Lettre au Physicien
2. Nous avons, pour contrer l’envahissant Possible
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Nous avons, pour contrer l’envahissant Possible,
Un arsenal de lois.
Par exemple, jetons en l’air un bout de bois :
Rien n’est plus prévisible
Que de le voir bientôt retomber sur le sol.
Il obéit au code
Réglant sa trajectoire au moment de l’envol.
C’est beaucoup plus commode
Que s’il fuyait tout droit ou demeurait en l’air.
Et nous savons de même,
À l’avance, comment se résout le problème
De l’eau, des gaz, du fer
Dans les divers états de chaleur où les place
Nature ou nos travaux.
Ainsi la loi permet que l’on se débarrasse
De cas toujours nouveaux.
On voit bien cependant que le Possible hésite
Avant de s’engager
Dans le troupeau de cet intraitable berger,
La loi, qu’il parasite
Quand il entre chez nous en douce ou par quanta :
Il avance, recule,
Explore mé ant son nouvel habitat
En onde ou particule.
Puis progressivement se fait une raison,
Renonce à son errance
Et, sous l’effet qu’on nomme une décohérence,
Meuble notre maison.
Mais comme il ne l’a pas tout librement choisie,
Il s’y sent à l’étroit :
D’autres dimensions, sans plafond ni paroi,
Piquant sa fantaisie,
Il s’échappe en dehors d’un pénible Univers
Où la contrainte règne,
Pour d’autres où les lois veulent qu’on les enfreigne,
Où tout marche à l’envers.
En vérité partout le Possible se presse
Pour exister. Aussi
L’Impossible, poussé par sa grande détresse,
Par chance y réussit.
Nous n’ignorons pas tout des mondes qu’il se crée
Car dans notre séjour
Il devient quelquefois l’occasion sacrée
Où s’accomplit l’amour.
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