Lettre au Physicien
3. Vous tous, fermions et bosons
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Vous tous, fermions et bosons.
Prouvés ou que nous supposons,
Leptons, hadrons et baryons,
Industrieux brimborions
Du réel, nous vous saluons —
Et les gravitons, les gluons,
Les positrons, les électrons,
Les photons, protons et neutrons,
Bref, toute la ménagerie
Dont a besoin la éorie
Pour que Nature s’y marie
Et reste presque aussi eurie
Que le classement de Linné.
(Classer est un penchant inné
Chez le savant discipliné
Mais quelquefois désordonné
Ou distrait, comme il est notoire.)
Mais de ce grand conservatoire,
L’artiste le plus méritoire
Par son talent contradictoire,
Me paraît être le Kaon.
Plus étrange qu’un lycaon,
Voltigeant comme un machaon,
Le maréchal de Mac-Mahon
Lui dirait comme au fameux Nègre : « Continuez ! » Un renom maigre,
Qui si souvent tourne en vinaigre
Les caractères, laisse intègre
Le sien singulier et subtil.
Incroyablement volatil
(Sitôt né, meurt), à quoi sert-il ?
À rien. Comme un jour bissextil,
Il occupe dans la durée
Une place à part.
Ce Borée,
Le Temps qui, dans notre contrée,
Va droit devant soi, se récrée,
Quand il rôde par les quanta
Où Kaon a son habitat,
À débrancher le rhéostat
De sa èche. Le résultat
Fait que dans son sens réversible
Toute particule extensible
En onde use de ce possible
Y compris le Kaon ssible
Qui peut se diviser en trois
Et revenir sans frais d’octrois
À son unité. Toutefois,
Une idée, ou de maladroits
Calculs de poids ou d’ajustage
Veulent parfois qu’il se partage
En deux seulement. Ce ratage,
Sans recours le livre en otage
Au Temps tel que je m’y soumets.
À jamais il restera double
Comme je suis.
Ce cas me trouble
Et je recherche désormais
Quelle loi fatale ou fortuite —
Glissement, syncope, cahot —
M’asservit à cette conduite
Modulable pour le Kaon, Et comment en un sens contraire
Vers mon unité me soustraire
À l’aiguillon du Temps, ce taon.
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