Lettre au Physicien
5. Équivoque, le Vide est-il inconséquent ?
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Équivoque, le Vide est-il inconséquent ? On voit comment il peut agir (sa mécanique),
Mais quel secret désir l’agit, quelle panique
L’aura mis hors de soi tout à coup — et puis quand ? Nous savons établir une chronologie
Des tout premiers moments confus de l’Univers Où l’Espace et le Temps naquirent aux enfers
D’un brandon minuscule effarant d’énergie : Le Vide se vidait en explosant partout,
Nous dit-on, mais dans quel espace, si l’Espace
Sortit de cet éclat ? Peut-on faire l’impasse Sur son compère Temps surgi du même coup ? Car partout doit s’entendre aussi pour la durée : Si le grand choc initial n’a pas de lieu,
Comment l’assujettir à quelque moment-pieu
Dont sa course à ce souffle épars s’est délivrée ? Ainsi l’événement du geste créateur,
Fruit d’un repli sur soi follement centripète,
Va se perdre aussitôt, puisqu’il ne se répète
Jamais. Le Vide alors est l’accélérateur
Qui pousse le Créé vers une forme inverse
De retour au foyer Néant qui l’abrita
Et, dans l’Espace-Temps, élastique habitat,
Il le dilate sans limite et le disperse.
Venu du Vide j’y retourne : quel détour ! Quel merveilleux, amer, ironique intermède ! De quelle équation espérer qu’elle m’aide
À croire en la douceur véritable du jour ? Est-ce là qu’elle éclôt et puis se réfugie Ainsi qu’une souris sous les pattes d’un chat,
La Vie : au sein du Vide ? Ou bien s’il accoucha Sans aucun géniteur de ce ot d’énergie ? Nés du Rien, le Soleil, la rose, le passant
Ordinaire, les yeux lointains de l’astronome ? C’est que le Rien se voit et s’interroge : un homme, Composé des débris d’un astre incandescent,
Le fait devenir Tout, le sonde, le mesure
De façon toujours plus précise qui promet
Qu’un champ plus large encore, un plus âpre sommet L’attend et lui paiera toujours avec usure
L’effort indifférent au Rien : ce n’est jamais Pour qu’un élément naisse en faveur de la Vie Qu’une étoile s’échauffe et semble inassouvie
Tant que n’a pas sauté sa poudrière, mais
Parce que cette étoile explose que la Vie Patiente, au bonheur des rencontres, des vents
Et de mille détours hasardeux ou savants,
Touche en haut de l’échelle étourdiment gravie
Où d’orgueil et d’effroi soudain nous chancelons.
Si nous sommes vraiment des rejetons du Vide,
Il nous reste à mener la même tâche aride : Monter jour après jour de plus durs échelons.
Mais pourquoi remuer ciel et terre, des tonnes
De zéros, d’électrons et nous aventurer
Par les plis de l’Espace-Temps courbaturé
Ou la vierge forêt stellaire, en Livingstones
Que ne retrouvera jamais aucun Stanley ? Pourquoi, si le Soleil lui-même doit s’éteindre,
Ne pas rester en paix entre le Cher et l’Indre
Où le vin et le miel ruissellent, et le lait
Et la douce rumeur de la langue française ? Quel divertissement, quel baume, quelle ascèse Guériraient la démangeaison de ce prurit
Qui tient comme le ciel grouillant d’astres l’esprit ?
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