Lettre au Physicien

Jacques Réda · Chapitre 25 sur 30

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Lettre au Physicien

2. Nous avons, pour contrer l’envahissant Possible

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Nous avons, pour contrer l’envahissant Possible,

Un arsenal de lois.

Par exemple, jetons en l’air un bout de bois :

Rien n’est plus prévisible

Que de le voir bientôt retomber sur le sol.

Il obéit au code

Réglant sa trajectoire au moment de l’envol.

C’est beaucoup plus commode

Que s’il fuyait tout droit ou demeurait en l’air.

Et nous savons de même,

À l’avance, comment se résout le problème

De l’eau, des gaz, du fer

Dans les divers états de chaleur où les place

Nature ou nos travaux.

Ainsi la loi permet que l’on se débarrasse

De cas toujours nouveaux.

On voit bien cependant que le Possible hésite

Avant de s’engager

Dans le troupeau de cet intraitable berger,

La loi, qu’il parasite

Quand il entre chez nous en douce ou par quanta :

Il avance, recule,

Explore mé ant son nouvel habitat

En onde ou particule.

Puis progressivement se fait une raison,

Renonce à son errance

Et, sous l’effet qu’on nomme une décohérence,

Meuble notre maison.

Mais comme il ne l’a pas tout librement choisie,

Il s’y sent à l’étroit :

D’autres dimensions, sans plafond ni paroi,

Piquant sa fantaisie,

Il s’échappe en dehors d’un pénible Univers

Où la contrainte règne,

Pour d’autres où les lois veulent qu’on les enfreigne,

Où tout marche à l’envers.

En vérité partout le Possible se presse

Pour exister. Aussi

L’Impossible, poussé par sa grande détresse,

Par chance y réussit.

Nous n’ignorons pas tout des mondes qu’il se crée

Car dans notre séjour

Il devient quelquefois l’occasion sacrée

Où s’accomplit l’amour.

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