on infère
Le cas d’un in ni ni :
L’espace épouse une courbure
Insensible à nos échelons.
Est-ce pour autant qu’il s’emmure
Tandis que nous déambulons,
Croyant aller tout droit ? (La Terre Est un volume rond.) Mais quoi :
En même temps qu’il réitère
Cette giration sur soi,
L’espace, avec sa meute astrale,
Y trouve élan pour déguerpir,
Quand ce serait même en spirale,
Toujours plus loin, vers l’avenir.
Doit-il ce ressort d’énergie
À l’événement fulminant
Qui provoqua l’hémorragie
Encore active maintenant ?
Sa vitesse même accélère
Et nous ne voyons pas jusqu’où
La dislocation stellaire
Qu’elle entraîne tiendra le coup
Avant de otter dans le vide
D’un espace épars et contraint
De condamner au suicide
Les reliquats de son entrain.
Mais pourquoi la puissante source
D’où s’échappa ce transhumant
Ne trouverait-elle pas ressource
En son propre déplacement ?
Qu’il soit prophète ou qu’il fabule,
Le physicien le décrit
Parfois telle une énorme bulle
Qui, d’un plus faible gabarit,
Peut en pondre une autre et, d’étape
En étape, un globe, cousin
Des précédents, nourrit la grappe
D’un capiteux monde-raisin.
Mais nitude, in nitude
Ne sont que des aspects distincts,
Systématisés par l’étude,
De ce qu’enseignent nos instincts
(Quoi que, Générale ou Restreinte
Dans les plis de son labyrinthe,
Dise la Relativité
Au bon sens désorienté).
Revenons donc à notre espace.
S’il n’a que deux dimensions
Ce n’est qu’une simple surface.
Et ce dont nous nous soucions
Est un volume : il en a quatre
Avec le temps dans le tableau
Où va commodément s’ébattre
Des astres l’immense troupeau.
(A n d’éviter la pléthore
Et le fouillis dans mon laïus,
Je laisse de côté le tore
Et le ruban de Möbius.)
Or, quel que soit, de tout volume,
Le contenu, même géant,
Je crois qu’un contenant l’assume
Quand son contour serait béant.
Six parois s’imposent au cube,
À la sphère, une seulement ;
Je réserve le cas du tube
Et du polyèdre gourmand.
Mais le nombre n’importe guère.
Prenons une étoile à présent :
Chaque rayon s’en réverbère
Contre ces parois et, luisant
En plusieurs places différentes,
Laisse croire à l’observateur
(Qui reçoit les ondes agrantes
Sans situer leur émetteur)
Qu’il voit trois étoiles ou seize
Où n’en brille qu’une — ou brilla.
Car avant même sa genèse
(L’effet n’est pas immédiat :
La lumière, qui court très vite,
N’en prend pas néanmoins son temps
Pour aller d’orbite en orbite
Ricocher à tous les montants
Du volume — ajoutons encore
Le travail de l’expansion
Universelle), on voit éclore
L’étoile avant éclosion.
Et plus complexe le volume,
Plus troublant ce jeu de re ets :
Comme un Escamoteur allume
Et fait danser des feux follets
Dans l’obscurité d’une salle
Étroite que nous supposons
À la mesure colossale
D’un Univers sans horizons.
Sortirons-nous de cette nasse ?
J’ai le mirage récurrent
D’un espace à la fois torrent Et taureau propulsant sa masse
Et, dans l’arène qui l’enclôt,
Ruant en rond pour reparaître
Sous la poussière où son galop
Fait s’étendre le périmètre.
Dans ce nuage, allez savoir
Si, telles trente-six chandelles,
Les images qu’on reçoit d’elles —
Les étoiles — n’ont un miroir.
Et si le même effet multiple,
À l’œuvre dans notre cerveau,
Après un semblable périple
Dans son volume, ne nous vaut
La même illusion d’optique :
Peut-être qu’une idée unique
L’habite et nous peint faussement
L’ampleur de note entendement.
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