Lettre au Physicien
6. J’ai nommé « Vide » le milieu
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J’ai nommé « Vide » le milieu
D’où le Possible advient : ce monde N’est qu’un de ceux dont surabonde
L’imagination d’un Dieu.
Quelle que soit sa fantaisie,
Nul de nos rêves imprudents,
Nous qui sommes ses descendants,
Ne relève de l’hérésie
Plus que les calculs rigoureux
Et l’éclair de l’intelligence
Qui sans relâche réagence
Notre univers aventureux.
Il n’est pas alors chimérique
De le supposer voisinant
Avec un autre continent
Incertain, comme l’Amérique
Avant la preuve de Colomb :
Un ? Ou plusieurs que juxtapose
L’in ni, voire, par osmose,
Et chacun à son échelon,
L’un dans l’autre — à chacun loisible De croire qu’il contient le tout
Tandis que l’impensable bout
Dans la marmite du Possible.
N’y eût-il en réalité
Qu’un seul Univers — soit le nôtre —, Nous le découvrons toujours autre
À mesure que prospecté
Jusqu’à des limites extrêmes, Il paraît en divers endroits
Instituer ses propres lois
Ainsi qu’autant de stratagèmes
Destinés à nous abuser.
Mais c’est lui qui se conjecture
Dans chaque nouvelle gure
Du Possible, sans l’épuiser.
Et si nos méninges fécondes
N’ont pas imaginé ces mondes,
Nous aurait-il conçus pour voir
Se re éter dans un miroir
Ses incertitudes profondes ?
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