Lettre au Physicien

Jacques Réda · Chapitre 14 sur 30

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Lettre au Physicien

3. Vous tous, fermions et bosons

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Vous tous, fermions et bosons.

Prouvés ou que nous supposons,

Leptons, hadrons et baryons,

Industrieux brimborions

Du réel, nous vous saluons —

Et les gravitons, les gluons,

Les positrons, les électrons,

Les photons, protons et neutrons,

Bref, toute la ménagerie

Dont a besoin la éorie

Pour que Nature s’y marie

Et reste presque aussi eurie

Que le classement de Linné.

(Classer est un penchant inné

Chez le savant discipliné

Mais quelquefois désordonné

Ou distrait, comme il est notoire.)

Mais de ce grand conservatoire,

L’artiste le plus méritoire

Par son talent contradictoire,

Me paraît être le Kaon.

Plus étrange qu’un lycaon,

Voltigeant comme un machaon,

Le maréchal de Mac-Mahon

Lui dirait comme au fameux Nègre : « Continuez ! » Un renom maigre,

Qui si souvent tourne en vinaigre

Les caractères, laisse intègre

Le sien singulier et subtil.

Incroyablement volatil

(Sitôt né, meurt), à quoi sert-il ?

À rien. Comme un jour bissextil,

Il occupe dans la durée

Une place à part.

Ce Borée,

Le Temps qui, dans notre contrée,

Va droit devant soi, se récrée,

Quand il rôde par les quanta

Où Kaon a son habitat,

À débrancher le rhéostat

De sa èche. Le résultat

Fait que dans son sens réversible

Toute particule extensible

En onde use de ce possible

Y compris le Kaon ssible

Qui peut se diviser en trois

Et revenir sans frais d’octrois

À son unité. Toutefois,

Une idée, ou de maladroits

Calculs de poids ou d’ajustage

Veulent parfois qu’il se partage

En deux seulement. Ce ratage,

Sans recours le livre en otage

Au Temps tel que je m’y soumets.

À jamais il restera double

Comme je suis.

Ce cas me trouble

Et je recherche désormais

Quelle loi fatale ou fortuite —

Glissement, syncope, cahot —

M’asservit à cette conduite

Modulable pour le Kaon, Et comment en un sens contraire

Vers mon unité me soustraire

À l’aiguillon du Temps, ce taon.

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