Lettre au Physicien
2. Quels invraisemblables fourneaux !
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Quels invraisemblables fourneaux ! On en parle dans les journaux
Lorsque l’un ou l’autre s’embrase,
Car il est rare d’en trouver :
Il s’agit des Supernovae ;
Déclinons-les phase après phase.
Au singulier, Supernova
Désigne une étoile qui va,
Aux derniers moments de sa vie,
Exploser. Mais en un clin d’œil,
Tandis qu’on prépare son deuil,
Elle a sa course poursuivie.
(Et voici comment : ce fourneau,
À lui-même son combustible,
Ayant brûlé le disponible,
S’affole, s’emballe ; quinaud
— Plus d’hélium ni d’hydrogène,
De carbone ou récalcitrant
Fer Cinquante-Six —, il se rend.
La Gravité, que rien ne gêne
Dès lors qu’il ne rayonne plus,
Le fait s’effondrer sous sa masse,
Si vite que, manquant de place,
Électrons, neutrons résolus
Se soudent au cœur écarlate
Et leur résistance, d’un bloc,
Cause une telle onde de choc
Que l’ardente chaudière éclate.)
À mon pro t comme à son dam,
On voit donc la Supernovam
(Plusieurs fois la masse solaire)
Fondre son fer incandescent,
Couler du plomb, de l’or et cent
Autres métaux que sa colère
Crache et disperse autour de soi
Pour qu’à distance énorme soit,
Dans l’espace qu’elle ensemence,
Offert l’atomique élément
Promis à devenir ferment
D’un monde nouveau qui commence.
Telle est la générosité
Des Supernovarum. L’été
N’est pas plus riche sur nos terres
En fruits suaves, que les grands
Bouquets de vergers dé agrants
Qu’elles allument, solitaires.
Accordons aux Supernovis
Tous honneurs dus. Les tours de vis
Imprimés par ces phénomènes
Aux germes des noyaux rétifs,
Méritent tous les vocatifs
De nos déclinaisons humaines.
Pour toi, ma belle, qui rêvas
D’éclipser les Supernovas,
C’est une inutile imprudence :
Une ammèche de leurs feux
Brûle encore au fond de tes yeux,
Surtout quand tu danses (ou mieux).
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