Lettre au Physicien
Attraits du Vide
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Une première version de cette partie a paru dans le numéro 8 de la revue Fario,
en février 2010.
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S’il n’y a pas de Temps, il n’y a pas d’Espace.
En l’absence d’Espace, il n’y a pas de Temps.
Leur couple est un centaure aux trots assis constants Qui se chevauche mais jamais ne s’estrapasse.
Qu’y avait-il alors quand il n’était pas là ? — Rien. Donc si l’on se e à l’étymologie (Aliquam rem), peut-être au moins la nostalgie
D’un quelque-chose qui soudain se révéla
Mais suppose un désir auquel déjà préside
Un certain Temps encore à l’état d’embryon
Et, de l’Espace, un minuscule échantillon
Perdus ou dilués dans le néant du Vide.
En quoi le Vide est-il réductible au néant ? En ce qu’il ne contient pas de Temps ni d’Espace ? Mais cette assertion nous mène dans l’impasse : On vient de le peupler et, le cas échéant,
On le verrait plutôt comme une barbotière
Où le noble centaure, entre autres avatars,
Se décomposerait en couple de canards
Évoluant sur l’eau trouble de la Matière,
Y trouvant sa pâture et, dès lors renversant
Les rôles, nous poussant à croire que l’Espace
Existe a n que la Matière se prélasse
Après les bonds de son jeune âge effervescent,
Et que le Temps, qui fut toujours une patrie
Amère à ses enfants qu’elle expulse, devînt
Temps d’épreuve imposé d’un programme divin Qui nous en délivrât. Mais la planimétrie
Où l’Espace et le Temps voisinent sans contact, Avec l’Espace-Temps se change en un volume
Dont chaque point de Temps en Espace transhume, Dont chaque instant d’Espace a son effet exact
Sur le déroulement propre de la durée.
Ainsi l’Univers sort d’un site et d’un moment
Qui ne rent qu’un seul noyau d’éclatement
Où l’union d’Espace et Temps est demeurée.
Et ce couple, assouplis ses liens trop étroits,
Par une gymnastique harmonieuse règle
Jusqu’au vol de l’esprit colibri, comme un aigle
Dans un ciel jusqu’alors permis aux seules trois
Pauvres dimensions du domaine d’Euclide.
Il plane et, de son œil au pouvoir réputé,
Considère dessus, dessous, l’immensité
Flottant dans la cinquième, apanage du Vide.
Mais c’est comme à travers un prisme interférent Qui trouble un autre ciel et lui dérobe encore,
Entre ondes et rayons qui l’empêchent d’éclore,
Le sens du Temps nomade et de l’Espace errant.
L’Espace ouvre la page et le Temps, écriture,
Y consigne les faits. Mais il n’eut pas le temps
D’enregistrer le choc des tout premiers instants,
Quand naissait avec eux la Matière future,
Celle que de nos doigts, nos yeux, notre raison,
Nous éprouvons autour de nous où, refroidie.
Elle s’offre à peu près solide et s’irradie
Dans nos tissus vivants et leur effloraison
Jusque dans les rameaux subtils de la pensée.
Mais telle aussi que ses éléments les plus ns
Se divisent toujours plus loin vers des con ns
Où sa réalité se trouve menacée.
Ou cherche-t-elle encore à s’y reconcentrer
À cette densité qui voulut qu’elle explose, Durcisse, s’équilibre et se métamorphose
En chair qui la façonne et veut la pénétrer ? Proviendrait-elle alors d’un Temps et d’un Espace Où l’opération — ailleurs, auparavant — Eut lieu comme en un point où, tout se résolvant (Matière, Temps, Espace) en foudre, se fracasse,
S’épanouit en eur de feu sombre qui croît,
Et, le fruit mûr à cœur, dans la phase nale,
Répand de toute part sa vigueur séminale.
Ailleurs... Avant... Mais au juste de quel endroit ? L’Énergie était-elle aussi celle du Vide,
Et le néant, trop plein de soi pour l’accueillir,
Pouvait-il la laisser fuser et l’envahir
Sans connivence occulte, affinité lucide ?
Peut-être n’y eut-il jamais tout à fait Rien
Ni Tout, mais par un jeu de leur équivalence,
Ce quelque chose dont la nature balance
Jusque dans le cerveau perplexe du Terrien.
Jeté là comme un simple accident du Possible
À l’œuvre sans répit dans son vaste bazar,
Il y trouve tantôt le plan compréhensible
D’un Dieu, tantôt les lois obscures du Hasard.
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